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Odile Caradec

« Le ciel, le cœur ».

Vient de paraître en cette fin 2011 « Le ciel, le cœur », une anthologie bilingue d’Odile Caradec chez Verlag Im Wald. Lucien Wasselin l’a lu.



Odile Caradec a composé ce recueil en choisissant des poèmes dans ses livres (dont certains sont épuisés) jamais traduits en allemand alors qu’elle a publié quatre ouvrages à ce jour chez le même éditeur en version bilingue grâce aux traductions de Rüdiger Fischer. Poèmes auxquels elle a ajouté une série d’inédits regroupés sous le titre « Neige, peau lumineuse du silence » . La présente anthologie est donc doublement utile : d’abord parce qu’elle fait découvrir aux lecteurs allemands des poèmes jusqu’alors inconnus dans leur langue, ensuite parce qu’elle permet aux lecteurs français de découvrir la poésie d’Odile Caradec ou d’en parfaire la découverte...

C’est avec une certaine fantaisie qu’Odile Caradec considère son âge. Une fantaisie qui masque à peine l’issue inéluctable, « la pauvre odeur mortelle »... Mais c’est cette fantaisie qui prime grâce à une langue primesautière, à un style imagé et faussement naïf : « tout mon cœur ne sera plus / qu’une grande oreille bourdonnante » ou « l’âme enfin est très douce / il faut qu’on la caresse dans tout le sens du poil ». Il y a dans cette anthologie une fraîcheur de ton réjouissante, une vision du monde d’une étonnante qualité que vient à peine tempérer la conscience de la vieillesse et du temps qui passe. Mieux, même : cette conscience donne plus de profondeur et de vivacité à cette fraîcheur. Les sens sont en éveil pour goûter ce qu’offre la nature : « Quelque chose de musqué / bruit dans les forsythias / les amandiers, les prunus / les narcisses, les mains » ou « Alors ceux dont l’âge est encore tendre / et ceux dont les artères sont craquantes / se précipitent / et l’écrit court.... » Le goût pour la musique, l’empathie à l’égard des animaux les plus petits ou les plus méprisés participent de cet état d’esprit et font que souvent « Un poème glissé sous la terre / peut faire beaucoup de bruit ». Métaphoriquement, l’âme (dont Odile Caradec avoue ne pas connaître la nature et être incertaine quant à son existence) devient le symbole de ce qui ne se laisse pas saisir dans l’être humain...

Ce condensé de sensations, de souvenirs, d’expériences intimes et d’histoire personnelle est une leçon de vie et de sagesse. Et, curieusement, certains poèmes d’Odile Caradec font penser aux poèmes spatialistes récents de Pierre Garnier : dans les deux cas, c’est « le bruit léger du firmament » que le lecteur entend.

Lucien Wasselin



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mercredi 14 décembre 2011, par Lucien Wasselin

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Odile Caradec
« Le ciel, le cœur ».

Verlag Im Wald,
262 p, 15 €.
Traduction vers l’allemand de Rüdiger Fischer, illustrations de Claudine Goux et postface de Christiane Freund.
Chez l’éditeur : Verlag Im Wald. Doenning 6. D 93485 RIMBACH. Allemagne ou info@verlagimwald.de



Odile Caradec

Née à Brest en 1925, Odile Caradec a passé son enfance à Camaret, où elle a côtoyé Saint-Pol-Roux. Elle a quitté sa Bretagne pour devenir documentaliste pendant de longues années au lycée Camille-Guérin de Poitiers. Elle est également violoncelliste.



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