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Henri Heurtebise

Le multiplicateur de poésie

Portrait par michel Baglin

Henri Heurtebise est un militant de la poésie, l’infatigable animateur de la revue Multiples, l’éditeur, le découvreur de nombreux poètes, le diseur et l’organisateur des lectures de la librairie Ombres Blanches à Toulouse... Mais il est surtout le poète « libre-senteur », auteur de plus d’une vingtaine de recueils.



C’était peu après la sortie du numéro de Multiples (le 7) de l’hiver 1971 où, pour la première fois, je découvrais un de mes poèmes imprimé. Je voulais rencontrer le poète-animateur qui m’avait ainsi encouragé et se désignait lui-même par ses initiales « HH » ; j’avais donc fait du stop jusqu’à Muret où il habitait alors, à quelques dizaines de kilomètres de Toulouse, pour frapper à sa porte. Henri Heurtebise (je croyais bien sûr qu’il s’agissait d’un pseudonyme) m’accueillit avec bonhomie dans son appartement, où nous avons discuté un long moment de poésie. D’une « poésie pour vivre » comme disaient alors Jean Breton et Serge Brindeau. Il m’expliqua qu’il avait créé sa revue avec un ami prof, René Cazajous, qui venait de décéder prématurément, et qu’il allait tenter de garder le cap, tout seul à la barre. Il me dit aussi qu’il avait aimé la sensualité de mon texte et qu’il l’avait publié pour cette raison : je me sentis conforté sur ma longueur d’onde, loin des travaux de laboratoire auxquels la fac ramenait alors - un peu trop à mon goût - la poésie.

Je revins ce jour-là de Muret avec quelques numéros de Multiples, des recueils dont « XXe siècle » et « Chantecri » et, se bousculant au milieu de mes neurones en pleine effervescence, les noms des poètes que nous avions évoqués, beaucoup de noms d’auteurs, de Malrieu à Saguet, de Pierre Gabriel à Dhainaut, de Puel ou Da Silva à Guy Chambelland, dont certains deviendraient un jour des amis. Des auteurs divers, car HH aime la poésie ouverte, la poésie plurielle et multiple.

Parmi ces noms, il en était un qui m’avait interpellé, celui de Serge Pey. J’avais connu au lycée Berthelot de Toulouse en 1968, puis dans les manifs, un Serge Pey révolutionnaire dont je ne soupçonnais pas alors qu’il pût écrire de la poésie. HH me confirma que c’était bien lui. D’une pierre deux coups : je renouais avec un ami perdu de vue en même temps que j’en gagnais un nouveau, dont la fidélité ne s’est jamais démentie depuis plus de 40 ans !

Un découvreur

Combien de verres avons-nous bus, de repas avons-nous partagés, combien de fois avons-nous refait le monde et la poésie depuis ? Ce découvreur de talents - d’Autin-Grenier à Casimir Prat ou Pierre Le Coz pour ne citer qu’eux - est un fédérateur de paroles et d’énergies. Autour de lui cristallisent des projets et se nouent des liens durables. Il battait alors la campagne avec Claude Saguet et le photographe Louis Viel pour dénicher des lieux où dire les poètes qu’ils aimaient - ici dans des granges, là dans des MJC, ou à la fameuse « Cave poésie » lancée par le comédien René Gouzenne à Toulouse, rue du Taur.

Poète définitivement passé à l’action, j’ai vu au fil des années HH prendre de plus en plus goût à la diction, portant sa poésie sur l’estrade, puis celle de Jacqueline Roques devenue sa compagne, et de nombreux autres poètes. Avant de lancer ses saisons de lectures, très suivies, à la librairie Ombres Blanches de Toulouse, où il dit toujours et invite des comédiens et des auteurs à dire les poètes contemporains. Entre temps bien sûr, et avec une belle pugnacité, il aura poursuivi la publication de sa revue puis lancé l’édition de recueils à l’enseigne de « Fondamente ». Mais toujours porté la parole en même temps qu’il ouvrait des chemins d’encre.

Le libre-senteur

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Henri Heurtebise et Jacqueline Roques

Oui, ce diable d’homme a la poésie chevillée au corps ! Encore n’ai-je rien dit de son militantisme à travers des associations d’artistes comme « Escalasud », le « Passe-mots » et d’autres qu’il contribua souvent à fonder.
Sans doute cette activité débordante lui aura-t-elle parfois joué des tours. Dans une interview qu’il m’accorda pour Texture en 1984, il déplorait un seul point noir dans l’aventure éditoriale entreprise : « On oublie parfois que je suis poète pour ne considérer que le responsable de Multiples, celui qui a publié ou publiera d’autres poètes. »

Pourtant, le poète « libre-senteur » n’a cessé d’écrire et de publier durant toutes ces années. D’abord une poésie urbaine, quand il signait encore Henri Garonne, et bien des années après, jusqu’à «  Villeneuve  », son cinquième recueil. Puis, à partir de son installation dans le village de Longages en 1980, une poésie renouant avec la campagne, la terre et cette épaisseur des choses qui a en fait toujours constitué son « moteur » d’écriture - une matière à dire, à traverser en cherchant passage.

De recueil en recueil, qu’il évoque Virgile ou Whitman, Heurtebise est resté d’abord fidèle à son panthéisme, par exemple lorsqu’il peint la « courbe de pleine terre » du Lauragais, ou quand il palpe la « pulpe » des jours et bien sûr, plus que jamais, quand il parle des femmes.

Ne cessant de naviguer entre les eaux souterraines de l’intime et le grand large du monde, sachant que « nous existons ensemble dans le vide et le chant  », il peut revendiquer la grâce d’être dans le « remuement » des choses et des mots. En équilibre sans doute, sinon en accord, et persuadé que la mesure humaine reste de « s’élargir / vivre de phrases lentes / disant au creux / sans cassure / notre totalité. »

Dans les recueil d’Heurtebise, on éprouve presque toujours sa volupté à pétrir la matière des mots et la matière du monde, son énergie amoureuse qui croise ses utopies en rencontrant des hommes, des femmes, des lieux - la célébration au bord des lèvres.
Animé de ce double mouvement, du réel vers la poésie, de la poésie vers le réel, il a résolument placé son écriture dans le sens de la marche, je veux dire : celui de « la vie / vers ses chroniques simples ».

Et sa vie, Henri, comme celle de ses amis, il la nourrit de poésie.

Michel Baglin

Article paru dans la revue Décharge 137 (mars 2008)

Henri Heurtebise a publié :

XXe siècle (P.J. Oswald éd., 1966),
Chantecri (G. Cbambelland éd., 1970),
Bref (Louis Dubost éd., 1973),
Femmelande (Le Castor Astral éd., 1974),
Villeneuve (Revue Multiples N°18 éd., 1975),
Pour chaque semaine noire (Revue Multiples N°30/31 éd., 1980),
Aires de parlerie (Verticales 12 éd., 1980),
Longages quelques saisons (Tribu éd., 1982).
Le menu temps (Encres Vives éd., 1984),
Les poètes du Sud-Ouest (Multiples éd., 1985),
D’automnes (chez Rougerie, Poésie Présente N°75, 1990), 150 ex. tirés à part et 6 de luxe, épuisés.
Heures d’odeurs (Vesper éd., 1991), tirage limité à 50 ex. de luxe, épuisé.
L’inépuisable fini (Fondamente éd., 1991), tirage à 400 ex et 30 de luxe, épuisés.
Le chevet (chez Rougerie, Poésie Présente N°88/89, 1994), 200 ex. tirés à part, épuisé.
D’imaginie (chez Rougerie, Poésie Présente N°96, 1996), 200 ex. tirés à part. épuisés, et 10 ex. de luxe.
Adam et Eve (Fondamente éd., 1997), tirage à 400ex et 20 de luxe.
Humaine humain (Rougerie éd., 2000).
Monsieur de Non Juan (Noir et Blanc éd., 2000).
Filigranes (Encres Vives éd., 2004), illustrations de Giorgo Guani.
Chant Profond (Rougerie éd., 2005).

Les recueils disponibles peuvent être commandés en librairie ou chez l’auteur : 9 chemin du Lançon 31410 Longages.



A lire aussi :<

Henri Heurtebise, le multiplicateur de poésie (portrait)

Une interview d’Henri Heurtebise par M.Baglin

Une lecture critique de ses recueils

Des poèmes inédits



vendredi 17 avril 2009, par Michel Baglin

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Voici comme HH se présente pour le Printemps des Poètes

« Je suis né le 14 février 1936 à Bazens dans le Lot, donc pas très loin de l’Espagne. J’ai été professeur de Lettres Classiques de 1960 à 1996, à partir de 1966 à Muret, tout près de Toulouse.
J’aime dire la poésie : aussi me suis-je lancé dans le récital poétique à partir de 1974. Auparavant, en 1970, j’avais fondé Multiples avec René Cazajous, mort en 1972. J’assume donc tout seul la responsabilité de cette revue de poésie depuis cette date.
En 1987, je lance un cycle de lectures poétiques dans la plus active librairie de Toulouse : Ombres Blanches. J’ai fêté la 100e en juin 2001 : nous étions six à lire Artaud...
Pour ce qui est de ma poésie, j’ai trois écritures : celle qui pense (dans « Discrétions poétiques »), celle qui rit (« Adam et Eve », « Monsieur de non Juan »), celle qui chante.
Dans mes poèmes, que depuis 1991 j’appelle odes, j’ai toujours chanté. J’entends par là, depuis quelques années, que la musique et le rythme doivent être premiers. Sans négliger le sens (comment le négliger complètement sans tomber dans la déraison extrémiste de l’avant-garde), tout se passe à l’arrière-plan. (...)
Ecrire pour moi, que je réfléchisse, que je rie ou que je chante, est porter à la meilleure forme (irrécusable et intraduisible) la plus forte humanité dans un monde que je voudrais qualitatif. »



Bibliographie

Henri Heurtebise a publié :

XXe siècle (P.J. Oswald éd., 1966),
Chantecri (G. Cbambelland éd., 1970),
Bref (Louis Dubost éd., 1973),
Femmelande (Le Castor Astral éd., 1974),
Villeneuve (Revue Multiples N°18 éd., 1975),
Pour chaque semaine noire (Revue Multiples N°30/31 éd., 1980),
Aires de parlerie (Verticales 12 éd., 1980),
Longages quelques saisons (Tribu éd., 1982).
Le menu temps (Encres Vives éd., 1984),
Les poètes du Sud-Ouest (Multiples éd., 1985),
D’automnes (chez Rougerie, Poésie Présente N°75, 1990), 150 ex. tirés à part et 6 de luxe, épuisés.
Heures d’odeurs (Vesper éd., 1991), tirage limité à 50 ex. de luxe, épuisé.
L’inépuisable fini (Fondamente éd., 1991), tirage à 400 ex et 30 de luxe, épuisés.
Le chevet (chez Rougerie, Poésie Présente N°88/89, 1994), 200 ex. tirés à part, épuisé.
D’imaginie (chez Rougerie, Poésie Présente N°96, 1996), 200 ex. tirés à part. épuisés, et 10 ex. de luxe.
Adam et Eve (Fondamente éd., 1997), tirage à 400ex et 20 de luxe.
Humaine humain (Rougerie éd., 2000).
Monsieur de Non Juan (Noir et Blanc éd., 2000).
Filigranes (Encres Vives éd., 2004), illustrations de Giorgo Guani.
Chant Profond (Rougerie éd., 2005).

Les recueils disponibles peuvent être commandés en librairie ou chez l’auteur : 9 chemin du Lançon 31410 Longages.



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