Georges Cathalo

Lecture flash 2017

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues ().

Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, commencé il y a plusieurs années.



Christophe Jubien : « Le monde n’arrête pas de durer »



C’est dans un écrin artisanal et raffiné que Christophe Jubien présente une suite de tercets (haïkus ?) qu’il a écrits comme pour vitrifier le temps qui passe. Ce numéro 36 de la collection « Choisi » s’inscrit dans la lignée poétique revendiquée par l’éditeur Jacques Renou qui prend un soin particulier à rendre hommage à des poètes qui lui « confient une œuvre afin de la parer de la sensualité d’une typographie au plomb ».
Chose rare pour les poètes occidentaux, Jubien parvient à se glisser dans la peau d’un haïjun (créateur de haïkus). Le résultat est à la hauteur des espérances. Tout part d’une subtile observation : écouter un robinet qui goutte, cueillir des haricots en fin d’été, suivre les arabesques d’une feuille morte qui se prend pour un papillon… Et puis il y a les enfants qui grandissent ou le fantôme d’un père paysan ; bref, le lecteur se trouve aspiré dans l’univers du poète et partage avec lui les étonnements et les questionnements. Oui, vraiment, il n’est pas inutile de rappeler en ces temps d’abondance (et de romans à 500 pages !) qu’un auteur peut transmettre de fortes émotions et communiquer dans l’empathie et la bienveillance sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à des outrances langagières.

(Christophe Jubien : « Le monde n’arrête pas de durer ». Atelier de Groutel éd., 2017. 76 pages, 20 euros, tirage de luxe à 52 exemplaires numérotés – Jacques Renou, atelier de Groutel, 25 Groutel – 72610 Chamfleur ou tél. 02/33/28/22/08.)



Revue Saraswati N°15 (2017)



Cette somptueuse revue annuelle propose ici un numéro spécial « Barques et ponts », thème hautement symbolique dans un siècle fait de fractures, de ruptures et de frontières. L’éditorial de Silvaine Arabo fixe le cap tout en permettant à chaque intervenant de louvoyer au gré de son propre vent, d’avancer, de se laisser dériver ou d’enjamber les ponts. Sur la trentaine de participants, on retiendra les écrits de Claude Haza, Marie-Josée Christien, Cathy Garcia ou Eric Chassefière, même si tous mériteraient d’être retenus tant l’intensité d’écriture est au rendez-vous.
Toujours sur ce thème, on trouve en fin de livraison un très bel ensemble de textes de Laurent Bayart pour accompagner des photographies de Marc Meinau. Comme le souligne Martine Morillon-Carreau en ouverture de trois brillantes pages, « le pont s’avère formidable caisse de résonance » vers des domaines complémentaires. Signalons, magnifiquement reproduites les « respirations graphiques » de sept artistes parmi lesquels un invité de marque, Robert Moorhead, présent avec une longue interview ainsi qu’avec la reproduction couleur d’une vingtaine de ses œuvres.
En fin de numéro, une trentaine de pages sont ouvertes à des critiques de livres et de revues, juste avant une présentation bio-bliographique soignée de tous les participants à ce numéro qui confirme Saraswati en tant que revue majeure.

(Saraswati N°15. 2017. 190 pages au format A4, 25 euros port compris – BP 70041 – 17102 Saintes cedex. )



Monique W. Labidoire : « D’une lune à l’autre »



Les éditions Alcyone ont pris récemment le relais des éditions de l’Atlantique. Elles proposent, dans un même esprit et dans une même exigence formelle, des livres impeccablement composés sur « papier de création blanc nacré au grain subtil », dans un tirage limité et numéroté. « D’une lune à l’autre  » de Monique W. Labidoire a eu la chance d’être retenu pour figurer au catalogue et ce n’est que justice. Il s’agit d’une série de 16 poèmes tous dédiés à son petit-fils de deux ans, Théo-Issey, enfant surgi au confluent de deux civilisations : la française et la japonaise. L’auteur utilise à la perfection le mode vocatif dans une tonalité alliant la tendresse et le réalisme. « Le monde s’ouvre devant toi », écrit-elle, monde parsemé d’obstacles et de parcours complexes : « tu l’apprendras vite, on ne peut pas exiger du temps l’accord parfait ». Cette délicatesse et ce raffinement sont le fil rouge de ces textes avec, en point d’orgue, la mémoire, « car la mémoire est lieu cher à mon poème » et que « l’avenir ne peut être que de mémoire ». Signalons que les mots en italiques et en couleur qui apparaissent dans les poèmes correspondent aux idéogrammes japonais que l’on retrouve sous chaque texte. Silvaine Arabo propose huit encres originales pour accompagner sans redondance ses superbes poèmes ; l’ensemble apporte un apaisement bienfaisant.

(Monique W. Labidoire : « D’une lune à l’autre ». Alcyone éd., 2017. 34 pages, 13 euros – BP 70041 – 17102 Saintes cedex ou editionsalcyone@yahoo.fr )


Revue À l’index N°34 : Patricia Castex-Menier


Jean-Claude Tardif a pris la bonne habitude d’alterner les livraisons de sa revue entre numéros dits « ordinaires » et numéros de la collection Empreintes entièrement consacrés à un auteur. Le 10e titre de cette seconde série est réservé à Patricia Castex-Menier, auteure trop discrète à l’œuvre déjà conséquente puisqu’elle compte plus d’une trentaine de publications. Ce copieux numéro est divisé en trois parties : une cinquantaine de pages d’inédits, un long et éclairant entretien de 14 pages reprenant le titre générique, « Les mots du silence », et enfin une belle brochette d’hommages proposés par une douzaine de proches de l’auteure parmi lesquels son compagnon Werner Lambersy qui offre ici quatre poèmes émouvants. Toutes ces contributions méritent que l’on s’y attarde car elles apportent des éclairages complémentaires. On y trouve des poèmes (Tardif, Le Boël, Corre), des lettres (Dhainaut, Salesse), des critiques sur des livres récents (Vercey, Freixe, Baude) ou des hommages amicaux (Siméon, Bologne). Ce numéro est rehaussé par des travaux graphiques de trois artistes proches de Patricia Castex-Menier : Marie Alloy, Maria Desmée et Jacques Bibonne. L’ensemble donne un remarquable ouvrage qui mérite que l’on s’y attarde.

(À l’index N°34. 2017. 126 pages, 17 euros- revue.alindex@free.fr )



Patricia Cottron-Daubigné : « Ceux du lointain »



Patricia Cottron-Daubigné est quelqu’un qui publie relativement peu de livres mais chacun d’eux est un ouvrage circonstancié qui ne laisse aucune place à la fantaisie ou au décorum. L’on ne peut cependant pas parler ici de « poésie engagée » ou bien alors c’est toute une existence qui serait vouée à dénoncer les injustices et à révéler ce que les médias nous cachent. Dès l’exergue de Térence qui considérait que rien de ce qui est humain ne lui était étranger, on est embarqué en Syrie puis aux côtés de Brika la Roumaine engluée dans un bidonville. Pardon, « on ne dit pas le mot bidonville », on parle de camp ou de campement ! Tous ces délaissés, « dans le délabrement de tout », sont tenus « à l’écart / des discours comptables et coupables / à l’écart / des peurs entretenues ». Tous ces drames quotidiens sombrent dans la banalité des informations en continu. Heureusement, « on a son cœur et rien d’autre / pour tenir la route » et puis l’on a recours aux textes anciens de Virgile dont certains passages très actuels sont insérés dans la suite des poèmes. Patricia Cottron-Daubigné assume cette filiation : « je prends chez Virgile cette leçon des temps / son présent éternel ». Lisons et relisons ce livre dérangeant afin de ne pas alimenter plus longtemps un oubli complice et coupable.

(Patricia Cottron-Daubigné : Ceux du lointain. L’Amourier éd., 2017. 88 pages, 12,50 euros – 1, montée du Portal – 06390 Coaraze)



Revue Interventions à Haute Voix – Hors série N°3 (2017)



Ce n’est pas tous les jours qu’une revue célèbre ses 40 ans d’existence. Avec cette « Anthologie Anniversaire », Gérard Faucheux réalise un vœu qui lui tenait à cœur. La reproduction de la couverture du N°1 paru en 1977 atteste du chemin parcouru tout en prouvant la parfaite cohérence de cette démarche éditoriale. En effet, les responsables n’ont jamais cédé au chant des sirènes qui ont émaillé ce long parcours qui a été possible grâce à l’appui de la MJC de Chaville. Ils s’en sont tenus à une ligne claire et rigoureuse telle que l’évoquent avec émotion Marie-Josée Christien dans sa préface et Gérard Faucheux dans sa postface, textes dans lesquels l’historique d’IHV est bien détaillé.
Tous ces responsables font partie de cette « race de libertaires généreux » qui savent dire merci en reconnaissant ce qu’ils doivent à tous les compagnons qui les ont aidés à parvenir à ce miracle : faire paraître une simple revue de poésie sans aide et sans autre soutien que la fidélité des abonnés et celle de très nombreux participants, près de 500, dont la liste figure en fin d’ouvrage. Cette liste donne une idée correcte de la ligne éditoriale : pas de grands (?) noms appelants et pas d’auteurs à la mode du moment. On y trouve en revanche de nombreux poètes étrangers et de jeunes auteurs qui ont été accueilli ici dès leurs premiers pas. Soutenons fermement cette revue en lui donnant rendez-vous dans 10 ans pour fêter son cinquantenaire.

(Interventions à Haute Voix – Hors série N°3. 2017. 116 pages, 15 euros – Le Rhû – 29253 Ile de Batz ou 25, rue des Fontaines Marivel – 92370 Chaville ou gerard.faucheux@numericable.fr )



Eric Dejaeger : « Streets »



Alors que la moindre petite parcelle de notre planète est livrée aux décrypteurs, gougueulsmapeurs et consorts, il est rafraîchissant de se laisser entraîner dans une errance urbaine au fil de rues imaginaires. C’est la mission que s’est fixée Dejaeger avec 99 rues ou streets, anglicisme oblige… L’exergue de Philippe Soupault (« J’invente des rues inconnues ») va permettre à l’auteur toutes les fantaisies que sa créativité ne va pas manquer de mettre en œuvre pour aboutir à un bel ensemble. Ces rues, plus originales les unes que les autres, nous accompagnent au fil d’un itinéraire riche en découvertes de toutes sortes. Le nom de chacune de ces artères ouvre une perspective alimentée par l’imagination débordante et délirante du poète. Tout cela est bien vu, bien ressenti, dans un parcours salutaire. Certaines portent des noms capables d’aller plus loin dans le rêve et l’utopie : Rue des Etoiles Filantes, Rue du Temps Perdu… D’autres témoignent d’une belle singularité : Rue de la Petite Bougeotte, Rue des Idées Perdues,… Pour d’autres, Eric Dejaeger se laisse aller à une saine trivialité : Rue des Crachats, Rue de l’Anus … Et puis il y en a tant d’autres, surprenantes et inattendues, qu’on laissera le lecteur aller à leur découverte. Tout cela ne pouvait que déboucher sur une rue introuvable, celle qui va focaliser les recherches des fins limiers, toujours en marche pour « arpenter la ville / à la recherche / de la légendaire / et mythique / Rue Sans Nom ».

(Eric Dejaeger : « Streets ». Gros Textes éd., 2017. 112 pages, 10 euros – Fontfourane – 05380 Chäteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )



Revue Les Cahiers de la rue Ventura N°37



Ce « périodique littéraire » aime bien se détourner parfois du domaine poétique auquel il a consacré la plupart de ses numéros. Le sujet qu’il propose ici d’aborder n’est autre que le Nouveau Roman. Il est toujours intéressant de se retourner sur un phénomène littéraire qui a occupé le devant de la scène il y a plus d’une cinquantaine d’années, voir ce qu’il en reste et surtout constater comment ont évolué les différents acteurs de ce mouvement. C’est avec une grande pertinence et une belle objectivité que Claude Cailleau décortique ce phénomène pour aboutir à un constat réaliste sur cette « drôle d’idée » que de vouloir « associer l’école du regard et le regard sur soi ». D’autres auteurs interviennent sur ce sujet : Plantive, Le Divenah, Passelergue, Alfroy et Diaz. Ces approches complémentaires donnent à ce dossier une réelle consistance. Pour ce qui est de la poésie à proprement parler, on peut lire des inédits de sept auteurs. On relèvera le Cahier de textes de Pascale Lavaur, le fille de Michel-François disparu en 2015, excellent poète et maître d’œuvre de la revue Traces qui occupa le terrain poétique pendant près de 50 ans (voir ). En trois pages sobrement écrites à partir d’un souvenir personnel, Pascale rappelle la forte personnalité que fut son père. C’est en fin de revue que l’on découvrira des approches littéraires diverses (Maurice de Guérin et Albert Camus) ainsi que des notes de lectures de sept critiques.

(Les Cahiers de la rue Ventura N°37. 2017. 64 pages, 6 euros port compris ou 22 euros pour 4 numéros – 9 rue Lino Ventura – 72300 Sablé-sur-Sarthe ou cl.cailleau@orange.fr )



Patrice Maltaverne : « Débile aux trois-quarts »



Que le lecteur ne se fie surtout pas à ce titre repoussoir ; en effet, ce livre n’a pas été écrit par un débile ni aux trois-quarts, ni au dixième ni au centième… C’est même le contraire qui est à l’œuvre ici avec une profusion de poèmes directement branchés sur un quotidien accaparant, riche en rencontres et fertile en rebondissements. On pourra toujours y relever une forte influence de Carver ou de Brautigan mais aussi de Biga ou de Venaille. Cette poésie n’hésite pas à se livrer à visage découvert en terrain hostile avec la première personne du singulier présente dans tous les poèmes. Très difficile voire impossible d’isoler des extraits de ces poèmes car chacun d’eux forme un bloc monolithique dont on ne peut extraire le moindre éclat. C’est peut-être à cela que l’on peut reconnaître une exigence d’écriture même si tout paraît si simple et si évident lorsqu’on lit ces textes à voix haute. Et puis Maltaverne n’est pas un gars difficile ; ses rêves ne sont pas démesurés. Tout au plus rêve-t-il qu’on lui paie « une brouette rutilante / Avec son pneu gomme sentant le neuf ». Il n’en faut pas plus pour faire son bonheur car « il va falloir faire simple / Si l’on veut rentrer dans le rang / Avoir l’air bête / Si l’on prend le mauvais train ». Avec ce nouveau livre, rassurons l’auteur : il a pris le bon train !

(Patrice Maltaverne : Débile aux trois-quarts. Gros Textes éd., 2017. 72 pages, 10 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net )



Revue À l’index N°33



Nul ne peut imaginer l’obstination nécessaire aux revuistes solitaires pour proposer régulièrement de copieuses livraisons dignes d’éloges eu égard à la qualité des textes proposés. Jean-Claude Tardif fait partie de ces êtres d’exception dont la force de caractère est telle qu’elle leur permet de poursuivre leur publication « au doigt et à l’œil » comme il l’évoque dans son éditorial. Avec lui, la poésie est considérée comme un contrepoison aux toxines secrétées par notre époque improbable car « elle repulpe la chair de la langue ».
C’est ainsi que l’on retrouve au sommaire des poèmes émouvants de Werner Lambersy, poète à l’œuvre considérable. On lira aussi pour la première fois des auteurs comme Cléa Thomasset ou Damien Paisant. On attend confirmation de ces talents naissants alors qu’avec Pierre Rosin ou Emmanuelle Le Cam, on est déjà dans une poésie de la maturité où le lyrisme est maîtrisé. Notons l’étrangeté et l’originalité de Histoire de la langue communiquée par le Sire de Baradel à Hervé Delabarre (sic !). Ce genre d’écrit renouvelle et prolonge l’héritage surréaliste au-delà des clichés habituels. Et c’est enfin le grand lecteur, poète et critique qu’est Jean Chatard qui boucle ce beau numéro avec une brassée de fortes lectures.

(À l’index N°33. 2017. 188 pages, 16 euros – revue.alindex@free.fr )



Christophe Jubien : « La Tristesse du Monde »



Chacun des courts poèmes qui composent ce recueil constitue à lui seul un micro-univers dans lequel le lecteur aura plaisir à se retrouver comme l’on se souvient de situations communes qui jalonnent une mémoire incertaine. Christophe Jubien maîtrise cette poésie dite « du quotidien », si décriée par ceux qui ne jurent que par les froides abstractions ou les délires abscons.
Rien de cela ici mais l’assurance de pénétrer dans un univers familier où se chevauchent des souvenirs scolaires et médicaux. « Ne dirait-on pas que la vie terrestre / a coupé le moteur » : c’est bien là que tout se joue, dans cette apparente abolition du temps ou plutôt de vivre ce moment magique où se croisent différentes époques pour accéder à un futur proche où « nous partagerons en frères / la tristesse du monde ».
Jubien maîtrise parfaitement son propos et ses évocations témoignent d’un riche vécu où l’observation joue un rôle majeur. Ainsi grâce au jardinage dont la pratique « adoucit les mœurs / et réconcilie / l’homme et la nature », nous sommes tous embarqués dans un même vaisseau « en ce début de XXI° siècle / où tout reste à faire ». C’est dans ces moments difficiles que la poésie joue pleinement son rôle salvateur quand « le poème va de soi » et puisqu’ « un jour,/ je le crois / la beauté reviendra » comme l’on redevient enfant et que l’on retrouve l’innocence qui permet de « recouvrer tout l’univers / dans l’examen ébloui / d’une goutte de rosée ».

(Christophe Jubien : La Tristesse du Monde. Henry éd., 2016., 68 pages, 8 euros – Z.A. de Campigneulles 62170 Montreuil-su-Mer ou contact@editionshenry.com )

/Lire aussi[ l’article de M. Baglin/]



Revue Arpa N°119 (2017)



La lecture de chaque nouveau numéro d’Arpa est un bain de jouvence car elle permet de découvrir des écrits intéressants, originaux et parfois remarquables. On découvre ici tout d’abord un simple hommage rendu à cette grande dame que fut Anne Perrier (1922-2017). Suivent des poèmes du franco-tchadien Nimrod même si l’on peut regretter de ne pas pouvoir en lire plus. Suivent encore des écrits d’une vingtaine d’auteurs parmi lesquels on peut saluer, dans un brassage d’origines et de générations, le discret Marcel Migozzi dont l’œuvre mériterait d’être plus reconnue. Avec ses « Inventaires inachevés » déclinés sur un ton apaisé car, « Malgré la vieillesse, tout n’a pas encore été perdu », Migozzi garde le cap. Traduits par Emmanuel Malherbet, les poèmes descriptifs de l’Irlandais Noël Monohan constituent une réelle découverte ; espérons que nous pourrons en lire plus en revues ou en recueils. Ensuite, Eric Dazzan nous fait pénétrer dans l’univers complexe de Christian Hubin, grand poète belge trop réservé. Et puis, c’est toujours avec bonheur que l’on parcourt les notes de lecture d’Arpa ainsi que l’habituelle et pertinente chronique de Colette Minois sans compter avec les « préférences » de Gérard Bocholier, le directeur de la publication.

(Arpa N°119. 104 pages, 15,50 euros port compris – 148 rue Docteur Hospital – 63100 Clermont-Ferrand ou gerardbocholier@orange.fr )



Jacques Morin : « L’éternité et des poussières »



Ce recueil de Jacques Morin est composé de cinq parties distinctes mais complémentaires. Il révèle une facette inattendue de l’auteur, personnage aux talents multiples mais aussi artisan d’une démarche constructive dévouée à la poésie vivante. Quand il se laisse aller à quelques confidences, c’est toujours sans insistance comme pour exorciser ces « fragments écorchures » évoquées à demi-mot. Ici, la mort rôde en cachette, se fait oublier, revient en mémoire ou dans une brusque réalité ranimée : « il faudrait se préparer / à l’avance // anticiper le deuil ».
Le poète, soudain frappé d’aphasie (« L’absence de parole ne fait mal qu’après »), se reprend et délimite fermement la manque et le vide, l’absence et le néant pour que s’y glissent les mots du poème. Jacques Morin passe de sas en vestibule et de salle d’attente en corridor. Il évoque la disparition de proches, la nostalgie de l’éloignement des enfants ou le départ d’un ami : toutes ces blessures qui font que « la vie avance vers davantage de silence, d’oublis et de brume ».
Et même s’il souhaite se placer en maître des horloges (« Je suis l’homme-temps »), il concède finalement que « tout va si vite dans cette chevauchée lyrique » que l’on ne peut suivre cette cadence infernale. Signalons enfin la parfaite réalisation de ce beau livre dans la désormais célèbre collection des éditions Henry, collection généreusement intitulée « La main aux poètes » dont chaque couverture s’orne d’une illustration originale d’Isabelle Clément.

(Jacques Morin : L’éternité et des poussières (Henry éd., 2017), 96 pages, 8 euros – Parc Champigneules – 62170 Montreuil-sur-Mer ou contact@editionshenry.com )



Revue Concerto pour marées et silence N°10



La livraison annuelle de Concerto est attendue avec gourmandise par tous les amateurs de poésie contemporaine. Cette revue dirigée de main de maître depuis une dizaine d’années par Colette Klein, permet de découvrir une cinquantaine de participants, poètes, illustrateurs et critiques. Tout y est léger et discret et l’on ressent, à la lecture, une étonnante impression, celle d’entendre un concerto mezza voce.
Avouons qu’il est difficile de retenir quelques écrits mais risquons-nous à citer quelques noms afin d’attester de la diversité des choix éditoriaux : Marilyse Leroux, Jean Miniac, Bernard Fournier, Daniel Abel, Muriel Carrupt, Danièle Corre ou Ivan de Montbrison. Les fortes critiques d’Eliane Biedermann, Jean Chatard, Gérard Cléry ou Jean-Louis Bernard permettent d’aller plus loin dans la découverte de livres originaux.
En fin de livraison, douze pages d’opus offrent des pistes de lecture dans l’œuvre des auteurs retenus. Félicitations donc à la « chef d’orchestre » qui ouvre le sommaire en page 3 avec un texte percutant d’une dizaine de lignes qu’elle n’ose intituler « éditorial » et qui donne le la à l’ensemble des choristes de ce nouveau numéro de Concerto.

(Concerto pour marées et silence N°10 (2017), 196 pages, 14 euros – 164 rue des Pyrénées – 75020 Paris ou colette.klein14@orange.fr )



Paul Bergèse : « Lecteurs »



À l’heure où prolifèrent smartphones, tablettes et liseuses, les lecteurs de « livres-papier » se font de plus en plus rares. Cependant et fort heureusement, ils sont encore très nombreux et témoignent de leur dévorante passion. Paul Bergèse, lors d’un « séjour d’itinérance », les a observés dans leur pratique addictive, réfugiés dans des lieux aussi différents que des librairies et des bordures de champ, des trains de nuit et des bistrots.
Isolés du monde qui les entoure, c’est le plus souvent allongés ou assis qu’on les retrouve : enfant dans un supermarché, « assis en tailleur sur le carrelage », adolescent « à plat ventre dans le foin odorant », jeune fille « assise sur une chaise de jardin à l’ombre du saule pleureur » ou vieux lecteur sur un banc de bois… En relisant ces proses poétiques, l’on croise le fantôme bien oublié hélas de Georges-L. Godeau dans cette façon habile d’entraîner justement le lecteur dans une spirale avant de lui porter le coup fatal d’une chute efficace.
Goulus ou bruyants, gourmets ou silencieux, tous les types de lecteurs trouvent ici leur place : grâce aux livres de rêve, ils apaisent leurs rêves de livres. Ajoutons que de délicates aquarelles de Joëlle Bernard complètent sans redondance ces textes originaux pour faire de ce livre un petit bijou raffiné qui ne peut que confirmer chaque lecteur à poursuivre son addiction dans cette enrichissante voie pour le cœur et l’esprit.

(Paul Bergèse : « Lecteurs ». Soc et Foc éd., 2017. 44 pages, 15 euros – L’Ouche des 3 Saules 85700 La Meilleraie-Tillay ou postmaster@soc-et-foc.com )



Revue Traction-Brabant n°74 (2017)



Avec Patrice Maltaverne, on ne sait jamais ce que sera le contenu de chaque nouveau numéro de son fanzine. Il a l’art et la manière de surprendre ses lecteurs occasionnels et ses abonnés non seulement par le côté informel de sa modeste revue mais aussi par la qualité des textes qu’il propose. N’hésitant pas à brouiller les pistes, il fait cohabiter des poètes qui n’ont pas l’habitude de se croiser comme par exemple Christophe Jubien et Jean-Marc Couvé. Et puis, Maltaverne va toujours dénicher de surprenants auteurs peu connus ou jamais lus comme Raymond Delattre, Marien Ribaud, Charles Frouin, Valéry Molet ou Sébastien Kwiek. Il fait aussi régulièrement appel aux fidèles de ses débuts : Michèle Caussat, Jacques Lucchesi, Marc Bonetto ou Murielle Compère-Demarcy. Enfin, il faudra bien qu’un jour ou l’autre, Patrice Maltaverne se décide à regrouper ces parenthèses singulières qu’il propose en ouverture et fermeture de la revue qu’il dirige de main de maître en courageux revuiste solitaire.

(Traction-Brabant N°74. 2017, 56 pages, 3 euros ou 12 euros pour les 5 parutions annuelles – Appt 245 – 1 rue des Couvents – 57950 Montigny-Les-Metz ou p.maltaverne@orange.fr )



Michel Ferrer : « Le chœur stellaire »



Après de longues années de publications poétiques et historiques, Michel Ferrer a souhaité se lancer dans l’autoédition depuis une dizaine d’années. Ce nouveau livre, divisé en trois parties, rassemble des poèmes écrits sur près de 30 ans. Sous un titre éponyme, la première partie rassemble d’anciens poèmes dans lesquels on retrouve déjà les principales caractéristiques de la poésie de Michel Ferrer, à savoir l’authenticité et la sincérité. « Poète et paysan », il arpente des terres familières car « le poète n’est pas un rêveur » mais peut-être un mélancolique puisque « personne n’entre jamais / dans la souffrance d’un poète. » Il est là pour dénoncer ceux qui détruisent « le monde à force d’irrespect » car lui est dévoré par un appétit glouton de la vie sous toutes ses formes. Il évoque la lumière des causses, le rythme régulier des saisons, la juste solitude et les nuits catalanes. Et il conclut le plus naturellement du monde : « C’est pourquoi j’ai choisi / de vivre simplement. »
La deuxième partie du livre regroupe des « poèmes catalans » sur une période allant de 1965 à 1990, véritable hymne à la vie et la femme. La troisième partie, intitulée « Ecce homo » (1973), rassemble une suite de brefs poèmes plus graves, réalistes mais non résignés dans une réelle empathie : « qui veut croire en l’homme / doit savoir s’ignorer. ». Et il conclut : « En somme / mon contraire est identique / à l’idée que l’on se fait de moi. » C’est sur cette apparente contradiction que l’on peut accorder respect et confiance à Michel Ferrer ainsi qu’à sa poésie.

(Michel Ferrer : Le Chœur stellaire (Du Beffroi éd., 2017), 90 pages, 15 euros port compris - 9, place Mazerac – 82140 Saint-Antonin Noble-Val ou ferrer82140@gmail.com)



Saïd Mohamed : « Le vin des crapauds »



Ce magnifique livre s’ouvre sur une triple dédicace : Emir Kusturica, Jérôme Bosch et Goya. À partir de cela, on peut affirmer que l’atmosphère est bien circonscrite et le cadre bien défini. On ne saurait parler des forts et rudes poèmes de l’auteur sans évoquer les 13 linogravures de Bob De Groof qui viennent prolonger la force tellurique de ces poèmes au vocabulaire apocalyptique dans un déluge de situations extrêmes. Tout contribue ici à traquer la barbarie dans les moindres recoins et à dénoncer la banalisation de l’horreur. Saïd Mohamed voudra « calmer la mémoire de l’enfance » en exorcisant d’anciennes réalités et des souvenirs douloureux : « Le plus doux d’entre nous deviendrait fou / S’il lui venait à l’esprit de ma douleur l’immensité ». Oui, la poésie a bien « sa place dans la nef des fous » et le poète se ravise, fait le point et craint de « ne jamais pouvoir donner (son) pardon / À l’œuvre de l’enfer » car « l’horreur ne faillit jamais ». D’un bout à l’autre du livre, dans une langue flamboyante, l’auteur ne craint pas d’avancer à découvert et ne redoute pas d’affronter jugements et reproches. Il avance libre et solitaire, en exilé volontaire, en tentant de dépasser les peurs qui continuent de l’assaillir quand « chaque jour déverse son lot guerrier / Et nous maintient la tête sous l’eau ». « En glaneur de paroles », il sait que « vivre au détail est trop peu ». Toute son œuvre est là pour témoigner de cette forte réalité.

(Saïd Mohamed : Le vin des crapauds. Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2017. 70 pages, 18 euros – 67 rue de Venise – B 1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com )

Lire aussi l’article de Jacmo



Josette Ségura : «  Jours avec »



Il est impossible de rester insensible à ce livre apaisant au titre décalé par rapport à l’expression courante des « Jours sans »… Ces jours que Josette Ségura nous permet de partager sont des points d’accroche indispensables. Nous suivons l’auteur sur un sentier parsemé de « cailloux du petit Poucet » à la découverte de lieux magiques (Saint-Bertrand-de-Comminges, Conques, Saint-Guilhem-le-Désert) ou de lieux habités (Jean Malrieu à Penne ou Gaston Puel à Veilhes).
Ralentir l’allure ou freiner les emballements des jours qui filent sont d’urgentes résolutions lorsqu’on « a l’impression que c’est ici qu’il faut se taire, écouter ». De discrets souvenirs d’enfance s’infiltrent dans ces promenades oniriques quand « on ne sait plus parfois sur qui s’appuyer ». Il devient donc urgent de retrouver « un exercice d’éloignement » qui permettra de tenir à distance un monde devenu trop anxiogène et trop trépidant. En parcourant ces jardins silencieux aux douces lumières, on sera confronté au mystère latent que l’on tentera de saisir, « toujours comme dans un journal, noter / feuilleter les souvenirs, / faire respirer le jour ». Josette Ségura sait savourer chaque instant vécu à sa juste mesure dans la précieuse richesse qui le rend unique. En lisant chacun de ses poèmes, on a l’impression de recevoir un cadeau inattendu et réconfortant.

(Josette Ségura : « Jours avec ». Éditinter éd., 2017. 50 pages, 12 euros –
BP 15- 6 square Frédéric Chopin – 91450 Soisy-sur-Seine)



Jean-Louis Massot : « Nuages de saison »



S’il est un sujet qui revient de façon récurrente chez les auteurs de toutes les époques, c’est assurément celui des nuages. De Baudelaire à Jules Renard, de Claude Roy à René Char et de Jean Malrieu à Christian Bobin, ce thème a suscité toutes sortes de dérives imaginaires, de créations originales et de poèmes dédiés. Inutile de nous plonger dans L’Atlas International des Nuages, allons directement vers les brefs poèmes de Jean-Louis Massot pour interroger le nuage et tenter de savoir « De quel message rassurant / Ou inquiétant » il peut être porteur.
Rien de tel que les nuages pour nous faire prendre une conscience aiguë de notre finitude et la fugacité de toute chose. Ces nuages parfois solitaires ou qui s’agrègent les uns aux autres « pour n’en former qu’un //Et se sentir moins seuls », ne sont-ils pas à l’image de nos existences précaires ? Comme nous, savent-ils où ils vont ou ce qu’ils vont devenir ? « Nuages qui venez de loin / Ce que vous avez vu / Etait-il si innommable / Que vous êtes vêtus de deuil // Et gardez le silence ? ». Et puis, il y a toujours à redouter ce jour où il n’y aura « pas une once de nuage, / Rien où s’accrocher ». Les douze illustrations photographiques placées au centre du recueil prolongent l’envie d’évasion engendrée par la tonalité de ces discrets poèmes, une envie folle de se laisser porter par des vents contraires et de laisser filer le temps qui nous dévore.

(Jean-Louis Massot : « Nuages de saison » 68 pages, 12 euros Bleu d’Encre éd., 2017), Clos des Tanneurs 2/33 – B 5590 Ciney)



Romain Fustier et Amandine Marembert : « Brique pilée »



Ce minuscule recueil de 16 pages réalise la gageure d’être tout aussi important pour le lecteur qu’un épais recueil de poèmes. C’est tout à l’honneur de ce couple de poètes que d’avoir su trouver les mots et les images qui vont ouvrir des portes de la lecture. Chacun peut s’introduire sans effraction dans leur univers. On pourra s’étonner de trouver en si peu de pages autant d’émotions délivrées ou contenues à partir de deux voix alternées. Il s’agit d’une séparation provisoire à l’occasion d’un voyage d’elle, en train vers le nord, elle qui est partie, « laissant la maison triste de son absence ». Lui est resté et tente « d’imaginer à distance de cette capitale / où elle se réveille à peine », si impatient devant « la voie ferrée qui te la ramènera jusqu’ici ». Et puis elle qui revient et qui « a rapporté du sable & des coquillages de la mer du nord ». On assiste à un échange fait de tendresse et de confiance où les lieux sont à peine évoqués et les choses effleurées. Ces deux jeunes auteurs se placent dans le sillage d’une poésie du quotidien revisitée avec de nouveaux angles d’attaque et un lyrisme renouvelé.

(Romain Fustier et Amandine Marembert : « brique pilée ». La Porte éd., 2017. non paginé (16 pages), 4 euros - 215 rue Moïse Bodhuin –02000 Laon)



Thomas Vinau : « Collection de sombreros ? »



Poèmes en prose ou proses poétiques ? Bien malin qui pourra dire ce que sont ces nouveaux écrits de Thomas Vinau. Ce jeune poète prolifique et prometteur est coutumier du fait car il réserve au lecteur de bonnes surprises et c’est le cas ici avec ce beau livre superbement réalisé et illustré par Vincent Rougier. Très vite, on se trouve entraîné dans un univers fait de doutes et de peurs, de rêves et de petits bonheurs. Thomas Vinau est prêt à assumer toutes les contradictions qu’il croise sur son chemin : « J’aime les gens. Ils sont dégoûtants et magnifiques » ou cette prise de résolution : « Je vais offrir mon âme au silence ». Pourquoi donc se gêner alors qu’on peut se permettre d’écrire des lettres ouvertes à Madame l’aubergine, à Monsieur le producteur de dessin animé ou à Madame chignon fruité ? Thomas Vinau écrit une poésie enracinée de plein pied dans la vie quotidienne, une poésie à hauteur d’homme, une poésie capable, grâce à un décalage infime, d’engendrer une empathie faite de douceur et de tendresse. Avec lui, aucune source n’est jamais tarie car il trouve toujours quelque chose à noter, à imaginer, à relever ou à retoucher. C’est une poésie généreuse, lisible et ouverte à tous capable de parler à toutes les générations.

(Thomas Vinau : (Collection de sombreros ? 68 pages, 18 euros. Rougier V. éd., 2017. 61380 Soligny-la-Trappe ou rougier.atelier@wanadoo.fr )



Christian Degoutte : « Ghost notes »



En fin de livre, il est précisé et rappelé que les « ghost notes » sont ces notes fantômes, à peine audibles mais si importantes pour l’interprétation musicale et pour l’écoute. Le parallèle avec le domaine de l’expression poétique est plus qu’évident car ce qui survient des ghost notes « doit être retenue au maximum comme un murmure, un souffle ».
La référence constante au domaine musical fait de ce livre un recueil de partitions que le réel viendrait perturber. Les séquences, classiques ou baroques, sont juste ponctuées par des tirets et par quelques rares points d’interrogation. Chaque poème, situé dans un espace géographique, ouvre des perspectives reliant des espaces réels et des espaces imaginaires sur un fond sonore. Cela va de « l’orchestre blanc et noir des mouettes et des canards » aux « basses limoneuses, vocalises filées » et des « longs coups d’archet » à des « voix de basse enfumée ». Christian Degoutte n’hésite pas à définir la musique comme « pluie de la chair ». L’on ne saurait mieux dire tant les images délicatement érotiques alimentent la musique « cadencée par ses cuisses », celles de la violoncelliste, « chablis de cuisses / au bord des jupes ». Quant au poème final, il est un bel hommage « aux verts accordéons de souffles sur les cuisses ». On prolongera cette lecture sur le même registre par celle de « À huit et la petite foule », une mince plaquette qui se parcourt et qui s’écoute comme une apaisante musique de chambre.

(Christian Degoutte : « Ghost notes ». Potentille éd., 2017. 40 pages, 8 euros – 8 Allée Marcel Paul – 58640 Varennes-Vauzelles ou ed.potentille@gmail.com et « À huit et la petite foule ». La Porte éd., 2016. 16 pages, 3,80 euros – 215 rue Moïse Bodhuin – 02000 Laon )



Bernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte »



Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? ».

(Bernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte ». Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2016), 80 pages, 12 euros – 67 rue de Venise – B 1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com )

Lire aussi ici et



Jean-Marie Petit : « Offertoire de l’élagueur »



C’est le troisième poète de langue occitane qu’accueillent les éditions de L’Arrière-Pays. En effet, après l’immense Bernard Manciet et le sublime Max Rouquette, c’est au tour de Jean-Marie Petit de proposer une brassée de poèmes en édition bilingue. Ces textes, brefs dans leur ensemble, sont présentés dans une disposition en face-à-face, en italiques pour l’occitan et en caractères romains pour le français. Confort de lecture et sérénité d’atmosphère sont les dominantes de ce parcours poétique organisé selon une colonne vertébrale articulée en quatre parties. Si le monde l’enfance et les souvenirs de l’auteur servent de tremplin à l’écriture, c’est surtout dans leur fragile rapport au présent qu’ils s’imposent comme en écho d’un riche vécu : « J’ai goût à tout / Tout me va bien / Et tout m’étonne / la vieillesse est une autre enfance ». Les siens, l’auteur sait les évoquer avec tendresse et discrétion : « Je chante notre joie d’être là / Dans l’espoir de la terre / la force de ma poitrine / et la clarté des miens ». La foi ardente du poète entretient en permanence une fervente lumière : « Le chemin me suit / Je ne regarde pas en arrière ». Et si parfois le découragement menace, le poète sait reprendre les choses en main, se redresser pour mieux avancer en élaguant tout autour de lui. Au bout du compte, on ne peut que conseiller vivement la lecture de ce livre qui va occuper une place prépondérante dans l’œuvre rare de Jean-Marie Petit, à peine une quinzaine d’ouvrages en 50 ans de publications. Comme d’habitude avec L’Arrière-Pays, la réalisation formelle du livre est digne d’éloges et facilite la lecture de ce recueil, véritable invitation au partage et à la paix.

(Jean-Marie Petit : « Offertoire de l’élagueur ». L’Arrière-Pays éd., 2016. 144 pages, 17 euros – 1 rue de Bennwihr – 32360 Jégun)
Georges Cathalo


Lire aussi :

Lecture-flash 2017

Lecture-flash 2016

Lecture-flash 2015

Lecture-flash 2014

Lecture-flash 2013

Georges Cathalo : « La feuillée des mots »

Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



lundi 9 janvier 2017, par Georges Cathalo

Remonter en haut de la page



Revue Friches N°123 (2017)



Cette nouvelle livraison de Friches est là pour rassurer quant à la pérennité des revues-papier. En effet, cette revue a su conserver la fraîcheur de ses débuts tout en évoluant avec son temps sans se laisser infléchir par les modes qui se sont succédé en plus de 35 ans. Jean-Pierre Thuillat tient solidement la barre de cette belle embarcation. Il garde le cap contre vents et marées qui auraient tendance à s’amplifier en ces temps obscurs. Une fois de plus, le sommaire se place à la hauteur d’une exigence éditoriale sans faille. « L’invité de l’hiver » n’est autre que Pierre Dhainaut, immense poète à l’œuvre irradiante. Le dossier contient une présentation de J.P. Thuillat, un long entretien du poète avec Isabelle Lévesque, trois inédits et une courte biobibliographie.
En « Hors champ », on peut découvrir les beaux poèmes d’Alain Richer, poète discret, même si ce qualificatif « ne veut pas dire grand-chose », eu égard à « la belle maturité et la sérénité atteinte par le poète ». Selon sa vieille et excellente habitude, Friches propose deux « Cahiers de textes » où l’on découvre des inédits de neuf auteurs. On citera les voix nouvelles de Nathalie Ringaud et de Marine Gross ou celles de poètes plus confirmés tels que Michel Ferrer, Jean-Pierre Boulic et Bernard Perroy. En fin de numéro, ce ne sont pas moins de sept critiques qui défrichent livres et revues. Un vrai régal pour ceux qui sont à la recherche de saines lectures.

(Friches N°123 . 2017. 72 pages, 12,50 euros ou 25 euros pour les 3 numéros annuels – Le Gravier de Glandon – 87500 Saint-Yrieix ou jeanpierre.thuillat@wanadoo.fr )



Revue Chiendents n°118 : Marie-Josée Christien


Lorsque Luc Vidal, responsable des éditions du Petit Véhicule s’est lancé en 2011 dans l’aventure de la revue Chiendents, il ne savait pas du tout dans quelle voie accaparante il s’était engagé. Ces beaux cahiers artisanaux présentent des artistes et des poètes selon une périodicité aléatoire mais si dynamique qu’il peut y avoir parfois trois parutions mensuelles ! Parlons ici de cet émouvant N°118 consacré à Marie-Josée Christien avec « La poésie pour viatique ». C’est Gérard Cléry qui a coordonné cet hommage en rameutant un « sextuor sensible à la voix singulière de MJC » : Allix, Baglin, Chatard, Saint-Jean, Sourdin et Vidal. Chacun de ces six intervenants présente une facette différente du talent de cette auteure « qui fait parler les pierres ». J’ai plaisir à mêler sans en citer l’origine quelques approches éclairées et subtiles pour évoquer celle qui « cherche dans la poésie l’équilibre ou le miroir qu’elle utilise comme passage secret » en tentant de « trouver l’issue secrète révélée dans la pierre du poème ». « Sensible au passé sans être passéiste », elle espère « un retour à la vie crue et sauvage » en proposant une « poésie qui n’est pas complaisante ritournelle mais désir de lucidité ». On lira avec attention un long entretien de neuf pages, très éclairant échange entre Marie-Josée et Gérard Cléry. On lira aussi et surtout les poèmes extraits d’œuvres parues ou en cours d’écriture. Ces trop courts extraits seront l’occasion d’aller voir de plus près cette œuvre singulière en se procurant des livres parus chez quelques bons éditeurs comme Tertium, Sac à Mots, La Lune bleue ou Les Éditions Sauvages.

(Chiendents N°118. 2017. 44 pages, 6 euros plus 3 de frais d’envoi – Le Petit Véhicule. 20 rue du Coudray – 44000 Nantes ou editions.petit.vehicule@gmail.com )



Comme en poésie N°69 (2017)



« Ayez de l’humour, ça ne coûte rien » répète Jean-Pierre Lesieur au fil des numéros de Comme en poésie, cette belle revue artisanale qu’il tient seul à bout de bras et sans l’ombre d’une subvention depuis déjà 17 ans. Malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontre, il poursuit courageusement son entreprise utopique et joyeuse, éclectique et surprenante. L’occasion faisant le larron, il ne s’est pas privé de célébrer à sa manière la sortie du n°69 en lançant en 2016 un « appel à contributions » autour d’un thème érotique… Plus d’une trentaine de poètes y ont répondu en proposant des écrits d’une grande diversité, allant du haïku à la prose et du poème classique au pastiche. On retiendra particulièrement les participations de Jacques Bonnefon, d’Edith Aurengo, de Christian Bulting, de Véronique Joyaux et de Bruno Sourdin. Ce copieux numéro est aéré par des illustrations et des reproductions en liaison avec le thème déroulé. Signalons ensuite la permanence des chroniques habituelles comme les « cartes légendées » ou la « cité critique » dans laquelle Lesieur fait part de ses lectures et de ses coups, de gueule ou de cœur sans oublier les généreuses lectures de Jean Chatard.

(Comme en poésie N°69. 2017., 80 pages, 3 euros ou 12 euros pour les 4 numéros annuels et soutien « comme vous le pouvez » ! JPL – 2149 avenue du Tour du Lac – 40150 Hossegor ou j.lesieur@orange.fr )



Revue Décharge n°173 (2017)



Et c’est reparti pour un 36e tour de piste pour l’une des doyennes des revues de poésie qui a su au fil des ans s’adapter aux évolutions de la poésie actuelle sans perdre son âme en complétant par exemple la « revue-papier » par une « revue-écran » riche et vivante. L’équipe éditoriale vient de réussir le « mercato de la poésie » avec le transfert amical de deux nouveaux chroniqueurs : Antoine Emaz et James Sacré.
Dans cette nouvelle livraison, on signalera tout d’abord les dix poèmes de Jean-François Mathé qui confirment ce que l’on savait déjà à savoir que ce poète est l’un des poètes majeurs de sa génération, poète qui a creusé son sillon pour demeurer fidèle à une poésie charpentée. Idem pour d’autres auteurs ici présents comme le trop rare François de Cornière, le fidèle errant qu’est Bruno Sourdin ou l’impeccable Bruno Berchoud. D’autre part, Décharge ouvre largement ses portes à la poésie étrangère avec deux poètes italiens, Adèle Desideri et Giancarlo Sissa ainsi qu’au poète guatémaltèque Julio Palencia. Quant à Claude Vercey, il poursuit sa patiente exploration des sous-bois, taillis et bosquets de la poésie avec ses célèbres Ruminations. En fin de numéro, comme à l’accoutumée, le Choix de Décharge propose les écrits de 15 auteurs peu lus. Enfin, on ne saurait passer sous silence les magnifiques illustrations de Pierrre Richir, riches en formes et en couleurs.

(Décharge N°173 (2017), 160 pages, 8 euros ou 28 euros pour les 4 numéros annuels – 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny)



Revue Traversées N°82 (2016)



« Traduire ce n’est pas trahir : tout au contraire ! » prévient Horia Badescu dans sa présentation d’ouverture à cette forte livraison de Traversées, livraison consacrée presque entièrement à ce thème. Signalons comme toujours la très belle réalisation technique de cette élégante revue qui se distingue par une mise en pages claire et cohérente. « Est poète-traducteur celui qui sait à quel point la traduction est une autre vie pour le texte », écrit Zeno Bianu. C’est pourquoi Traversées propose un riche éventail de textes en version bilingue voire trilingue. Outre le français, on lira ici de la poésie en anglais, en bulgare, en hébreu, en italien, en japonais et en hongrois. Tous ces poèmes apportent un salutaire dépaysement en recouvrant de nombreux registres de langage tout en proposant une diversité d’approches et d’univers originaux. Il nous semble difficile d’isoler tel ou tel auteur car ce serait au détriment de tous les autres. On peut dire seulement que la plupart sont peu connus en France exception faite pour Georges Séféris, Emily Dickinson ou Jeanne Tsatsos. On lira également des écrits « hors thème » d’une dizaine d’auteurs parmi lesquels Xavier Bordes ou Miloud Keddar. On signalera enfin la pertinence de l’éditorial de Patrice Breno, toujours placé en fin de revue. Il y fustige l’abandon programmé de l’enseignement du latin et du grec. Le danger et la gravité d’une telle évolution sont à peine perceptibles pour l’instant et peu de personnes ont pris la mesure du désastre qui s’en suivra car « cette gymnastique de l’esprit fut au fondement de toute la pensée européenne. »

(Traversées N°82 (2016), 176 pages, 8 euros ou 25 euros pour 4 numéros –
Faubourg d’Arival,43 – B6760 Virton ou patricebreno@hotmail.com )



« Spered Gouez » N°22



Cette belle revue annuelle fête ici son 25° anniversaire sous les meilleurs auspices avec un exergue d’Edgar Morin : « La vie c’est la poésie. C’est de l’effusion, de la communion, de l’amour, de la fraternité ». On y trouve matière à assouvir sa soif de bonne poésie grâce à de solides présentations et à de copieuses notes critiques qui aiguillent le lecteur hors des sentiers battus. En ces temps improbables, composer un dossier de revue poétique sur le thème « éloge de la frontière » peut sembler un tantinet provocateur. Il faut aller directement aux pages 82/83 pour comprendre vraiment le sens de ce choix. Une vingtaine d’auteurs se sont engouffrés dans cet « open space » pour traquer les pièges du « tout ouvert » dont la principale conséquence est « l’absence d’une délimitation indispensable entre la sphère sociale et la sphère privée ». Marie-Josée Christien, responsable de ce dossier dénonce « l’injonction de la transparence » car elle « crée de la confusion et conduit à l’uniformisation de la pensée ». Signalons encore « L’avis de tempête » dans lequel Jean-Luc Pouliquen présente une ferme mise au point en dénonçant l’injustice « d’un système qui repose essentiellement sur de l’argent public » afin de privilégier certains auteurs à la mode au détriment de poètes plus discrets et bien plus méritants.

(Spered Gouez N°22. 2016. 148 pages, 16 euros – 7 allée Nathalie-Lemel -29000 Quimper ou bon de commande à spered.gouez@orange.fr)


Voir aussi ici 2 articles



Revue Verso N°167 (2016)



Verso va fêter cette année ses 40 ans d’existence. Ce phénomène est si rare qu’il mérite d’être signalé, encouragé et respecté. Avec farouche détermination, Alain Wexler et son équipe rédactionnelle mettent un point d’honneur à franchir les obstacles et à dépasser les inévitables doutes qui rongent les revuistes, même les plus aguerris, quand le sinistre « à-quoi-bon » vient jouer les sirènes destructrices. Alain Wexler tente de regrouper les textes retenus autour d’un axe fédérateur qu’il justifie dans son prologue-éditorial, « méta-texte inspiré d’extraits, de bribes des poèmes publiés à chaque livraison ». Depuis toujours, de jeunes et de moins jeunes poètes y occupent une large place en acquérant peu à peu une bonne visibilité. Il s’agit le plus souvent d’auteurs lyonnais : Stéphane Robert, Bernard Deglet, Marie-Laure Adam ou Grégory Parreira aux accents classiques et baroques. Le sommaire, riche d’une trentaine de noms, fait aussi appel à de nombreux fidèles comme Jeanpyer Poels, Alain Gaillard ou Jean-Jacques Nuel qui présente ici une originale série intitulée Voirie urbaine. A noter encore l’hommage à Gérard Lemaire récemment décédé, ami de longue date de Verso et publié depuis le N°95 de 1998. On ne saurait évoquer Verso sans signaler enfin la célèbre chronique « En salade » où l’œil attentif de Christian Degoutte décortique et présente avec justesse livres et revues.

(Verso N°167 (2016), 120 pages, 6 euros ou 22 euros les 4 numéros annuels –
547 rue du Genetay – 69480 Lucenay ou alainwexler@gmail.com )



Revue Contre-allées N°37/38 (2016)



Cette revue annuelle demeure fidèle à ce qui a fait sa spécificité depuis quelques années à savoir la parole donnée sans glose ou analyse à des poètes, 23 pour ce numéro. Chacun de ces derniers présente des poèmes inédits sur un espace de 2 à 10 pages qui permet de donner une bonne visibilité à chaque univers poétique. À ce propos, la palette proposée est large et variée : cela va du monde feutré d’Hervé Martin aux célébrations funèbres de Serge Pey, de la « nuidité du noir » de Jean-Gabriel Cosculluela à l’inquiétant échange de Christitine Bonduelle et des errances américaines de Thierry Le Pennec à la poésie pongienne d’Isabelle Pinçon. Et puis beaucoup de noms nouveaux émaillent le sommaire car c’est le mérite et la richesse des revues que de servir ainsi de tremplin à des voix inédites. On ne saurait évoquer cette forte livraison sans parler de l’éditorial d’Amandine Marembert intitulé « Demain poésie ». Ce texte d’une page ouvre des espaces d’espoir grâce aux qualités de son auteure, courage et détermination. En effet, il s’agira toujours de « recycler les mots et les rêves pour créer du neuf qui fait respirer autrement ». Amandine Marembert sait trouver le ton juste pour évoquer « l’énergie poétique qui n’est pas de l’énergie fossile mais bien renouvelable ». La richesse des textes retenus pour ce numéro atteste de cette volonté en présentant des écrits de haute tenue.

(Contre-allées N°37/38. 2016. 164 pages, 10 euros – 16 rue Mizault – 03100 Montluçon ou contre-allees@wanadoo.fr )



Revue À l’index N°32 (2016)



Comme toujours avec cette revue, c’est, en ouverture, le solide éditorial de quatre pages qui donne l’impulsion. Les propos de Jean-Claude Tardifsont tellement pertinents qu’il faudrait les citer intégralement. Les textes qui suivent cette mise en bouche se placent tout à fait dans le mouvement initié. On y trouve des suites de poèmes (Michaël Glück, Eric Chassefière, Roland Nadaus,…) ou des poèmes isolés (Gérard Le Gouic, Hubert Le Boisselier, Jean-Pierre Chérès,…), tous de bonne tenue. Le domaine étranger n’est pas oublié avec Françoise Canter pour les Etats-Unis, Nikos Belias pour la Grèce, Luis Benitez pour l’Argentine et surtout quatre poètes pour l’Italie : Ferruccio Brugnaro, Ettore Fobo, Paola Bonetti et Gianmarco Pinciroli. On trouve aussi dans ce numéro des approches théoriques comme le très agréable « essai sur la poésie » de Luis Porquet ou l’étude sur la Jeune Parque de Paul Valéry par Antoine Houlou-Garcia. En alternant habilement poèmes, nouvelles, essais et notes de lecture, Jean-Claude Tardif a construit un superbe numéro à la fois cohérent et diversifié. Quelques notes de lecture viennent clore cette épaisse livraison de A l’index, revue indépendante qui suit courageusement son chemin « sans la moindre subvention », ce qui est plus que méritant par les temps qui courent.

(À l’index N°32. 2016. 196 pages, 17 euros – 11, rue du Stade- 76133 Epouville ou revue.alindex@free.fr )



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0