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Manières d’approches (11)

Le droit à l’irrespect



L’injonction qui s’est répandue après les attentats de Paris - « Attention aux amalgames » - ne me semble pas très réaliste : qui trouvera-t-on aujourd’hui pour prétendre que tous les musulmans, alors qu’ils en sont aussi les victimes, sont des islamistes, hormis une poignée de fachos ? En revanche, à travers cette injonction, certains rêvent d’instaurer un blackout sur la moindre mise en cause des religions et de la foi.

Évitons le manichéisme. Qu’elles aient été, toutes ou presque, à l’origine d’effroyables guerres et carnages est incontestable et ne peut cependant occulter le fait qu’elles sont aussi à la source de faits de civilisation et de démarches individuelles ou collectives d’ouverture aux autres, d’interrogations spirituelles et de progrès dans l’humanisation des peuples. Les religions sont des auberges espagnoles où l’on retrouve un peu tout ce qu’on apporte et je ne doute pas qu’on puisse découvrir dans le Coran comme dans la Bible largement de quoi s’opposer aux fous de Dieu.

Il n’empêche : la demande des intégristes catholiques de créer un délit de blasphème, comme celle des musulmans qui protestaient contre les caricatures et ont porté plainte contre Charlie Hebdo, montrent à quel point le ver est dans le fruit.

La résurrection du fanatisme est l’occasion où jamais de s’interroger plutôt que de pousser des cris d’orfraie en s’offusquant d’une islamophobie ou d’une religiophobie qui ne sont somme toute que le signe d’une méfiance légitime. Oui, méfions-nous de toutes les religions parce qu’elles portent en elles cet absolu – la foi, la certitude pour le croyant de détenir la vérité – qui conduit certains d’entre eux à la négation de l’autre.

Non, les religions ne sont pas intouchables par principe – pas plus que n’importe quelle opinion ou vision du monde – et il faut marteler une évidence : le respect est dû aux personnes, pas à leurs croyances, leurs idéologies, leurs représentations du monde, leurs utopies. Qu’on en vienne à abolir le droit à l’irrespect, c’est toute la pensée qu’on mettrait au pas et la liberté sous le boisseau. Le principe est si simple que je ne crois guère en ce domaine à la naïveté : tous ceux qui réclament une loi contre le blasphème le sont peut-être à leur insu, mais ce sont des fascisants dans l’âme !

Reste la fraternité. Qui n’a pas besoin de dieu, les révoltés de tous les temps l’ont montré, même si les révolutionnaires ont parfois hélas prouvé qu’on pouvait aussi l’assassiner avec la liberté. Rien ne m’alarme plus que d’entendre parler de « frères en religion ». Car la fraternité est universelle, sinon le mot ne recouvre que l’esprit d’équipe : une fraternité de clan, d’un groupe ligué contre le reste du monde. Une fraternité de meute.

Michel Baglin. Toulouse, janvier 2015





Sur les attentats, lire aussi :


Manières d’approches (12) : Humilité

Manières d’approches (11) : Le droit à l’irrespect

Manières d’approches (10) : Amalgame

Manières d’approches (9) : Blasphème

Manières d’approches (8) : Les abrutis de dieu

Manières d’approches (7) : D’une foi l’autre



mardi 20 janvier 2015, par Michel Baglin

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