Pierre Garnier

« La Forêt »

Une lecture de Lucien Wasselin

Le thème de l’arbre est fréquent dans les nano poèmes de Pierre Garnier, comme s’il lui importait de faire dire à ce végétal, symbolisé par deux traits verticaux et parallèles s’écartant en bas, toujours plus ; comme s’il fallait l’empêcher de cacher la forêt… De même, comme l’affirme Thierry Chauveau dans « depuis qu’il n’y a plus de papillons sur terre… » : « Une partie de son œuvre visuelle et linéaire […] est bâtie sur l’évocation de l’enfance ». Ce qui se vérifie avec « La Forêt ».



Deux parties distinctes dans ce nouveau livre : un long poème linéaire (qui fait penser aux « Chroniques » de ces dernières années) ponctué de poèmes spatialistes, et de nano poèmes parfois reproduits sur une double page repliée, ce qui donne un bel espace de trois pages de grand format à lire/regarder ; et une suite de nano poèmes très majoritairement consacrés à l’arbre qui se termine par une coquille d’escargot (autre figure élémentaire très présente dans la poésie spatiale de Pierre Garnier, ici accolée à la légende Une nébuleuse spirale)…
Dans le poème linéaire, le lecteur retrouvera l’institutrice, les poissons (goujons et truites), la campagne, le papillon, les chevaux boulonnais… Car si l’enfance de Pierre Garnier fut essentiellement citadine, il n’a jamais oublié les moments passés chez ses grands-parents (la grand-mère tient une grande place dans maints poèmes) à la campagne. L’enfance tient donc une grande place dans « La Forêt » . Et c’est l’univers à la fois réel et mythique, transfiguré par le poème, qui réapparaît dans ces pages. Si l’on reconnaît les événements évoqués à plusieurs reprises par le passé, on ne se lasse pas, on n’a jamais l’impression de redites car la merveille de la poésie de Pierre Garnier, c’est de renouveler à chaque fois la vision. Fécondité des genres inventés par le poète, que ce soit le poème linéaire ou le poème spatialiste qui sont intimement mêlés dans cette partie de l’œuvre…
La suite de nano poèmes est dans la droite ligne de certains recueils parus il y a peu comme « Il était une fois la forêt » (Aisthesis Verlag, 2010) Ce qui, encore une fois, tend à prouver la fécondité de la démarche de Pierre Garnier car il n’y a jamais de répétitions, mais un point de vue abordé de diverses façons qui éclairent le sujet. Le lecteur est toujours émerveillé par cette lumineuse parole mise en scène de façon magistrale. Grammaire et syntaxe de la spatialité sont infinies…
Pour terminer, il faut souligner la mise en page remarquable de cet ouvrage qui répond trait pour trait, mot pour mot, à cette remarque de Thierry Chauveau qui fait de la poésie de Pierre Garnier « une source de lumière ». D’ailleurs, ce dernier ne termine-t-il pas un autre recueil par ces mots : « il y a beaucoup de lumière dans ce monde »… Et c’est ce que pense l’enfant.

Lucien Wasselin.



lire aussi :

« Le Sable doux »

Hommage de Lucien Wasselin et dernier recueil

« La Forêt »

« Christianisme »

« Le promeneur de Saisseval  » et « Merveilles »



lundi 7 janvier 2013, par Lucien Wasselin

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Pierre Garnier
« La Forêt ».

Editions des Vanneaux,
format 185 x 300 mm.
Non paginé. 30 €.



Un poète majeur

Pierre Garnier est né en 1928 à Amiens dans la Somme où il vit toujours, à l’ouest de la capitale picarde, dans un ancien presbytère qu’il a recyclé en maison où la poésie et les oiseaux règnent… Il a fait des études universitaires de germaniste en France et en Allemagne où il a rencontré Ilse qui deviendra son épouse, par ailleurs aussi poète. Si sa poésie se situe d’abord dans la lignée de l’Ecole de Rochefort, dès les années 60 il s’en éloigne pour fonder avec Ilse, le spatialisme, un mouvement international qui va révolutionner la poésie, ce qui ne l’empêche pas d’écrire en picard. Il a traduit plusieurs auteurs allemands en français…
Des thèses de doctorat lui ont été consacrées en France mais aussi à l’étranger. Citons celle de Martial Lengellé, L’Œuvre poétique de Pierre Garnier, soutenue en 2001.
Plusieurs colloques universitaires lui ont été également consacrés dont le dernier en date (2008), Pierre et Ilse Garnier : la poésie au carrefour des langues, à l’université de Picardie Jules Verne.
Lucien Wasselin a été à l’origine d’un dossier sur la polémique L Aragon/P Garnier publié dans le n° 31 de la revue Faites Entrer L’Infini (2005).
Plusieurs anthologies des poèmes spatialistes de Pierre (et d’Ilse) Garnier ont été publiées…
La bibliographie de Pierre Garnier (plus de 100 titres) ne peut être reproduite sur le site de revue-texture, d’autant plus qu’elle augmente régulièrement… Nous renvoyons donc nos lecteurs à l’article Pierre Garnier sur Wikipédia.

Les Œuvres Poétiques de Pierre Garnier sont en cours de publication aux éditions des Vanneaux. Trois tomes parus à ce jour :
Tome 1, 1950-1968, préface de Lucien Wasselin,
Tome 2, 1968-1988, préface de Martial Lengellé,
Tome 3, 1979-2002, préface de Claude Debon.
(voir l’article de L Wasselin sur le tome 3 dans Europe n° 1003-1004 (nov-déc 2012) pp 352-354 ; article qui fait le point sur ce chantier…)



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