Yves Rouquette

« Le Goût des jours »

Les chroniques de La Dépêche du Midi

Un an après son décès, un choix des chroniques qu’Yves Rouquette donnait chaque dimanche à La Dépêche du Midi est publié par Mare Nostrum.




Il y a un an (le 4 janvier) mourait Yves Rouquette, qui fut enterré le 7 à Camarès, son village du sud Aveyron, le jour même du massacre de Charlie Hebdo (voir ici ). Yves était un écrivain occitan qui assurait ses traductions en français, quand ce n’était pas son épouse Marie Rouanet qui s’en chargeait. Poète et prosateur, il était aussi militant (il a été de bien des luttes sociales, des grèves de Decazeville à la défense des paysans du Larzac), notamment du mouvement politique et culturel occitan (il fut le fondateur de la revue Viure et du Comité occitan d’études et d’action. Il fut un des principaux animateurs du mouvement « Volèm viure al païs » et est à l’origine de la maison de disques Ventadorn).

Ce Sètois d’origine, né en 1936, fut aussi un chroniqueur savoureux qui donna depuis 1998 et jusqu’à sa mort, tous les dimanches à La Dépêche du Midi, sous le titre Accent d’Oc, une chronique souvent en relation avec l’actualité, mais puisant dans ses souvenirs d’enfance pour mieux s’incarner. Les éditions mare nostrum ont choisi de rassembler les dernières (de 2013 et 2014) pour donner à lire une quarantaine de ces petits bijoux qu’il peaufinait, on l’imagine, avec jubilation, tant le plaisir de manier la langue y est patent.

Coups de cœur et coups de gueule s’y conjuguent avec une grande culture et une belle sensibilité pour porter témoignage d’une modernité qui le laissait souvent perplexe, pour ne pas dire critique. Il savait se moquer, mais en homme tolérant, sans méchanceté. Il s’ancrait dans le terroir, ne s’éloignant jamais de son arbre comme l’eût dit son compatriote sétois, pour parler de « Garonne sans article », de « coutelous et coutelles  », de l’estofat, de la violette toulousaine, des stations thermales ou de son voisin narbonnais, Trenet, et de son amour de la chanson. Ou évoquer quelque aïeul, la chasse qu’il ne pratiquait pas, le catch qu’il aimait bien, la neige qu’il n’aimait pas plus que cela, les aéroports qu’il détestait, le foie gras qu’en revanche il appréciait.
Yves Rouquette disait ainsi son admiration pour le photographe Jean Dieuzaide – et on pourrait lui appliquer ce qu’il en écrivit – parce qu’il « aime et donne à aimer, (qu’il) est louange. » Au rayon des artistes, il est aussi question de Nougaro, de Brassens, de Ferré, de Nino Ferrer et de bien d’autres, qui l’amènent à affirmer : « nous ne pèserons jamais que le poids de nos admirations ».
Yves savait s’amuser des tics de langage et se faire parfois un peu grammairien, un peu sémiologue aussi en interrogeant les signes de l’époque. Mais sans se prendre au sérieux et son humour, aussi tendre que malicieux, ne craignait pas d’aller jusqu’à l’autodérision.
Dans chacun de ses textes, selon sa formule, « désir et mémoire s’épousent » et, outre sa faconde, c’est précisément ce mariage qui fait tout leur charme. Avec un brin de nostalgie, pas mal de compassion pour les humains en souffrance ou les animaux en cage. Et toujours, chez ce « chrétien buissonnier », des résonances profondes quand il dit sa « passion pour le réel et ce que le réel porte en lui d’au-delà ».
La subjectivité, avec lui, est toujours fraternelle. Et son expression, un régal pour le cœur et pour l’esprit.

(Préface de Laurent Rouquette. Mare Nostrum éd. 136 pages. 14 euros)
Michel Baglin



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« La faim, seule », un choix de poèmes

« Le chant des millénaires  » suivi de « Dieux Premiers »

Yves Rouquette : « Le Goût des jours »



mercredi 6 janvier 2016, par Michel Baglin

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Yves Rouquette

Yves Rouquette (en occitan Ives Roqueta) est né à Sète le 29 février 1936 et mort à Camarès le 4 janvier 2015. Son enfance fut aveyronnaise, passée en partie près de Camarès, aux limites de l’Aveyron, du Tarn et de l’Hérault, dans cette maison, « la Serre », qui fut celle de ses aïeuls et où il était établi jusqu’à la fin de sa vie.
Entre temps, c’est à Béziers qu’il a exercé son métier de professeur de lettres. A Béziers dont elle est native, qu’il rencontra aussi celle qui est devenue sa femme, l’écrivain Marie Rouanet.
Marqué par une expérience chrétienne et par la révolte (il a été de bien des luttes sociales, des grèves de Decazeville à la défense des paysans du Larzac), Yves Rouquette est aussi un militant du mouvement politique et culturel occitan. Il est le fondateur de la revue Viure (1965-1973) et du Comité occitan d’études et d’action. Il fut un des principaux animateurs du mouvement « Volèm viure al païs » et est à l’origine de la maison de disques Ventadorn (1969), qui a lancé la nouvelle chanson occitane, et du Centre international de documentation occitane (1974), à Béziers (aujourd’hui Centre interrégional de développement de l’occitan).
Son itinéraire poétique a débuté avec « l’Écrivain public », en 1958. Et s’est poursuivi avec « le Mal de la terre » (1960), « l’Ode à Saint Afrodise » (1968), « Messe pour les cochons » (1970).
En prose, il est l’auteur de « la Patience » (1962), « Le poète est une vache » (1967), « Made in France » (1970), « le Travail des mains » (1977), « Le fils du père » (1993), etc. Il est l’auteur de contes pour enfants, pièces de théâtre, essais, et fut également chroniqueur, notamment à « La Dépêche du Midi ». Il est le frère du chanteur Joan Larzac.



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