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Jean Giono

« Le Hussard sur le toit »

Un jeune carbonaro en exil, colonel de hussards plein de noblesse, traverse l’épidémie de cholera qui sévit en Provence et révèle les bassesses humaines. Il rencontre et accompagne un temps son alter ego féminin, Pauline de Théus. Sur les toits ou à cheval, il incarne la résistance à la veulerie.




Publié en 1951, « Le Hussard sur le toit » est un roman du « Cycle du hussard » comprenant « Les Récits de la demi-brigade », « Angelo », « Mort d’un personnage », « Le Hussard sur le toit », « Le Bonheur fou ». Il met en scène un jeune aristocrate italien, Angelo Pardi, colonel de hussards, au moment où il s’exile en France après avoir tué un officier autrichien.
Mais alors qu’il a passé Banon et arrive à Manosque, il découvre des hameaux dont tout ou partie des habitants sont morts, les maisons ouvertes, des nuées de mouches et d’oiseaux s’en échappant. L’épidémie de choléra vient de s’abattre sur la Provence. Angelo est d’abord subjugué par un jeune médecin qui s’efforce de sauver au moins un de ces malheureux malades en les frottant avec de l’alcool. Lui-même essaiera de sauver ce « petit français » quand il sera atteint, par le même moyen, sans y parvenir, mais en faisant fi des risques de contagion.

Sur les toits

Les choses se compliquent à Manosque lorsque la population, manipulée, le prend pour un empoisonneur de fontaines et veut le lyncher. Il n’échappe à ses poursuivants qu’en se réfugiant sur les toits où il doit demeurer plusieurs jours, en compagnie d’un chat, et en contemplant de haut les ravages et les horreurs de l’épidémie et les charrois de cadavres. Visitant les maisons vides, il rencontre une femme qu’il n’effraie pas malgré son allure et son intrusion, Pauline de Théus.
En dépit du titre du roman, Angélo ne passe qu’un court moment sur les toits. Quand il en redescend, une vieille nonne l’embarque dans ce qu’elle croit être sa mission de laver tous les morts et il se prête à cette folie sans crainte de la contagion mais sans vraiment savoir pourquoi. Par orgueil, peut-être. Ou par besoin de se dévouer.
Quand la ville est évacuée et la population survivante réfugiée dans les collines des alentours, Angelo suit le mouvement, et c’est là qu’il retrouve un autre carbonaro italien, conspirateur comme lui, son frère de lait Giuseppe, qui règne sur un groupe de révolutionnaires. Ils décident de fuir cette région en proie à l’horreur et se séparent en se donnant rendez-vous dans un hameau de la Drôme.

Par monts et par vaux

Angélo se remet en selle et essaie d’échapper aux gendarmes qui barrent les routes. C’est à un de ces postes de contrôle sanitaire qu’il retrouve Pauline de Théus, avec laquelle il fausse compagnie aux autorités, comme à la quarantaine où ils sont enfermés après avoir été arrêtés quelques lieues plus loin.
Leur équipée se poursuit plusieurs jours, par monts et par vaux, échappant ici à une tentative d’assassinat par des villageois, là aux soldats qui occupent les villes. Le roman d’aventure devient roman d’amour. Mais platonique, car Pauline est mariée et est en route pour retrouver son mari, bien plus âgé qu’elle et qu’elle aime.
Angélo lui a proposé de l’accompagner jusqu’à sa propriété et a tout loisir d’apprécier son courage face aux dangers et à l’épidémie, comme son élégance et son aisance à cheval. Ses qualités en font son alter ego. Il l’admire et, sans vraiment se l’avouer, il l’aime et finit par se confier à elle un soir où ils ont passablement bu. Pauline, qui éprouve des sentiments semblables, soudain s’écroule : elle est rattrapée par le choléra. Angélo la déshabille et la frictionne désespérément, comme lui a enseigné de faire le « petit français » et il finit par la sauver. Ce sera leur seul contact charnel et leur acte d’amour, car quelques jours plus tard, ayant reconduit Pauline auprès de son époux, Angélo remonte en selle pour rejoindre l’Italie.

Un héros résistant

Dans ce gros roman, le choléra est bien plus que le choléra et Giono rajoute des symptômes à ceux pour lesquels il s’est déjà abondamment documenté et qu’il multiplie en des évocations dantesques de vomissements, dysenterie, agonies foudroyantes et rictus cadavériques…
On est peu après la guerre et Camus, dans la même période, convoque la peste pour symboliser les tragédies qui s’abattent sur les hommes et les forcent à se révéler dans leur vérité. Il en va de même pour Angélo et Pauline, dont la noblesse et la générosité sont les traits de caractère dominant face à l’épidémie. On ajoutera le courage et, pour Angélo, la fougue alliée à une certaine candeur.
Ce qui importe, c’est qu’il résiste. A l’air du temps et à la peur, qui est le vrai thème central du roman. Car le choléra n’est autre que la crainte d’attraper le choléra : « un révélateur », dira Giono. Son carbonaro fait fi des prudences ordinaires et passe au travers, grâce à sa vertu. Il est la figure du héros - doutant cependant parfois de sa propre valeur - en ce qu’il s’oppose aux couards dont il croise la route et que la peur rend capables de toutes les bassesses, de tous les égoïsme, de toutes les haines.

« Angélo »


« Angelo », qui ne paraîtra qu’en 1958 (après une parution dans la NRF en 1953), est en fait une sorte d’ébauche du « Hussard sur le toit ». Il ne compte d’ailleurs qu’une grosse centaine de pages (quand « Le Hussard sur le toit » en totalise plus de 400) et relève d’une narration plus linéaire, d’un style plus vif, brillant souvent, notamment dans les portraits.
On y découvre Angélo au moment où il a franchi la frontière, après avoir tué en duel (au lieu de le poignarder comme il eût été plus simple mais moins honorable de le faire) le baron Schwartz. Il est à Gap et prend une diligence dans laquelle il fait la connaissance de la pittoresque marquise Céline de Théus, qu’il protège lors d’une attaque de brigands. Pour le remercier, celle-ci l’invite quelques jours dans son château et c’est là qu’il fait connaissance de Pauline et de son mari. Cependant, ici, l’amour se concrétise non pas dans la maladie et les soins apportés par Angélo mais dans une soirée en tête à tête, elle cousant et lui lisant, dans une profonde paix, enfin trouvée...
Dans sa préface de 1958, Giono précise : « Le récit intitulé Angelo n’est pas la suite du Bonheur fou : c’est, au contraire, le début d’une première rédaction du Hussard sur le toit (...) On y voit Angelo partir de Turin, s’installer à Aix-en-Provence et rencontrer Pauline avant l’épidémie de choléra. C’est un premier état des caractères. »
Giono avait en en fait conçu le « Cycle du hussard » fort ambitieusement puisqu’il ne prévoyait pas moins de dix romans ! Les circonstances et les personnages, et les aventures de l’écriture en ont décidé autrement. Subsiste de la décalogie projetée cet « Angelo », publié après le Hussard. Mais aussi « Mort d’un personnage », et « Le Bonheur fou »,

Michel Baglin



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samedi 6 janvier 2018, par Michel Baglin

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Jean Giono

Né à Manosque le 30 mars 1895, Jean Giono est mort le 9 octobre 1970 dans la même ville.

Il est le fils unique de Jean-Antoine Giono (1845-1920), un cordonnier anarchiste d’origine piémontaise et de Pauline Pourcin (1857-1946), d’ascendance picarde par sa mère et provençale par son père.
La famille a de maigres revenus et en 1911, Giono doit interrompre ses études pour travailler dans une banque.
En 1915, il est embarqué dans la grande boucherie du premier conflit mondial. Il voit ses amis tomber à ses côtés et lui est gazé. De cette expérience terrible, il tirera plus tard un roman, « Le Grand Troupeau » et surtout un engagement en tant que pacifiste convaincu.
Il lit beaucoup, s’imprègne des mythologies grecques et romaines qui marqueront son œuvre, à commencer par le premier roman qu’il écrit, « Naissance de l’Odyssée » (qui ne sera publié qu’ultérieurement). « Colline est son premier livre publié, qui ouvre la Trilogie de Pan, et reçoit un bon accueil.
En 1929, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture. « Que ma joie demeure » en 1935 lui vaut un grand succès.
A la suite d’une randonnée avec des amis sur la montagne de Lure, il crée les Rencontres du Contadour, qui se poursuivront jusqu’en 1939. Son engagement pacifiste s’y confirme, il écrit « Les Vraies Richesses » .
Face aux menaces d’une nouvelle guerre, il écrit « Refus d’obéissance », « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix », « Recherche de la pureté » , etc.
L’utilisation de sa pensée par Vichy, notamment le retour à la terre ou à l’artisanat, lui vaut après guerre, d’être accusé d’avoir collaboré (alors qu’il a caché des réfractaires, des juifs, des communistes) et il est emprisonné en septembre 1944. Il est libéré en janvier 1945, sans avoir été inculpé.
Dans les années qui suivent, Giono publie les œuvres de sa "seconde manière", notamment « Le Hussard sur le toit » (1951), il est bientôt considéré comme un des grands écrivains français du XXe siècle. En 1954, il entre à l’Académie Goncourt.
Pour autant, il reste engagé contre les guerres et soutient le comité créé par Louis Lecoin pour un statut des objecteurs de conscience, aux côtés de Camus, Breton, l’abbé Pierre.
Il est emporté par une crise cardiaque le 9 octobre 1970 dans sa maison.



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