Jean-François Mathé

« La vie atteinte »

Jean-François Mathé avec ce recueil entend faire persévérer l’espoir dans le temps qui reste à vivre. En rappelant que les choses les plus simples sont inestimables : les souvenirs, l’eau, le poids de l’air, les mots qui servent à écrire des poèmes, le chant des oiseaux et mille autres que le lecteur trouve dans les vers de Jean-François Mathé



En bon artisan du verbe poétique, Jean-François Mathé poursuit humblement un parcours entamé depuis plus de 40 ans. Il y a, dans ces nouveaux poèmes, un ton et une allure qui dépaysent le lecteur en créant une sorte d’envoûtement. Confession intime, aveu à peine formulé, simple constat : un peu de tout cela et le mystère demeure car « Il y a longtemps que nous amassons/ des pierres et de la nuit ». Avec l’âge (?), l’auteur ose davantage s’aventurer sur les sables mouvants d’un « je » encore hésitant et puis, assez vite, c’est le « nous » qui revient à la charge avec le devoir de témoigner : « Nous ne disons rien, de peur de trouver/ pire que la monotonie du silence,/de peur de trouver/ le couteau caché dans les mots ». Survient alors ce qui sépare, ce qui tranche et disloque, ce qui menace. Raison de plus pour nous de poursuivre : « Fragiles obstinés, nous avançons/ tant que chaque horizon en promet un autre ». Et si finalement la clé de ce recueil se trouvait dans la longue citation finale de Jules Supervielle ? Ne faut-il pas voir là un pont entre ces deux poètes intimistes évoluant dans un univers où se croisent les ombres et les lumières ?

Georges Cathalo



Parce qu’il a cherché « ce que le blanc des pages disait de plus que les mots » Jean-François Mathé est poète. Cette ouverture entre les lignes d’une écriture simple et puissante est façon d’y faire entrer le monde, l’amour, l’humilité, « la vie presque chantée » et… (presque) « atteinte » comme l’affirme le titre de ce recueil, « La vie atteinte » , que publie Rougerie.
Vie étreinte en tous cas, mais pas par un lyrisme échevelé, non, par la douceur et la justesse des mots, la quête sereine, avec le doute, car « c’est à lui qu’on doit / de n’être jamais celui que l’on croit, / mais celui qu’on cherche et parfois qu’on aime / quand on le rejoint au bout du poème ». Une quête continuelle (aussi longtemps que « chaque horizon en promet un autre ») de ces instants de grâce, quand, à travers « Cheval cabré / femme cambrée, / un instant le sol / est plus loin de vous que le ciel. »

Michel Baglin



Toute vie est en devenir, elle est une construction qui ne s’achève qu’à la mort. Mais Jean-François Mathé intitule son récent recueil « La vie atteinte »  ; comme si la vie pouvait trouver sa plénitude à un moment donné. Né en 1950, aurait-il atteint cette plénitude qui n’évoluerait plus ? Mirage de l’âge ou volonté de bilan ? D’ailleurs dans les quelques mots de dédicace qu’il a tracés sur la page de faux-titre de l’exemplaire qu’il m’a adressé, ne m’imagine-t-il pas assez perspicace pour démêler ce qui, pour le meilleur et pour le pire, aura été atteint de la vie dans ses poèmes ? Tâche redoutable ! Ou, pour dire les choses autrement, on atteindrait peut-être autant de buts qu’on en rate dans sa vie…
Trois suites de poèmes constituent ce recueil qui explore la vie menée jusqu’alors, sous ses aspects essentiels. Le lecteur se pose alors la question de savoir ce qu’est une vie atteinte, au moment où l’on fait le point. À ce moment particulier où l’on sait que la dernière étape commence… De l’insouciance (ou des illusions) de la jeunesse : « On ne voyait alors presque / pas de ciel entre nous / ni les années dans les nuages / ni les distances dans le bleu », aux interrogations ultimes à propos des enfants : « Auront-ils meilleur avenir que nous / ou le même… », est-il possible de s’y retrouver, d’accorder un sens à la vie menée ou subie ? Mais dès le souvenir, le trouble, le doute et l’inquiétude viennent troubler le calme espéré car le temps a passé. Faut-il pour autant se taire « de peur de trouver / le couteau caché dans les mots » ? Le constat serait alors négatif : tant d’espoir au début pour arriver à si peu : « Quelles traces sinon / ces quelques mots d’amour / à peine retenus par leur encre / dans une lettre que tu n’ouvres que / quand il fait trop sombre pour la lire ». Tout semble dit dans ce quintil. Mais l’essentiel n’est-il pas d’avoir écrit cette lettre ? Alors même si la vie atteinte, c’est la vie qui se termine (c’est-à-dire la mort qui attend son heure), restent la nostalgie de l’enfance et l’amour qu’on a partagé avec quelques êtres. Mieux, l’amour qu’on a donné à quelques êtres. Cependant, la mort rode. Et le poète finit par imaginer ou fantasmer la disparition de l’aimée : « J’ai caressé ta présence / et le début de ton absence ». C’est le sens que je veux donner à cette étrange dialectique du Je et du Tu qui traverse ces poèmes…
Si le désespoir qui saisit l’individu au soir de sa vie se dit admirablement et pudiquement dans ces deux vers « L’éternité est allée ailleurs / s’occuper d’autre chose », Jean-François Mathé entend faire persévérer l’espoir dans le temps qui reste à vivre : « Que le jour qui vient les préserve / dans ce bonheur qui veut durer… » Les choses les plus simples sont inestimables : les souvenirs, l’eau, le poids de l’air, les mots qui servent à écrire des poèmes, le chant des oiseaux et mille autres que le lecteur trouve dans les vers de Jean-François Mathé. Cette oscillation entre l’espoir et le désespoir donne une tonalité élégiaque au recueil. Une tonalité qui est portée par des mots comme ombre ou robe qui désignent, semble-t-il, la mort et l’aimée. Jean-François Mathé met en regard joies et peines, regrets et espoirs car la vie est toujours là avec ses exigences et un corps qui rechigne… La vie est atteinte parce que la dernière étape s’annonce, celle où il est trop tard pour se donner de nouveaux buts lointains mais celle où il s’agit de conforter et de protéger le bonheur qui a été obtenu. Les esprits chagrins se gausseront sans doute d’une telle sagesse, mais cette dernière, faite de mélancolie et de fatigue (si l’on en croit les poèmes) fait la force de l’écriture du poète car la poésie joue un rôle primordial dans l’atteinte de cette vie et ce rôle va perdurer les années à venir. La preuve ? ce recueil… Car si la mort est le néant, car s’il n’y a pas de vie éternelle après la disparition de ce monde, alors il est légitime de s’attacher à ses derniers moments.

Lucien Wasselin



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dimanche 15 mai 2016

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Jean-François Mathé :
« La vie atteinte »


Éditions Rougerie
(80 pages, 13 €.) <br /
Dans les bonnes librairies ou sur commande chez l’éditeur : 7, Rue de l’Échauguette. 87330 Mortemart).87330 Mortemart).



Jean-François Mathé


Jean-François Mathé est né le 30 mai 1950, à Fontgombault, dans l’Indre.
Etudes de Lettres modernes à l’Université de Poitiers.
Après avoir enseigné deux ans au collège de Loudun (Vienne), il est nommé professeur agrégé de Lettres modernes au lycée de Thouars (Deux-Sèvres). Il a pris sa retraite en 2010 et vit dans un village du Poitou. Il a partagé son temps entre un métier qui l’a passionné, la poésie, le dessin humoristique et la chanson.
De 1970 à 1980, parallèlement à l’écriture, il s’est en effet consacré au dessin d’humour (des dessins ont paru dans Télérama, La Vie, Tribune Socialiste, Gulliver, Encre Libre, etc. Illustrations pour deux livres : Les Culbuteurs - Albin Michel 1976 et La Fête des Anes - Rougerie 1985).
Il est membre du comité de la revue Friches et du jury du prix Troubadours/Trobadors.
Il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.



Bibliographie

Recueils
La vie atteinte, éd. Rougerie, 2014
La Rose au cœur, éd. Le Cadran Ligné, 2011
Chemin qui me suit précédé de Poèmes choisis 1987 - 2007, éd. Rougerie, 2011
Le Temps par moments , Prix du Livre en Poitou-Charentes 1999, éditions Rougerie, 1999
Passages sous silence, éditions Maldoror, Berlin, 1996 (Livre d’art illustré par Minos Meininger)
Sous des dehors, éditions Rougerie, 1995
Saisons surgies, éditions Rougerie, 1993
Corde raide fil de l’eau , éditions Rougerie, 1991
Contractions supplémentaires du cœur, éditions Rougerie, 1987 - Prix Artaud 1988
Navigation plus difficile, éditions Rougerie, 1984
Mais encore , éditions Rougerie, 1981
Ou bien c’est une absence éditions Rougerie,1978
Instants dévastés, éditions Rougerie, 1976
L’Inhabitant, éditions Rougerie, 1972

Pour la jeunesse
Grains de fables de mon sablier, éditions les Carnets du Dessert de Lune, 2014 (illustrations de Charlotte Berghman)
Poèmes poids plume, éditions Le Dé bleu, 1998 (poèmes pour enfants illustrés par François Baude)



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