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Jean Giono

« Le Chant du monde »

« Le Chant du monde », titre que Giono croyait avoir emprunté à Walt Whitman, est un roman d’aventure quasi épique, publié en 1934 et charriant un puissant lyrisme, à l’image de ce fleuve qui est au fond le personnage central de cette traversée de l’hiver.




Le roman débute donc à l’automne, avec Antonio le vigoureux pêcheur à mains nues de l’île des Geais, qui fait corps avec son élément : l’eau où il se love et les courants puissants dont il se joue. On le dit aussi « bouche d’or » car il maîtrise les séductions du verbe.
Dans la force de l’âge, il est interpellé par son ami Matelot, le vieux bûcheron qui lui demande de l’aider à retrouver son fils, le « besson » » (jumeau dont le frère est mort en bas âge) parti en amont construire un radeau de bois et dont il demeure sans nouvelles depuis des mois. Les deux hommes se lancent alors dans la longue remontée du fleuve, traversant les gorges qui les séparent du haut pays des montagnes, le « pays Rebeillard ». Ils vont rencontrer en route une jeune femme aveugle accouchant seule dans la forêt, Clara, qu’ils vont aider et confier à une vieille paysanne en chemin. Dès lors, Antonio va être habité du souvenir de cette femme et s’interroger sur le sens de son existence solitaire.
Arrivé dans le pays Rebeillard, ils apprennent pourquoi le besson a disparu : il a enlevé Gina, la fille de Maudru, qui règne en maître sur le haut pays, ses bêtes et ses hommes. Il a de plus tiré sur le neveu de celui-ci, prétendant de Gina, qui finira par mourir. Le besson se cache donc avec Gina – le second couple du roman - chez Toussaint, le guérisseur parent de Matelot, tandis que les bouviers attendent le moment propice pour venger Maudru.
L’hiver s’est installé, ce qui nous vaut moult description d’une nature qui vit souterrainement, à l’image du fleuve pris par les glaces mais travaillé sourdement d’une force puissante qui éjecte des glaçons brillants sur les berges. Antonio retrouve Clara, son amoureuse qui cherchait à le rejoindre, confiant dans cette femme dont la cécité a aiguisé les sens et qu’elle a rendue particulièrement réceptive au « chant du monde ».
L’attente finit avec l’assassinat par les bouviers d’un Matelot résigné à sa fin.
Alors le besson, auquel Gina reprochait son manque de courage, décide de venger son père et, aidé d’Antonio, incendie la ferme de Maudru. Puis ils prennent la fuite avec le radeau, et leurs deux femmes, sur un fleuve que le printemps libère des glaces.
C’est, là encore, l’écriture puissante de Giono qui fait tout l’intérêt de l’œuvre - le flot de métaphores qui portent la narration et impose la vision cosmique d’un univers où les hommes à la fois se mesurent aux éléments naturels et se fondent en eux. On ne sait d’ailleurs à quelle date se déroule l’action, se pourrait être il y a deux siècle comme aujourd’hui, mais dans un monde ayant tourné résolument le dos à la modernité. Seuls demeurent en présence la terre, l’eau, le feu, les bêtes et les hommes, les instincts et les passions, la solitude et la fraternité, et l’amour qui préside aux renaissances.

Michel Baglin



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jeudi 19 novembre 2015, par Michel Baglin

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Jean Giono

Né à Manosque le 30 mars 1895, Jean Giono est mort le 9 octobre 1970 dans la même ville.
Il est le fils unique de Jean-Antoine Giono (1845-1920), un cordonnier anarchiste d’origine piémontaise et de Pauline Pourcin (1857-1946), d’ascendance picarde par sa mère et provençale par son père.
La famille a de maigres revenus et en 1911, Giono doit interrompre ses études pour travailler dans une banque.
En 1915, il est embarqué dans la grande boucherie du premier conflit mondial. Il voit ses amis tomber à ses côtés et lui est gazé. De cette expérience terrible, il tirera plus tard un roman, « Le Grand Troupeau » et surtout un engagement en tant que pacifiste convaincu.
Il lit beaucoup, s’imprègne des mythologies grecques et romaines qui marqueront son œuvre, à commencer par le premier roman qu’il écrit, « Naissance de l’Odyssée » (qui ne sera publié qu’ultérieurement). « Colline est son premier livre publié, qui ouvre la Trilogie de Pan, et reçoit un bon accueil.
En 1929, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture. « Que ma joie demeure » en 1935 lui vaut un grand succès.
A la suite d’une randonnée avec des amis sur la montagne de Lure, il crée les Rencontres du Contadour, qui se poursuivront jusqu’en 1939. Son engagement pacifiste s’y confirme, il écrit « Les Vraies Richesses » .
Face aux menaces d’une nouvelle guerre, il écrit « Refus d’obéissance », « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix », « Recherche de la pureté » , etc.
L’utilisation de sa pensée par Vichy, notamment le retour à la terre ou à l’artisanat, lui vaut après guerre, d’être accusé d’avoir collaboré (alors qu’il a caché des réfractaires, des juifs, des communistes) et il est emprisonné en septembre 1944. Il est libéré en janvier 1945, sans avoir été inculpé.
Dans les années qui suivent, Giono publie les œuvres de sa "seconde manière", notamment « Le Hussard sur le toit » (1951), il est bientôt considéré comme un des grands écrivains français du XXe siècle. En 1954, il entre à l’Académie Goncourt.
Pour autant, il reste engagé contre les guerres et soutient le comité créé par Louis Lecoin pour un statut des objecteurs de conscience, aux côtés de Camus, Breton, l’abbé Pierre.
Il est emporté par une crise cardiaque le 9 octobre 1970 dans sa maison.



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