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Didier Daeninckx & Joe G. Pinelli

« Le tableau papou de Port-Vila »

Un dessin trouvé à Port-Vila lance Didier Daeninckx sur les traces d’un certain Heinz von Furlau, un peintre expressionniste allemand, est le point de départ du récit de cette enquête à travers le monde. un livre atypique qui devient au fil des pages comme une biographie de ce peintre méconnu.



C’est un livre atypique qui vient de paraître : qu’est donc ce « Tableau de Port-Vila » ? Si on le feuillette rapidement, on se dit qu’il s’agit d’un livre d’images, d’un album d’art tant l’illustration (?) est présente. Mais dès le début de la lecture, on se dit qu’il s’agit du récit d’un moment de sa vie que signe Didier Daeninckx. Ça commence en effet par ces mots : « Depuis que j’ai refait les peintures à la maison… » Et le lecteur découvre que Daeninckx a été victime d’un incendie criminel alors qu’il regardait les infos à la télé dans sa maison… Et il se dit que ce livre est résolument atypique.
Un mot quant au titre : Port-Vila est la capitale du Vanuatu, un archipel océanien de 83 îles à 1750 km à l’est de l’Australie. Didier Daeninckx est arrivé dans ce bout du monde en 2003 alors qu’il se documentait pour poursuivre le travail entrepris avec Cannibale. Et il tombe, dans un magasin improbable, sur un dessin à l’encre réalisé sur la couverture d’un recueil de poèmes d’Achille Chavée, un dessin que le marchand lui offre pour le remercier de ses achats… Hasard objectif ? Quand on sait qu’André Breton fut un grand amateur d’art océanien ! Et il retrouve ce dessin chez lui, après l’incendie quand il remet sa maison en état. Et c’est le début du livre qui est le récit de ses souvenirs.
Ce dessin trouvé donc à Port-Vila serait d’un certain Heinz von Furlau, un peintre expressionniste allemand, et Didier Daeninckx va partir à la recherche de ce dernier. Le livre est le récit de cette enquête à travers le monde et il devient comme une biographie de ce peintre méconnu. On y croise Jack London, Louis Brauquier (le poète, à ne pas confondre avec Georges Bauquier, le peintre qui fut l’assistant de Fernand Léger avant de diriger le musée national Fernand Léger à Biot)…, on y croise Rainer Maria Rilke, Tardi et bien d’autres. Didier Daeninckx ne manque pas de décrire le racisme ordinaire à l’égard des « indigènes » tant pendant la première guerre mondiale que plus tard, les « études » eugénistes d’un certain Rechtig sur les Kanaks, prémonitoires de ce que sera l’antisémitisme nazi…
Mais ce livre n’est pas que cela : il est comme une monographie consacrée à ce peintre grâce aux travaux plastiques de Joe G. Pinelli qui restitue l’œuvre de Heinz von Furlau dans des Carnets (prétendument) retrouvés car le peintre et son travail n’ont guère laissé de traces dans l’histoire de l’art. Le lecteur découvre ainsi, indirectement, un peintre témoin de son temps. Coup de théâtre final avec la postface de Dietrich Krüger, le conservateur du Musée von Furlau de Berlin qui relativise les propos de Daeninckx et qui termine par ces mots : « … en ce qui concerne von Furlau, il n’y a pas de vérité. Sa vie elle-même est un roman. Et, en cela, elle prête à toutes les rêveries ». À quand une vraie monographie, un vrai travail de recherche à propos de von Furlau ?

Lucien Wasselin.



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samedi 7 juin 2014, par Lucien Wasselin

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Didier Daeninckx & Joe G. Pinelli
« Le tableau papou de Port-Vila »

Le Cherche Midi éditeur

176 pages, 18,80 €.
En librairie.



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