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Pierre Garnier

« Le promeneur de Saisseval » et « Merveilles »

Deux lectures de Lucien Wasselin

Pierre Garnier publie « Merveilles » (L’herbe qui tremble éditeur) et la revue "Le Chiendent" , lui consacre son numéro 15 sous le titre « Le promeneur de Saisseval »

« Le promeneur de Saisseval »

Le n° 15 de Chiendents est consacré à Pierre Garnier. Cette livraison est intéressante car elle révèle la démarche du poète. Pierre Garnier, en effet, procède par ressassement en ce qui concerne sa poésie de ces dernières années, qu’elle soit linéaire ou spatialiste. A tel point que dans le tome III de ses « Œuvres poétiques » , il a cru bon d’opérer un choix et d’éliminer des recueils qu’il estimait trop semblables à d’autres retenus (sans doute à la demande de l’éditeur...). C’est que la démarche est simple et lumineuse : une figure (géométrique ou réaliste sous une forme symbolique) peut susciter diverses légendes… Le résultat est alors un immense corpus dans lequel le lecteur peut puiser comme il l’entend pour créer sa propre œuvre, en fonction de sa sensibilité. Ici, Pierre Garnier ne s’en prive pas. Après deux textes de Jean-Louis Rambour, il construit une très belle « Petite promenade dans Saisseval » (où il habite), une sorte d’anthologie faite de fragments extraits de divers recueils. Il récidive, dans les pages qui suivent, avec « La flamme de la grand-mère », fabriqué de semblable façon. Ce qui nous rappelle que Saisseval (et sa nature, et ses paysages) et la figure de la grand-mère avec son anneau d’or constituent deux thèmes qui traversent l’œuvre de Pierre Garnier.
C’est émouvant mais c’est surtout une excellente introduction à une œuvre monumentale pour ceux qui la méconnaîtrait encore… Et également, un aperçu de l’histoire politique (sans idées préconçues, sans veste retournée) de la seconde moitié du XXe siècle.

« Chiendents » n° 15, l’exemplaire (consacré à Pierre Garnier) : 3 €. (+ 2 € de port). On peut commander (ou se renseigner ) chez l’éditeur : Editions du Petit Véhicule. 20 rue du Coudray. 44000 Nantes.



« Merveilles »

Le titre ici ne dit rien ; il faut le lire sur la couverture du livre : mer en bleu et veilles en noir. Le mot irradie dans l’espace. Et il en est de même pour tout le recueil. Pierre Garnier avertit le lecteur par quelques mots d’un poème linéaire : « une coïncidence / entre la figure géométrique fondamentale / et toutes sortes de mots qui tentent de faire alliance avec ». Mais s’agit-il bien encore d’un poème ?
Pierre Garnier fragmente la phrase pour dire les choses au plus près de l’espace pour commenter ce qu’il « écrit ». De fait, ce recueil revient sur des figures fondamentales qu’on a déjà vues dans les précédents recueils de poésie spatiale de Pierre Garnier : le cercle, le soleil et la lune (quartier et pleine lune), l’arbre, l’escargot, etc. Chacune de ces figures est une merveille qui, à chaque fois, fait naître la légende (ce mot étant ici à prendre dans les deux sens : récit mythique et texte qui accompagne une image et l’explique). Le lecteur ne s’étonnera pas alors de trouver la même figure accompagnée de dix ou vingt légendes différentes : c’est que la merveille opère toujours et que la légende n’a pas de fin…
Mais le rapport qui apparaît dans ce recueil est plus large : il renvoie aussi aux précédents recueils de Pierre Garnier comme si son approche de la merveille était un ressassement toujours recommencé. C’est ainsi que la référence à l’arche romane ou à l’oncle boulanger, au jardinier ou au bon ouvrier (figures de mots des poèmes linéaires) accompagne à de nombreuses reprises telle ou telle figure. Pierre Garnier n’en finit pas de revenir sur son enfance, sur son existence ; c’est la légende de son siècle intime qu’il écrit ainsi. Pierre Garnier perturbe nos habitudes de lecture (de haut en bas et de gauche à droite) : chaque page peut se lire indifféremment et dans tous les sens : circulairement (autour du cercle) ou de bas en haut puis vers la droite (les états de la bougie).
Au terme de cette lecture, il faut méditer ces mots du poète : « Les poèmes spatiaux sont des rencontres, non fortuites, mais voulues par le moi lyrique, entre une figure simpliste et un mot de façon à provoquer un éclair, chez le lecteur - parfois une lueur, parfois une lumière durable. C’est en fait l’image poétique montrée dans sa réalité : la figure et le mot. » Une nouvelle façon pour Pierre Garnier de parcourir le monde ?

Il faut aussi signaler la parution du tome III (1979-2002) des « Œuvres poétiques » aux éditions des Vanneaux. 1230 pages qui ne reprennent pas la totalité des livres parus dans cette période ainsi que l’a désiré le poète. C’est que la bibliographie de Pierre Garnier est impressionnante : beaucoup de recueils et de minces plaquettes publiés chez de petits éditeurs à petit nombre d’exemplaires…

Pierre Garnier, « Merveilles ». L’herbe qui tremble éditeur, 200 pages, 24 €. En librairie.
Lucien Wasselin



lire aussi :

« Le Sable doux »

Hommage de Lucien Wasselin et dernier recueil

« La Forêt »

« Christianisme »

« Le promeneur de Saisseval  » et « Merveilles »



dimanche 26 août 2012, par Lucien Wasselin

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Un poète majeur


Pierre Garnier est né en 1928 à Amiens dans la Somme où il vit toujours, à l’ouest de la capitale picarde, dans un ancien presbytère qu’il a recyclé en maison où la poésie et les oiseaux règnent… Il a fait des études universitaires de germaniste en France et en Allemagne où il a rencontré Ilse qui deviendra son épouse, par ailleurs aussi poète. Si sa poésie se situe d’abord dans la lignée de l’Ecole de Rochefort, dès les années 60 il s’en éloigne pour fonder avec Ilse, le spatialisme, un mouvement international qui va révolutionner la poésie, ce qui ne l’empêche pas d’écrire en picard. Il a traduit plusieurs auteurs allemands en français…
Des thèses de doctorat lui ont été consacrées en France mais aussi à l’étranger. Citons celle de Martial Lengellé, L’Œuvre poétique de Pierre Garnier, soutenue en 2001.
Plusieurs colloques universitaires lui ont été également consacrés dont le dernier en date (2008), Pierre et Ilse Garnier : la poésie au carrefour des langues, à l’université de Picardie Jules Verne.
Lucien Wasselin a été à l’origine d’un dossier sur la polémique L Aragon/P Garnier publié dans le n° 31 de la revue Faites Entrer L’Infini (2005).
Plusieurs anthologies des poèmes spatialistes de Pierre (et d’Ilse) Garnier ont été publiées…
La bibliographie de Pierre Garnier (plus de 100 titres) ne peut être reproduite sur le site de revue-texture, d’autant plus qu’elle augmente régulièrement… Nous renvoyons donc nos lecteurs à l’article Pierre Garnier sur Wikipédia.

Les Œuvres Poétiques de Pierre Garnier sont en cours de publication aux éditions des Vanneaux. Trois tomes parus à ce jour :
Tome 1, 1950-1968, préface de Lucien Wasselin,
Tome 2, 1968-1988, préface de Martial Lengellé,
Tome 3, 1979-2002, préface de Claude Debon.
(voir l’article de L Wasselin sur le tome 3 dans Europe n° 1003-1004 (nov-déc 2012) pp 352-354 ; article qui fait le point sur ce chantier…)



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