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Manières d’approches (8)

Les abrutis de dieu



La bête immonde du fanatisme religieux ne dort jamais que d’un œil ! Qu’on lui lâche tant soit peu la bride, et voilà qu’elle se réveille pour prétendre bientôt régner sur tous et sur chacun, dicter ce qu’il faut croire et sentir, imposer une manière de vivre à genou et dans l’humiliation. Il y a toujours des abrutis de dieu quelque soit le nom qu’ils lui donnent, des enténébrés de dogmes, pour se lever et combattre tout ce qui pense, tout ce qui fait l’être humain et sa dignité : son esprit critique, sa liberté de conscience.

Ce n’est pas nouveau et ces dernières années − des intégristes catholiques voulant faire censurer des spectacles qu’ils jugent « blasphématoires » aux islamistes prétendant interdire la représentation de leur prophète, en passant par les créationnistes déterminés à imposer leurs élucubrations à l’école, sans oublier les fondamentalistes juifs qui réclament l’asservissement de toute la Palestine au nom du Grand Israël biblique − on pouvait croire que ces fanatiques s’en tenaient à attaquer la liberté d’expression, ce qui est déjà s’en prendre au fondement de la démocratie et ne va pas sans conséquences politiques. Mais on sait aujourd’hui qu’ils peuvent être tout aussi impatients de massacrer – comme certains le font hélas partout dans le monde − ceux qui ne leur ressemblent pas ni ne partagent leurs vaticinations. La nouveauté, c’est que les liberticides sont aussi des assassins de la pire espèce, petites frappes crétinisées et cruelles, sans arguments autres que la violence, déséquilibrés que l’humour accule à l’hystérie meurtrière.

J’ai tenté d’aborder avec le sourire ces infamies dans ma pièce, Dieu se moque des lèches-bottes (éditions Le Bruit des autres), où le dieu bienveillant qu’on peut imaginer à partir d’une certaine lecture des textes dits « sacrés » (mais qui autorisent hélas une lecture diamétralement opposée !) fustige et vomit ces dévots qui le trahissent et le déshonorent. Depuis ce mercredi 7 janvier pourtant, le cœur n’y est pas et, je l’avoue, je ne suis plus d’humeur à en rire.

D’autant moins que certaines réactions ont de quoi ulcérer. Celles qui invoquent par exemple une « provocation » à propos des dessins de Charlie hebdo. Comme si la provocation ne venait pas des censeurs, de ceux qui prétendent savoir et régenter ce qu’il faut ou non donner à voir, à lire et à penser, en imposant à la planète leur « sacré » ! Mais le sacré des uns n’est pas celui des autres et il n’en est pas d’universel, par voie de conséquence nul « sacrilège » ne saurait être opposé à quiconque, sans abus de pouvoir. Il n’y a que la tolérance pour nous permettre de vivre ensemble, celle que la laïcité réussit d’ailleurs plutôt bien à organiser.

Et que des caricaturistes ont défendu au péril de leur vie.

Michel Baglin. Toulouse, 9 janvier 2015



Sur les attentats, lire aussi :


Manières d’approches (12) : Humilité

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Manières d’approches (9) : Blasphème

Manières d’approches (8) : Les abrutis de dieu

Manières d’approches (7) : D’une foi l’autre



vendredi 9 janvier 2015, par Michel Baglin

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