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Patrice Delbourg

« Les chagrins de l’Arsenal »

Le dernier roman de Patrice Delbourg met en scène un « livricide » et c’est encore, au milieu de pages jubilatoires, une défense et illustration de la littérature non frelatée…



Timothée Flandrin a de très mauvais souvenirs d’école et surtout d’œuvres littéraires dont on a voulu nourrir de force ses jeunes années et dont on l’a en fait dégoûté… Ce bibliothécaire de l’Arsenal a pris en grippe les livres, ou du moins certains d’entre eux, et a décidé de se venger en saccageant ceux qui lui tombent sous la main. Ainsi s’accomplissent tout au long de ce roman les forfaits d’un « livricide », représailles qui vont du bouquin jeté en Seine, à l’ouvrage calciné, ou à l’opus déchiqueté…
Ce « petit Fahrenheit de poche » vaut surtout par les propos qui l’accompagnent ; Patrice Delbourg règle ses comptes avec les livres qu’il n’aime pas (aujourd’hui, « tout fait livre » déplore-t-il), ce qui, a contrario, dessine la littérature chère à son cœur. Nombre de poètes échappent ainsi à l’autodafé, et bien des auteurs un peu marginaux, ceux qu’il avait salués et portraiturés il y a quelques années dans son ouvrage, « les Désemparés » (voir ici), les Laforgue, Nouveau, Corbière, Cravan, Calet, Péret, etc.

La dent dure

Comme toujours avec Delbourg, l’intrigue importe peu ou est, comme ici, quasi inexistante ; tout est dans le style, la verve, l’humour vachard et les morceaux d’anthologie. Dans ce dernier domaine, on a droit cette fois aux salons du livre et aux femmes d’auteurs, à la description d’un film porno, au pilon et aux fantasmes qu’il engendre et à bien d’autres moments jubilatoires…
Le trait acerbe fleurit aussi très souvent au détour des pages et à l’évocation de quelques auteurs contre lesquels Delbourg a la dent dure, comme Mallarmé « et son glaire obscur, sphinx roublard qui donne dans la mystification opaque », Hérédia, Cocteau, « resquilleur au portillon de la modernité », Barrès, Radiguet, Jouhandeau, Morand, Brasillach, « petit galet d’Etretat qui se prend pour le Taj Mahal », Druon, Montherlant, « greffier culturiste », Yourcenar, Gide « et son conformisme de la petite aigreur, ses pâmoisons ventriloques », etc. . On l’aura compris, ici, finalement c’est bien encore le livre qui demeure le héros et la littérature – la bonne – qui est à l’honneur.

Michel Baglin



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dimanche 19 août 2012, par Michel Baglin

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Patrice Delbourg
« Les chagrins de l’Arsenal »


Le Cherche-Midi éd.
324 pages. 18,50 €.
ISBN : 978-2-7491-2467-4



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