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Henning Mankell

« La lionne blanche » et autres romans

« La lionne blanche », « L’Homme qui souriait », « Le guerrier solitaire »

Réputé pour être un des meilleurs romans de l’auteur suédois Henning Mankell, le troisième opus de la série des Wallander raconte une double enquête : l’une en Afrique du Sud où la fin de l’Apartheid est imminente et l’autre en Scanie, après la disparition d’une femme.



« La lionne blanche »


Après un prologue rappelant l’histoire de l’Afrique du Sud et des Boers, le roman narre la disparition dans la juridiction plutôt tranquille de Wallander d’une femme sans histoire. L’enquête reste au point mort jusqu’à la découverte de son corps au fond d’un puits, dans une ferme abandonnée. Puis, près des lieux du crime, le doigt tranché d’un homme noir. Pendant ce temps, en Afrique du Sud, des Blancs qui refusent la perspective d’une évolution démocratique de leur pays préparent l’assassinat de Nelson Mandela, qui vient d’être libéré (l’action se déroule au début des années « 90 »).
Par la suite, de chapitre en chapitre, l’auteur nous implique dans des allers-retours entre la Scanie et l’Afrique , l’intrigue se jouant sur deux tableaux, car le tireur recruté pour tuer Mandela est entrainé en Suède par d’anciens membres du KGB candidats à l’exil et en relation régulière avec les membres du complot, le « Comité », en Afrique du Sud. On suit donc les efforts des enquêteurs de l’entourage de Frederik de Klerk pour déjouer le complot, comme ceux de Wallander pour essayer d’y voir clair dans une intrigue bien embrouillée.
Cette fois encore, le roman est situé dans une actualité qui était brûlante lors de sa parution, celle de la périlleuse transition post-apartheid, où tous les espoirs, comme toutes les craintes, étaient permis. Mankell, qui vit en partie au Mozambique, est un grand connaisseur de l’Afrique et un homme de conviction anti-raciste. Il réussit là un roman qui finit sur le rythme haletant d’un thriller, sans cesser d’être une dénonciation de l’idéologie des Afrikaners fanatiques et de l’assujettissement du peuple noir.

« L’Homme qui souriait »

« L’Homme qui souriait » a paru en 1994 en Suède, et a été traduit en français en 2005.

Tout commence dans le brouillard et l’angoisse, tandis que l’avocat Gustav Torstensson rentre à Ystad après une réunion avec son unique client, le riche homme d’affaires et notable Alfred Harderberg. Il n’arrivera jamais chez lui, arrêté en chemin par un mannequin posé sur une chaise au milieu de la route.
Pendant ce temps, l’inspecteur Kurt Wallander, déprimé et en arrêt maladie depuis un an, se prépare à démissionner. Il reçoit dans sa retraite la visite de son ami Sten Torstensson, le fils de Gustav, persuadé que son père n’est pas mort dans un accident de la route mais é été tué. Quelques jours plus tard, toujours décidé à quitter la police, Wallander apprend que Sten a été tué à son tour, par balle. Il change alors d’avis et se lance dans une nouvelle enquête, contre un Goliath, Harderberg, richissime propriétaire de multinationales. Le roman dès lors est la longue relation d’une enquête où les preuves font défaut et pour laquelle il s’agit de ne pas éveiller la méfiance du principal suspect retiré dans son château comme au cœur d’une forteresse. Une fois encore, Wallander va prendre tous les risques, épaulée par une nouvelle venue au commissariat d’Ystad, Ann-Britt Höglund.

« Le guerrier solitaire »


Le quatrième roman de la série des Wallander se déroule durant la coupe du monde de football de 1994, qui constitue une sorte de toile de fond. Il commence par l’éprouvante vision d’une jeune fille réfugiée dans un champ de colza, qui semble épouvantée et qui, à l’approche du commissaire, choisit de s’immoler par le feu en s’aspergeant d’essence. Les crimes qui vont suivre ne seront mis en rapport avec cet épisode que bien plus tard.
Entre temps, un ancien ministre est retrouvé mort chez lui, tué à coups de hache et scalpé. Trois autres vont suivre, qui lancent Wallander et la police d’Ystad sur la piste d’un énigmatique tueur en série – un guerrier solitaire rappelant les rituels indiens – et d’un réseau de traite des jeunes femmes.
L’enquête est longue et l’art de Mankell, une fois encore, est de nous immerger dans cette procédure policière méticuleuse, jour après jour, hypothèse après hypothèse, énumérant toutes les pistes possibles, sans occulter les impasses ni les moments de vacuité. Ce pourrait être fastidieux, c’est haletant, prenant, même si l’on sait très tôt qui est l’assassin : tout l’intérêt de l’intrigue est dans la narration, au quotidien, de l’enquête (jamais très loin de la quête) et des états d’âme des uns et des autres.

(Points policier. 556 pages. 8 euros)

« La cinquième femme »


Trois meurtres qui veulent « signifier » quelque chose se sont produits à quelques temps d’intervalle dans la région d’Ystad : un homme est empalé dans un fossé, un autre ligoté à un arbre et étranglé, un troisième noyé au fond d’un lac. Wallander et ses collègues pensent qu’il s’agit probablement de la vengeance d’un même meurtrier, qui pourrait bien être une femme, en dépit de la barbarie des procédés…
Le roman raconte dès lors la minutieuse, longue et incertaine enquête menée par une équipe qui craint que la série ne se poursuive… Très tôt cependant, par quelques allusions, on devine que les meurtres ont été commis par une femme qui veut venger des femmes martyrisées de sa connaissance et, de façon plus sourde et profonde, sa mère, elle aussi maltraitée. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur l’assassinat de cette dernière en Algérie.
L’argument me semble cette fois moins solide que dans les précédents romans de la série, et la psychologie de la meurtrière assez sommaire, pour ne pas dire peu crédible. Tout cela paraît un peu artificiel, comme souvent dans les polars qui surfent sur des succès antérieurs. Mais comme toujours, la narration de Mankell nous accroche et nous emporte grâce au souci du détail, à la lenteur des approches, de l’élaboration des hypothèses et de la progression de l’élucidation, à la multitude des pistes, aux paysages intérieurs tourmentés de Wallander, sans oublier les évocations de la Scanie...

(Points policier. 592 pages)
Michel Baglin



lundi 16 décembre 2013, par Michel Baglin

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Henning Mankell


Henning Mankell est né le 3 février 1948 à Stockholm, en Suède. Il a grandi à Härjedalen et a été élevé par son père. D’abord auteur dramatique, il s’est fait connaître internationalement par la série de ses romans policiers mettant en scène le commissaire Kurt Wallander, un policier aux états d’âme désenchanté et au regard politique sur une société en mutation. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique où il réside une partie de l’année et où il anime une troupe théâtrale.
L’attrait de ses romans tient à sa manière de raconter, dans le détail, le quotidien de certains de ses personnages, dont son commissaire dépressif. La psychologie ici est en effet importante, sans pour autant que l’intrigue ni les atmosphères en pâtissent : Mankell maitrise parfaitement l’art de construire un roman sur plusieurs plans, où l’histoire sociale et politique se mêle à l’enquête et aux destins individuels.

La Série Wallander


• Meurtriers sans visage (1991),
• Les Chiens de Riga (1992),
• La Lionne blanche (1993),
• L’Homme qui souriait (1994),
• Le Guerrier solitaire (1995),
• La Cinquième Femme (1996)
• Les Morts de la Saint-Jean (1997)
• La Muraille invisible (1998)
• Avant le gel (2002)
• L’Homme inquiet (2009)


« La Muraille invisible »



Roman paru en 1998 en Suède, traduit en français en 2002. Un consultant en informatique qui meurt devant un distributeur bancaire, deux adolescentes qui assassinent un chauffeur de taxi dont l’une, Sonja réussit à s’enfuir du commissariat mais est retrouvée carbonisée dans un transformateur électrique… Le corps du premier volé à la morgue et qu’on retrouve mutilé devant le distributeur, un mystérieux personnage, « C », qui semble tirer les ficelles en Angola… Telles sont les énigmes auxquelles sont confrontés Wallander et son équipe. Tout tourne bientôt autour de l’ordinateur que la police découvre dans un appartement loué par le consultant. Il faut faire appel à un kacker pour forcer la « muraille invisible » que constituent les sécurités informatiques qui protègent la mystérieuse organisation…
J’avoue avoir commencé à décrocher à la moitié ou aux deux tiers du roman. L’accumulation des faits devient lourde, trop d’événements se bousculent, l’auteur voulant sans doute accélérer le rythme. Mais il perd en crédibilité. La vraisemblance est plus faible ici que dans les autres romans de la série. Qui plus est, ici, une partie des énigmes demeure inexpliquée et l’on reste sur sa faim. Mis à part Wallender, les personnages ont peu d’épaisseur et de vérité psychologique, notamment les deux psychopathes censés être des révoltés complotant contre l’ordre mondial… On n’y croit pas ! Même si au début on se laisse prendre par l’ambiance du commissariat d’Ystad et de ses flics récurrents, le bouquin est plutôt décevant.


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