Jacqueline Saint-Jean

La parole magicienne

Emmanuelle Le Cam a lu quelques recueils

Emmanuelle Le Cam a lu et aimé les recueils suivants de Jacqueline Saint-Jean : « Chemins de Bord » (Le Castor Astral) prix M.P Fouchet, « Jelle et les Mots » ( Rafael de Surtis Editions), « Voyage en Monodie » (Cahiers Froissart), « De Bru Na Boinne » (Encres vives), « Les Mordorées » (Encres vives).



Jacqueline Saint-Jean évoque magie des éléments, secrets, « sorcellerie ». Elle nous parle d’une voix d’ombres qui séduit et envoûte. Elle est passeuse de mystères. S’abreuve à source étrange. Le lecteur la suit bien volontiers le long de ces sentes, belles en subtile sauvagerie.

Le réel et le rêve bataillent dur



Les poèmes de Jacqueline Saint-Jean s’articulent autour d’images fortes et singulières. Juxtaposées. Comptent seules ces images qui défilent sous les yeux du lecteur, troublé. On croise des « poupées de maïs », les « ossuaires des hauts-fonds ». Sur le « seuil » (du corps), « les boucliers de lumière » éclairent un temps intérieur fertile en imaginaires.
La nuit se love au creux du poème ; elle y a tous les droits, tous les pouvoirs ; elle possède « des hochets de paille », un visage ancien », et ses enfants sont « crépusculaires ». Le réel et le rêve bataillent dur : c’est dans un entre-deux que nous convie l’auteur, qui est « toujours entre deux rives », occupé à compter « les déchirures de l’ombre ». Le poète est l’un de ces « conteurs de tempêtes » à la « mémoire errante », qui boit du « lait de lune », et expérimente les « griffes des rêves », bien caché sous « nombre de masques », et irrigué par un « sang noir ».
En proie à des « asphyxies brèves », le lecteur est convié à rôder « autour des épaves », poussé par un vent bien sûr « profane », tandis que l’été exsude du « venin jaune ».
« Sous les paupières », il est « des archipels de désir » en latence. Ils tutoient l’inconscient.

Nous sommes en présence d’une poésie de l’intime, qui emprunte « le chemin de l’intérieur ». Nous y entendons « un piétinement qui traverse le sang », tous les échos d’une « langue oubliée », « un chant lointain de chasseresse », « de petits bruits d’os ». « Au large de la nuit », nous atteignons le vif d’une « langue oubliée », qui couve des « silences de louve ». Et, « dans l’étrange litanie du soir », se glissent le rouge récurrent, l’écarlate. Des « signes » ne brûlent-ils pas d’ailleurs « à petit feu » ? Incandescence d’un texte qui s’apparente au « grimoire », à « l’eau de fable » que connaissent bien les « arpenteurs de songes ».
Il s’agit ici d’un voyage en un pays qui ne connaît pas la révolte : on ne note « aucun soulèvement du jour ». Ce jour est d’ailleurs « disjoint », travaillé par une « fissure ».
Les pas du poète nous mènent au centre d’un écho de « voix » (singulièrement) « bleues ».

« Le compost des signes »


Quid de l’écriture ? « Au bois des mots », la « langue » est « bifide ». le poète écrit pour « apprivoiser la mort », plongé « au cœur de l’obscur » ; le poète est cette « voyageuse incertaine » en proie à « transhumance fervente », qui guette et exploite « le compost des signes », sise « au milieu du monde » et « à l’équerre de la nuit ».
Lui répond la nature : souffle « l’haleine de l’herbe », se dansent des « danses telluriques » et la « pierre » est « gardienne » de la « varlope du temps ». Il convient d’être attentif au « rayonnement des pierres », « au mufle humide de la nuit », aux « charpentes du mondes, à « la barque bleue du ciel ».
« Le mascaret monte ». « Quelqu’un » se tient « dans le noir ». Et, « au large de la nuit », nous assistons, charmés, à « la gravitation secrète des images ».

Emmanuelle Le Cam (16 février 2017, à Lorient).



vendredi 14 avril 2017

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