Georges Cathalo

Lecture flash 2017

Georges Cathalo, poète, (lire ici) est aussi critique pour de nombreuses revues. Pour Texture , il a notamment présenté une recension des sites poétiques (voir) et des revues ().

Il propose ici, dans une sorte de « lecture flash », un chassé-croisé recueils-revues, commencé il y a plusieurs années.



Saïd Mohamed : « Le vin des crapauds »



Ce magnifique livre s’ouvre sur une triple dédicace : Emir Kusturica, Jérôme Bosch et Goya. À partir de cela, on peut affirmer que l’atmosphère est bien circonscrite et le cadre bien défini. On ne saurait parler des forts et rudes poèmes de l’auteur sans évoquer les 13 linogravures de Bob De Groof qui viennent prolonger la force tellurique de ces poèmes au vocabulaire apocalyptique dans un déluge de situations extrêmes. Tout contribue ici à traquer la barbarie dans les moindres recoins et à dénoncer la banalisation de l’horreur. Saïd Mohamed voudra « calmer la mémoire de l’enfance » en exorcisant d’anciennes réalités et des souvenirs douloureux : « Le plus doux d’entre nous deviendrait fou / S’il lui venait à l’esprit de ma douleur l’immensité ». Oui, la poésie a bien « sa place dans la nef des fous » et le poète se ravise, fait le point et craint de « ne jamais pouvoir donner (son) pardon / À l’œuvre de l’enfer » car « l’horreur ne faillit jamais ». D’un bout à l’autre du livre, dans une langue flamboyante, l’auteur ne craint pas d’avancer à découvert et ne redoute pas d’affronter jugements et reproches. Il avance libre et solitaire, en exilé volontaire, en tentant de dépasser les peurs qui continuent de l’assaillir quand « chaque jour déverse son lot guerrier / Et nous maintient la tête sous l’eau ». « En glaneur de paroles », il sait que « vivre au détail est trop peu ». Toute son œuvre est là pour témoigner de cette forte réalité.

(Saïd Mohamed : Le vin des crapauds. Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2017. 70 pages, 18 euros – 67 rue de Venise – B 1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com )

Lire aussi l’article de Jacmo



Comme en poésie N°69 (2017)



« Ayez de l’humour, ça ne coûte rien » répète Jean-Pierre Lesieur au fil des numéros de Comme en poésie, cette belle revue artisanale qu’il tient seul à bout de bras et sans l’ombre d’une subvention depuis déjà 17 ans. Malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontre, il poursuit courageusement son entreprise utopique et joyeuse, éclectique et surprenante. L’occasion faisant le larron, il ne s’est pas privé de célébrer à sa manière la sortie du n°69 en lançant en 2016 un « appel à contributions » autour d’un thème érotique… Plus d’une trentaine de poètes y ont répondu en proposant des écrits d’une grande diversité, allant du haïku à la prose et du poème classique au pastiche. On retiendra particulièrement les participations de Jacques Bonnefon, d’Edith Aurengo, de Christian Bulting, de Véronique Joyaux et de Bruno Sourdin. Ce copieux numéro est aéré par des illustrations et des reproductions en liaison avec le thème déroulé. Signalons ensuite la permanence des chroniques habituelles comme les « cartes légendées » ou la « cité critique » dans laquelle Lesieur fait part de ses lectures et de ses coups, de gueule ou de cœur sans oublier les généreuses lectures de Jean Chatard.

(Comme en poésie N°69. 2017., 80 pages, 3 euros ou 12 euros pour les 4 numéros annuels et soutien « comme vous le pouvez » ! JPL – 2149 avenue du Tour du Lac – 40150 Hossegor ou j.lesieur@orange.fr )



Josette Ségura : «  Jours avec »



Il est impossible de rester insensible à ce livre apaisant au titre décalé par rapport à l’expression courante des « Jours sans »… Ces jours que Josette Ségura nous permet de partager sont des points d’accroche indispensables. Nous suivons l’auteur sur un sentier parsemé de « cailloux du petit Poucet » à la découverte de lieux magiques (Saint-Bertrand-de-Comminges, Conques, Saint-Guilhem-le-Désert) ou de lieux habités (Jean Malrieu à Penne ou Gaston Puel à Veilhes).
Ralentir l’allure ou freiner les emballements des jours qui filent sont d’urgentes résolutions lorsqu’on « a l’impression que c’est ici qu’il faut se taire, écouter ». De discrets souvenirs d’enfance s’infiltrent dans ces promenades oniriques quand « on ne sait plus parfois sur qui s’appuyer ». Il devient donc urgent de retrouver « un exercice d’éloignement » qui permettra de tenir à distance un monde devenu trop anxiogène et trop trépidant. En parcourant ces jardins silencieux aux douces lumières, on sera confronté au mystère latent que l’on tentera de saisir, « toujours comme dans un journal, noter / feuilleter les souvenirs, / faire respirer le jour ». Josette Ségura sait savourer chaque instant vécu à sa juste mesure dans la précieuse richesse qui le rend unique. En lisant chacun de ses poèmes, on a l’impression de recevoir un cadeau inattendu et réconfortant.

(Josette Ségura : « Jours avec ». Éditinter éd., 2017. 50 pages, 12 euros –
BP 15- 6 square Frédéric Chopin – 91450 Soisy-sur-Seine)



Revue Chiendents n°118 : Marie-Josée Christien


Lorsque Luc Vidal, responsable des éditions du Petit Véhicule s’est lancé en 2011 dans l’aventure de la revue Chiendents, il ne savait pas du tout dans quelle voie accaparante il s’était engagé. Ces beaux cahiers artisanaux présentent des artistes et des poètes selon une périodicité aléatoire mais si dynamique qu’il peut y avoir parfois trois parutions mensuelles ! Parlons ici de cet émouvant N°118 consacré à Marie-Josée Christien avec « La poésie pour viatique ». C’est Gérard Cléry qui a coordonné cet hommage en rameutant un « sextuor sensible à la voix singulière de MJC » : Allix, Baglin, Chatard, Saint-Jean, Sourdin et Vidal. Chacun de ces six intervenants présente une facette différente du talent de cette auteure « qui fait parler les pierres ». J’ai plaisir à mêler sans en citer l’origine quelques approches éclairées et subtiles pour évoquer celle qui « cherche dans la poésie l’équilibre ou le miroir qu’elle utilise comme passage secret » en tentant de « trouver l’issue secrète révélée dans la pierre du poème ». « Sensible au passé sans être passéiste », elle espère « un retour à la vie crue et sauvage » en proposant une « poésie qui n’est pas complaisante ritournelle mais désir de lucidité ». On lira avec attention un long entretien de neuf pages, très éclairant échange entre Marie-Josée et Gérard Cléry. On lira aussi et surtout les poèmes extraits d’œuvres parues ou en cours d’écriture. Ces trop courts extraits seront l’occasion d’aller voir de plus près cette œuvre singulière en se procurant des livres parus chez quelques bons éditeurs comme Tertium, Sac à Mots, La Lune bleue ou Les Éditions Sauvages.

(Chiendents N°118. 2017. 44 pages, 6 euros plus 3 de frais d’envoi – Le Petit Véhicule. 20 rue du Coudray – 44000 Nantes ou editions.petit.vehicule@gmail.com )



Jean-Louis Massot : « Nuages de saison »



S’il est un sujet qui revient de façon récurrente chez les auteurs de toutes les époques, c’est assurément celui des nuages. De Baudelaire à Jules Renard, de Claude Roy à René Char et de Jean Malrieu à Christian Bobin, ce thème a suscité toutes sortes de dérives imaginaires, de créations originales et de poèmes dédiés. Inutile de nous plonger dans L’Atlas International des Nuages, allons directement vers les brefs poèmes de Jean-Louis Massot pour interroger le nuage et tenter de savoir « De quel message rassurant / Ou inquiétant » il peut être porteur.
Rien de tel que les nuages pour nous faire prendre une conscience aiguë de notre finitude et la fugacité de toute chose. Ces nuages parfois solitaires ou qui s’agrègent les uns aux autres « pour n’en former qu’un //Et se sentir moins seuls », ne sont-ils pas à l’image de nos existences précaires ? Comme nous, savent-ils où ils vont ou ce qu’ils vont devenir ? « Nuages qui venez de loin / Ce que vous avez vu / Etait-il si innommable / Que vous êtes vêtus de deuil // Et gardez le silence ? ». Et puis, il y a toujours à redouter ce jour où il n’y aura « pas une once de nuage, / Rien où s’accrocher ». Les douze illustrations photographiques placées au centre du recueil prolongent l’envie d’évasion engendrée par la tonalité de ces discrets poèmes, une envie folle de se laisser porter par des vents contraires et de laisser filer le temps qui nous dévore.

(Jean-Louis Massot : « Nuages de saison » 68 pages, 12 euros Bleu d’Encre éd., 2017), Clos des Tanneurs 2/33 – B 5590 Ciney)



Revue Friches N°123 (2017)



Cette nouvelle livraison de Friches est là pour rassurer quant à la pérennité des revues-papier. En effet, cette revue a su conserver la fraîcheur de ses débuts tout en évoluant avec son temps sans se laisser infléchir par les modes qui se sont succédé en plus de 35 ans. Jean-Pierre Thuillat tient solidement la barre de cette belle embarcation. Il garde le cap contre vents et marées qui auraient tendance à s’amplifier en ces temps obscurs. Une fois de plus, le sommaire se place à la hauteur d’une exigence éditoriale sans faille. « L’invité de l’hiver » n’est autre que Pierre Dhainaut, immense poète à l’œuvre irradiante. Le dossier contient une présentation de J.P. Thuillat, un long entretien du poète avec Isabelle Lévesque, trois inédits et une courte biobibliographie.
En « Hors champ », on peut découvrir les beaux poèmes d’Alain Richer, poète discret, même si ce qualificatif « ne veut pas dire grand-chose », eu égard à « la belle maturité et la sérénité atteinte par le poète ». Selon sa vieille et excellente habitude, Friches propose deux « Cahiers de textes » où l’on découvre des inédits de neuf auteurs. On citera les voix nouvelles de Nathalie Ringaud et de Marine Gross ou celles de poètes plus confirmés tels que Michel Ferrer, Jean-Pierre Boulic et Bernard Perroy. En fin de numéro, ce ne sont pas moins de sept critiques qui défrichent livres et revues. Un vrai régal pour ceux qui sont à la recherche de saines lectures.

(Friches N°123 . 2017. 72 pages, 12,50 euros ou 25 euros pour les 3 numéros annuels – Le Gravier de Glandon – 87500 Saint-Yrieix ou jeanpierre.thuillat@wanadoo.fr )



Romain Fustier et Amandine Marembert : « Brique pilée »



Ce minuscule recueil de 16 pages réalise la gageure d’être tout aussi important pour le lecteur qu’un épais recueil de poèmes. C’est tout à l’honneur de ce couple de poètes que d’avoir su trouver les mots et les images qui vont ouvrir des portes de la lecture. Chacun peut s’introduire sans effraction dans leur univers. On pourra s’étonner de trouver en si peu de pages autant d’émotions délivrées ou contenues à partir de deux voix alternées. Il s’agit d’une séparation provisoire à l’occasion d’un voyage d’elle, en train vers le nord, elle qui est partie, « laissant la maison triste de son absence ». Lui est resté et tente « d’imaginer à distance de cette capitale / où elle se réveille à peine », si impatient devant « la voie ferrée qui te la ramènera jusqu’ici ». Et puis elle qui revient et qui « a rapporté du sable & des coquillages de la mer du nord ». On assiste à un échange fait de tendresse et de confiance où les lieux sont à peine évoqués et les choses effleurées. Ces deux jeunes auteurs se placent dans le sillage d’une poésie du quotidien revisitée avec de nouveaux angles d’attaque et un lyrisme renouvelé.

(Romain Fustier et Amandine Marembert : « brique pilée ». La Porte éd., 2017. non paginé (16 pages), 4 euros - 215 rue Moïse Bodhuin –02000 Laon)



« Spered Gouez » N°22



Cette belle revue annuelle fête ici son 25° anniversaire sous les meilleurs auspices avec un exergue d’Edgar Morin : « La vie c’est la poésie. C’est de l’effusion, de la communion, de l’amour, de la fraternité ». On y trouve matière à assouvir sa soif de bonne poésie grâce à de solides présentations et à de copieuses notes critiques qui aiguillent le lecteur hors des sentiers battus. En ces temps improbables, composer un dossier de revue poétique sur le thème « éloge de la frontière » peut sembler un tantinet provocateur. Il faut aller directement aux pages 82/83 pour comprendre vraiment le sens de ce choix. Une vingtaine d’auteurs se sont engouffrés dans cet « open space » pour traquer les pièges du « tout ouvert » dont la principale conséquence est « l’absence d’une délimitation indispensable entre la sphère sociale et la sphère privée ». Marie-Josée Christien, responsable de ce dossier dénonce « l’injonction de la transparence » car elle « crée de la confusion et conduit à l’uniformisation de la pensée ». Signalons encore « L’avis de tempête » dans lequel Jean-Luc Pouliquen présente une ferme mise au point en dénonçant l’injustice « d’un système qui repose essentiellement sur de l’argent public » afin de privilégier certains auteurs à la mode au détriment de poètes plus discrets et bien plus méritants.

(Spered Gouez N°22. 2016. 148 pages, 16 euros – 7 allée Nathalie-Lemel -29000 Quimper ou bon de commande à spered.gouez@orange.fr)


Voir aussi ici 2 articles



Thomas Vinau : « Collection de sombreros ? »



Poèmes en prose ou proses poétiques ? Bien malin qui pourra dire ce que sont ces nouveaux écrits de Thomas Vinau. Ce jeune poète prolifique et prometteur est coutumier du fait car il réserve au lecteur de bonnes surprises et c’est le cas ici avec ce beau livre superbement réalisé et illustré par Vincent Rougier. Très vite, on se trouve entraîné dans un univers fait de doutes et de peurs, de rêves et de petits bonheurs. Thomas Vinau est prêt à assumer toutes les contradictions qu’il croise sur son chemin : « J’aime les gens. Ils sont dégoûtants et magnifiques » ou cette prise de résolution : « Je vais offrir mon âme au silence ». Pourquoi donc se gêner alors qu’on peut se permettre d’écrire des lettres ouvertes à Madame l’aubergine, à Monsieur le producteur de dessin animé ou à Madame chignon fruité ? Thomas Vinau écrit une poésie enracinée de plein pied dans la vie quotidienne, une poésie à hauteur d’homme, une poésie capable, grâce à un décalage infime, d’engendrer une empathie faite de douceur et de tendresse. Avec lui, aucune source n’est jamais tarie car il trouve toujours quelque chose à noter, à imaginer, à relever ou à retoucher. C’est une poésie généreuse, lisible et ouverte à tous capable de parler à toutes les générations.

(Thomas Vinau : (Collection de sombreros ? 68 pages, 18 euros. Rougier V. éd., 2017. 61380 Soligny-la-Trappe ou rougier.atelier@wanadoo.fr )



Christian Degoutte : « Ghost notes »



En fin de livre, il est précisé et rappelé que les « ghost notes » sont ces notes fantômes, à peine audibles mais si importantes pour l’interprétation musicale et pour l’écoute. Le parallèle avec le domaine de l’expression poétique est plus qu’évident car ce qui survient des ghost notes « doit être retenue au maximum comme un murmure, un souffle ».
La référence constante au domaine musical fait de ce livre un recueil de partitions que le réel viendrait perturber. Les séquences, classiques ou baroques, sont juste ponctuées par des tirets et par quelques rares points d’interrogation. Chaque poème, situé dans un espace géographique, ouvre des perspectives reliant des espaces réels et des espaces imaginaires sur un fond sonore. Cela va de « l’orchestre blanc et noir des mouettes et des canards » aux « basses limoneuses, vocalises filées » et des « longs coups d’archet » à des « voix de basse enfumée ». Christian Degoutte n’hésite pas à définir la musique comme « pluie de la chair ». L’on ne saurait mieux dire tant les images délicatement érotiques alimentent la musique « cadencée par ses cuisses », celles de la violoncelliste, « chablis de cuisses / au bord des jupes ». Quant au poème final, il est un bel hommage « aux verts accordéons de souffles sur les cuisses ». On prolongera cette lecture sur le même registre par celle de « À huit et la petite foule », une mince plaquette qui se parcourt et qui s’écoute comme une apaisante musique de chambre.

(Christian Degoutte : « Ghost notes ». Potentille éd., 2017. 40 pages, 8 euros – 8 Allée Marcel Paul – 58640 Varennes-Vauzelles ou ed.potentille@gmail.com et « À huit et la petite foule ». La Porte éd., 2016. 16 pages, 3,80 euros – 215 rue Moïse Bodhuin – 02000 Laon )



Bernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte »



Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? ».

(Bernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte ». Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2016), 80 pages, 12 euros – 67 rue de Venise – B 1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com )

Lire aussi ici et



Jean-Marie Petit : « Offertoire de l’élagueur »



C’est le troisième poète de langue occitane qu’accueillent les éditions de L’Arrière-Pays. En effet, après l’immense Bernard Manciet et le sublime Max Rouquette, c’est au tour de Jean-Marie Petit de proposer une brassée de poèmes en édition bilingue. Ces textes, brefs dans leur ensemble, sont présentés dans une disposition en face-à-face, en italiques pour l’occitan et en caractères romains pour le français. Confort de lecture et sérénité d’atmosphère sont les dominantes de ce parcours poétique organisé selon une colonne vertébrale articulée en quatre parties. Si le monde l’enfance et les souvenirs de l’auteur servent de tremplin à l’écriture, c’est surtout dans leur fragile rapport au présent qu’ils s’imposent comme en écho d’un riche vécu : « J’ai goût à tout / Tout me va bien / Et tout m’étonne / la vieillesse est une autre enfance ». Les siens, l’auteur sait les évoquer avec tendresse et discrétion : « Je chante notre joie d’être là / Dans l’espoir de la terre / la force de ma poitrine / et la clarté des miens ». La foi ardente du poète entretient en permanence une fervente lumière : « Le chemin me suit / Je ne regarde pas en arrière ». Et si parfois le découragement menace, le poète sait reprendre les choses en main, se redresser pour mieux avancer en élaguant tout autour de lui. Au bout du compte, on ne peut que conseiller vivement la lecture de ce livre qui va occuper une place prépondérante dans l’œuvre rare de Jean-Marie Petit, à peine une quinzaine d’ouvrages en 50 ans de publications. Comme d’habitude avec L’Arrière-Pays, la réalisation formelle du livre est digne d’éloges et facilite la lecture de ce recueil, véritable invitation au partage et à la paix.

(Jean-Marie Petit : « Offertoire de l’élagueur ». L’Arrière-Pays éd., 2016. 144 pages, 17 euros – 1 rue de Bennwihr – 32360 Jégun)
Georges Cathalo


Lire aussi :

Lecture-flash 2017

Lecture-flash 2016

Lecture-flash 2015

Lecture-flash 2014

Lecture-flash 2013

Georges Cathalo : « La feuillée des mots »

Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



lundi 9 janvier 2017, par Georges Cathalo

Remonter en haut de la page



Revue Traversées N°82 (2016)



« Traduire ce n’est pas trahir : tout au contraire ! » prévient Horia Badescu dans sa présentation d’ouverture à cette forte livraison de Traversées, livraison consacrée presque entièrement à ce thème. Signalons comme toujours la très belle réalisation technique de cette élégante revue qui se distingue par une mise en pages claire et cohérente. « Est poète-traducteur celui qui sait à quel point la traduction est une autre vie pour le texte », écrit Zeno Bianu. C’est pourquoi Traversées propose un riche éventail de textes en version bilingue voire trilingue. Outre le français, on lira ici de la poésie en anglais, en bulgare, en hébreu, en italien, en japonais et en hongrois. Tous ces poèmes apportent un salutaire dépaysement en recouvrant de nombreux registres de langage tout en proposant une diversité d’approches et d’univers originaux. Il nous semble difficile d’isoler tel ou tel auteur car ce serait au détriment de tous les autres. On peut dire seulement que la plupart sont peu connus en France exception faite pour Georges Séféris, Emily Dickinson ou Jeanne Tsatsos. On lira également des écrits « hors thème » d’une dizaine d’auteurs parmi lesquels Xavier Bordes ou Miloud Keddar. On signalera enfin la pertinence de l’éditorial de Patrice Breno, toujours placé en fin de revue. Il y fustige l’abandon programmé de l’enseignement du latin et du grec. Le danger et la gravité d’une telle évolution sont à peine perceptibles pour l’instant et peu de personnes ont pris la mesure du désastre qui s’en suivra car « cette gymnastique de l’esprit fut au fondement de toute la pensée européenne. »

(Traversées N°82 (2016), 176 pages, 8 euros ou 25 euros pour 4 numéros –
Faubourg d’Arival,43 – B6760 Virton ou patricebreno@hotmail.com )



Revue Verso N°167 (2016)



Verso va fêter cette année ses 40 ans d’existence. Ce phénomène est si rare qu’il mérite d’être signalé, encouragé et respecté. Avec farouche détermination, Alain Wexler et son équipe rédactionnelle mettent un point d’honneur à franchir les obstacles et à dépasser les inévitables doutes qui rongent les revuistes, même les plus aguerris, quand le sinistre « à-quoi-bon » vient jouer les sirènes destructrices. Alain Wexler tente de regrouper les textes retenus autour d’un axe fédérateur qu’il justifie dans son prologue-éditorial, « méta-texte inspiré d’extraits, de bribes des poèmes publiés à chaque livraison ». Depuis toujours, de jeunes et de moins jeunes poètes y occupent une large place en acquérant peu à peu une bonne visibilité. Il s’agit le plus souvent d’auteurs lyonnais : Stéphane Robert, Bernard Deglet, Marie-Laure Adam ou Grégory Parreira aux accents classiques et baroques. Le sommaire, riche d’une trentaine de noms, fait aussi appel à de nombreux fidèles comme Jeanpyer Poels, Alain Gaillard ou Jean-Jacques Nuel qui présente ici une originale série intitulée Voirie urbaine. A noter encore l’hommage à Gérard Lemaire récemment décédé, ami de longue date de Verso et publié depuis le N°95 de 1998. On ne saurait évoquer Verso sans signaler enfin la célèbre chronique « En salade » où l’œil attentif de Christian Degoutte décortique et présente avec justesse livres et revues.

(Verso N°167 (2016), 120 pages, 6 euros ou 22 euros les 4 numéros annuels –
547 rue du Genetay – 69480 Lucenay ou alainwexler@gmail.com )



Revue Contre-allées N°37/38 (2016)



Cette revue annuelle demeure fidèle à ce qui a fait sa spécificité depuis quelques années à savoir la parole donnée sans glose ou analyse à des poètes, 23 pour ce numéro. Chacun de ces derniers présente des poèmes inédits sur un espace de 2 à 10 pages qui permet de donner une bonne visibilité à chaque univers poétique. À ce propos, la palette proposée est large et variée : cela va du monde feutré d’Hervé Martin aux célébrations funèbres de Serge Pey, de la « nuidité du noir » de Jean-Gabriel Cosculluela à l’inquiétant échange de Christitine Bonduelle et des errances américaines de Thierry Le Pennec à la poésie pongienne d’Isabelle Pinçon. Et puis beaucoup de noms nouveaux émaillent le sommaire car c’est le mérite et la richesse des revues que de servir ainsi de tremplin à des voix inédites. On ne saurait évoquer cette forte livraison sans parler de l’éditorial d’Amandine Marembert intitulé « Demain poésie ». Ce texte d’une page ouvre des espaces d’espoir grâce aux qualités de son auteure, courage et détermination. En effet, il s’agira toujours de « recycler les mots et les rêves pour créer du neuf qui fait respirer autrement ». Amandine Marembert sait trouver le ton juste pour évoquer « l’énergie poétique qui n’est pas de l’énergie fossile mais bien renouvelable ». La richesse des textes retenus pour ce numéro atteste de cette volonté en présentant des écrits de haute tenue.

(Contre-allées N°37/38. 2016. 164 pages, 10 euros – 16 rue Mizault – 03100 Montluçon ou contre-allees@wanadoo.fr )



Revue À l’index N°32 (2016)



Comme toujours avec cette revue, c’est, en ouverture, le solide éditorial de quatre pages qui donne l’impulsion. Les propos de Jean-Claude Tardifsont tellement pertinents qu’il faudrait les citer intégralement. Les textes qui suivent cette mise en bouche se placent tout à fait dans le mouvement initié. On y trouve des suites de poèmes (Michaël Glück, Eric Chassefière, Roland Nadaus,…) ou des poèmes isolés (Gérard Le Gouic, Hubert Le Boisselier, Jean-Pierre Chérès,…), tous de bonne tenue. Le domaine étranger n’est pas oublié avec Françoise Canter pour les Etats-Unis, Nikos Belias pour la Grèce, Luis Benitez pour l’Argentine et surtout quatre poètes pour l’Italie : Ferruccio Brugnaro, Ettore Fobo, Paola Bonetti et Gianmarco Pinciroli. On trouve aussi dans ce numéro des approches théoriques comme le très agréable « essai sur la poésie » de Luis Porquet ou l’étude sur la Jeune Parque de Paul Valéry par Antoine Houlou-Garcia. En alternant habilement poèmes, nouvelles, essais et notes de lecture, Jean-Claude Tardif a construit un superbe numéro à la fois cohérent et diversifié. Quelques notes de lecture viennent clore cette épaisse livraison de A l’index, revue indépendante qui suit courageusement son chemin « sans la moindre subvention », ce qui est plus que méritant par les temps qui courent.

(À l’index N°32. 2016. 196 pages, 17 euros – 11, rue du Stade- 76133 Epouville ou revue.alindex@free.fr )



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0