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Pierre Garnier

« Le Sable doux »

« Le sable doux » est l’ultime livre publié que Pierre Garnier ait conçu de son vivant. Il a tenu vivement à la présence dans ce volume de ses « Poèmes de Saisseval » qui expliquent pour une large part les poèmes spatialistes …



« Le sable doux » est l’ultime livre publié que Pierre Garnier ait conçu de son vivant : il est composé de quatre suites inédites dont une linéaire, « Notes sur la mer », et il se termine avec « Les Poèmes de Saisseval » qui ont fait par le passé l’objet de plusieurs éditions indépendantes sous forme de recueil bilingue (en allemand, en anglais et en espagnol) avant de paraître en 2005 chez La Vague verte en édition exclusivement française. Peut-être les chercheurs trouveront-ils dans un futur plus ou moins proche d’autres suites inédites… Pierre Garnier a tenu vivement à la présence de ces « Poèmes de Saisseval » dans ce volume qui expliquent pour une large part les poèmes spatialistes …

« Le Sable doux » est un livre de célébration du monde et le nano-poème de la page 168 (« le cahier les rayons du soleil ») répond aux considérations linéaires des « Poèmes de Saisseval ». Cette approche éminemment dialectique du réel éclaire singulièrement et le recueil proprement spatialiste et les promenades sur le territoire de Saisseval de Pierre Garnier à l’origine de sa vision du monde. D’ailleurs, la coquille de l’escargot tient une grande place dans « Le Sable doux » , une suite intitulée « Une œuvre de la mer » lui est à demi réservée puisqu’elle regroupe des variations sur ce schéma alors qu’on trouve dans le tome 2 d’Une mort toujours enceinte (publié en 1995) ces vers : « la Bible est un petit livre / mais l’escargot est encore plus petit / qui porte le monde depuis le début ». Il n’est pas interdit de penser (au risque de se tromper !) que c’est au cours de ses promenades à Saisseval que Pierre Garnier a été fasciné par des fossiles de gastéropode, voire en contemplant les murs de sa demeure construite en craie (l’ancien presbytère). Mais il y a mieux ; sont présents dans « Les Poèmes de Saisseval » les chevaux, les poissons (parfois nommés), les figures géométriques, le pain (avec sa croûte et sa mie), les arbres très nombreux et l’escargot qui donne lieu à des considérations très cosmologiques : « l’escargot est mon animal-totem : / cette colonne enroulée autour d’un point / est aussi le monde ». Tous ces éléments se retrouvent dans les poèmes spatialistes... C’est la carte du monde que dessine Pierre, celle qui est « la vraie carte de la terre ».

C’est ainsi qu’apparaît cette forme stylistique très présente dans la poésie de Pierre Garnier : le ressassement en tant qu’examen continuel des éléments du réel. Le ressassement revêt différentes formes. Il y a bien sûr ce va-et-vient entre la poésie linéaire et la spatialiste tel que les quelques lignes précédentes comparant « Les Poèmes de Saisseval » et le reste du « Sable doux » le laisse apparaître. Mais si on recense les dessins utilisés, on remarquera qu’ils sont déjà présents dans les précédents recueils de poésie spatiale ; c’est le cas avec le A & O, avec les chiffres, l’accolade, l’escargot, le ⋈, etc… On ne reviendra pas sur l’escargot mais on signalera, pour le chiffre 2, que la suite initiale, « Le Merveilleux début », est composée exclusivement de ce chiffre mais qu’on compte 41 légendes différentes ! Et qu’en 1988 paraissait aux Éditions Quaternaire un recueil intitulé « Poèmes en chiffres » … L’oncle-boulanger (le pain, la croûte et la mie, comme il est dit dans « Les Poèmes de Saisseval ») avec quelques variantes, légende plusieurs pictogrammes comme le A & O, les trois ➞, les chiffres 2 et 9, le poisson…). De même, la vierge enceinte (avec quelques éventuelles variations) légende aussi bien l’escargot ou le A & O. Par exemple... Et je n’aurai rien dit du cercle si présent dans « Le Sable doux », le cercle auquel Pierre a consacré un livre, «  Les Chants du cercle, une épopée » (Aisthesis Vergag, 2011)… Et je n’aurai rien dit non plus de la fraîcheur du « Sable doux » : l’écriture est parfois comme tremblée, on y sent la vie, l’exacte réplique de l’universalité traduite par la figure géométrique ou le pictogramme. Car le ressassement est l’émotion toujours répétée devant les manifestations de la vie, une ouverture sur l’infini. « Le Sable doux » n’est-il pas sous-titré « (un cahier d’écolier) poèmes visuels aux longs prolongements » ?

Dans « Les Poèmes de Saisseval », Pierre écrit : « parfois c’est un silex / qui remonte du champ ». Ses nano-poèmes ne constituent pas seulement « la vraie carte de la terre » : comme ces silex qui remontent à l’occasion des profondeurs de la terre, ils remontent de l’inconscient et de la culture des hommes de ce temps. C’est en ce sens qu’ils sont un précieux témoignage de l’Histoire. Ils nous rappellent que « la vie a l’exacte mesure / de l’espace et du temps ».

Lucien Wasselin.



lire aussi :

« Le Sable doux »

Hommage de Lucien Wasselin et dernier recueil

« La Forêt »

« Christianisme »

« Le promeneur de Saisseval  » et « Merveilles »



mardi 1er septembre 2015, par Lucien Wasselin

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Pierre Garnier
« Le Sable doux »

Éditions L’Herbe qui Tremble
348 pages, 28 €.
(Dans les bonnes librairies ou sur commande chez l’éditeur : 25 rue Pradier 75019 PARIS).



Un poète majeur

Pierre Garnier est né en 1928 à Amiens dans la Somme où il vit toujours, à l’ouest de la capitale picarde, dans un ancien presbytère qu’il a recyclé en maison où la poésie et les oiseaux règnent… Il a fait des études universitaires de germaniste en France et en Allemagne où il a rencontré Ilse qui deviendra son épouse, par ailleurs aussi poète. Si sa poésie se situe d’abord dans la lignée de l’Ecole de Rochefort, dès les années 60 il s’en éloigne pour fonder avec Ilse, le spatialisme, un mouvement international qui va révolutionner la poésie, ce qui ne l’empêche pas d’écrire en picard. Il a traduit plusieurs auteurs allemands en français…
Des thèses de doctorat lui ont été consacrées en France mais aussi à l’étranger. Citons celle de Martial Lengellé, L’Œuvre poétique de Pierre Garnier, soutenue en 2001.
Plusieurs colloques universitaires lui ont été également consacrés dont le dernier en date (2008), Pierre et Ilse Garnier : la poésie au carrefour des langues, à l’université de Picardie Jules Verne.
Lucien Wasselin a été à l’origine d’un dossier sur la polémique L Aragon/P Garnier publié dans le n° 31 de la revue Faites Entrer L’Infini (2005).
Plusieurs anthologies des poèmes spatialistes de Pierre (et d’Ilse) Garnier ont été publiées…
La bibliographie de Pierre Garnier (plus de 100 titres) ne peut être reproduite sur le site de revue-texture, d’autant plus qu’elle augmente régulièrement… Nous renvoyons donc nos lecteurs à l’article Pierre Garnier sur Wikipédia.

Les Œuvres Poétiques de Pierre Garnier sont en cours de publication aux éditions des Vanneaux. Trois tomes parus à ce jour :
Tome 1, 1950-1968, préface de Lucien Wasselin,
Tome 2, 1968-1988, préface de Martial Lengellé,
Tome 3, 1979-2002, préface de Claude Debon.
(voir l’article de L Wasselin sur le tome 3 dans Europe n° 1003-1004 (nov-déc 2012) pp 352-354 ; article qui fait le point sur ce chantier…)



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