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Bernadette Throo

« Le cristal des heures »

Une double lecture par G. Cathalo et M. Baglin

Le recueil de Bernadette Throo, « Le cristal des heures », qui vient de paraître aux éditions sac à mots, a séduit Georges Cathalo et Michel Baglin



Voir « l’éternité dans l’éphémère » serait peut-être la mission essentielle accordée au poète qui saurait lire le monde et l’écrire dans un temps suspendu. Et même si « on a lu trop de livres / et pas ceux qu’il fallait », il se peut qu’il y en ait aussi, comme celui-ci, qui comptent et qui élèvent. Avec Bernadette Throo, on évolue hors du temps commun, loin de la frénésie actuelle. Chaque saison bien à sa place s’installe calmement en évitant « les trains lancés / vers un terminus improbable ». Avec elle, le lecteur doit se faire attentif et discret, tous sens en éveil pour traquer l’espoir, ce « petit espoir têtu » qui aurait tendance à nous échapper. Sans vouloir donner des leçons de conduite, elle rappelle qu’il « fait bon être au monde / fût-ce pour un instant » et d’apprécier à leurs justes valeurs le « calme bonheur d’avril » et « la douceur de l’automne ». Ce sont des moments de grâce, comme ces « jours de pur présent / soyeux et tendres », jours où s’affrontent les ombres et les lumières et où l’on doit affronter la menace de cet « escalier aux marches inégales », escalier qui ne cesse de descendre, mais « n’en fut-il pas toujours de même ? Ô vivants oublieux ». Lisons ces beaux poèmes de Bernadette Throo servis par les soins minutieux d’un impeccable éditeur.

Georges Cathalo



Je ne peux m’empêcher d’ajouter mon grain de sel à l’article élogieux de Georges tant j’apprécie la poésie si simple et sûre de Bernadette Throo, que je lis depuis longtemps.
Ce dernier recueil mêle un peu de nostalgie à une sérénité conquise sur le temps qui passe et l’hiver qui gagne. « Ton poème s’en va de son pas sans écho : / vêtu de bure / pieds déchaux. / Nul ne l’attend, nul ne le hèle / c’est un enfant de solitude / courbé sur son reflet dans l’eau. » Sobriété monacale, oui. Mais qui sait goûter et saluer la saveur des jours. Face aux cruautés du monde et des villes, à « tant de laideurs que le printemps rédime », parier encore pour l’élan, quand « on boirait à pleines goulées / nuque renversée cœur en fièvre / le soleil à portée de lèvres ». Parier pour les saisons du renouveau quand « le cœur ne pèse plus / que son poids de chansons »…
Certes, « on a fait tant de pas / qui n’allaient nulle part. / On a dit tant de mots / qui n’avaient rien à dire » qu’on pourrait céder à la désespérance, ressasser les massacres du temps et ce « bonheur mal tué » qui bouge encore... Pas Bernadette Throo, qui reste modeste dans sa joie : « Tu restes seule à tisonner les ombres / des ces pauvres bonheurs / dont nul ne voudrait plus » s’avoue-t-elle.
De fait, il s’agit avec le temps d’apprendre à « se déprendre » et peut-être à « céder à l’extase du vide ». Ainsi doit se comprendre me semble-t-il le titre qu’un vers explicite : « N’être qu’un instant de lumière dans le cristal des heures ». Ailleurs, je lis : « Désert des heures qui retiennent / au fond de leur cristal / encore un peu / l’eau du matin. » C’est cette belle eau pure que nous offre une poétesse qui nourrit une philosophie de la lumière et une vision cosmique de notre condition. En quête de l’éternité dans l’éphémère, elle l’affirme : « Tu n’appartiens pas qu’à toi-même / L’univers passe à travers toi / tu es pétri de ses espaces / de leur lumière et de leur nuit / relié toi l’infime / à l’infini ».
A lire, pour être plus fort !

Michel Baglin



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jeudi 22 mai 2014, par Georges Cathalo

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Bernadette Throo

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Bernadette Throo sous le crayon de Jacques Basse

Bernadette Throo est née le 19 janvier 1932 a Nancy où elle a fait toutes ses études jusqu’à l’agrégation, de Lettres Classiques. Professeur de lycée à Metz, puis à Nancy jusqu’à la fin de sa carrière en 1992.
Sa première plaquette, « Matines » , fut publiée en 1956 chez Seghers. Puis Bernadette Throo s’est tue pendant de longues années, avant de se remettre a écrire près de trente ans plus tard. Et de publier « L’après-toi » en 1990. Plusieurs recueils ont suivi depuis.
Bernadette Throo prétend écrire peu « et par foucades, ce qui ne l’empoche pas de se sentir viscéralement poète. » Elle aime les jardins, la soli tuile, la lecture et le silence.



Bernadette Throo :
« Le Cristal des heures »

Sac à Mots éd., 2014.
92 pages, 25 euros -
La Rotte des Bois – 44810 La Chevallerais


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