Georges Cathalo

Lecture flash 2015

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues (). Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, qu’il avait commencé l’année dernière.



Gérard Cléry : « Parcours – Approches, entretien et anthologie »


Avant toutes choses, rendons grâce à Marie-Josée Christien d’avoir choisi Gérard Cléry pour inaugurer Parcours, une nouvelle collection qu’elle entend dédier à « des voix actuellement invisibles et dispersées » pour présenter des poètes marquants mais trop discrets. Avec ce poète, auteur d’une œuvre rare et authentique, elle est sûre de ne pas se tromper. La densité de cette écriture poétique fait de Cléry un poète essentiel. Pour s’en rendre compte, il faudrait commencer la lecture de ce livre par la dernière page avec le poème terriblement actuel intitulé « Immigrants », ces personnes qui « vont sachant fort peu / plier genoux  » et « lissant leur vie / aux fenêtres des trains ».
On poursuivra cette lecture en découvrant un vaste choix de poèmes extraits des sept plaquettes publiées par le poète en près de 50 ans. Gérard Cléry est économe de ses poèmes qu’il cisèle longuement afin de les rendre semblables à ces mégalithes bretons auxquels ils font parfois référence. Le long entretien qui suit révèle « une belle personne » aussi exigeante envers les autres qu’envers elle-même. Le poète ne s’apitoie pas sur son sort même s’il aurait de bonnes raisons de le faire. Revenons pour terminer sur le bel entêtement de Marie-Josée Christien qui édite cet ouvrage sans aucune aide publique puisque les institutionnels estiment que « ce projet manque d’ambition » ! Faisons en sorte que cela soit démenti en accordant à ce livre la place qu’il mérite dans le panorama de la poésie vivante.

(Géard Cléry : Parcours – Approches, entretien et anthologie. Spered Gouez éd., 2015., 130 pages, 13 euros – 7 allée Nathalie-Lemel – 29000 Quimper ou
marie-josee.christien@wanadoo.fr )

Lire aussi l’article de L. Wasselin



« Saraswati » n°14 (2015)


Avec un numéro annuel longuement mûri et patiemment préparé, l’équipe de Saraswati présente à chaque fois une livraison exceptionnelle où se côtoient de solides articles, des recherches fouillées, des poèmes originaux et de nombreuses chroniques. Le thème choisi pour 2015 était : « Les langages du symbole », thème suffisamment fédérateur pour accueillir des interventions de qualité dans des domaines aussi différents que la symbolique de la Rose (Christian Monginot), l’astrologie dans l’histoire des sciences (Fanchon Pradalier-Roy) ou les émotions mathématiques (Guy Chaty). Des poèmes viennent compléter ces écrits. On retiendra entre autres ceux de Josette Ségura, Jacques Canut, Jacqueline Persini ou Alain Richer. Bien d’autres écrits pourraient être signalés dans ce bel ensemble que viennent « aérer » les dessins de Claudine Goux, les collages d’ Eliane Biedermann ou les tableaux de Francis Fritsch. Toutes ces « illustrations » s’inscrivent dans la tonalité dominante de la revue en ouvrant des espaces vers l’imaginaire. On appréciera en fin de numéro les 10 pages qui présentent les bio-bibliographies des 36 participants à ce remarquable numéro de Saraswati. Enfin, on ne saurait passer sous silence l’éditorial de Silvaine Arabo qui, en quatre pages magistrales, parvient à tisser les pièces de ce patchwork très réussi.

(Saraswati N°14. 2015. 224 pages au format A4, 23 euros plus 5 euros de port) chèques à l’ordre de Samuel Potier – BP 70041 – 17102 Saintes Cedex)


Marcel Migozzi : « L’heure qui chasse »


« Impossible oubli », titre du poème de la page 31, aurait pu servir de titre général à ce recueil délicat dans lequel Marcel Migozzi rassemble des souvenirs d’enfance comme une mosaïque qu’il tente de reconstituer. Tous ces poèmes parleront à ceux qui ont vécu de semblables moments mais pas seulement. Ce poète est depuis toujours écartelé entre la révolte face aux injustices et à la barbarie et, d’un autre côté, par la tendresse, la bonté et la délicatesse. Entre dépouillement et foisonnement, c’est ce fragile équilibre qui donne naissance à une forte poésie humaniste. Ces textes-flashs se lisent comme des signaux de détresse mais aussi comme d’humbles hommages à la vie. Leur singularité consiste à placer un faux-titre à chacun d’eux tout à fait à la fin, en italiques et entre parenthèses, comme un repère pour le lecteur. Migozzi s’acharne à demeurer lucide en toutes circonstances et à ne pas se laisser gagner par la mélancolie à partir de « souvenirs ossifiés » en s’attardant sur « une heure qui chasse / la suivante, déjà ». Parler de son enfance ou ne pas en parler : cruel dilemme qui se pose à lui, soucieux malgré tout de témoigner même si « on peine à retrouver l’enfance » dans ce monde improbable. Son rôle de poète sera de rappeler les choses essentielles sans surjouer la nostalgie, de faire barrage aux futilités en restant réaliste : « Ne vous méprenez pas, ni larmes / Ni retour sucré sur le temps ».
(Marcel Migozzi : « L’heure qui chasse ». Gros Textes éd., 2015. 50 pages, 6 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes ou http://grostextes.over-blog.com )


« À l’index » N°29 (2015)


Jean-Claude Tardif alterne les numéros anthologiques ou thématiques et les numéros entièrement consacrés à un poète avec la collection Empreintes. Le 9° titre de cette collection célèbre le poète franco-congolais Gabriel Mwènè Okoundji. Depuis vingt ans, cet auteur s’est signalé par une œuvre riche avec une vingtaine de titres parus pour l’essentiel chez Federop et chez William Blake & Cie. Ce numéro s’ouvre sur une allocution que le poète Salah Stétié a prononcée en 2008 à l’occasion de la remise du Prix Poésyvelines. S’en suit Mots totems, un long inédit de 21 pages et un entretien de 11 pages avec Jean-Claude Tardif. Autour du « quêteur de souffle », se sont retrouvés sous formes de lettres, de poèmes, de souvenirs ou de lectures, une vingtaine d’amis et de fidèles venus d’horizons divers. Le point commun de tous ces proches pourrait être l’empathie envers un poète qui mériterait une plus grande notoriété. On regrettera peut-être la rareté des documents iconographiques par rapport à la densité des écrits. On saluera en fin de livraison une excellente initiative éditoriale de quatre pages qui consiste à présenter les protagonistes de ce numéro spécial.

(« À l’index N°29 » 2015. 156 pages, 17 euros – revue.alindex@free.fr )


Georges Drano : « Vent dominant »


Chacun d’entre nous a eu, un jour ou l’autre, l’occasion de se trouver confronté au vent. Georges Drano, poète d’une exigence extrême, rétif à toute forme de contrainte, va s’employer ici à traquer ce libertaire capricieux. C’est ainsi que tous les poèmes de son livre sont consacrés au vent, celui de l’oubli comme à celui de la permanence dans toutes ses variantes. « A l’heure du vent / Tout reste à faire » ou à refaire en reconsidérant le vent comme une métaphore prégnante. « Depuis le temps qu’il nous casse les os / et nous ride la peau », l’on pourrait croire qu’il se calmera un jour. Pas du tout car « il fait le vide / qu’il remplace par d’autres vides » comme s’il tenait à prendre en charge « un monde épais / qu’il faut éclaircir ». On croit alors en avoir fini mais il n’en est rien car « s’il disparaît c’est pour mieux revenir brusquement chercher une réponse ». Au détour de certains poèmes, on peut retrouver les accents connus d’une belle chanson de Georges Brassens en sa bonne ville de Sète offerte aux vents contraires. Pour Georges Drano comme pour le célèbre chanteur, « le souffle qui passe entre les mots / nous l’appellerons écriture » afin de « serrer le vent de plus près / pour s’y hausser avec les mots ». Le vent dominant dont il est ici question n’est pas celui des modes actuelles mais celui de la permanence active d’une poésie capable d’aller au-delà des apparences en freinant le vent de folie qui nous emporte.

(Georges Drano : « Vent dominant » (Rougerie éd., 2014), 64 pages, 12 euros)
Lire aussi l’article de Max Alhau ici


« Arpa » n°113 (2015)

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« Demandez le programme, éteignez les lumières » : c’est ainsi que s’intitule en fin de livraison l’habituelle chronique d’humeur de Colette Minois. Il y est question de l’autodidacte Lucchini qui « a le goût sûr en littérature » mais aussi et surtout des Nouveaux Programmes du Collège dont la lecture déclenche « une franche hilarité », et pour cause, même si l’on se situe là aux antipodes de la poésie vivante qu’ignorent les experts ( ? ) des Sciences de l’Education alors que l’on pourrait aisément retrouver l’authenticité en formant « des esprits libres ». Mais ceci est une autre histoire. Revenons à ce superbe numéro 113 qui recèle des pépites à lire de toute urgence comme les contributions remarquables de Joël Vernet, Marcel Migozzi, Gilles Lades, Véronique Joyaux ou Pascal Boulanger. Mais il faudrait en citer bien d’autres tant la densité des écrits est forte tout au long de cette centaine de pages. On gardera pour la bonne bouche les trois pages d’ouverture qui reprennent « Entre deux silences », une approche franche et lucide du phénomène poétique par Pierre Gabriel, magistralement présenté par Eric Dazzan. Il serait bon que l’on relise ce poète disparu en 1994. Remerciements aux rédacteurs d’Arpa d’avoir repris cet écrit de 1972, écrit qui n’a pas pris une ride et toujours d‘une brûlante actualité puisque « la poésie nomme pour taire » et « ne révèle que pour mieux cacher ».

(Arpa N°113. 2015. 104 pages, 15,50 euros-148 rue Docteur-Hospital – 63100 Clermont-Ferrand ou www.arpa-poesie.fr)



Pierre Tilman : « J’en ai marre de ce poème »


Pierre Tilman demeure fidèle à cet éditeur associatif qui réalise depuis 1998 un excellent travail de fond pour aboutir au final à un remarquable catalogue où la diversité le dispute à l’originalité. Avec ce 5° titre chez Gros Textes, Tilman propose un très long poème qui défile et s’interrompt, redémarre et s’arrête, fonce et ralentit. L’oralité devrait offrir à ce texte une dimension nouvelle que la lecture silencieuse laisse deviner. Le poète se débat comme il peut avec ce poème qui lui colle à la langue, le démange et l’énerve. L’humour et le second degré sont toujours là pour relancer la machine, jamais poussive, toujours fringante. Tilman anticipe les réactions du lecteur envers le poète qui « part dans des trucs à la Saint-John-Perse / des mots prétentieux / chargés de poésie / gonflés gonflants et incompréhensibles ». Il sait se montrer contradictoire (« moi vous le savez je vous l’ai déjà dit / je préfère les poèmes courts »), observateur (« je suis trop gentil ») ou précautionneux (« j’ai fait la lessive des mots / à la main / dans l’eau tiède »). Il prend ensuite de fortes résolutions : « je ne vais plus ouvrir de parenthèses ». Oui, l’auteur a trouvé la bonne mesure pour ce long poème original : « il est fait pour être dit dans un festival de poésie / devant un public d’amateurs de poésie / c’est son destin ». On y croit dur comme fer et l’on pourrait peut-être l’entendre à Sète, par exemple…

(Pierre Tilman : « J’en ai marre de ce poème » . Gros Textes éd., 2015., 44 pages, 6 euros –Fontfourane -05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net)


Traversées N°76 (2015)


Si cette revue s’est vue décerner le Prix Cassiopée 2015, ce n’est pas le fait du hasard. Les responsables de ce Prix ont tenu à récompenser la régularité de cette publication ainsi que sa fidélité à une ligne éditoriale. Pour lire ce numéro 76, nous conseillerons de commencer par… la dernière page. En effet, c’est là que se cache l’éditorial discret de Patrice Breno. On y lit, en une seule page, des mots qui rassurent et qui font un bien fou. Sinon, que dire une fois de plus de cette nouvelle publication, si ce n’est qu’elle est parfaitement réussie, très structurée et surtout très agréable à lire. Elle s’organise autour de deux grands dossiers. Le premier, préparé par Frédéric Chef, est consacré à Jean-Claude Pirotte et convoque une vingtaine de fidèles parmi lesquels on retiendra William Cliff, Gilles Ortlieb ou Sylvie Doizelet. Le second dossier, proposé par Xavier Bordes, s’intéresse aux traductions. Ce sujet, souvent abordé en revues, est ici traité sous un angle original. Les participants de très haut niveau comme Ancet, Badescu, Montobbio ou Tsatsos y présentent en version bilingue d’excellents textes dans une dizaine de langues. La livraison s’achève par des textes inédits de quelques auteurs parmi lesquels on retiendra Louis Bertholon et Yves-Patrick Augustin. Rappelons que les notes de lecture ne figurent plus dans la revue-papier mais sur la revue-écran lisible sur le blog http://traversees.wordpress.com. Cinq illustrateurs permettent à ce numéro d’être une réussite parfaite et un bel exemple d’équilibre pour les téméraires qui voudraient se lancer dans une aventure de revuiste.
(Traversées N°76. 2015. 196 pages, 8 euros- Faubourg d’Arival, 43 – B 6760 Virton)


Dan Bouchery : « La charrette des jours »


Placé sous l’ombre tutélaire et bienveillante d’une préface de Pierre Dhainaut, ce recueil peut se lire sous plusieurs angles : celui d’une tentative pour exorciser des déchirures mentales ou comme la recherche d’un chemin vers un horizon dégagé. Mais auparavant il a fallu que Dan Bouchery fasse l’inventaire d’une charrette des jours, lourde, très lourde à tirer car surchargée de déceptions familiales, de drames et de cicatrices. En écrivant ces poèmes, l’auteure parvient à avancer en se posant les bonnes questions : « Que faire de cette / Charrette ? » et « Comment / Alléger / Le fardeau ? ». Elle réussit ce tour de force en éclatant ces blocs d’un passé tragique, en émiettant cela en des milliers de fragments qu’elle disperse. « Héritière/ D’une histoire compliquée », elle a appris à « Refuser/La part / D’ombre » et la mise à l’écart. Elle a appris à se défendre et à résister. Elle pirouette sur la marelle d’une enfance peu commune. Elle n’insiste jamais et passe vite à autre chose. La rémission passera par l’altruisme et la générosité : « Aide ceux qui en ont /Besoin », « Aide les autres, /Prend-les dans/Ta charrette ». Elle y parviendra aussi par les mots du poème et par la farouche volonté de créer, d’inventer et d’avancer. « Les mots m’ont aidée/À remonter la pente,/ À reprendre confiance, /À me reconnaître/ Telle que je suis ». En écrivant tous ces poèmes, Dan Bouchery s’est délestée de tant de choses subies pour aller vers une création franche et nouvelle « Sans but avéré/ Sans complaisance/ Ni séduction ». Déjà, avec ce livre, c’est ce qu’elle a brillamment réalisé.

(Dan Bouchery : La charrette des jours. Henry éd., 2015. 96 pages, 10 euros, préface de Pierre Dhainaut – Parc de Campigneulles – 62170 Montreuil-sur-Mer ou www.editionshenry.com )



Patchwork N°4/5


Anthony Dufraisse, ayant pris un peu de retard dans la publication de sa revue, présente ici un numéro double sous un double volet. Le premier ensemble rassemble d’excellents écrits de six auteurs divers puisqu’on peut y lire par exemple Un carnet de voyage à Chypre de Serge Safran ainsi qu’une longue série d’aphorismes et d’humeurs de Jean-Pierre Georges. Remarquable aussi la contribution de Denis Grozdanovitch, « tentative d’élégante clarification » pour mettre en avant de vrais écrivains en stigmatisant la vanité des écrivailleurs qui veulent « danser avec grâce sur la corde raide du style ». Du style, s’il y en deux qui avaient à revendre, c’est bien Jean-Claude Pirotte et Pierre Autin-Grenier à qui Patchwork rend un hommage croisé à travers un certain nombre de témoignages. Certes, aucun des deux « n’aurait aimé qu’on élevât un mausolée à leur mémoire » mais on n’en appréciera que davantage les approches amicales d’une dizaine de participants. On lira particulièrement les contributions de Gil Jouanard, Gérard Bocholier, Martin Page et Aymen Hacen sans oublier ce diable de Thomas Vinau seul présent dans les deux hommages. À signaler enfin une originalité, celle des notes de lectures et des coquecigrues cachées sous les deux rabats de la couverture avec le regret d’une lisibilité difficile. Quant au Mot de la fin, c’est une belle chronique présente dans tous les numéros alimentée ici par le rédacteur en chef.

(Patchwork N°4/5. 2015. 136 pages, 10 euros – 15 rue de la République -95100 Argenteuil ou revuepatchwork@free.fr )


Christian Degoutte : « Jour de congé »


Christian Degoutte déroule ici le parcours d’une « road movie » champêtre et cyclopédique accomplie par une jeune cycliste traversant des villages, longeant des prairies débordantes de vie. Ce récit (?) est composé de 13 poèmes accompagnés par autant de belles illustrations de Jean-Marc Dublé faites d’originales enveloppes qui pourraient s’apparenter à ce que l’on nomme art postal. Le parcours de cette jeune personne s’y révèle calme et apaisant. Elle « photographie / la fraîcheur de l’eau » et se veut elle-même transparente à ce qu’elle rencontre : bousier traversant une route, chenille grimpant sur une brindille, coccinelle, passereau, fourmi, tous « ces dieux minuscules ». Elle « entend dans tout la pulsation de la matière », elle « salue / la graine qui a élu le bord du ravin ». On y devine l’instant figé mais aussi les mouvements, les bruissements et les murmures dans une sorte de temps suspendu, « comme si penser / lentement allongeait la vie ». Oui, ce recours à la lenteur serait le contrepoison idéal à nos existences fébriles et dispersées. Ce « jour de congé » renvoie peut-être à Jour de fête, le film de Jacques Tati dans ce parti-pris de privilégier les choses simples. En fin de parcours, c’est le retour, « monture conduite / par la main dans l’ascenseur puis sur le balcon » et là, accoudée à la nuit, elle se laisse envahir par les récents souvenirs, « elle se laisse / chanter par les choses, les plus infimes vies ». Au final, un beau petit livre apaisant présenté dans un sobre format à l’italienne, livre où cohabitent avec bonheur poèmes et illustrations.

(Christian Degoutte : « jour de congé ». Thoba’s éd., 2015., n. p. 32 pages, 10 euros – 14 rue Brison – 42300 Roanne ou contact@thobas-editions.fr)


Contre-allées N°35/36


La longue attente qui a précédé la publication de cette revue annuelle n’est pas suivie de déception. En près de 150 pages, et dans une sobre présentation, Contre-allées propose des écrits de qualité où se côtoient des poètes reconnus (Joël Bastard, Jacques Josse,…) et des débutants prometteurs (Armand Dupuy, Laurent Mourey,…). On notera surtout une étonnante et longue suite poétique « à quatre mains » proposée par Brigitte Galbiati et Alban Rugosi. Comme toujours, après les séries d’écrits poétiques, Contre-allées aime poser des questions aux poètes. La première est proposée par Cécile Glasman ; « Une chambre à soi : depuis quel lieu réel ou imaginaire écrivez-vous ? ». Quatre auteurs y croisent leurs réponses. La seconde, plus technique, est proposée par Matthieu Gosztola : « Lorsque vous écrivez un poème, comment se fait l’enjambement ? La scansion douce du vers est-elle de prime abord sonore ou visuelle ? ». Quatre autres poètes y répondent à leur tour. Quant au couple Fustier-Marembert, il se charge comme toujours d’un solide éditorial, d’une gestion de la revue ainsi que d’une série de notes de lecture fort appétissantes sur 8 livres et sur 10 revues. On espère vivement que cette revue perdure le plus longtemps possible car elle occupe une place prépondérante dans le panorama poétique actuel.

(Contre-allées N°35/36. 2014. 144 pages, 10 euros – 16 rue Mizault – 03100 Montluçon ou contre-allees@wanadoo.fr )


Thomas Vinau : « Des salades »


À chaque nouvelle publication de Thomas Vinau, on se demande toujours, avant lecture, ce que ce jeune poète très imaginatif va encore inventer pour nous tenir en haleine le temps qu’il faudra pour qu’on réalise que l’on est arrivé à la dernière page ! Sous un épigraphe de Cicéron (« Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut »), il nous propose ses salades puisque la vie elle-même « nous raconte / des salades ». Le pauvre poète-jardinier se lance d’emblée dans une auto-critique : « Qu’est-ce-que je cultive / au juste des légumes / ou des insectes ? ». Alors il n’hésite pas à encourager une cohabitation pacifique entre faune et flore : « Pour ce qui est des escargots / et des salades / j’ai décidé de faire / moitié moitié » ou bien encore « Si tes groseilles / s’envolent / ne t’inquiète donc pas / ce sont sûrement / des coccinelles ». Face à une manifestation d’asticots agitant leurs pancartes, le pauvre jardinier se sent bien démuni mais il se console avec un heureux hasard : « La lune est tombée / dans mon jardin / je l’ai plantée / on verra bien ». Et puis mystère au milieu des plates-bandes car voici un intrus inquiétant… Et puis non, ce n’est « qu’un schtroumf à lunettes / un petit jouet en plastoc ». Et le poète de rajouter, « au cas où les taupes / auraient des bébés ». La souriante morale de ce beau petit livre c’est que si « on ne récolte pas toujours / ce que l’on sème » on est sûr que « l’on récolte toujours / quelque chose ». Plongez-vous vite dans ce petit livre imprimé sur beau papier recyclé et parfaitement illustré par des dessins de Matt Mahlen.

(Thomas Vinau : « Des salade ». Donner à Voir éd., 2015. 52 pages, 7 euros –91 rue de tripoli – 72000 Le Mans ou http://donner-a-voir.net )


Décharge N°166 (2015)


Avec une régularité de métronome, Jacques Morin propose au début de chaque trimestre de copieux numéros de la revue qu’il dirige depuis 1981. Ici, le dosage est toujours parfait entre les différentes approches de la poésie vivante et c’est ce qui justifie sûrement la belle renommée de Décharge, revue-papier complétée par la revue-écran : http://www.revuedecharge.com . On notera ici les contributions de poètes reconnus tels que Daniel Biga, Jean-François Mathé ou Jean-Pierre Georges. On regrettera ensuite l’absence de poèmes ou d’écrits dans l’émouvant dossier consacré à Georges Bonnet, discret poète nonagénaire. De numéro en numéro, l’ouverture aux poésies étrangères se poursuit avec la découverte de l’Allemande Gisela Henau et du Suédois Bruno Keats Oijer et de quelques poètes grecs. On ne saurait passer sous silence les lettres-poèmes que Marie Desmaretz adresse à des proches ainsi que la suite des 20 poèmes regroupés par Michel Baglin sous le titre de Charlie’s blues. Citons cette observation : « quand on ne vénère qu’un livre / on est prêt à brûler tous les livres » à laquelle tout le monde devrait souscrire et qu’il est réconfortant de trouver dans une publication poétique. Avec des chroniques et des dossiers, des poèmes et des critiques, ce N°166 orné de belles illustrations de Coline Bruges-Renard est une livraison exceptionnelle.

(Décharge N°166 (2015), 156 pages, 8 euros – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny
ou revue.decharge@orange.fr )


Claude Cailleau : « Crépuscules »


Il est plus que rarissime qu’un poète annonce dans un avant-propos que le livre que le lecteur tient entre ses mains sera son dernier texte en poésie. Claude Cailleau souhaite « donner un éclairage particulier à ces crépuscules de l’aube et du soir » et l’on se laisse entraîner par cette unique phrase courant sur une quarantaine de pages que l’on doit lire en continu. Pas question de sauter une page car l’on perdrait le sens de cette démarche poétique. En extraire un passage peut donner envie de lire mais c’est aussi prendre le risque de s’engager sur une fausse piste dans une histoire complexe : « la mienne dont je ne sais / si elle est / ou de rêve / engluée dans les lointains de ma vie ».
On est loin des rythmes amples qui caractérisaient jusqu’alors la poésie de Claude Cailleau. Pour ce dernier livre, l’auteur a choisi la fragmentation et la rupture pour freiner le débit de lecture tout en variant aussi les caractères, en jouant sur les gras et sur les italiques. À la relecture, des notes finales en particulier, on découvrira que ce ne sont pas de simples exercices de style mais des relais moteurs, « écrits en marge du poème ». L’écriture de ce long poème, ultime crépuscule, a couru sur plus de deux ans. On devine aisément le délicat travail de « retour sur soi » qu’il a nécessité, mais le résultat est là : un livre émouvant qui offre le portrait d’un honnête homme, d’un poète humble et digne qui aura su traverser discrètement son époque sans se soucier à juste titre des modes du moment.

(Claude Cailleau : « Crépuscules ». CRV éd., 2015. 70 pages, 6 euros - 9 rue Lino Ventura -72300 Sablé-sur-Sarthe ou amis.rueventura@hotmail.com)


Guy Allix : « Poèmes pour Robinson »


D’emblée, la situation est posée : « J’ai un petit-fils / Quelque part dans le monde / Je ne sais où ». Partant de là, l’imagination et la sensibilité du poète vont se lancer dans un jeu de piste improbable fait d’allers-retours imaginaires. Robinson est donc le prénom de ce petit-fils que l’auteur n’a jamais vu et qui va sur ses quatre ans au moment où ces poèmes sont écrits. Le dilemme est là : comment « dire je t’aime à un enfant / Qui n’entendra pas / Jamais ». Cette souffrance d’un père dont la fille est partie loin, très loin, est décuplée par celle d’être aussi un grand-père qui ne connaît pas son petit-fils. Grâce à une écriture poétique ferme et courageuse, Guy Allix tente d’exorciser cette douleur. Il utilise pour cela des mots d’espérance « cette espérance folle/ Que ton rire deviné très loin » et de tendresse :« Sais-tu bien/ Qu’un monsieur très loin/ Pense à toi souvent ». Et pourtant, le souhait le plus important du poète se résume à peu de choses : « Je rêve de voir un jour/ Mes pauvres mots s’échouer./ Sur la plage de ton sourire ». Il tente aussi une consolation : « Je me dis que tu ne m’oublieras pas jamais/ Puisque tu ne m’auras jamais jamais rencontré ». Les originales illustrations très colorées d’Alberto Cuadros amortissent le choc émotionnel provoqué par la lecture de ces poèmes d’une rare intensité lyrique.

(Guy Allix : Poèmes pour Robinson. Soc et Foc éd., 2015. 56 pages. 12 euros –tirage limité à 800 exemplaires numérotés - 3 rue des Vignes – La Bujaudière – 85700 La Meilleraie-Tillay ou postmaster@soc-et-foc.com )

Voir aussi ici



Daniel Birnbaum : « Monde, j’aime ce monde »


Non, décidément, on n’en aura jamais fini avec la poésie du quotidien, ce mouvement (?) qui se développa surtout dans les années 1980/2000. De nouveaux poètes s’y engouffrent avec des angles d’attaque originaux et des visions nouvelles même s’ils affirment craindre, comme Daniel Birnbaum, « la chute / dans le quotidien ». Si chute il y a, elle est suivie d’un beau rétablissement car tous les poèmes de cette belle plaquette sont de belle facture. Tous courts et titrés, ils suivent une respiration que n’interrompt aucune ponctuation si ce n’est le point final. Oui, l’auteur aime ce monde avec ses imperfections et ses enjeux, ses insuffisances et ses espoirs. Si « les contours de la vie sont flous » et si « les doubles / font souvent / illusion », le poète avance toujours, passant des vitrines des magasins aux reflets des étangs, faisant halte parfois «  au milieu d’amandiers en fleurs » ou dans un cimetière car « il faut dire que c’est le meilleur endroit / pour entendre le silence ». On pourrait reprocher à l’auteur certaines facilités langagières mais cela ne nuit pas à un ensemble cohérent qui avance à petits pas comme le note Cathy Garcia dans sa préface, à petits pas de poèmes que l’on recueille comme on le ferait pour des « oiseaux chauds et troublants » qui reprendraient ensuite leur envol.

(Daniel Birnbaum : Monde, j’aime ce monde. Polder éd., 2015. 58 pages, 6 euros ou 20 euros les 4 opuscules annuels – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny)



Jean Chatard : « Sous le couvercle de la nuit »


C’est la 2° fois que Jean Chatard est édité par Sac à mots qui présente toujours des livres impeccables avec des tirages de moins de 200 exemplaires numérotés sur beau papier. Si, pour une fois, la fidèle Claudine Goux n’illustre pas un livre de ce poète, elle est présente grâce à un poème liminaire, juste et sensible, poème qui donne le départ d’une course au large car, même dans son environnement terrestre actuel, Jean Chatard ne quittera jamais le milieu océanique. Il garnit de poèmes hauturiers ses « pages d’océan » et quand « la mer peut frapper les trois coups », il est toujours présent, debout, solide à la barre et réaliste : « il est trop tard pour museler / le temps qui court l’ombre qui broie / la nuit volage ». Maintenant que beaucoup de choses se sont figées « avec ce peu d’espoir que la survie nous tend », il n’hésite pas, de retour au port et besace à terre, à évoquer le privilège qui fut le sien d’avoir pu faire ce qu’il a fait et d’avoir pu rencontrer des êtres d’exception, artistes, poètes et marins. Jamais dupe dans sa quête mémorielle, « puisque tant de passants / nous oublient sur le quai », Jean Chatard avance malgré tout puisque « la poésie n’est pas bavardage » mais compagnonnage, complicité et volonté de poursuivre tout en sachant qu’il « sera bientôt temps de froisser l’horizon ce charlatan du cœur ».

(Jean Chatard : Sous le couvercle de la nuit. 52 pages, 20 euros - Sac à mots éd. 2015. La Rotte des Bois – 44810 La Chevallerais)

voir aussi l’article de M Baglin



Josette Ségura : « Les éclaircies »


Ce recueil se lit d’une traite dans une atmosphère légère et lumineuse. Son titre est à lui seul une invitation au voyage, invitation à suivre Josette Ségura au fil de souvenirs et de promenades au cours desquels la curiosité sera sans cesse en éveil, « comme une invitation au bonheur fait de peu de choses ». Mais ce livre n’est pas seulement le « journal de bord » de quelqu’un qui aurait ressenti l’urgence de conserver une trace de ces éclaircies. C’est aussi un parcours formateur à travers des lieux dont on ne mesure pas toujours la dimension fascinante. Ce sont des endroits d’apparence ordinaires mais qui sont toujours associés à des personnes nommées (ses parents ou son frère, Janine et Gaston Puel, Magali de Carvalho,...) ou des anonymes simplement croisés. La lumière, présente presque à chaque page du livre, prolonge le charme qu’exerce cette poésie douce et envoûtante car ici, « vivre paraît soudain si simple ». Une belle aquarelle de Catherine Sourdillon orne la couverture en s’accordant d’emblée avec la tonalité de ces poèmes. Ce second livre paru chez Editinter est impeccablement réalisé par un éditeur dont le catalogue est riche de titres à découvrir. Ici, avec Josette Ségura, « les mots, le silence, tout était pesé » au moment de l’écriture et, sur le trébuchet de la lecture, cette voix se fait légère et feutrée, n’insiste jamais, évoque et s’efface.

(Josette Ségura ; « Les éclairicies ». Editinter éd., 2015. 56 pages, 12 euros -
BP 15 – 6 square F. Chopin – 91550 Soisy-sur-Seine ou editinter@free.fr)



Salvatore Sanfilippo : « Dessine-moi un poème »


Lorsque s’éclaircissent les rangs des vrais éditeurs, de poésie surtout, c’est l’auto-édition que choisissent alors de nombreux poètes de toutes générations. Grâce à la « contribution technique » d’un excellent imprimeur, Salvatore Sanfilippo peut proposer enfin des suites de poèmes très agréables à lire, poèmes où cohabitent humour et tendresse, réalisme et sensibilité. Dans ce 4° ouvrage, l’auteur continue de semer calembours et subtiles allusions mais aussi des poèmes graves dans le sillage fertile d’un Prévert, d’un L’Anselme ou d’un Jean-Pierre Lesieur.
Le titre du recueil renvoie bien entendu au Petit Prince de Saint-Exupéry et cette filiation est acceptable quand on sait que les poètes sont souvent de grands enfants qui refusent de se laisser entraîner dans l’univers compassé d’adultes trop sérieux. Que le lecteur ne se fie pas aux impressions qu’un premier survol aurait pu engendrer. Avec malice, le sourire aux lèvres, l’auteur vagabonde d’un sujet à l’autre ; cela va de la chirurgie esthétique à l’économie, et des instruments de musique à une horloge universelle. Sanfilippo ne craint pas de s’aventurer sur le terrain miné de la poésie dite « d’humour ». Il s’en tire avec brio car il sait trouver les mots simples pour témoigner de ses émotions et communiquer ses colères avec tendresse. Ses poèmes forment un bloc compact dont il est difficile de détacher un passage. Dommage ! Mais raison de plus pour prendre contact avec l’auteur afin d’y aller voir de plus près.

(Salvatore Sanfilippo : « Dessine-moi un poème ». auto-édité, 2015.
78 pages, 10 euros – sanfi@laposte.net )



Luce Guilbaud : « Mère ou l’autre »


Ce livre marque un tournant dans l’ œuvre abondante de Luce Guilbaud. Il s’inscrit en effet dans une aventure personnelle hors du commun puisqu’il est ici question de l’adoption d’un enfant. Ce livre, l’auteur l’a longtemps porté pendant de longues années avant de trouver enfin les mots justes qui vont s’enchâsser dans une réalité fuyante. Car « écouter pour que le mot répare juste » et puis « écrire l’enfant abandonné » ne sont pas des missions anodines. Ce parcours, exaltant et inquiétant, est une longue et patiente recherche. Avec prudence et délicatesse, Luce Guilbaud cherche à s’effacer, avançant pas à pas, doutant, s’interrogeant : « que dit-on à un enfant que l’on n’a jamais vu et qui est votre enfant ? ». Et puis, au fil du temps, ce « garçon devenu fils voudrait savoir », lui qui « a dû tout inventer ». Les poèmes retenus parlent d’arbres, de plantes et d’ oiseaux comme si la mère voulait à tout prix que « le petit étranger qui fait partie de nous » fasse aussi partie du monde vivant. Il s’agit là d’une odyssée qui demande exigence et volonté. Au bout du compte, Luce Guilbaud, grâce à la poésie réussit ce prodige en accomplissant « la promesse d’une mère comme les autres » avec un final tout en sérénité : « maintenant je suis une mère à cœur entier ». Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit et l’on pourrait ajouter également que c’est la confirmation d’une écriture poétique d’une rare sensibilité.

(Luce Guilbaud : « Mère ou l’autre ». Tarabuste éd., 2014. 72 pages, 11 euros –
rue du Fort – 36170 Saint-Benoît-du-Sault)



Éliane Biedermann : « Le bleu des jours anciens »


Les simples et fraîches photographies de Baya Kanane qui accompagnent les poèmes de ce recueil ajoutent une touche nostalgique à un ensemble de textes très maîtrisés. La maturité poétique d’ Éliane Biedermann l’entraîne vers l’enfance dans la lumière du « bleu des jours anciens ». Pas de pleurnicherie ou de déploration asphyxiante mais « une émotion venue de l’enfance », émotion ravivée par des souvenirs légers ou par « des vérités anciennes / qui bruissent aux quatre vents / de la mémoire’ ». Divisé en deux parties qui vont de la « solitude des roses » au « rituel de l’aurore », ce recueil contient de brefs poèmes sans titre et sans ponctuation comme pour mieux laisser couler la paisible rivière d’une expression maîtrisée. « La poésie prend la relève »  : elle est là pour entretenir les braises et « le poème devient fenêtre / sur le crépuscule » ou bien « passage secret / nous séparant de l’abîme ». À contre-courant des modes, ce livre s’adresse « à ceux qui savent être patients » ainsi qu’à ceux qui comprennent « la leçon que nous donnent les oiseaux ». Avec ce nouveau recueil, Éliane Biedermann ajoute une touche nouvelle à une œuvre qui s’élabore patiemment depuis vingt ans à partir d’un lyrisme contenu car, « malgré la lassitude / on persiste à lire / des signes de promesses » comme dans cette volonté tenir tête et d’avancer « dans des pays obscurs » en s’accordant aux signes lumineux.

(Éliane Biedermann : Le bleu des jours anciens (Caractères éd., 2014), 80 pages,
15 euros- 7, rue de l’Arbalète – 75005 Paris ou contact@editions-caracteres.fr )

Lire aussi l’article de Lucien Wasselin ici



Perrine Le Querrec : « La Patagonie »


Avec ce genre de livre, il est recommandé de ne lire la préface qu’après une première lecture. Cette précaution permettra de mieux saisir la démarche poétique de cette auteure avant d’entamer une deuxième et nécessaire approche. Il est ici question d’une enfance perturbée par la violence, violence toujours présente dans la peur sous-jacente et cela malgré une réelle volonté de résilience. Cette fillette, « prête à combattre. Toujours. Recroquevillée dans un angle » s’est trouvée confrontée à « la parole interdite » ou à « la parole refusée bâillonnée », tassée dans l’ombre. À mi-chemin du cri et du silence, cette voix nous atteint de plein fouet et nous émeut par son réalisme. « Au fond de moi luttent dieux et démons », reconnaît Perrine Le Querrec qui doit faire face à « un bloc de terreur où s’accroupir et attendre, les genoux dans la bouche ». Ses poèmes brefs et abrupts lui permettent d’avancer et d’exorciser des angoisses qui ne demandent qu’à revenir à la surface d’un quotidien âpre puisque, reconnaît-elle, « je ne veux plus être seule devant le désastre d’une vie familiale enfouie sous les gravats, la poussière, la moisissure ». L’empathie du lecteur lui est acquise par la médiation de ces poèmes singuliers qu’évoque Jean-Marc Flahaut dans sa touchante préface.

(Perrine Le Querrec : La Patagonie. Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2014.
108 pages, 13 euros – 67 rue de Venise – B1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com )



Jean-Pierre Thuillat : « Dans les ruines »


Voilà plus de dix ans que Jean-Pierre Thuillat n’avait fait paraître de recueil de poèmes. C’est donc avec une certaine impatience que l’on attendait cet ouvrage après avoir lu dans de nombreuses revues des textes d’excellente facture.
Regroupés en trois volets, ces poèmes sont comme des jalons fixés pour prendre date car « Où que nous allions/ nous marchons / sur les décombres de demain ». L’exergue donne tout son sens à la subtile construction de l’ouvrage. Un peu à la manière de son père menuisier, le poète, « artisan du langage » construit lui aussi des meubles avec les mots « pour monter un bouquin / qui tienne sur ses pieds ».
Thuillat maîtrise depuis longtemps une expression poétique enracinée dans un terreau qui ne laisse aucune place au superflu avec toujours en filigrane une fin entr’aperçue, une dernière page, celle qui restera vierge, ou un dernier combat. Dans les ruines du présent, avec cette planète exsangue, à bout de souffle, où même les ruisseaux sont sous perfusion, « nous nous retrouvons seuls » car « Ce qui existe ne se voit pas / dans le jardin de terre des hommes ». Quant aux mutants placés sous une double exergue d’Aldous Huxley et de Michel Serres, ils n’augurent que « d’illusoires contrées / où la pluie n’a plus d’âme » dans un monde brutal où « les écrans hypnotisent même les nouveau-nés ! », mutants et zombies qui « préfèrent la voix des ondes / et les chimères de leurs écrans ». Alors, si « apprivoiser le vent / demeure notre espérance », Thuillat en est toujours à se demander : « Pour qui écrire / quand partout l’ombre / dissout le visage des roses ? ».

(Jean-Pierre Thuillat : Dans les ruines. L’Arrière-Pays éd., 2014), 80 pages,
14 euros – 1 rue de Bennwihr – 32360 Jégun)

Lire aussi l’article de Lucien Wasselin ici.



Jean Chatard : « Clameurs du jour »


Bien plus que les clameurs du jour, c’est la petite musique de Jean Chatard que l’on a toujours plaisir à entendre. La sensation de bien-être qu’elle procure au rythme régulier d’alexandrins à peine masqués rappelle le mouvement des marées. Voyageur au long cours, ce bourlingueur a posé son havresac à terre depuis de longues années mais il n’en demeure pas moins marin dans l’âme, lui qui ne sait plus « compter les vagues rescapées ». A l’écoute du moindre bruit ou du tumulte quotidien, il « regarde passer les ombres du silence » car « c’est le silence désormais qui vrille les regards ». Il n’a pas le temps de se laisser endormir par une insidieuse mélancolie que le voilà déjà reparti pour de nouveaux périples maritimes et terrestres, imaginaires ou réels. Il y a chez lui une force vitale qui transcende les aléas de la vie, une solide envie de bonheur, ce bonheur qui « est peut-être cette blessure au front / qui courbe les sourciers et démâte l’ennui ». Ce déchirement originel et cet écartèlement irréparable sont lisibles au fil des poèmes : « J’ai un pied sur la rive un autre / au bois dormant ». Le livre s’achève sur Les folies, une série de neuf poèmes où Chatard donne libre cours à sa foisonnante imagination, où les images se télescopent pour alimenter « la force de survie avec le / chant pour sauver l’heure encore ou le présent ». Avec lui, le poète se donne des ailes pour « dompter l’arc-en-ciel »  : c’est ce que l’on souhaite à chacun de ses lecteurs.

(Jean Chatard : Les clameurs du jour (Éditinter éd., 2014), 70 pages, 13 euros -
B.P. 15 – 91450 Soisy-sur-Seine ou contact@editinter.fr)



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samedi 17 janvier 2015, par Georges Cathalo

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Les Hommes sans épaules N°39 (2015)


Quelle revue, autre que celle-ci, pourrait se flatter d’ouvrir ses pages sur un éditorial d’Yves Bonnefoy ? Il s’agit ici d’un texte inédit qui reprend un éblouissant discours prononcé à Guadalajara au Mexique lors de la remise d’un Prix de poésie en 2013. Ce texte, d’une très haute tenue, parle entre autres choses des filiations langagières et du rôle capital que va jouer la poésie dans un monde de plus en plus déshumanisé.
Le sommaire de ce N°39 se hisse à la hauteur de cette magistrale impulsion avec d’importants dossiers consacrés à de grands poètes disparus comme Lucien Beckersur une vingtaine de pages ou Alain Borne sur une centaine de pages. Il est encourageant de voir que les jeunes générations entretiennent la flamme de ces poètes disparus dont l’écriture est d’une troublante actualité.
Que dire encore de cette livraison si ce n’est que c’est une mine d’une richesse prodigieuse et qu’il impossible de citer tous les dossiers composés et tous les poètes présentés. Les Hommes sans épaules ouvrent des espaces de lecture, créent des ponts entre les générations et donnent à lire des poètes du monde entier comme le Prix Nobel 1992 Derek Walcott et d’autres, hexagonaux, comme les discrets Jean Pérol, André Prodhomme ou Annie Salager. Sur plus de 300 pages, Christophe Dauphin et son équipe surprennent avec bonheur les lecteurs en proposant toujours des lectures enrichissantes.

(Les Hommes sans épaules N°39. 2015. 302 pages, 17 euros - 8 rue Charles Moiroud – 95440 Ecouen ou les.hse@orange.fr)


Les Cahiers de la rue Ventura N°28 (2015)


Cette revue s’ouvre sur un long texte de Chantal Danjou, une sorte d’approche apéritive et fouillée de l’œuvre de quelqu’un de discret : Monique W. Labidoire. On regrettera cependant de ne pouvoir lire quelques poèmes de cette auteure, fille spirituelle de Guillevic. Pour ce numéro, l’anthologie poétique s’est ouverte à de nombreuses voix nouvelles et Jean-Marie Alfroy, le nouveau rédacteur en chef, regrette même dans son édito de n’avoir pu accueillir plus de poètes encore que la quinzaine retenue. Beaucoup de facettes de la poésie vivante sont représentées dans cet « échantillon ». Cela va des poèmes désenchantés de Gérard Cléry aux recherches de Philippe Jaffeux, du bucolisme de Françoise Vignet au lyrisme de Jean-Pierre Thuillat. Suivent des récits d’enfance de Josette Frey et de Marylise Leroux. Cette livraison s’achève par trois notes de lecture très fouillées et par une émouvante évocation de M.F. Lavaur par Claude Cailleau et Gilles Lades. « Et que la poésie illumine vos jours ! » lit-on à la fin de la revue des revues. Oui, nous avons tous besoin de cette petite lumière pour guider nos pas.

(Les Cahiers de la rue Ventura N°28. 2015. 64 pages, 6 euros le numéro port compris ou 22 euros pour 4 numéros - 9 rue Lino Ventura - 72300 Sablé-sur-Sarthe ou amis.rueventura@hotmail.com)


Interventions à Haute Voix N° 54 (2015)


Certaines revues apportent au lecteur un côté rassurant par le découpage des différentes séquences qu’elles présentent. Mais, comme à chaque nouvelle livraison, il y a les immanquables effets de surprise provoqués par le contenu, que ce soient les poèmes, les proses ou les chroniques ; IHV n’échappe pas à cette règle avec la régularité métronomique de ses deux numéros annuels dont les sujets d’écriture sont choisis plus d’un an à l’avance. Avec « la lampe/le chemin », thème fortement symbolique, Éric Chassefière courait le risque évident d’une dérive vers des clichés ou des lieux communs. Il n’en est rien puisqu’il a élargi le sujet, comme il s’en explique dans sa préface, à « tout ce qui a pouvoir d’éclairer, révéler, caresser » ou à ce qui pourrait devenir métaphore de la lampe. C’est ainsi que les poèmes alternent les approches, avec, pour ma part, une préférence marquée pour les écrits d’ Éliane Biedermann, Guy Chaty, Basile Rouchin, Béatrice Gaudy et d’autres encore qu’il serait trop long de citer. L’ensemble se clôt par un remarquable poème de Jean Joubert. Suivent 22 pages de chroniques et d’appétissantes notes de lecture. Signalons enfin la qualité formelle d’impression de cette revue qui a su évoluer sans renier sa ligne éditoriale.

(Interventions à Haute Voix N°54. 104 pages, 12 euros ou 30 euros les 3 numéros annuels – 5 rue de Jouy -92370 Chaville ou gerard.faucheux@numericable.fr )



Traversées N°73 (2014)


Depuis la Belgique, Patrice Breno et son équipe font paraître Traversées, une belle et forte revue trimestrielle qui a déjà accueilli des centaines de poètes, de prosateurs et de critiques. La qualité formelle de « l’objet-livre » vient agréablement compléter le bonheur d’une lecture enrichissante. Cette livraison s’articule autour de deux sujets qui ne sont pas sans rapport entre eux puisqu’au dossier « Écrivains du Maghreb » vient s’ajouter le compte-rendu des Journées de Tarn-en-Poésie 2014 dont l’invité était cette année Abdellatif Laâbi. Ce dernier, après un périple tarnais de plusieurs jours, a répondu avec bienveillance aux questions des jeunes de collèges et lycées tarnais. Patrice Breno insiste justement sur les qualités humaines de ce poète au parcours qui force le respect pour « sa lutte pour les droits de l’homme, de la femme et des peuples opprimés ». Deux auteurs ont accepté d’apporter leur contribution à ce dossier : Abdelmajid Kaouah et Paul Mathieu. Leurs écrits apportent un éclairage intéressant sur l’œuvre et complètent ce précieux compte-rendu. Quant au dossier « Écrivains du Maghreb », il donne à lire des textes d’auteurs de toutes les générations avant que Nasser-Edim Boucheqif ne présente 16 poètes marocains dont certains jeunes très prometteurs tels que Anas Finali né en 1986 ou Mounir Serhani né en 1982.

(Traversées N°73. 2014. 148 pages, 8 euros – abonnement 25 euros à 4 numéros
Faubourg d’Arival, 43 – B 6760 Virton ou traversees@hotmail.com )



Friches N°117 (2015)


Jean-Pierre Thuillat n’en finit pas de surprendre les lecteurs de sa revue au fil d’une triple parution annuelle. Sa maîtrise de cette forme littéraire ne souffre d’aucune contestation. L’équilibre entre les différentes « entrées » et le savant dosage entre les rubriques en rendent la lecture agréable sans parler de « l’objet-livre » réalisé en typo sur linotype par Le Moulin de Got, atelier artisanal et associatif. À trop maîtriser son sujet, on pourrait craindre une raideur engendrant une lassitude, mais pas du tout car à chaque livraison, Jean-Pierre Thuillat donne la parole à des voix nouvelles (Jean Péchenard, Dominique Marbeau, Isabelle Rebreyend et même à un nouveau-venu qui publie pour la première fois : Marcel Lapeyre). Évoquons surtout la présence dans le dossier d’ouverture de douze étonnantes proses d’Albertine Bénédetto : c’est rarement que l’on peut lire des écrits aussi forts, inscrits dans un environnement culturel très précis. Parole est également donnée à des poètes peu lus tels qu’Alain Richer, Emmanuelle Le Cam ou Christian Le Roy. Les « défrichés pour vous » rassemblent comme d’habitude les solides lectures de Jean-François Mathé, Gilles Lades ou Alain Lacouchie et de quelques autres critiques. D’un bout à l’autre de sa revue, de l’éditorial toujours engagé au « vite dit -vite lu » de la dernière page, Jean-Pierre Thuillat sait entretenir la curiosité du lecteur.

(Friches N°117 (2015), 70 pages, 12,50 euros - Le Gravier de Glandon – 87500 Saint-Yrieix ou jeanpierre.thuillat@wanadoo.fr )



À l’index N°27 (2014)


Après chaque nouvelle parution, les revuistes doivent faire face au doute qui les assaille : faut-il interrompre ou poursuivre ? C’est souvent la rédaction d’un éditorial ou d’un avant-dire qui va relancer la fragile mécanique de la composition d’un sommaire. Jean-Claude Tardifest loin d’être un débutant en ce domaine et ne se laisse pas déborder facilement par le sinistre « à-quoi-bon ». L’empathie présente à chaque ligne de son éditorial témoigne d’un fervent enthousiasme. Il a d’abord composé un épais dossier en hommage à Yves Martin disparu en 1999, ce grand poète qui fut aussi marcheur, cinéphile et clochard céleste. Quelques-uns qui furent ses amis l’évoquent avec pudeur et tendresse tout en laissant la place à de nombreux écrits qui n’ont pas pris une ride. On découvre aussi dans ce numéro les écrits d’un nouveau-venu, Jacques Nunes-Teodoro ainsi que la confirmation de Jean-Jacques Nuel dans le difficile registre des textes brefs, écrits dans une forme hybride et inclassable. Avec « Jeu de paumes », dix poètes croisent leurs voix. On lira encore avec bonheur les nouvelles de Fabrice Marzuolo et de Claire Sicard-Dumay ou les poèmes de Fabrice Farre et d’Hervé Delabarre. « Voix d’ailleurs » s’ouvre, en édition bilingue, à l’univers de Luis Benitez. Vingt pages de critiques viennent clore la dense livraison d’À l’index, revue qu’il faut absolument faire connaître et défendre à tout prix.

(A l’index N°27. 2014. 154 pages, 15 euros - 11 rue du Stade – 76133 Épouville ou revue.alindex@free.fr)



Nouveaux délits N°49 (2014)


Guidée par un instinct très sûr, Cathy Garcia excelle dans l’art du revuiste d’investigation pour dénicher des poètes rares et originaux. Ici, avec Thomas Sohier peu lu mais déjà maître d’une écriture assurée, Patrick Devaux, poète belge dont la poésie s’apparente à celle de Guillevic et Jean-Jacques Dorio dans une écriture « à sauts et à gambades » dans le sillage d’un Montaigne finalement très actuel. Plus surprenants encore, les écrits du jeune Paul Fréval (né en 1978) où l’on devine le penchant prononcé pour une oralité où le poème s’accomplit. Suit encore une expérience d’écriture de poèmes « pour deux voix et deux mains » entre Pascale de Trazegnies et Cathy Garcia dans une originale recherche poétique qui mériterait d’être poursuivie. Enfin, avec Cyril C. Sarot, on se trouve face à quelqu’un qui d’emblée déclare ne pas se considérer comme un écrivain. Précaution bien inutile car les neuf pages ici proposées nous prouvent le contraire. Comme toujours, Cathy Garcia parsème chacun de ses numéros de citations diverses ; cela va d’Anouilh à Werner Lambersy, et de Borgès à Noël Godin l’entarteur. Belle palette éclectique à l’image d’une revuiste de haut-vol.

(Nouveaux Délits N°49 (2014), 52 pages, 6 euros (+1 pour le port)- Létou – 46330 St Cirq-Lapopie ou nouveauxdelits@orange.fr http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/)


Interventions à haute voix N°53


Cette revue demeure fidèle à une formule dans laquelle elle excelle, à savoir le choix, un an à l’avance, d’un thème fédérateur autour duquel se regroupent tous ceux qui se sentent concernés et qui contactent le (ou la) responsable du numéro. Ici, autour d’ Eliane Biedermann, c’est le thème « le souffle / l’univers » qui a permis de rassembler les écrits d’une cinquantaine d’auteurs. Souffle donc, inspiration et expiration, mots à double détente comme le rappelle la responsable dans son bref mais efficace Avant Lire. La plupart du temps, il s’agit de brefs poèmes mais on y trouve aussi des proses comme celles de Guy Chaty, de Basile Rouchin ou de Gérard Faucheux, le directeur de cette publication qui paraît depuis 37 ans. On y lira encore des traductions de poètes étrangers tels que Ferrucio Brugnaro, Luis Carlos et Teresinka Pereira, Luis Antonio Pimentel et Jorge Ventura. L’ensemble peut se parcourir en tous sens ce qui est l’un des charmes de la « revue-papier » face à sa concurrente, la « revue-écran ». Vingt pages de chroniques et de notes ouvrent des espaces de lecture et la revue se clôt par une revue des revues menée par Gérard Faucheux qui propose un panorama d’une dizaine de titres. Quelques belles illustrations en noir et blanc aèrent ce numéro très réussi.

(Interventions à haute voix N°53. 2014. 104 pages, 12 euros – 5, rue de Jouy – 92370 Chaville ou gerard.faucheux@numericable.fr )



Nouveaux Délits N°51


Avec un courage et une ténacité hors du commun, Cathy Garcia poursuit son aventure revuistique. Si elle fait en sorte que sa revue soit identifiable sur le plan formel (présentation, format, impression...), elle met un point d’honneur à choisir des textes originaux. Il lui est sûrement difficile de choisir parmi les centaines de textes reçus mais elle le fait sans tenir compte de la renommée (?) des poètes. Pour elle, seul le texte compte. On relèvera ici des écrits de jeunes tels que Louise Sullivan (née en 1985) avec une nouvelle étrange, « Épingler les papillons » ou de Jean-Baptiste Pedini (né en 1984) avec une belle suite océanique de poèmes en prose. On croise aussi dans ce numéro des gens plus âgés certes mais peu lus car discrets mais au talent indiscutable : Jean Gédéon et Jean-Louis Llorca par exemple. Quant à l’ancien Prix Goncourt Michel Host, il se voit offrir une page lumineuse pour compléter l’ éditorial de Cathy Garcia du N°50. On lira ensuite quelques brèves notes de lecture sur deux livres bien choisis (Jean-Louis Rambour et Perrine Le Querrec). Signalons enfin que Cathy Garcia rappelle l’adhésion de sa publication à l’association ARPO qui rassemble et répertorie plusieurs dizaines de milliers de revues de poésie en son Conservatoire carmausin depuis plus de 30 ans. Beau geste de reconnaissance !

( Nouveaux Délits N°51. 2015. 52 pages, 7,50 euros ou 28 euros pour 4 numéros-
Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie)



Arpa N°112


Cette revue demeure fidèle à son rythme de trois numéros annuels ainsi qu’à sa sobre présentation. Pourtant, à chaque nouvelle livraison, Gérard Bocholier renouvelle son lot de bonnes surprises avec des auteurs peu lus tels ici Laurence Lépine, Dominique Héritier ou Marc Bonetto. Arpa confirme ensuite des poètes discrets comme Gilles Baudry, Emmanuelle Le Cam ou Régis Roux. Dans ce numéro, la part belle est accordée aux auteurs extérieurs à l’Hexagone. C’est ainsi que l’on peut y lire de forts poèmes de l’Américain Reginald Gibbons peu traduit en France et des poèmes émouvants de l’Australien Kevin Hart traduit par Raymond Farina. Pour ce qui est de la francophonie, on retiendra les notes et réflexions du Suisse Pierre Chappuis et des inédits du Belge Gaspard Hons. N’oublions pas, en ouverture, les trois poèmes inédits de Jean-Claude Pirotte disparu en 2014, auteur auquel Bocholier rend hommage dans une belle double page fort justement intitulée : L’enfant triste. Signalons enfin les belles illustrations à l’encre de Chine que propose Bernadette Leconte pour accompagner les écrits de ce N°112. L’artiste explique sobrement sa démarche en une page éclairante dans laquelle elle espère que « la magie des images se manifeste ». Oui, cette magie opère vraiment car ces encres sont en harmonie avec l’ensemble des poèmes de ce beau numéro d’Arpa.

(Arpa N°112. 2015. 104 pages, 12,50 + 3 euros de port - 44 rue Morel-Ladeuil – 63000 Clermon-Ferrand ou gerardbocholier@orange.fr)



Poésie sur Seine N°88 (2015)


Ce ne sont pas moins d’une trentaine de noms qui composent le sommaire de cette nouvelle livraison de Poésie sur Seine, une revue désormais bien identifiée dans la constellation des revues de poésie. Paraissant tous les 4 mois et malgré les difficultés rencontrées par les « revues-papier », elle met un point d’honneur à tenir le cap fixé par une généreuse équipe de rédacteurs. Ils proposent tout d’abord un fronton consacré à un poète de renom ; ici, Salah Stétié avec un dossier de 28 pages coordonné par Béatrice Bonhomme avec présentation et riche bibliographie mais surtout avec un ensemble de poèmes inédits « pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie / La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment ». Viennent ensuite les 25 poèmes retenus autour du thème proposé : L’île. Signalons les textes de Chatard, Albarède, Boulic ou Coiffard. On retrouve encore avec bonheur les fidèles rubriques de cette revue, à savoir Poètes à l’honneur, Poésie sans frontières, Poèmes en liberté et Poème du Club de Poésie Jeunesse. Quant aux membres du Comité de Rédaction, ils n’oublient pas de faire partager leurs coups de cœur en présentant des notes de lecture, des chroniques et des études comme ici celles sur Verlaine, Maurice Couquiaud et sur Les proses brèves.

(Poésie sur Seine N°88. 2015. 142 pages, 10 euros – 13 place Charles de Gaulle – 92210 Saint-Cloud ou www.poesie-sur-seine.com)



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