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Marilyse Leroux

« Le temps d’ici »

Marilyse Leroux, née à Vannes en 1955, éditée depuis les années 80 en revues, recueils et anthologies, elle écrit principalement de la poésie, mais aussi des nouvelles.
Son recueil, « Le temps d’ici », fait l’objet d’une triple lecture.



Le temps, avec Marilyse Leroux, est lumineux et sa clarté fertile, car « une graine en feu / s’échappe de la lumière ». Et c’est un peu comme si elle irradiait autour d’elle - «  il y a dans l’air / quelque chose de vivant ». Dans l’écriture également, dont les vibrations sont éveil : des mots, des signes, elle dit : « lorsqu’ils se mettent à trembler / c’est un peu du monde qui remue ». Ce recueil que publient les éditions Rhubarbe est ainsi comme une ode à l’air léger, aux scintillements, aux arbres étirant leurs bras dans le soleil et le chant du monde. Plus fort que la solitude et la promesse de la mort dont la présence rôdeuse reste cependant perceptible entre les lignes, « ce désir de vivre / la pleine lumière / encore une fois » est comme le leitmotiv du recueil.
Marilyse Leroux, née à Vannes, auteur de plusieurs recueils, de chansons et de nouvelles, dit du chant : « Il épouse la matière / où se consume l’univers / Il relie les formes / les êtres et les bêtes ». Le sien a l’émotion discrète, retenue, comme lorsqu’elle évoque « ces mots / que le temps resserre / entre hier et maintenant / petites poches de sanglots / contre le cœur du monde. » Il est d’abord célébration, de la vie, du vent, d’un « nous » fraternel, de telle sorte qu’ « on peut rêver /minuscule / d’un infini à sa portée ». Au-delà de cette écriture si limpide, de ce poème souriant malgré les ombres, la grande leçon reste que « toute chose / est habitable / ici-bas »

Michel Baglin



De Marilyse Leroux, je venais de lire « Blanc bleu » , une délicieuse nouvelle d’enfance, publiée aussi chez Rhubarbe.
Ouvrir « Le temps d’ici » , c’est sentir un souffle, une aile qui passe dans le bleu sans fin. Attente, lenteur d’accueil, « la patience est notre alphabet », jusqu’à ce que s’ouvre « une brèche dans l’épaisseur du monde ». Lumineuse, douce et fragile, aérienne, végétale, désirante, la parole voyage de page en page, de l’infime à l’immense, dirait Bachelard. Certes, il y a le poids des ombres, « l’à-pic du monde », les genoux repliés sur les chagrins, mais toujours renaissent ici ces matins du monde « où tout retourne à son origine ». Il y a ces instants « où le temps s’allège », nous soulève sur l’aile du possible, de l’appel, de l’accord au monde. Où les mots épousent les courbes du dehors, les orbes et les ondes. Où le corps poreux baigne dans la fusion des règnes. Car « le chant ne rompt pas / ne détruit pas / il épouse la matière / où se consume l’univers/ Il relie les formes, les êtres et les bêtes ».
Le tu et le nous s’unissent, cherchent ce qui rassemble, écoute, aime, monte, rêve.
Ici les mots jamais ne pèsent ou ne posent. Fraicheur et ferveur. Naissent des images neuves : « tu ramènes le silence / contre toi / comme une robe / pour le voyage ». On est toujours comme au seuil ou au centre d’une plénitude. Même la disparition s’ouvre au voyage…
Quelque chose de Jaccottet : même approche de l’Air, « qui aspire et appelle, ...parait tirer vers le rire, l’ardeur, l’essor, nous change en oiseaux légers » (Carnets). Regard purifié sur les arbres, les rivières, les riens ...et la « montée vers la lumière ».
Un beau livre, qui aide à respirer en ces temps oppressants, réveille « l’élan vital du langage » (Bachelard)

Jacqueline Saint-Jean



« Est-ce qu’on fait des vers avec l’actualité immédiate » s’interrogeait Jacques Bertin dans un poème mis en musique qu’on trouve dans un album 33 tours paru en 1974 (À Besançon) et qui fut repris dans son recueil « Dans l’ordre » (Jacques Bertin, Dans l’ordre. Éditions Saint-Germain-des-Prés, édition de 1979, page 43) en 1978 . À quoi j’ai envie de répondre, au risque de passer pour un indécrottable, par ces mots que j’écris pour l’occasion  : « Est-ce qu’on fait des vers avec une phrase découpée en segments syntaxiques ? » C’est que cette question me vient à l’esprit en lisant « Le Temps d’ici » de Marilyse Leroux… C’est que la question du vers me taraude depuis longtemps. Et j’ai l’impression que Marilyse Leroux l’ignore quand elle écrit ses poèmes. (Et j’envie cette innocence !) Qu’on en juge avec cette « strophe » : « Elle t’inventerait / une grande solitude / dont tu serais la fleur exacte »  ; s’agit-il bien de vers ? Je ne le pense pas. Mais je ne veux pas faire reproche à Marilyse Leroux de cette faiblesse car j’ai apprécié ses poèmes.
Son habileté (diabolique ?) est de faire oublier cette écriture pour créer un univers prenant qui laisse des traces dans l’esprit du lecteur. Ce dernier, s’il est attentif, remarquera un vocabulaire d’une rare cohérence et caractérisé par des termes qui reviennent régulièrement d’un poème à l’autre. Mieux, il finira par s’apercevoir que les mots se distribuent selon les quatre éléments traditionnels d’un courant philosophique de l’Antiquité grecque : la terre, l’eau, l’air et le feu : ces quatre éléments seraient à la base de tous les matériaux constituant le monde. Thalès (né vers -600) fut le premier à imaginer que l’eau était l’élément premier, celui qui aurait donné naissance aux trois autres avant qu’Empédocle (vers -490 à vers -435) admette que les quatre éléments composaient l’univers par leur réunion. On ne s’étonnera donc pas que le recueil de Marilyse Leroux soit placé sous le signe de Thalès de Milet dont quelques mots sont placés en exergue du livre : « Le temps met tout en lumière ». Mais il n’est pas question ici d’entrer dans les arcanes de cette philosophie mais de revenir au lexique de Marilyse Leroux.
Dans la case de la terre on peut ranger l’arbre, ses branches, son écorce, ses racines, ses billots de bois mais aussi la terre, l’ardoise, la pierre, la poussière, les rochers, le roc, la colline… Dans celle de l’eau, on met la mer, l’eau, la vague, la source, la pluie, la rivière, la goutte, l’étang… L’air accueille le ciel, le souffle, le vent, la respiration, le bleu et l’oiseau décliné en nid, plumes, ailes… et le feu, le soleil, l’or, les étoiles, l’éclat, la consomption dans sa forme verbale… Tous ces mots forment un réseau qui exprime la vie et l’amour ; les poèmes deviennent une célébration du monde, une célébration contrastée où la lumière et l’ombre coexistent. Ainsi un poème se termine-t-il par ces mots : « Mais le ciel / retombe / à nos pieds / trop lourd. » alors qu’ailleurs il est dit « Et ton corps / traversé par tant de lumière / fera comme une rumeur d’être. » Marilyse Leroux évite le piège de la réduction et c’est toute la complexité du réel qui traverse ces poèmes en même temps qu’elle atteint l’universalité…
Il ne lui restera donc plus, dans un prochain ouvrage, qu’à remettre sur le métier la question du vers pour donner plus de force à sa poésie. Certes, c’est là toute la difficulté avec le vers libre. Et la nécessité de la distance à prendre avec l’énoncé linguistique suppose des contraintes syntaxiques : il faut torturer la phrase ! Le chantier reste ouvert…

Lucien Wasselin



vendredi 8 janvier 2016

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Marilyse Leroux
« Le temps d’ici »


Editions Rhubarbe.
(78 pages. 10 euros. Illustration de Xurel)
www.editions-rhubarbe.com



Marilyse Leroux

Marilyse Leroux est une poète et écrivain français, née en 1955 à Vannes, en Bretagne. Éditée depuis les années 80 en revues, recueils et anthologies, elle écrit des poèmes en vers et en prose, des chansons d’inspiration diverse, des nouvelles, des récits humoristiques, des jeux de langage, l’écriture pour elle ne connaissant pas de frontières.
Elle est membre de Donner à voir depuis 1986 et de l’Association des Écrivains Bretons. Elle anime depuis 1976 des ateliers d’écriture en poésie et en prose auprès de jeunes et d’adultes.
Ses poèmes ont été publiés dans plusieurs revues et anthologies (Donner à voir, Spered Gouez, Retroviseur, Décharge, Interventions à Haute Voix…) On peut retrouver ses nouvelles sur le site d’Harfang, dans les revues Kahel, Carré, etc.

Principaux recueils :

« Le temps d’ici » (Editions Rhubarbe, février 2013, extraits publiés dans Poètes de Bretagne, La Table Ronde 2008)
« Manoli, ciel et feu », inédit ,automne 2011.
« Quelques roses pour ton jardin », Atelier de Groutel 2011, collection « Choisi ».
« Le fil des jours » (Donner à Voir 2007)
« Grains de lumière » (L’épi de seigle, 1999)
« Herbes » (Donner à Voir, 1995)

Certains de ses poèmes ont été traduits en allemand par Rüdiger Fischer dans l’anthologie « Le temps de vivre, 21 poètes de Bretagne », éditions En forêt, Allemagne 2010.



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