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Jacques Morin

« Le bord du paysage »

Poèmes d’Yonne

Une traversée au pas de course du pays de Puisaye-Forterre (Bourgogne) où Jacques Morin vit et ancre certains de ses poèmes. Au coeur du paysage et dans ses marges.




Sous titré « Poèmes d’Yonne » ce recueil publié par les éditions de La Renarde rouge, annonce sa géographie de prédilection : le pays de Puisaye-Forterre (Bourgogne) où Jacques Morin vit et avait déjà ancré certains de ses poèmes. On le traverse, si j’ose dire, au pas de course, puisqu’en adepte du footing, l’auteur nous emmène dans sa foulée à travers champs. « Mon cœur bat la campagne » annonce-t-il, et il rythme le poème, plutôt elliptique, comme toujours chez cet auteur.
On est donc dans « le paysage » et y croise de nuit comme de jour, en toutes saisons, dans les « les lassos de brouillard », le « pointillisme de la neige », quand hiver a « descendu ses rideaux de fumée de brume et de mirage », lors des explosions du printemps, alors que « ça rit éclate sous le soleil », ou encore sous l’orage « matamore  ». Des deux côtés de la route, les colzas vous font une « haie de soleil » et l’on est dans le visuel.

Il y a là beaucoup de volatiles entre ces lignes, des corneilles, des «  grues qui s’en vont » pour la mélancolie, de ces les oiseaux « qui ne suivent pas la mode », parce qu’ils ne sont pas bêtes sans doute, mais surtout parce qu’on se joue ici de la temporalité. Dans cette campagne où « rien n’a bougé depuis des siècles », les éoliennes néanmoins ont « bondi sur la colline  ». C’est qu’il n’y a rien de passéiste ici, mais que tout se nourrit de tout et que le poème doit surtout à la mémoire, à la « persistance rétinienne ».
On est dans le paysage, mais pas seulement. On est aussi dans son lit à écouter l’eau pluviale dans les gouttières ou derrière la fenêtre à contempler l’hiver. En fait, on est un peu en marge, dans « le bord » des paysages, là où ils mettent à profit l’« apnée de l’esprit » pour tisser des résonnances, les échos qu’ils font en lui. Pas seulement acteur (coureur), mais aussi spectateur désabusé de la vie (« le désespoir ne sert à rien / Reste l’attente du pire  »), qui ne s’illusionne pas même sur l’écriture (mais « ne pas écrire fait du mal »), et cependant veut vivre pleinement sa présence au monde, car « l’instant est éternel » ce qui l’amène à formuler cette impression que nous avons tous jour après jour : « je suis éphémère à répétition ».
Si quête il y a, c’est bien celle-là, dans l’existence et l’écriture, celle de ce « matin radieux » où l’on se sent pleinement être là et où « on est invincible au moins jusqu’à midi ».

Michel Baglin


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lundi 6 juin 2016, par Michel Baglin

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Jacques Morin & Jacmo

Auteur d’une vingtaine de recueils de poésie et de chroniques. Jacques Morin avait 18 ans en 1968. Quelques années plus tard. dans l’effervescence revuistique d’une cuisine, ou peut-être d’un bar de Saint-Germain-des-Prés, il rencontrait Jacmo. Ils ne se sont plus quittés.



Jacques Morin :
« Le bord du paysage ».

Illustrations de Joëlle Brière.
La Renarde rouge.
(46 pages. 14 euros)



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