Retour à l’accueil > Auteurs > BALZAC Honré de > « Le Médecin de campagne »

Honoré de Balzac

« Le Médecin de campagne »

Cinquante ans après l’avoir découvert, je relis « Le Médecin de campagne » , roman paru en 1833, racontant l’arrivée en 1829 du commandant Genestas dans un village proche de Grenoble et sa rencontre avec le docteur Benassis, le maire, qui lui fait découvrir les prodiges qu’il a réalisés, avant de lui confier son secret, les remords qui le hantent (il a abandonné dans sa jeunesse la jeune femme qu’il avait séduite, puis a été abandonné par celle qu’il a aimée ensuite et enfin perdu l’enfant de la première, qu’il avait élevé).



Ce roman catalogué dans les « Scènes de la vie de campagne » de La Comédie humaine, m’avait impressionné quand j’avais 15 ans. Non par l’histoire, qui est mince et consiste en fait en une juxtaposition de relations d’amours malheureuses et de deuils, son seul ressort dramatique, mais par le portrait du docteur Benassis et la description minutieuse de cette sorte d’utopie qu’il met en œuvre.

Le chantre de l’industrie

Arrivé une décennie plus tôt, en proie au désespoir dans un village isolé et misérable du Dauphiné, il a en effet entrepris avec succès de lui redonner vie grâce à une gestion rationnelle et de grands travaux. Par l’irrigation et des techniques scientifiques, il a transformé l’agriculture et développé la production au-delà de l’autosuffisance, puis a aidé à l’installation de vanniers, de forgerons, de boulangers et autres artisans et relancé ainsi le commerce. Il a fait détruire les maisons insalubres pour promouvoir de nouvelles constructions aérées et lumineuses et fait s’accroître considérablement une population devenue aisée, et qu’il soigne gratuitement. Il a ainsi apporté la prospérité où il n’y avait que misère.
Cette ivresse entrepreneuriale est bien sûr le reflet de la confiance dans le progrès et la science dont témoigne le XIXe siècle. C’est un Balzac acquis à l’industrie et à la croissance capitaliste qui se fait ici le chantre de la modernité et du libéralisme. En même temps que de la volonté et du travail.

Conservatisme social

Pour autant, le bon docteur ne cesse de professer les théories les plus conservatrices quant à l’ordre social. Défenseur du sabre et du goupillon, il entreprend l’apologie du catholicisme et des religions, repousse toute idée républicaine et toute idée de démocratie élective (« Le droit d’élection ne doit être exercé que par les hommes qui possèdent la fortune, le pouvoir ou l’intelligence »), vénère enfin les vertus militaires. Il est vrai que Balzac envisageait alors de se lancer en politique et tentait de se faire bien voir des classes dirigeantes aristocratiques. Cette attirance pour la monarchie et le camp légitimiste ne l’empêche cependant pas de professer la plus grande admiration pour Napoléon, dont la relation de quelques batailles nous vaut des morceaux d’anthologie.
Reste que la plupart des personnages sont des incarnations du dévouement envers les faibles et les pauvres, à commencer par le docteur lui-même. Ou par cette paysanne misérable qui recueille et élève des orphelins dans sa masure, sans rien demander en retour, ou presque. Ils ont une dimension évangélique qui contrebalance le conservatisme aberrant, même pour l’époque, des idées politiques du docteur.
Ils sont aussi touchants, comme nombre de portraits de femmes, de la jeune fille séduite et abandonnée par Benassis, à la Fosseuse, sorte de « petite sainte Thérèse du Dauphiné », sans oublier Jacquotte la servante. C’est en s’appliquant à leur donner souffle et vie que Balzac, qui n’en est encore qu’au début de son œuvre, s’annonce comme un des grands démiurges de la littérature du XIXe siècle.

Michel Baglin



lundi 28 novembre 2016, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page



JPEG - 41.7 ko
Balzac par Maxime Dastugue.

JPEG - 12.8 ko
Balzac caricaturé par Nadar

JPEG - 65.5 ko
Balzac par Rodin



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0