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Notes critiques

Lectures de Philippe Leuckx 2017

Philippe Leuckx est né en 1955 à Havay et vit dans le Hainaut belge. Il est l’auteur d’une trentaine de livres et plaquettes de poésie et de plusieurs monographies. Mais il est également critique et collabore à ce titre régulièrement à de nombreuses revues et plusieurs blogs.

Revue Texture est heureuse d’accueillir également ses notes de lecture.



Antoine Gosztola : « Aux lendemains des vertiges de toi »



Un premier livret de poésie pour cet auteur de vingt-sept ans. Quarante-deux tout petits textes, parfois réduits à un seul vers et quelques mots. L’absence, le manque guident l’écriture, resserrée ; parfois des gouttes de poésie disent plus qu’un long discours versifié : « Je dessine ta nuit sur un reflet de / Bleu ». Ou « Je croise aux lendemains des vertiges / de toi, à présent reposé. » (p.46)
Il a fallu écrire pour connaître cet apaisement, mais il sera difficile « d’oublier ce qui est plus beau que la mer. » Que garder d’une relation, que conserver d’un amour, si ce n’est quelques traces visibles ou moins : « Ta poussière me revient au / centuple, j’en avale par moitiés / qui me restent de toi ».
L’élégance de Gosztola l’empêche de marquer un quelconque ressentiment ; loin de là, les mots doux couvrent parfois des abîmes : « J’apprends ton vide au pied d’une / montagne naissante, les mains / recouvertes de boue. »
On suivra avec intérêt le travail de ce jeune poète. On lui conseillera peut-être de ne pas abuser de métaphores au génitif, ce qui peut alourdir sa belle poésie. « Le bruit de tes pas résonne sur / mes étoiles de toi. Je refais l’hiver,/ couché sous l’inflexion des saisons. »

(Antoine Gosztola : « Aux lendemains des vertiges de toi », L’Arbre à paroles, 2017, 52p., 10€. )



Roger Lahu : « Petit traité du noir sans motocyclette (sauf une in extremis) »



Le poète, né en 1953, a à son actif une bonne vingtaine de livres de poésie et publie depuis la fin des années 90 à un rythme soutenu. Le voici aux prises avec le noir, tout le noir du monde, mort, angoisse, humour noir à grosses louches, autodérision sombre et j’en passe…
Toute l’écriture de Lahu vise à épuiser, de manière diverse et abondante, cet univers du noir, sous toutes les coutures, si du moins il est un peu sensé d’évoquer quoi que ce soit dans l’obscurité complète, s’il n’y avait les mots, et là notre bonhomme de poète a de la ressource lexicale, une pléthore de métaphores, des inventions de tous les instants, entre sens du dictionnaire (qui en épaterait plus d’un), mots-valises (du style : tu écripenses), et longs développements sur une mouche (un brin encyclopédique) etc.
« Choses qui font de beaux bruits dans le noir
la voix d’une cantatrice hirsute susurrant à pleins/poumons qu’elle n’aime pas la corrida

ce qu’il y a de bien dans le noir :
les mauvaises herbes ne poussent pas et on n’a pas besoin
de désherber (il n’y a d’ailleurs rien à désherber) (ça serait
quand même un comble un noir potager) »

Mais on pourrait facilement prendre pour de faux ce que Lahu nous tend comme miroirs du langage, miroirs de soi et des autres car, derrière les mots, les tirades, les inventaires à la Prévert déglingué, il y a, étonnamment complexe, toute une matière qui prête à réflexion sur ce qu’écrire, écrivivre suppose, impose :
« on peut « écrire : " je me souviens de ce que je vais vivre"

on le peut

on peut aussi essayer de pouvoir dépasser ses propres

mots les dribbler petit pont tir au but »

Certaines pages, anecdotiquement entamées, plongent quelques vers plus loin dans le plus noir, dans la plus noire des tragédies :

« Pluie noire commence à Hiroshima le 6 août 1945, il fait très chaud, les gens partent au travail, soudain, un éclat, le fameux « éclair blanc », déchire le ciel, sa lueur aveuglante s’accompagne d’un souffle terrible et l’enfer se déchaîne. Des fantômes déguenillés et mutilés errent dans les amas de gravats et de madriers » (p.79)

L’agonie, la mort traversent tout ce noir décliné : « qui agonise dans le noir ? » ou « la mort sent le vieux chien et les doigts jaunis ».

Toutefois, quelques figures, comme celle de Pépé, élèvent le livre de poèmes bien au-delà des constats langagiers et des faits tragiques, dans la sphère partageable des pépés, des mémés, autour des « belotes », « au milieu de la grande table » familière, le soir, « dans le noir » relatif de chez mémé, pépé, « le volet était toujours à l’espagnolette »…

Le poème alors prend la gamme des récits, et l’enfant que Lahu était surgit, réaliste, descriptif, nostalgique sans doute :

« Je n’ai jamais eu peur du noir. même gosse.au contraire même, petit j’aimais bien « être dans le noir » par exemple, chez pépé, il y avait un immense grenier – du moins il était immense pour moi – très sombre mais plein à craquer d’odeurs merveilleuses, surtout l’été. » (p.39)

En lucide témoin de lui, des autres, le poète peut s’assurer de ne pas craindre la mort, d’évoquer le cercueil comme un objet dérisoire juste bon à cirer, etc. On n’en finirait pas de commenter ce beau livre inventif et d’en citer les pépites.

(Roger Lahu : « Petit traité du noir sans motocyclette (sauf une in extremis) » Les Carnets du dessert de Lune, 2017, 90p., 14€.)



Brigitte Gyr : « Le vide notre demeure »



Les poèmes de Brigitte Gyr résonnent comme des images entêtantes : « le souvenir/ se défigure » ou « nos enfances/ décentrées », de quoi alimenter toute une réflexion sur l’absence, l’altération, l’érosion des choses, de soi, des souvenirs. Ne dit-elle pas : « une main chaude serrait ce/ qui restait de moi » (p.19) ou « ce soir/ un air de fête/ a chuté » (p.20).
La plume acérée, cruelle, économe fait place à de brefs poèmes où le vide s’éclaire de nuances, de gravité explorée : « Un fil nous relie/ au moi absent ».
Tout l’enjeu du poème est de soulager, réparer ce vide, cette absence, et le poète a besoin de crier ses mots, quitte à concevoir qu’il y ait peut-être « jouissance » à ce vide, à force d’en subir les assauts.
Le tragique de l’existence affleure sans cesse et les mots en sont terribles :

« dans les cafés
des inconnus
se parlent racontent
des existences informes » (
p.41)
ou :
« demeure
à force de la pensée
le vide
à inventer
après l’avoir vécu
pour qu’il ne
nous invente pas »

Puisque « le non-monde tient / la scène », il faut écrire, consigner les « tranchées » du quotidien, prélever « l’écorce du néant (qui) est / blessée », bref, vivre, continuer à penser, même si le vide s’exporte du dehors à l’intimité de soi (p.12).
Un livre aigu, dense, désespéré.

(Brigitte Gyr : « Le vide notre demeure » La Rumeur libre, 2017, 80p., 15€.)



Fabrizio Bajec : « Rage »



Le jeune auteur, installé à Paris, a publié deux livres de poésie en 2012 et 2013. La pièce, que les éditions tituli éditent aujourd’hui, en quatorze stations, éclaire ou accentue le parcours atypique d’un jeune Christ qu’engoncent la solitude, le rejet, l’échec.
Est-il difficile d’être un enfant différent, sensible à ce que d’autres n’imaginent même pas ? A-t-il été traumatisé ? L’a-t-on aidé ? Compris ? Soutenu ? Délaissé ?
La violence, le non-dit, au cœur des dialogues et au fil des stations, est tant verbale que physique : les parents sont-ils toujours à la hauteur de leur progéniture ?
Autant de questions qui traversent, enflamment la vie de ce christ ordinaire, cloué par les uns, défendu par les autres, précipité comme beaucoup dans les affres du vivre. « Je suis un tout petit morceau de chair », dit notre antihéros. De chair blessée. « Je vais voir mon père…je n’ai plus de haine pour vous. »
Le temps d’une pièce, l’enfant a mûri, balayé sa conscience agitée, a ravalé – qui sait ? – sa rage d’être, a tué le père, symboliquement, en se délestant de toute sa violence, qui a crevé, comme le nuage sur une terre trop sèche.
La voix, pour être parfois brutale, nue, crue, signe là le portrait attachant d’un jeune que mutile son entourage et qui réussit, malgré tout, à se libérer. Cet hymne à la jeunesse plus pure, plus décidée engage le lecteur, le spectateur à une analyse plus fine des thèmes abordés.

( Fabrizio Bajec : « Rage ». Editions tituli, 2017, 108p., 15€.)



Marie Ginet : « Dans le ventre de l’Ange et autres cachettes »



Le « hublot » de l’Ange Gabriel, l’embarcation au bord de laquelle la poète fait un voyage sur la Meuse et l’Escaut, pourrait servir d’emblème à cette écriture apte à saisir – du regard rond, onctueux de la présence – le monde « qui passe », celui du passé (on est de la Deûle), celui des voyages croqués çà et là entre Lille et son Vieux quartier et des sites plus touristiques. Marie Ginet parle de son amour, de ses greniers rêvés et réels : ah ! les chambres de caresses (sept en tout ?) comme elle aime à les nommer, décrivant par le menu les lieux où « se mucher », là les « baisers devenaient besoin ».
À force de caresser ce réel sondé par les mots - et notre poète sait décrire, évoquer, ou relater le monde qui sourd d’elle - on se prend à son jeu, on voyage avec elle, à bord d’un rafiot, on se met en « vacance » :
« Par le hublot passe le monde : wagon de bois dans la dérive des mousses grasses, fougères humides semblables aux jungles… » (p.28)
« Une cachette bleue sur roues,
elle nous emmenait en voyage,
cimetières pourvoyeurs d’eau fraîche,
falaises secouées par les vents,
parking des amoureux,
refuge des platanes » (p.44)
« A minuit, laisser les étoiles de l’hiver
glaçons célestes
nous picoter les joues. » (p.60)
Le Parc Lafontaine, nœud poétique de l’écrivaine canadienne Desautels, sert de prétexte à un petit recueil en répons, en « écho » à celui de Denise : « Sans toi, je n’aurais jamais regardé si haut. Tableaux d’un parc ». La poète nordiste voulait emprunter le fleuve pour une croisière hors saison. Novembre a eu la réponse.
Il y a, mine de rien chez Ginet, une habile restitution du monde, avec ses couleurs, ses teintes un peu mélancoliques, ses blasons du passé (la vieille camionnette) et ce don simenonien de capter les reliefs du vivant, à l’image de ces « murs que plus personne/ ne couvre de chaux ». Cette poète est une imagière stylée : ses « tableaux » parlent d’eux-mêmes, avec la force du rendu.
Un beau recueil, vivant, vif et coloré.

(Marie Ginet : « Dans le ventre de l’Ange et autres cachettes », Editions Henry, coll. la main aux poètes, 2016, 96p., 8€. Page de couverture signée Isabelle Clement.)



Jean Marc Flahaut : « Bad Writer »



Cet onzième recueil de poèmes d’un auteur né en 1973, publié chez Massot plusieurs fois, et, entre autres, par Les Etats Civils (beau site tout entier réservé aux poésies et photos), se donne, dès la préface cocasse de Frédéric Houdaer et l’exergue de Halldor Laxness, des airs tout à fait sérieux de ne pas se prendre au sérieux, bref de quoi se moquer allègrement de certains usages éditoriaux, des GRANTECRIVAINS (comme le dit Noguez) et de toute une batterie de codes…
C’est décalé, déjanté, persifleur, et vrai :
« PEUR(S) / peur du libraire / qui refuse de vendre mes livres / peur de l’éditeur
qui refuse de prendre mon manuscrit / peur du lecteur / qui ne lira jamais aucun de mes poèmes »
« Le syndrome Littlefeather » fustige les prix littéraires ; le « Poème universitaire » est un salmigondis d’angliche et de français, à la façon Séchan, et l’humour noir offre à certains textes une authentique désespérance :
« TIME LAPSE / prendre / une photo de moi / en train de chercher des idées pour / un nouveau bouquin / chaque jour / pendant un an / le résultat est / saisissant // mes cheveux ont poussé / mes poumons ont noirci / mon ventre a gonflé / mes dents ont jauni / mais moi je n’ai pas pondu / une seule ligne »
Avec Flahaut, on rit jaune, absurde, des tics, des modes, des réflexes conditionnés, des potaches qu’on est, et de ces pochades naissent imperceptiblement, paradoxalement, une poésie inattendue, caustique, celle d’un gars « qui collectionne, selon les dires de son biographe de préfacier, les V.H.S. » et les trouvailles (comment se moquer d’un genre japonais en faisant beaucoup beaucoup plus long que les trois vers dont on se moque : jetez un coup d’œil en page 57, Poeme Japonais).

(Jean Marc Flahaut : « Bad Writer » , Les Carnets du Dessert de Lune, 2017, 68p., 12€.)



Jean-Michel Aubevert : « Une enfance heureuse »



Depuis « Soleils vivaces  », réflexion poétique au cœur de la poésie, et plus encore depuis la parution de « Lettre à un jeune paroissien », le travail poétique d’Aubevert s’est infléchi dans une orientation à mi-distance de l’autobiographie et de la psychanalyse, l’écriture devenant le support d’un éclairage nouveau de soi. Tout cela était moins accentué, il y a quelques années encore, à l’époque de « Venir au jour », par exemple.
La prose, en effet, est un véhicule excellent pour ramasser dans le rythme des phrases poétiques les tenants et aboutissants d’une écriture réflexive, qui porte vers soi, vers l’autre, qui élucide la part d’enfance mal portée et la prolonge d’une assise nouvelle : celle que les mots chantants, à la signifiance qui martèle et sonne, épousent ici, entre métaphores, jeux sur des expressions figées renouvelées façon OULIPO, et flexions sensibles d’un passé à digérer ou à prendre avec distanciation.
Le titre, voltairien, provocateur (à l’adresse de la mère, surtout), siffle comme un persiflage de haut vol, puisque chaque texte le contredit, le refaçonne. L’enfant ne fut pas des plus heureux, quoiqu’il reste un peu de l’enfant dans ce poète qui s’émerveille des attaches verbales, des concrétions de sens et d’images :
« Ai-je dit combien j’étais heureux ? La mère eût souscrit à cette proposition : N’avions-nous pas tout pour être heureux ? Il s’ensuit que nous étions nerveux. Si nous devions nous tenir tranquilles, elle ne nous eût pas laissés en repos, inquiète de nous prendre en défaut. » (p.33)
Le poète sait, après tant d’années vécues sans cette enfance-là, combien il a décemment appris à se connaître et à savoir le monde : la liberté s’inculque à force d’être contraint, et comme le disait si bien Tarkovsky (le cinéaste), l’acte créateur le plus libre naît de la contrainte.
Aubevert aligne ses bonheurs d’enfance, tout de même, au contact de la nature, que ses images vénèrent, exaltent : « Toute eau dans le courant de son lit est rivière de diamants, abeilles de ciel au prisme du soleil. » (p.32)
« J’aimais les lignes que la sève avait filées dans le bois, ses chemins de vie. J’interrogeais les cerneaux d’une noix, j’en suivais les circonvolutions, la grande idée qu’un arbre ! » (p.80)
L’adepte de Prévert aime gorger les mots, les vers, les phrases, de ses allitérations :
« Moi qui de l’Abyssinie, n’ai connu que Messin, pas même une Messaline, j’ai pour les chimères les yeux de Chimène, la passion du funambule, un aller simple pour la lune. » (p.38) - « une amibe en abîme » (p.55) - « l’étole des atolls » (p.16)
Rien d’artificiel mais une volonté de relayer au mieux rythme de pensée et d’écriture, dans une mélodie qui soit tremplin des harmonies mystérieuses au fil des longues phrases poétiques. L’originalité des images, retravaillées avec soin sur base d’un riche lexique d’expressions idiomatiques ou autres, assure à cette écriture le prestige d’une voix reconnaissable entre toutes.
Nombre de termes rares (tétin, coelacanthe, salangane, posidonies, vanesse, samares, mancies) offrent leurs propres résonances à un livre qui, par sa musicalité, se rapproche du travail d’un Doms, c’est dire la qualité du poète de « Chemin du dernier vivant ».
Heureuse enfance des mots, certes, « où je retourne ma langue avant de les croquer ».Aubevert, en matière de voie, de chemin, en connaît un bout : « Tout chemin construit le marcheur » ; son dernier livre nous mène dans son univers par le biais remarquable de sa langue, édifiée livre après livre, en dehors de toute influence, en marge, à l’image de ses propos, loin de la consensualité de nombre de livrets insipides ou mal écrits.

(Jean-Michel Aubevert : « Une enfance heureuse », Le Coudrier, coll. Sortilèges, 2017, 106p., 20€. Préface de Claude Donnay et très belles aquarelles de Michel Van den Bogaerde.)



Roland Ladriere : « Inconnaissance éblouie » suivi de « La ville reflétée »



Le poète belge, né en 1948, et par ailleurs excellent traducteur de l’italien (Quasimodo, Marcoaldi), est l’auteur rare d’une œuvre qui se signale par son économie, sa densité, et la rigueur de ses thèmes. On a affaire ici à une écriture très elliptique qui se donne pour mission d’éveiller à une meilleure connaissance de l’être intérieur.
Les titres parlent d’eux-mêmes : « Le feu grégeois », « Aimer l’obscur », « Inconnaissance éblouie », parmi d’autres, expriment cette quête, loin des conventions, des clichés, en marge des veines traditionnelles d’une poésie sentimentale, d’une matière poétique qui soit pour le lecteur un terreau, un « éblouissement », une autre lecture du monde.
Le dernier volume de Ladrière, constitué de recueils parus sous forme de livres « d’artistes » et de portions neuves, ausculte le monde comme un pouls qui « dénoue la gorge », comme une langue qui puisse « éclairer » d’une « braise inconnue ». Les paysages humains, géographiques, intérieurs, comme un accueil des quatre éléments – chers à Bachelard, à Hennart ou Vandenschrick -, offrent le « chant », la vision par un poète de réalités peu souvent perçues :
« Vivre est en avant d’aujourd’hui »
ou
« La distance qui nous rapproche,
le poids de l’air.
Dans la dissolution des larmes :
l’inconnaissance éblouie. »
Ce recueil éponyme traverse la « beauté en croissance », le « bord des choses », « la mort en nous / comme une poche natale ». Les images très belles écoutent la respiration d’un monde, ses « corps aimés » : « Un long amas d’étoiles/ nous garde infiniment ».
« Un cœur nocturne », tissé de mémoire et d’enfance veille au destin de l’homme. L’homme, oui, est cet être de « désir », apte à la maturité, toujours près de tomber et toujours prêt à grandir, à partager son être : « nous partageons/ ce pain d’innocence ».
« La ville reflétée », second volet du livre, relie et relit des œuvres artistiques : dix manières de traduire une autre beauté que celle sentie, perçue, humée, la réalité créatrice à l’œuvre au sein de toiles.
C’est aussi l’occasion, un peu à la manière de Daniel Boulanger dans « Le chemin des caracoles » qui arrêtait le temps d’un tableau de Vermeer, de mettre au jour les « gouttes de lumière », « le visage baigné par le ciel », l’émergence subite d’une « vigne rouge » au détour d’un passage de train…
Une poésie reliante, sinon très spirituelle au sens où l’esprit détecte ici, au fil des images étonnantes, un neuf regard sur soi et le monde. Un travail d’orfèvre. Admirable phénoménologie.

(Roland Ladriere : « Inconnaissance éblouie » suivi de « La ville reflétée », Editions du Corlevour, 96p., 2015, 16€.)



José Havet : « Pour Rebecca »



Sur le tard (J. Havet est né en 1937), l’auteur, enseignant en Bolivie, à Ottawa, à Porto Rico, s’est mis à écrire de la poésie. Un premier recueil, en 2013. Le voici, aux commandes d’un second, très différent, plus personnel, poignant, puisqu’il s’agit, ici, d’énoncer une douleur (il se nomme d’ailleurs « artificier de la douleur ») pour une perte qui remonte à trente années, la mort de sa fille, à dix-sept ans.
Le « poète obscur » écrit pour taillader la souffrance, explorer ces zones interdites des blessures intimes, de longtemps ressenties, que les vers doivent nettoyer, épurer de toutes traces. Il lui faut dire l’innommable, le cri, la détresse, les lettres restées sans envois, avec des mots nus, transparents, terribles.
« traverser tes cris ta pluie
tes ombres ravagées

bercer ton corps décontenancé »

L’adieu se ressasse, s’exaspère dans de longs thrènes d’un père éploré.
« ô toi
l’obscur
grâce te soit rendue
pour tes mots nus
vierges immaculés »

En six parties, le livre donne à ressentir l’expérience filiale, nourrie jusqu’à la lie de tous les tourments, des pourquoi vains, des questions répétées jusqu’à s’y perdre, au sein d’obscurités de plus en plus pesantes.
Le livre, pourtant, niche de pures beautés, comme exhumées d’un deuil trop long, que le temps exonère enfin. Très beau, très fin. Un témoignage au-delà de la peine.

(José Havet : « Pour Rebecca » Editions Mer Bleue, 2017, 72 pages . Prix non indiqué. Québec)



Colette Minois et Martine Le Calonnec : « Ode à l’été »



Neuf linogravures de Martine Le Calonnec accompagnent ces poèmes de la collaboratrice d’Arpa, Colette Minois. Ce sont des visages tranchés de noir et blanc, simples et évocateurs.
Les poèmes suggèrent l’été, la terre méditerranéenne, sa « lumière maraudée aux ciels », ses « criques », ses « statues », le « vin coule des jarres aux bouches ».
« Midi décoche ses flèches. / (…) Les fruits se rassemblent pour mûrir autour du noyau. »

C’est un temps pour les bals, les abeilles, les « offrandes païennes ». Sous les mots simples, c’est toute une saison qui fleure bon, c’est toute une nostalgie de ciels purs et de « marée humaine et colorée » dans les rues de l’été.

(Colette Minois et Martine Le Calonnec : « Ode à l’été », Petites mythologies de l’été n°1, Cahier des Passerelles n°18, 2017, 20p., 5€.)



Colette Minois : « Ode au jusant »



Aux illustrations plus fantaisistes, au découpage original correspondent des poèmes plus sombres où quelque chose s’achève.
« S’achevaient les péripéties. / Quelle bouche dans la gourmandise goûte /
l’entame du récit ? / Aux terres du poème la braise têtue reconduisait le feu./

Et le monde s’élançait impatient de mesurer ses ailes. »
Le lyrisme pourtant évoque « essor », « trombe », « danse » , « mouvement ».
Il y est question d’un récit, peut-être personnel, d’une perte, d’un « dormeur éveillé », d’une « Histoire »
« Le cœur suffoque un peu dans la moiteur »

La mythologie élève les textes à « la langue originelle » d’une poète qui rameute à elle les sensations premières d’eau et de feu pour faire dire à ses textes l’empreinte des émotions.

(Colette Minois et Marie Deschamps : « Ode au jusant », Petites mythologies de l’été n°2, Cahier des Passerelles n°26, 2017, 24p., 5€.)



Véronique Wautier : « Cabaner chavirer »



Ce huitième recueil de poèmes (depuis 1998) tisse des poèmes en quête d’enfance et des constructions graphiques mêlées de planches, de cabanes et de formes géométriques. Métaphore sans doute d’une enfance rassembleuse, qui échafaude ses rêveries à coups de bouts de bois et de mots et de larmes.
« Cabaner », nous dit la définition proposée en début de volume, vise tout à la fois l’action de loger dans une cabane et celle de chavirer en mer : de quoi alimenter la réflexion du lecteur à propos de l’enfance, notre mémoire d’être, double, multiple, complexe.
Véronique Wautier veut « habiter » un territoire perdu, qu’il s’agit de retrouver :
« dans la cabane aux yeux propres
parfois t’épuises et te couches
moitié de toi-même
et le noir rit »

Le poème semble être cette cabane désirée, ce refuge. Les mots, la nature, le merle, la neige déposent ici leurs vœux : « écrire le nom des gens » ou « un poème sincèrement cabane/ et soudain tout l’espace/ comme des voix qui chavirent. »
Une voix douce, mélancolique, attentive au moindre sursaut de vie, par le regard, par la présence, accompagne sans cesse le lecteur. Ici s’énonce la gravité d’être comme en suspens, entre le passé qui fuse dans ce coin de ciel et l’écoute présente d’une vie mesurée, peut-être amoindrie, sans cesse guettée comme on attend ces cris d’oiseaux.
L’écriture brève s’écoule en quelques vers, fragments tendus de constats, de descriptions concises et de souhaits. À l’image de la vie.
Même au cœur de la perte, de l’absence, une petite lumière – celle de l’écriture, celle de la cabane désirée – semble défier le sort. C’est la beauté du livre de conjoindre ainsi les pôles de l’existence, toujours tendue, déchirée, entre peur et vie, comme une cabane qui prendrait l’eau, dans le risque de toute aventure.

(Véronique Wautier : « Cabaner chavirer » Eranthis, 2016, 82 pages. Illustrations (dessins et peintures) : Godelieve Vandamme.)
Philippe Leuckx



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Les critiques de Philippe Leuckx (2013)



lundi 9 janvier 2017, par Philippe Leuckx

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Philippe Leuckx


Philippe Leuckx est né le 22 décembre 1955 à Havay (Hainaut belge).
Licence en philologie romane et baccalauréat spécial en philosophie. Mémoire consacré à Proust. Professeur d’histoire de l’art, de français et de philosophie en classes terminales.
Il est membre de l’Association des Écrivains Belges, de la Scam.
Auteur d’une trentaine de livres et plaquettes de poésie et de plusieurs monographies.
Critique, il est collaborateur régulier dune dizaine de revues littéraires (Le Journal des poètes, Bleu d’encre, Francophonie Vivante, Reflets Wallonie-Bruxelles...) et de blogs (poezibao, Les Belles Phrases, Sources, Les Carnets d’Eucharis...)
Écrivain-résident à l’Academia Belgica de Rome (2003, 2005, 2007).



Une sélection d’ouvrages

Une ombreuse solitude (L’Arbre à paroles, 1994),
Le fraudeur de poèmes (Tétras Lyre, 1996),
Une espèce de tourment ? (L’Arbre à paroles, 1998),
Touché cœur (L’Arbre à paroles, 2002),
Rome rumeurs nomades (Le Coudrier, 2008),
Étymologie du cœur (Encres vives, 2008),
Selon le fleuve et la lumière (Le Coudrier, 2010),
Un piéton à Barcelone (Encres vives, 2012),
D’enfances (Le Coudrier, 2012),
Au plus près (Editions du Cygne, 2012),
Quelques mains de poèmes (L’Arbre à paroles, 2012),
Dix fragments de terre commune (La Porte, 2013)...

Prix Emma-Martin 2011. Prix Gros Sel 2012.



Chantal Dupuy-Dunier : « C’est où poezi ? »



« L’exotisme n’est que le réel déguisé en tourisme », nous dit l’auteure. C’est pourtant à un exotisme bien posé que la poète nous invite grâce à ses textes qui évoquent le Sénégal, le Liban.
Ces textes explorent le milieu, décrivent « la savane proche / où paissent des buffles maigres », les bras du fleuve, « l’appel des muézins (qui) rythme les heures ».
« L’air est épais comme du miel »
 : c’est un autre continent, « des hommes cherchent un peu de fraîcheur / sur le pas de leurs portes ».
Le voyage en orient donne lieu à des échos de « terrasse d’une maison ancienne » :
« À la terrasse, les narguilés brasillent / dans leurs habits de verre. »

La poète passe par les traces anciennes, restes de voyageurs, tels Nerval, Goethe, et en quête de poésie s’interroge : « Où a-t-on caché la poésie / afin de la garder intacte ? »
L’hommage à Beyrouth, à sa lumière, à ses usages, résonne comme un poème offert : « Parfois un air de Beyrouth ancien,/ quelques maisons basses. »

(Chantal Dupuy-Dunier : « C’est où poezi ? », Editions Henry, 2017 136 pages., 10€.)


Jean-Pierre Nicol : « La juste lumière »



Ce beau livre comporte trois parties  : « La juste lumière », « L’alouette » et « L’inaccessible » : de quoi parler avec justesse des marges, des seuils, des marches pourvoyeuses de poèmes et de découvertes.
« Je m’encorde à la brève avalanche
qui dévale de l’arbre
jusqu’à l’autre bout de l’été ».

Tel pourrait être l’art poétique d’un auteur, privilégiant la notation brève, l’éclair du regard, la prouesse née d’un chemin emprunté ; il faut, selon lui , « dans la fuite éperdue des jours », être, « écrire toutes marges ouvertes » pour en garder la lumière, l’écho dans les mots, la source. Cette quête de quiétude, à l’ombre de l’alouette – qui signe l’été, le village, « ce soleil caché dans un ciel pur »  -, passe aussi par le don d’une femme, puisque « dans le manque/ le poème grandit en toi ».
Il faut faire silence, recueillir le peu, s’astreindre au bref, s’émerveiller de ce qui passe, de ce qui reste, « dans la marge d’un livre », puisqu’on le tient, qu’on le parcourt, et qu’on s’en nourrit.
L’écriture, ici, refuse le solennel, aime le lyrisme adouci – la juste mesure -, ce ton entre « l’eau d’amertume » et « cette brève avalanche/ à l’autre bout du ciel ».
Le poète frôle les derniers jours, inspecte les nuages, se réfugie dans les branches, anime le « jour qui s’achève ».
C’est un être proche des paysages, qui puisse, grâce à eux, donner quelque leçon de vie, sans moralisme aucun, simplement en écrivant des « phrases sur la plaine », lui qui sait « épeler les étoiles ».
J’aime « la meute grise du silence », « la dictée des ombres », « une oraison de feuilles mortes » : signes d’un regard hors pair pour énoncer la vie qui n’appartient qu’à lui.

(Jean-Pierre Nicol : « La juste lumière », Les Déjeuners sur l’herbe, 2016, 86p., 12€.)



Claude Albarede : « Le dehors intime »



Quand un poète explore son rapport au monde, il lui faut aller « au fond des choses » (titre du recueil inaugural du poète), exprimer cette marche ambivalente, tissée d’intériorité et de dehors, pour y puiser solitude, déchirure, silence, « fuite », « oubli ». Les poèmes offrent donc cet accord avec l’autre de nous-même, une fois passé le seuil, au-delà des « murs écrits ».
« Le village se tient / cambré dans la lumière / avec femme au pays / et source dans la pierre. »
« Ombre et mélange
 » du dedans, du dehors. « Où sommes-nous ? »
Le poète écrit donc la terre « si peu trouvée », « le silence qui tue la terre », la nostalgie pour « un vieux village abandonné ». Il faut « traverser un pays désert », « aller profond » pour « recevoir le dehors intime/ noué à l’herbe et au chemin » (p.72).
Tout le travail reste dans la langue qui puisse offrir au poème substance et aliment ; parfois le poème attend, écarté de « l’émotion intime ».
Le poète sait bien qu’il doit réintégrer la maison, au bout de la marche, « aller plus près/ comme on franchit le jour »
« c’est le silence comblé d’amour / d’où va jaillir la source claire / déjà fusion, déjà poème »
Dans des textes qui, d’être lumineux et denses, se partagent avec aisance, le poète signe son bel attachement au monde proche, intime, fusionnel, et tout à la fois désiré comme si les mots l’éloignaient dans la langue.

(Claude Albarede : « Le dehors intime » L’herbe qui tremble, 2016, 128 pages, 16€. Peintures de Marie Alloy, automnales.)



Patrick Devaux : « Tant de bonheur à rendre aux fleurs »



Adepte des poèmes verticaux (comme Quaghebeur et Anne Bonhomme), le poète Devaux – vingt-trois recueils au compteur, au G.R.I.L. essentiellement, et trois romans - soigne dans ce petit livre ses chutes et ses images, dédiant aux fleurs, aux étoiles et aux éléments une vision au scalpel mais pleine de douceurs inédites.
Le poète prélève au réel des instantanés pour deviner « l’éternité », pour asseoir « chaque/ matin/ de grands arbres/ centenaires », pour écrire « le ciel/ d’un poème » ou « la lumineuse mouvance/ des feuilles ».
« Faire/ fleurir/ l’éternité » : vœu d’un styliste, qui joue du peu, d’une économie précieuse des vers et des mots, afin de nous surprendre. Tant de simplicité exige un regard, une attention et un toilettage du poème : la décantation offre une prise.
« prendre/ le temps / dans ses bras ». Au conditionnel de la patience, Devaux épèle les saisons, épie « la lumière/matinale » et s’offre même « un ange » qui « souri(t)/ une heure ou deux/ …reparti/ les ailes/ un peu mouillées ».
Beau travail d’orfèvre des matières : ce qui confirme que le talent d’un poète tient moins à l’originalité des thèmes qu’à la manière subtile et unique de les traiter.
Un auteur à suivre, donc.

(Patrick Devaux : « Tant de bonheur à rendre aux fleurs », Le Coudrier, 2016, 78 p., 16€. Beaux dessins un brin nostalgiques de Catherine Berael)



Jean-Christophe Belleveaux : « Pong »



De « Bar des platanes » à « Pong », près de vingt années de créations poétiques, dispersées chez dix-huit éditeurs.
La lecture récente de « Démolition », de « Fragments mal cadastrés  » et de ce « Pong » qui dérange, perturbe, met en lumière un poète mal assis entre humour gris ou rosse et détresse non feinte, de quoi souligner sa « place » comme dirait la grande Annie. Une position inconfortable sans doute dans un monde de la poésie qui fait du signifiant un roi ou de la saillie absconse un dieu. Ici, on n’écrit pas pour rien : on consigne des « fragments » d’un séjour glauque dans une maison médicale aussi glauque. Disons le mot, quoique moins poétique que les vers qui y sont nés : hôpital psychiatrique. Maison mi ouverte mi fermée, où il est interdit, certes, de tirer la clope après une certaine heure.
Les poèmes d’enfermement résonnent loin par des chutes denses, coups de poings à soi et à une institution qui règle comme papier à musique votre train-train qui ne marche pas très fort.
Le poète est à l’aise, verbalement parlant. Sa plume réserve le « pong » d’une table de « ping en béton », que le lecteur ne trouve guère en amorce du livre, et comme le patient, il devra faire preuve d’ « attente » lente, longue, dispendieuse pour ses nerfs.
Belleveaux désosse lieux, objets, personnes et ça donne :

« ossements de la presque vérité (..) / la vitre sale / qui me sépare de moi (…) / sa carcasse / qu’il faut bien / habiter un peu (…) / éclairage intransigeant des néons (…) / je ne repasse rien / ni mes chemises / ni par la case départ »

Ce poète du zeugme déjanté, désenchanté, manie la langue poétique « jusqu’au noyau du néant » ; il sait « les âmes malades » ; il attend « le toboggan du sommeil » ; « puisque j’ai un corps je le nourris/ quant à l’esprit, doux jésus ! / le premier verbe qui me vient : se méprendre »…
Le séjour est lent, long : le temps de l’hôpital psy est « une journée vaste à perte de vie » : il y a du Michaux incisif dans ces plans très cinématographiques, entre « Pong » et « Persona » de Bergman : « juste la chimie somnambule (…) / je n’aurais moi / que ratures / pour bâton de pèlerin »
Bref, Belleveaux, mal « cadré », dans ce « cadre », réussit ses « exercices de détestation » de soi pour passer à autre chose. Une autre vie, une autre vue, pour ne plus devoir dire « je meurs souvent ».

(Jean-Christophe Belleveaux : « Pong », la tête à l’envers, 2017, 96p., 14€.)

Voir aussi l’article de Jacmo.


Jean-Louis Massot : « Nuages de saison »



Le poète et éditeur Massot, dont on a pu apprécier « Séjours, là  » ou encore « Sans envie de rien », s’amuse à masser et à cumuler divers nuages, dans de brefs poèmes, où il s’adresse directement à ces passagers éphémères des airs :

« Altocumulus,
Le ciel est libre ;
Profitez-en
Mais ne prenez pas
Toute la place » (p.29)

Les voilà donc ces fameux nuages, déclinés sous toutes les formes vaporeuses, comme pour combler le vide (ce mot revient), la quête, l’absence.
Ce sont presque des confidents anecdotiques, quotidiens, compagnons du café ou d’une belle journée à venir. Le nez en l’air, le mot léger, le poète peut afficher cette élévation entre « martinets » qui « valsent », et se sentir moins « seul ». Et si la réponse venait, de fait, de cette voûte au loin, si proche, si étrange, si duveteuse soudain sous la caresse des vers.
« Des corneilles
Posées sur
Le clocher de l’église
Questionnent les nuages
Qui flottent,
Indifférents »

Et parfois « nulle trace » et un vers pour la dire, avec un brin d’angoisse. De vide.

(Jean-Louis Massot : « Nuages de saison » Bleu d’encre, 2017, 68 pages. 12€. Belles photographies d’Olivia HB.)



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