Gérard Bocholier

« La Venue »

UNE LECTURE DE FRANÇOISE SIRI

Enfant, Gérard Bocholier accompagnait le curé du village dans sa visite aux agonisants. Adulte, il se souvient du visage des morts et leur donne le dernier apaisement. Les poèmes succèdent aux prières. Et puis vient le moment où ceux qui meurent sont ceux qu’on aime. Dans « La Venue » (Arfuyen), Gérard Bocholier accompagne le départ de l’être aimé, et nous livre le secret de son acceptation : sa foi dans le Christ.



Dans les premières pages, la mort n’est pas encore là, mais elle plane dans son large spectre et taraude le poète. Le rythme martèle quatre temps dans une musique entêtante, redoublée par une série de quatre distiques. Puis la mort s’approche d’un corps : « Ton corps tout près / Son verrou d’ambre/ Lampe happée / Par les ténèbres (…) ». Le poète appuie son front sur la vitre de la mort, et s’interroge sur ce corps mourant – trouvera-t-il un chemin ?

« Une falaise
Contre les vitres

Comment passer
Ne pas se perdre

D’un cœur qui dresse
Contre la mer

La ve rticale
De tout silence »


Au chevet de la personne agonisante, peu à peu, le battement du cœur ralentit, la série de distiques s’allège, le poème respire, même si l’angoisse reste présente. On la redoutait mais au moment où la mort est là, on l’accueille dans le calme. Un agonisant n’a plus de mot, sauf le dernier soubresaut, le léger filet de voix : « Si basse maintenant / La voix qu’on croyait tue ». Il reste le silence et la présence pour communiquer, avant la mort, comme après la mort : « Dans le cœur desserré/ Le silence et rien d’autre ». La main du mort se relâche, baignée de lumière :

« La main tant serrée
Entrouve sa gloire

La mort dans la boue
Cède sous les sources

Dans la paume exulte
Un creux de lumière »


Au fil des pages, la mort du Christ, revécue à travers la mort des êtres chers, et sa résurrection (La Venue), soutient le poète. Et la mort de l’être aimé ouvre sur la lumière du Christ, qui est Amour. Le recueil s’achève sur l’aurore qui se lève doucement. Le poète se tient entre le monde des vivants et celui des morts, là où « vivre s’entend / D’un frôlement de feuille ».
« La Venue » est un beau livre pour accompagner nos deuils.

Françoise Siri



Voir ici la bibliographie de l’auteur



Lire aussi :

« Abîmes cachés »

« Psaumes du bel amour »

« Les nuages de l’âme »



samedi 29 septembre 2012, par Françoise Siri

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Gérard Bocholier

Né à Clermont-Ferrand, en 1947, Gérard Bocholier y a longtemps enseigné la littérature française, en classe de lettres supérieures.
Originaire d’une famille de vignerons de la Limagne et franc-comtois par sa famille maternelle, il a passé son enfance et son adolescence dans le village auvergnat de Monton, évoqué dans les recueils « Le village et les ombres » (1998), et « Le Village emporté » ( à paraître, 2013).
En khâgne, il découvre Pierre Reverdy, qui détermine en grande partie sa vocation, et à qui il consacrera un essai, « Pierre Reverdy, le phare obscur ». En 1971, Marcel Arland, alors directeur de la Nouvelle Revue Française, lui remet le prix Paul Valéry, réservé aux poèmes manuscrits des étudiants. En 1976, il participe à la fondation de la revue de poésie Arpa, avec d’autres poètes auvergnats et bourbonnais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis.
D’autres rencontres éclairent sa route : celle de Jean Grosjean, puis de Jacques Réda, qui l’accueillent à la N.R.F., où il deviendra chroniqueur régulier de poésie à partir des années 90, et celle d’Anne Perrier, poète de Suisse romande.

Son activité de critique de poésie est intense : collaborations à de nombreuses revues, notamment à la N.R.F., à la Revue de Belles Lettres (Genève), au Nouveau Recueil et à Arpa dont il assure la direction dès 1984. Certains de ses articles sont réunis dans le volume « Les ombrages fabuleux » (2003). Il est membre du comité de parrainage de la revue Poetry international, To Topos, fondée aux USA en Orégon. Il préface également des recueils de poésie, en particulier l’édition française des œuvres complètes d’Anne Perrier (1996) et celle de Béatrice Douvre (1998).

Une vingtaine de livres de poèmes sont à cette heure publiés, dont huit chez Rougerie, un de ses premiers éditeurs. Le poète a reçu le prix Voronca, en 1978, le prix Louis Guillaume du poème en prose en 1987, celui de Jacques Normand de la S.G.D.L. en 1991, le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, et, en 1994, le prix Paul Verlaine de la Maison de la poésie pour l’ensemble de son œuvre.

Depuis 2009, il se consacre essentiellement à l’écriture de psaumes. Un premier volume, « Psaumes du bel amour », a paru en 2010 aux éditions Ad Solem, préfacé par Jean-Pierre Lemaire . Un deuxième volume paraît à l’automne 2012 chez le même éditeur, sous le titre « Psaumes de l’espérance », préfacé par Philippe Jaccottet.
En novembre 2012, paraît chez Arfuyen « Belles saisons obscures ».



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