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Jean-Claude Martin :

Le goût des « Ciels de miel et d’ortie »

Les ciels reviennent fréquemment dans les poèmes de Jean Claude Martin. Il y a bien sûr le recueil, « Un ciel trop grand » (le Dé bleu), mais surtout deux recueils parus chez Tarabuste. et intitulés « Ciels de miel et d’ortie ». Aujourd’hui, Tarabuste les a réunis en un seul recueil portant ce titre et augmenté d’inédits.
Lectures.

Variations sur des ciels changeants. Entreprise périlleuse : rien ne se prête mieux au cliché. Mais Jean-Claude Martin a l’habitude des chemins de traverse et ses poèmes en prose, toujours en lisière du prosaïsme, nous surprennent souvent par ce qu’ils dénichent l’air de rien, levant des oiseaux dans des fourrés que l’on croyait cent fois visités. La poésie y est fragile et fugitive, à peine croit-on la saisir, veut-on souligner une phrase sensible, qu’on se demande déjà ce qui s’y est joué à la lecture. Un peu d’intime partagé, sans doute, un petit vertige, une note bleue, quelque chose qui nous tient à la vie plus sûrement qu’on ne l’imaginait.

Dans ses ciels il y a des états d’âme, beaucoup ; mais toujours esquissés avec humour, malice ou ironie. Des paysages intérieurs et des orages. Des avions aussi, destins d’homme réduits à ce petit point brillant dans le jour finissant. Déréliction, comme souvent chez Jean-Claude Martin.

Mais sa poésie n’est pas désenchantée, non. Elle parle d’infimes déséquilibres dans la lumière du jour, ou d’équilibres précaires, difficilement conservés. Ainsi, dans ce « petit soir de printemps, frêle et frileux, à prendre entre les bras pour le réchauffer de sensations, de souvenirs » :
« Demain est loin, demain n’est pas. Un chat passe en équilibre sur la frontière (mur du voisin). Je mets au point la dernière phrase pour avoir l’illusion d’aller plus vite que la nuit… »

« Ciels de miel et d’ortie 2 »,

Avec « Ciels de miel et d’ortie 2 », nous revoici dans les ciels changeants pour un deuxième volume de variations, tout aussi séduisantes, chez le même éditeur. Avec des douceurs de miel et des brûlures d’ortie.

Une fois encore, la poésie fragile et fugitive de ces textes en prose explore moins les nues que nos infimes vies qui les interrogent, le nez au vent. Lever les yeux au ciel, c’est attraper le vertige. Pascal l’avait déjà dit et ce n’est pas par hasard, évidemment, s’il est ici placé en exergue.
Cependant, Jean Claude Martin est modeste, toujours, et s’étonne d’un rien, du point d’un avion qui s éloigne, des oiseaux, passants des cieux, ou de la nuit qui monte. Étonnement vrai, au fond, même si la malice et l’humour imprègnent chacun de ces poèmes de fausse naïveté, jusqu’à la pirouette finale. Il y a toujours au bout une question qui tient à notre finitude, et une sorte de prière : « Seigneur, donnez-moi la force ce soir d’avoir vécu pour pas grand-chose. »

Entre le grand beau temps et les « exécuteurs des basses œuvres du ciel » – entendez la brume, la bruine, le crachin – on n’échappe guère à sa condition et toujours « l’insatisfaction entretient les songes ».

L’ironie douce, passablement désabusée, de ce contemplateur des merveilleux nuages se nourrit à la fois du plaisir du jour, des angoisses de la nuit et d’une lucidité réfutant toute consolation. « Pourquoi ne supportons-nous pas les murs sans fenêtres, les rivières sans pont ? »

Le ciel offre bien sûr une échappée belle à nos angoisses existentielles. Mais le poète n’oublie pas que la fine enveloppe de l’atmosphère et la réflexion de la lumière cachent derrière les apparences des ténèbres sans fin. On s’en arrange comme on peut, sous un ciel qui, bien sûr, lui, « est au-dessus de tout ça ».

L’important restant de ne pas tricher : « Cette petite lumière qui montait de la terre pour affronter la nuit – feu de camp, enseigne de boutique ? –, je n’ai jamais su qui elle était. Elle a cherché secours auprès des vols d’oiseaux, du dernier cerf-volant, de l’avion qui passait. Les hommes l’ont trahie en rentrant dans leurs cases, près de leurs lampes, près de leur honte. »
106 pages. 13 €

Michel BAGLIN. Critiques parues dans « Poésie1-Vagabondages »

Une nouvelle édition réunissant les deux premier volumes et une cinquantaine d’inédits vient de paraître chez Tarabuste et sous le titre « Ciels de miel et d’ortie » 220 pages. 11 euros.



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Un choix de poèmes



mardi 28 juillet 2009, par Michel Baglin

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Poésie et « baratinades »

Né en 1947, à Montmoreau-Saint-Cybard (Charente), Jean-Claude Martin a été Conservateur de la Bibliothèque universitaire de Poitiers et préside actuellement la Maison de poésie de Poitiers.
Il est l’auteur de pièces de théâtre et surtout de recueils de poésie, avec une nette prédilection pour le poème en prose. Mais il n’a pas oublié ce grand-père qui durant les vacances, après le souper, lui racontait des « baratinades » ; peut-être est-ce lui qui lui a donné le goût des histoires et l’a conduit à écrire des de nouvelles.
Jean-Claude Martin a participé à une soixantaine de revues et anthologies poétiques, Texture lui a consacré son numéro 27 et il a obtenu le prix Roger Kowalski pour « Saisons sans réponse » et le prix Louis Guillaume du poème en prose pour « Ciel de miel et d’orties ».

Bibliographie

POÉSIE
Pour solde de tout compte (Le dé bleu, 1981)
En chemin (Solaire / Fédérop, 1985)
Saisons sans réponse (Cheyne éditeur, 1986)
Plus d’un âne s’appelle Martin (Verso, 1988)
Le Tour de la question (Le dé bleu / Le Noroît, 1990)
Laisser fondre lentement (Rougerie, 1994)
Un ciel trop grand (Le dé bleu, 1994)
Raison garder (Le dé bleu, 1999)
Ciel de miel et d’orties (Tarabuste, 2000)
Carnet de têtes d’épingles (Carnets du dessert de lune, 2002)
Le beau rôle (Wigwam éditions, 2009)

NOUVELLES
De légers signes de la main (Atelier du gué, 1981)

Nombreuses publications en revues.

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