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Michel Baglin

Les dernières publications

"Entre les lignes", "Dieu se moque des lèche-bottes", "Un présent qui s’absente", "Loupés russes", "La Part du Diable et autres nouvelles noires", "De chair et de mots", "Les pas contés", les "Chants du regard", "Les Pages tournées"...

Les éditions Le Bruit des autres qui m’ont publié l’an dernier mon recueil de nouvelles noires « La Part du Diable » n’ont pas craint de récidiver en publiant cette fois ma première pièce – en fait, une farce théâtrale - « Dieu se moque des lèche-bottes » , dont le titre dit assez qu’elle ne verse pas dans la bigoterie…



« Entre les lignes »

Les éditions Le Bruit des autres ont décidé de rééditer mon récit, publié initialement à La Table Ronde (2002), qui m’avait valu de nombreuses critiques favorables et qui était depuis longtemps épuisé. La nouvelle édition bénéficie d’une préface de Didier Pobel.

Récits d’enfance et d’initiation ayant les trains pour personnage central, c’est à coup sûr, de tous mes livres, celui qui a reçu la meilleure critique : le feuilleton de Patrick Besson dans le Figaro, un long article de Jérôme Garcin dans le Nouvel Obs, la télé (Un jour un livre), Claude Villers sur France inter deux dimanches de suite, Le Masque et la Plume, des têtes de page dans la presse régionale et les revues ! Il faut croire que les trains et l’enfance donnent un cocktail apprécié…

Je me suis toujours senti une dette envers les trains. Que ce soit un autorail ou un rapide, ils viennent l’un et l’autre des territoires de l’enfance et traînent derrière eux une lanterne rouge qui est la gardienne des nostalgies. Enfant, j’ai rêvé devant ces monstres fumants et les rails qui sont autant de lignes de fuite. Voici donc le chant des trains, celui miniature et ludique du modélisme ferroviaire, celui des grandes personnes qui ne partent, en fin de compte, jamais. Celui qui est aussi un des visages de la passion du monde de l’écrivain, un peu la métaphore de ses petites écritures…



« Dieu se moque des lèche-bottes »

Une farce théâtrale éditée par Le Bruit des autres.

Lire ici



« Le dernier combat »

Les éditions SKA (livres numériques), viennent de me publier une nouvelle, « Le dernier combat », dont on peut lire un extrait (et que l’on peut commander, au prix de 0.99 euros) ici :

(Le dernier combat, Michel Baglin, nouvelle noire, collection Noire sœur, 0.99 €. EAN 9791023403084)

Chez le même éditeur, j’ai déjà publié une nouvelle, « Révélation de Noël » dans un recueil collectif où les auteurs maison ce payent le vieux barbu, « Sacré Noël » (2,99 €).

Pas très orthodoxe, ni bien catholique ! Voir ici.

Ce qu’ils en disent

Paul Maugendre



« Loupés russes »

En décembre 2004, les éditions Rhubarbe naissaient à Auxerre. Dix ans plus tard, fortes d’un catalogue d’une centaine d’ouvrages (souvent inclassables mais presque toujours proches des formes brèves), elles se sont installées dans le paysage. Cette date anniversaire nous vaut en 2014 la publication, chaque mois, d’une nouvelle d’un des auteurs maison, sur le thème des « dix ans », dans une petite collection de livrets d’une trentaine de pages, très élégante, qu’a inaugurée René Pons.
Je participe également à l’aventure avec la publication d’une nouvelle, « Loupés russes » , inspirée d’un récent voyage sur le canal Volga-Baltique. Son argument ? La quatrième de couverture le laisse entrevoir :
« Embarqué dans une aventure rocambolesque, entre dissidents, documents compromettants détenus par une inconnue aussi élégante que mystérieuse et oligarques russes qui les survolent en hélicoptère, le narrateur de ce récit, détective à la petite semaine, va d’étonnement en déception : il ne se passe rien. Ou si peu. À se demander - et le lecteur avec lui - si la véritable aventure n’est pas ailleurs. Peut-être dans les paysages somptueux traversés au rythme lent d’une croisière entre Moscou et Saint-Pétersbourg, peut-être aussi dans l’intimité d’une mémoire où continue de briller un souvenir vieux de dix ans. Mais il se peut aussi que le narrateur, décidément piètre roussin, n’ait rien vu ! »
J’espère qu’elle vous fera sourire en même temps que voyager !
(54 pages. 5 euros. A commander aux éditions Rhubarbe ou à l’auteur)



« Un présent qui s’absente »


Un recueil de poésie publié chez Bruno Doucey en 2013.



« La Part du diable et autres nouvelles noires »

Ces treize nouvelles annoncent la couleur : elles sont « noires » comme la littérature policière et comme l’humour, car elles font certes « la part du Diable », mais aussi celle du sourire et l’enquête s’avère prétexte à un drôle de chassé-croisé entre l’auteur et des personnages malcommodes !



« De chair et de mots » (anthologie poétique)


Une anthologie personnelle parue au Castor Astral éd.

Lire



"Les pas contés" fait suite à la "Lettre de Canfranc", deux récits-essais publiés aux éditions Rhurbarbe et qui mettent en parallèle la passion des livres, celle de la marche et celle des trains : des perceurs d’horizons, donc...
"Les Pages tournées" est un recueil de poèmes qui reprend pour partie le premier recueil de Michel Baglin, "Déambulatoire". L’album, "Les Chants du regard", se fonde sur 40 photographies de Jean Dieuzaide, choisies par Michel Baglin et accompagnées de 40 textes poétiques.

Les pas contés (Carnets de Cerdagne)

(proses)
Rhubarbe éditions
Collection Chemins d’écriture
(48 pages. 6 euros)

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Qu’est-ce qui pousse le randonneur à vouloir avaler encore ce monticule, à explorer cette combe, à se risquer à l’extrême bout d’un promontoire ? Pour y découvrir quoi ?
Qu’est-ce qui pousse l’écrivain à écrire ? Pour dire quoi qui n’ait pas déjà été dit, y compris par lui-même ? Et quels mots employer qui n’abolissent, sitôt prononcés, la réalité qu’ils prétendent exprimer ?
Dans la lignée (la foulée !) de sa Lettre de Canfranc, publiée par Rhubarbe en 2005, Michel Baglin interroge ici son chemin d’écriture qui serpente à travers la Cerdagne.

Ce qu’ils en ont dit :

Jérôme Garcin. Le Nouvel Observateur _

C’est en Cerdagne, dans le massif du Carlit (Pyrénées ­Orientales), que Michel Baglin s’exerce à randonner et s’épuiser. De son père, avec qui, dans ces mêmes lieux édéniques où « chaque replat franchi ouvre un nouvel horizon », il pérégrinait au­trefois, il a gardé la faculté d’enthousiasme. Car Baglin écrit comme il marche, pour retrouver un état d’enfance, être présent au monde, « amplifier le sentiment de vivre » et entendre cheminer la phrase, par mots et par vaux, jusqu’à son lecteur reconnaissant.


Jacmo. Revue Décharge _

J’ai depuis longtemps été étonné par la lucidité de Michel Baglin, il n’était que de lire et relire ses essais théoriques sur la poésie pour s’en rendre compte, et ses proses pour une autre visée m’apportent semblable constat, ce à quoi s’ajoute un style sans apprêt avec le filet d’encre qu’il faut. Michel sait faire le parallèle entre la marche et l’écriture, il cherchera ici la piste jamais empruntée, comme il trouvera là les espaces de textes vierges. Il y a certainement une similitude réelle entre les mots et les pas ou encore la page et le terrain. En tout cas, on est enchanté quand on voit que tel soir l’auteur fourbu de fatigue après une longue randonnée renonce à écrire pour rêvasser, cela n’aura jamais de résonance au final, mais quelle volupté cette plénitude personnelle ! Ou bien cette impression ivre d’être totalement au monde, au milieu d’une randonnée, au sommet d’une crête, dans une solitude originelle, dans une sensation tellurique, d’exister enfin, à nouveau, comme une naissance différée... Tous ces moments que l’on a vécus et qu’on n’a pas eus la patience et la grâce de consigner, Michel Baglin nous les donne à lire fidèlement restitués.

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Jean Chatard revue Friches _

La jouissance du randonneur est sans doute comparable à celle du barreur ou à celle du monta­gnard, et Michel Baglin s’emploie, en narrateur habile, en poète avisé, à nous entraîner à sa suite dans ces paysages qu’il s’approprie. Devant la Nature, le cœur se dilate, le regard se fait long. La qualité du soir attise les fibres d’un plaisir toujours nouveau, toujours recommencé. Marcher est un privilège que démontre Michel Baglin avec ce sens de la narration entretenu par son métier de journa­liste. Les sentiers aboutissent toujours à des images nouvelles et serpentent comme les vers du poème par le biais des mots qui prennent le relais du regard. La meilleure façon de marcher est ‑ dit‑on ‑ de mettre un pied devant l’autre. La meilleure façon d’écrire, Michel Baglin l’a bien compris, est de mettre un mot derrière l’autre.

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Madeleine Carcano. Lieux d’être _

Connaissez-vous la Cerdagne ? Vous allez me répondre pas du tout ou un peu. Eh bien, rien que pour le plaisir sans se fatiguer et sans que le sac au dos blesse vos épaules, prenez « le cœur content » ces chemins de randonnées, vous vous risquerez alors à explorer une combe ou à emprunter la ligne de crête, là où un promontoire vous offre la plus belle des vues. (...) On se parle, on fait silence, l’eau fraîche de la gourde donne à ce recueil toute sa saveur et on oublie le moteur de la 2 CV pour se mettre au diapason du chant des oiseaux et de ce ciel de juillet qui offre à la page blanche une profusion de lumière. Ce sont alors des mots simples, ceux du père qui s’accoudent au paysage, qui accueillent un pâturage, qui tâtonnent devant un sentier à prendre ou qui obéit à la montre, la nuit se faisant complice de la fatigue. Les souvenirs affluent, l’enfance maîtresse du lieu rebondit sur un obstacle. « les passages vers le silence » racontent cette Cerdagne que Michel Baglin connaît bien. Son chemin d’écriture se mêle au paysage, ensemble ils nous donnent faim et soif de poèmes.


Max Alhau Revue Autre Sud _

Dans ces pages, le regard du poète se pose avec acuité sur les paysages, sur les étendues et c’est avec une belle sensualité qu’il évoque excursions passées et présentes. Sensible aux lieux sauvages, à leur topographie, à l’effort que réclame toute randonnée en montagne, Michel Baglin en vient, au cours de ce récit et en se reportant à ses débuts littéraires, à s’interroger sur la fonction de l’écriture, sur ses rapports avec la réalité, celle de la terre qu’il parcourt en promeneur passionné. Loin des clichés habituels, quand il rapproche la marche de l’écriture, il voit dans l’un comme dans l’autre de ces exercices la faculté d’ « amplifier le sentiment de vivre » et non celui de s’écarter du réel, de s’en remettre à l’illusion d’être. Tout au long des évocations de la Cerdagne, les réflexions se chargent d’une intensité qui donne la clef du travail de Michel Baglin, que ce soit en poésie ou dans le domaine de la fiction. C’est avant tout un désir d’aller vers ses semblables qui le guide comme le conduisent ses pas vers les lieux familiers cerdans autant que le goût pour l’infini. On note dans cette marche ou même cette démarche le souhait de faire corps avec le monde, avec la terre et non de s’évader au moyen d’une rêverie quelconque. Cette définition : « Ecrire, c’est retrouver le réel » , souligne la volonté de l’auteur d’être au monde, d’aller de conserve avec autrui, ce lecteur à qui l’on s’adresse et à qui on souhaite faire partager des sentiments qu’ils soient d’ordre esthétique ou d’ordre humain. (...) Le partage du monde auquel tout homme aspire et que tout écrivain s’efforce de réaliser, Michel Baglin ne cesse de l’affirmer et il y a plus chez lui : se dessine aussi cette fusion essentielle avec la terre par le biais des mots et celui de la marche. C’est réconcilié avec soi et les hommes que celui qui s’adonne à l’écriture apparaît alors. Il suffit de lire les pages de ces Carnets de Cerdagne pour s’en convaincre.


Isabelle Roche Lelittéraire.com _

Ce « livruscule » est miraculeux. Parvenir en si peu de pages, d’une écriture si simple que ne distorsionnent aucune fioriture ni figure exagérément décorative, à construire un texte lumineux qui sait aussi faire allégeance à l’ombre, au mystère ; où sont étroitement solidarisés souvenirs d’enfance, descriptions de paysages comme de sensations et questionnements méta physico‑artistiques ne tient qu’à cela ‑ un miracle poétique.

Michel Baglin, que je découvre ici, est un merveilleux défricheur : il restitue, des coins de nature qu’il traverse, une âme qui jaillit des pages ‑ de petites choses ténues que l’on ressent très profondément, peut-être parce que la grâce poétique ne cesse d’effleurer ses phrases qui savent décrire tout en creusant l’énigme du rapport au monde. le doute qu’il y ait mots plus clairs que ceux-là pour laisser entendre la musique silencieuse des crépuscules : Une autre qualité de silence s’instaure peu à peu, liée au soir qui monte, à la fatigue, au cœur content.

Je ne suis pas sûre que Michel Baglin aura allumé en moi le désir de lacer des grolles montantes et d’endosser le sac du randonneur pour partir arpenter les GR du monde. Mais l’envie de lire plus encore, certainement. Et aussi celle, plus secrète, qui n’ose se dire, de tenter hors de la chronique l’expérience de l’écriture... pour le seul plaisir de la chasse au mot juste.


Lucien Wasselin _

Les souvenirs se mêlent au présent : et c’est toujours la beauté du lieu, le sentiment d’être pleinement dans le monde qui éclatent. Michel Baglin parle de la "gratitude pour la beauté lumineuse" du paysage. Et c’est aussi le souvenir du père qui nommait ce qu’il voyait ; et cela donne naissance chez Michel Baglin à cette idée que "l’ineffable reste toujours à conquérir par la parole". Beau projet d’écrivain qui se matérialise aujourd’hui dans cette plaquette. L’ineffable alors coïncide avec l’inaccessible, ce qui toujours se refuse et recule, l’exploit physique toujours à tenter : "Mais le but n’est pas atteint pour autant, car rien ne s’est vraiment incarné." Il y a une subtile dialectique qui unit l’amoureux du paysage à l’écrivain car il s’agit d’écrire pour "produire, justement, mon éternelle frustration devant la magnificence d’un paysage, qui me jetait dans des frénésies de marche..." Reste à dire le manque ; la vie présente et jamais atteinte : écrire, c’est dire le manque. Mais il y a dans la démarche de Baglin cette idée que l’écriture c’est comme la marche ou la randonnée : il s’agit de s’affronter au réel, c’est une leçon de réalisme : "Etre dans le réel n’est pas si simple" ou encore : "Ecrire, c’est retrouver le réel." L’écriture, c’est entrer dans le réel : la Cerdagne est ici le révélateur de cette vérité que Michel Baglin fait partager à son lecteur. (...) Oui, face au paysage, dès lors que nous sommes réceptifs, nous envahit le "sentiment tellurique d’être". Ecrire, c’est donner en partage ce sentiment, c’est partager avec le lecteur le réel, la présence au monde. "Marcher me rapproche de cette expérience de fusion avec le monde" écrit Michel Baglin. Il fait partager cette expérience : on se sent alors mieux. Loin des "sportifs" du dimanche.


Alain Jean-André Site de La Luxiotte _

Le récit de ce randonneur qui n’est pas solitaire conduit le lecteur beaucoup plus loin que la Cerdagne. On le sent dès qu’il précise : « Je voudrais qu’il y ait un texte pour sceller chaque journée accomplie, un livre au bout de chaque voyage. » Le mouvement de son corps est aussi marche de sa pensée, qui jaillit en heureuses formules : « J’en suis persuadé aujourd’hui : c’est la même insatisfaction - ou le même manque - qui m’aura fait marcher et qui m’aura fait écrire. » ; « Marcher me rapproche de cette fusion avec le monde. En tout cas de ce mouvement qui vous éloigne suffisamment de vous-même pour que la présence de l’univers redevienne perceptible à vos sens. » Il ajoute, pensant sans doute à ce qu’il est en train d’écrire : « Un bon livre est façon de trinquer de loin avec des inconnus suffisamment proches pour se reconnaître. » Et je dois reconnaître que j’ai trinqué avec lui en lisant ses pages. Il y a de gros livres qui vous tombent des bras et d’autres plutôt minces d’une singulière densité. Avec un peu plus de quarante pages, on devine tout de suite comment je caractérise le livre de Michel Baglin. La littérature peut avoir la légèreté de la flèche et viser dans le mille en quelques pages.



Les Pages tournées suivi de L’Adolescent

chimérique et de L’Etranger


(poésie)
Multiples éd.
Collection Fondamente
(44 pages. 10 euros)

L’auteur réédite son premier recueil, « Déambulatoire », sous le titre de « L’Adolescent chimérique » et l’encadre de deux textes récents qui ouvrent un dialogue par delà les années.

"Déambulatoire, mon premier recueil publié, fut édité en 1974 par Guy Chambelland. Plus de trente ans après avoir écrit certains de ces poèmes, je dois reconnaître qu’ils ne me sont pas devenus tout à fait étrangers. Les relisant, j’ai compris que je tutoyais à travers les années ce vieil Adolescent chimérique qui n’avait probablement pas fini de m’agacer au défaut de ma cuirasse bientôt sexagénaire. Les débats, les conflits qu’ils trahissent, les malaises d’une période qui fut pour moi bousculée et malcommode, j’ai tenté d’en retrouver l’écho intérieur par une réécriture qui interpelle cet adolescent aujourd’hui lointain.
Deux textes récents, la suite les Pages tournées et L’Etranger, encadrent cet ado qui n’a probablement pas réussi à tourner la page...

A commander à MULTIPLES : Chemin du Lançon. 31410 Longages

Ce qu’ils en ont dit :

Jean Chatard _

Mélancolique et désabusé, ce petit ouvrage d’une quarantaine de pages, de par son titre sans ambiguïté, « Les pages tournées », retrace la vie d’un homme enclin à privilégier la nuit. « L’adolescent chimérique » qu’il fut devient « L’étranger », celui que l’on tolère dans l’espace commun, celui que l’on invite avec scepticisme à partager des brindilles d’amitié. (...) Le pessimisme de Michel Baglin, sa clairvoyance, le poussent à ne considérer que les « petits bonheurs », ceux que le jour engrange pour ne les restituer que bien plus tard. Le poète refuse les chemins de la gloire, sachant que pour mourir, « on replie sur soi le drap, ayant éconduit les aventures offertes. » Déjà, dans « Lettre de Canfranc », l’un de ses récents ouvrages, Michel Baglin privilégiait la désertification d’un lieu (une gare pratiquement abandonnée). Avec « Les pages tournées », c’est le bilan d’une vie d’homme, avec ses failles et ses espoirs déçus, qu’il met en évidence. Il oublie toutefois de préciser que, pour évoquer une telle solitude et un tel désarroi avec une semblable maîtrise, il lui a fallu beaucoup, beaucoup de talent.


Georges Cathalo _

La poésie de Baglin a toujours pris sa source dans le questionnement ontologique : c’est là que le poète trouve sa principale inspiration. Sa lucidité et son courage lui permettent d’affronter l’effondrement des utopies, le tourment métaphysique et la déroute des illusions. Car, qui est‑on vraiment, « étranger à soi‑même » ? Après un long cheminement de près de 30 ans d’écriture, il faut avancer, « se lester en chemin, voilà toute l’affaire, peut-être ! Pour assurer son pas ». Tout est là, dans ces lignes : le doute, la pesanteur, la marche, autant de thèmes récurrents et complémentaires. Grâce à un patient travail de tissage, détissage, retissage et métissage, le poète a repris ses anciens textes des années 74/78. Depuis Déambulatoire, son premier recueil, que de chemin parcouru et que de pages tournées ! « Les pages noircies, la cendre des écrits, que pèsent‑elles trente ans après ? » : la réponse est contenue dans la question mais aussi dans cet « adolescent chimérique » qui constitue la partie centrale du livre, émouvant édifice dressé comme un défi, « avec des mots de survivant ». Cet ensemble est encadré par « les Pages tournées », suite de 5 poèmes écrits en 2004 et par « L’étranger », daté de 2006, en fin d’ouvrage, référence même pas voilée à Albert Camus, comme un ancrage fort dans un univers où se bousculent le doute et l’espoir.


Alain Kewes. Revue Décharge _

En rééditant « L’adolescent chimérique », daté 1970-1976, encadré de deux textes, le premier de 2004, le deuxième de 2006, Michel Baglin opère moins un retour sur son œuvre qu’il ne promène l’archet sur les cordes d’un violon. Tout coexiste, tout est présent, fut-ce de façon paradoxale, l’emploi généralisé de l’imparfait donnant à sa musique, comme il n’est pas surprenant s’agissant de violon, une tonalité nostalgique. Et si l’auteur assagi, installé au pied des montagnes, évoque une vie ouvrière de banlieusard, les petits matins humides, la première chaleur des alcools pris sur le zinc, les rêves d’absolu d’une écriture sans concession, s’il prend des distances avec l’adolescent qu’il fut, lui disant « tu » car « je » serait aussi faux que ridicule, il ne peut quand même pas le vouvoyer. Preuve que tout est là, intact. Mais quoi, au fond ? Une vie, ou l’écriture en lieu et place d’une vie non vécue ? Tu vieillirais donc en distillant toujours la nostalgie (...) et tu mourrais comme on replie sur soi les draps, ayant éconduit les aventures offertes (...) sans avoir dit pour qui, longtemps, tu auras eu si froid. Trente ans plus tard, l’homme a changé, sa poésie plus sereine ne cherche plus à traverser le désespoir et ses figures. Qu’aurais-tu pensé si tu avais pu me voir aujourd’hui ? demande Michel Baglin à celui qu’il a été : Tu n’aurais pas aimé je crois. Et pourtant, ce qu’il écrit aujourd’hui est-il si différent ? La ferveur ne se dément pas, elle garde ses fers au feu. Quant à reprendre pied sur un terrain toujours à se dérober, il n’a toujours pas appris à le faire. Il y a dans ce livre des passages sublimes, dans le droit fil de L’Alcool des vents ou de la Lettre de Canfranc, une lucidité sans pathos, sinon sans regrets, l’histoire d’un écrivain qui accepte le temps qui passe sans rougir de ce qu’il a été ni de celui qu’il est devenu mais qui ne saura jamais si écrire lui a fait manquer quelque chose, qui considère l’énigme de son ambigu trésor d’encre.


Lucien Wasselin Revue Faîtes entrer L’Infini _

En 1974, Michel Baglin publie (il a alors 24 ans) son premier recueil, Déambulatoire, chez Chambelland. Il le republie aujourd’hui, sous le titre L’Adolescent chimérique, avec deux textes récents qui l’encadrent : une courte suite de poèmes intitulée Les Pages tournées et datée de mai‑septembre 2004, et un poème, L’Étranger, daté de juillet 2006. (...) Mise en abîme d’un homme qui a traversé le temps ? L’écriture poétique n’est pas figée, un homme s’écrit et, le temps passant, s’interroge sur ce qu’il a été. (...). Sans doute ce lointain poète se débattait‑il dans les contradictions qui sont celles d’un jeune homme : l’amour, le rêve d’un autre monde, la recherche du peuple, les révoltes, les barricades (réelles ou fantasmées) : la vie, tout simplement, et ses contradictions et l’intransigeance d’un homme à l’aube de son existence adulte... Michel Baglin interpelle donc celui qu’il a été. Et l’on a alors l’impression que celui qui parle dans L’Adolescent chimérique est à la fois le jeune homme qui se regarde, qui se met à distance pour s’adresser à ce que la vie fait de lui, mais aussi le Baghn d’aujourd’hui qui s’adresse à cet « adolescent aujourd’hui lointain ». Le livre devient alors avec ses deux bornes actuelles une méditation sur la vie, une sorte d’autobiographie qui se déroule comme une spirale où se mêlent vers et proses, une autobiographie qui est comme un maelström charriant espoirs déçus et rêves à jamais en allés... Tout est alors remis en perspective avec ce moment de l’histoire qui est le nôtre : « Toi tu n’avais qu’à t’ébrouer pour te défaire des boues et l’espérance te tenait encore trop serré. / Tes révolutions trahies ont bien pâli, pourtant, depuis. » Mais Michel Baglin ne condamne pas l’adolescent chimérique qu’il fut. Il se regarde aussi, acteur désemparé d’une histoire qui semble aller à rebours : « J’ai beaucoup désappris. je ne reconnais pas toujours le soleil que tu regardais se coucher pour demain. / je n’approuve plus souvent demain. / Il reste aujourd’hui où l’on est toujours étranger au soi‑même d’hier », écrit‑il dans le dernier poème.

J’aime dans Les pages tournées l’utilisation que fait Baglin de l’enjambement (parfois même d’une strophe à l’autre) : il y a là une forte charge d’émotion, c’est là que réside la poésie... « Chemin de contrebande et de traverse », écrit-il... À la fin, cette lucide et mélancolique méditation se coule dans un vers ample qui confine parfois au verset pour mieux s’emparer du réel qui est toujours complexe et n’existe que dans la durée. Aussi l’interrogation finale n’en prend-elle que plus de force et accède‑t‑elle à un tragique de tous les jours : « Se peut-il seulement que je t’aie survécu ? »


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Les Chants du regard

( un album de 40 photographies de Jean Dieuzaide
choisies par Michel Baglin
et accompagnées de 40 textes poétiques )
éditions Privat
(104 pages, 25 euros)


Jean Dieuzaide compte parmi les plus grands photographes français et nombre de ses images, telles « La Gitane du Sacro-Monte » ou « La petite fille au lapin » sont aujourd’hui célèbres. Mais ses archives en recèlent bien d’autres, dont certaines méconnues. Poète, romancier et journaliste, Michel Baglin a eu la chance, grâce à la complicité du photographe, de pouvoir s’immerger dans cette œuvre d’une grande diversité et d’une formidable richesse, qui l’incitait à l’écriture.

Choisissant quarante photographies, avec pour seul critère subjectif celui d’une adhésion immédiate, il a rédigé autant de poèmes ou de proses poétiques qui s’inspirent à la fois des images et des arrière-pays qu’il leur prête. Car s’il a voulu créer avec des mots un espace parallèle qui leur soit fidèle sans paraphrase, c’est bien sûr avec sa sensibilité propre qu’il a abordé l’univers de Jean Dieuzaide, son art de donner du sens, par la composition et le cadrage, aux scènes du quotidien, d’en révéler la puissance et la singularité, voire l’insolite.

Au-delà de la poésie irradiée par les photographies, de l’empathie quasi tangible dont elles témoignent pour les êtres et de l’humanité du regard, Michel Baglin a perçu en chacune d’elle « comme un salut lancé par-dessus l’instant et l’anecdote à cette sorte de musique qui nous habite, nous hante et nous porte durablement. » Celle d’une célébration renouvelée de notre étonnement d’être vivants, présent au monde, dans la beauté offerte.

De la lumière à l’encre, c’est donc un dialogue qui cherche à s’établir comme un partage d’émotions, un chant.

Ce qu’ils en ont dit :

Revue Décharge La photo la (...)

Revue Décharge
La photo la plus célèbre de Jean Dieuzaide (1921-2003) n’est pas de lui. On l’y voit juché sur les épaules d’un père funambule, lors du mariage de sa fille, célébré à quinze mètres du sol sur un fil. C’est dire l’exigence du photographe qui ne craint pas de risquer sa vie pour un cadrage, une lumière, Des milliers de clichés accumulés en près de soixante ans d’activités que Jean Dieuzaide mettait à sa disposition, Michel Baglin a sélectionné ceux qui lui parlaient, ceux qui l’engageaient dans un processus d’écriture, Il en est de célèbres, d’autres n’étaient jamais sorties du tiroir des « artistiques » où le photographe rangeait ses essais formels, natures mortes et abstraction. Le résultat donne un livre superbement mis en page où photos et poèmes alternent, entamant un dialogue passionnant. Pour matérialiser, sinon les désaccords, du moins les divergences d’interprétations, le titre poème se superpose à celui de la photographie, en filigrane : « L’épervier » devient « Rêve d’ailes », la « Feuille de platane » « Survie », le « Marché de Lorca », « Théâtre de rue », etc. dans un mouvement d’ouverture du poème vers l’allégorisme, mais ailleurs le « Corbillard » devient « Cheval de trait » et « la Faim de l’eau », « Sous la surface ». Michel Baglin évite tout à la fois la paraphrase et l’abus interprétatif. Ses mots toujours pudiques, respectueux de la réalité inscrite sur le cliché, se contentent de vagabonder, de rêver, de tirer des fils et des aiguilles jusqu’au déclic de l’image poétique, aussi aléatoire, miraculeuse que l’autre.


Livresphotos.com « Les chants

Livresphotos.com

« Les chants du regard:images choisies » est un ouvrage où la plume et la lumière se rencontrent, où l’écriture de Michel Baglin vient explorer les contours les plus secrets des images de Jean Dieuzaide, pour que l’instantané se transforme en histoires musicales, parfumées, sensuelles.
Les photographies de Jean Dieuzaide présentes dans ce livre ont été sélectionnées de manière arbitraire et instinctive par Michel Baglin, avec pour seul critère d’inviter le poète à l’écriture pour « créer avec des mots un univers parallèle » fidèle aux images, « sans trop de paraphrase ». Ce livre réunit donc des clichés de presse emblématiques, comme « La Zoumine » qui avait servi pour les affiches d’une campagne contre la faim dans les années 50, et d’autres photos « exhumées » par le journaliste, restées cachées dans un tiroir reculé de l’atelier du photographe, qui pénètrent son univers intime et traduisent son émotivité personnelle, comme « le chapeau de mon père ». Ici, Baglin raconte l’histoire du photographe, en prose : « Un jour, par hasard, on ouvre un placard endormi. Le chapeau melon paternel, les partitions de sa mère... » Ces images demeurées inconnues jusqu’ici nous font découvrir une autre facette du travail de Dieuzaide, beaucoup plus abstraite, se rapprochant parfois de la nature morte, comme pour « Tresse d’ail ».
Dans « Les chants du regard : images choisies », chaque image de Dieuzaide est accompagnée d’un poème en prose, qui lui, porte un autre titre, soulignant leur mise en interprétation, et leur glissement de sens léger. Michel Baglin affirme que son regard s’est parfois différencié de celui du photographe. Mais selon lui, ces écarts ont ouvert à son écriture « un espace de jeu, de liberté et de création. » Cela ne veut pas dire que les poèmes sont infidèles à la sémantique des images. Les mots de Michel Baglin invitent le lecteur à ouvrir son imaginaire, à se créer des petites narrations , des scénarios possibles.
Car l’intérêt n’est pas de déchiffrer le réel contexte des images mais plutôt de rendre les personnages de Dieuzaide palpables, de les faire bouger à nouveau et d’entendre leur voix dans une atmosphère familière. L’écriture en prose ajoute donc à la photographie une dimension très sensuelle, ou des odeurs de cuisine et de nature viennent envelopper le lecteur. C’est ainsi qu’a partir de « La veuve du cordonnier », Baglin écrit « L’échoppe », où chaque détail de l’image est le témoin d’ une histoire, émouvante : « La porte reste ouverte pour qu’un peu de jour atteigne le fond de l’antre obscur. La veuve a tisonné le fourneau et réchauffé sa soupe. Un coin d’établi sans doute suffira à son assiette. Du linge fané sèche dans l’air que parfumaient les cuirs. Il est sa compagnie. Avec le grincement des planches et les pavés du seuil, ceux qu’elle lave à grande eau. Toujours... »
Dans cet ouvrage, la richesse sémantique des images de Dieuzaide est mise en valeur et explorée à travers les mots de Michel Baglin, faisant appel à l’imagination, à la rêverie contemplative, et parfois, à la nostalgie.

par Alexandra Calame


adresse : http://www.livresphotos.com/les-chants-du-regard-images,1305.html


Lettre de Canfranc


(prose)
Rhubarbe éditions
Collection Chemins d’écriture
(54 pages. 6.5 euros)


Poésie ? Nouvelle ? Essai ? Chronique ? Comme les précédents titres de Rhubarbe, peut-être avec plus d’acuité, même, cette Lettre de Canfranc est décidément inclassable. Pourquoi faudrait-il la classer ? L’entre-deux - entre combien au juste ? -, n’est pas pour rien dans le charme du texte. Il y a de la mélancolie, de la nostalgie, de la tendresse, du souvenir plein les yeux mais aussi du concret, de l’information à propos d’une gare étonnante certes, mais bien réelle. Il y a de la rêverie et de la parole, - c’est une lettre, on ne l’oublie pas, qu’un auteur adresse à une lectrice. Et cet auteur qui ressemble fort à Michel Baglin lui-même est tout à la fois poète, romancier, nouvelliste, essayiste et... journaliste. Impossible, c’est un comble !, de rendre compte en quelques mots de ces pages foisonnantes.
Peut-être, après tout, en en revenant au voyage, à l’exploration, à la curiosité, à l’éveil... C’est encore trop. Un seul mot suffira : l’amour. L’auteur est amoureux du monde, de la vie. Jusque dans son effilochement. Qui ne le suivrait sur cette voie ?
Passionné par les trains et l’univers ferroviaire, Michel Baglin a plusieurs fois abordé ce thème dans ses livres, en particulier dans Entre les lignes (la Table Ronde, 2002). Fervent défenseur d’une poésie du réel, du concret, au rebours de la conception traditionnelle de la poésie comme fuite, évasion, il s’en est expliqué dans les essais Poésie et pesanteur (1984) et La perte du réel (1998). Pour lui, le poème est le moyen le plus juste, le plus précis, de dire le monde, d’être au monde. Pour preuve, aussi, son recueil L’obscur vertige des vivants (Le Dé Bleu, 1994) qui se proposait de parler en poésie de physique, d’astronomie ou de chimie. Au-delà de la poésie, c’est le rapport de la langue aux choses, au réel, qui constitue le fondement de son oeuvre et anime encore La Lettre de Canfranc dans laquelle trois auteurs, le poète, le journaliste et l’épistolier mènent de front une séduisante enquête.

Ce qu’ils en ont dit :

Jean-Marie Perret. Site Bleu de paille _

C’est une lettre, c’est une errance, un reportage. C’est une méditation sur le temps, le lieu et surtout, pour ce qui nous intéresse, sur la poésie. La gare de Canfranc est, sur le versant espagnol des Pyrénées aragonaises, un lieu ordinaire et grandiose, magique et sinistré. L’enquête du journaliste (datée de l’été 2002) et la rêverie du poète se mêlent intimement, pour nous emporter vers autre chose. Qui pourrait être la compréhension totale de ce que nous sommes : êtres inachevés dans un monde en suspens. Rien de moins... Ceci par le miracle d’une visite à un incroyable dispositif ferroviaire, ayant nécessité des travaux titanesques, et qui n’aura servi que quelques décennies.
Rien ne serait encore dit, s’il n’était fait mention de vieux et fanés documents s’échappant encore, de nos jours, de tiroirs entrouverts, dans des bureaux depuis longtemps abandonnés de cette gare. Alors jaillit le souvenir de quelque aventure délirante, appartenant à l’histoire sanglante du siècle achevé. De celles qui marquent le rêve et la folie des hommes. Gardons-en ici le secret.
Grâce à la fiction de la lettre - mais celle-ci peut être réelle, cela ne change rien - plusieurs voix émanent, pour ainsi dire, du locuteur. La réussite de ce petit livre est là : elle tient à l’équilibre et à la discrétion de toutes ses composantes. Poésie ferroviaire, si l’on veut - quoiqu’en prose. Un point d’histoire, un point du monde...
Le point aussi d’une vie d’homme, à la fois journaliste et poète et, comme nous tous, se demandant bien souvent comment identifier les fils qui permettraient de nouer tout cela en un. Le poème, peut-être...


>Jenofa Cuisset . La revue du Pays Basque "Iguski lore". _

Déambulation mélancolique, errance, suspension dans le temps, cette lettre que celui dont on se plaît à imaginer qu’il est l’auteur lui-même adresse à l’une de ses lectrices, fait d’une gare son principal souci, pour ne pas dire son principal personnage.
Mais attention ! Pas n’importe quelle gare, puisqu’il s’agit de celle de Canfranc. Située sur le versant espagnol des Pyrénées aragonaises, son bâtiment des voyageurs mesurant à lui tout seul la taille plus que respectable de deux-cent vingt mètres, fait aujourd’hui penser à un grand vaisseau fantôme, dans la plus pure tradition de la littérature maritime. L’auteur lui, pense qu’avec ses trois cent soixante-cinq fenêtres, il ressemble à un train arrêté. Quoiqu’il en soit, c’est bien d’un voyage sur place qu’il s’agit. Sa construction commencée en 1915, fut, avec les moyens de l’époque, un chantier pharaonique. Inaugurée en 1928, sa courte vie ferroviaire prit fin en mars 70, après un éboulement qui coûta la vie au pont métallique de l’Estanguet . Depuis, tel l’hydre de l’Herne, Canfranc réapparaît épisodiquement dans les médias, puisqu’un Collectif d’associations s’est constitué pour demander sa réouverture. Mais si le tunnel du Somport tout proche a bien été réalisé malgré les oppositions diverses, l’Estanguet n’a jamais vu reconstruire son pont et seuls trois trains espagnols viennent chaque jour s’échouer à Canfranc. Passionné du monde des trains et du chemin de fer, Michel Baglin, journaliste, poète et romancier, a voulu évoquer en ce lieu « notre pathétique présence/absence au monde ».Il a choisi d’ancrer à partir de ce point d’histoire et dans ce point du monde, sa réflexion poétique sur le temps, qui, ainsi que le disait Héraclite d’Ephèse, « ne supporte pas ce qui se fait sans lui ».


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"Chemins d’encre" (récits)

mercredi 2 avril 2014, par Michel Baglin

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’J’en suis persuadé aujourd’hui : c’est la même insatisfaction – ou le même manque – qui m’aura fait marcher et qui m’aura fait écrire. ’

"En montagne, (...) chaque replat franchi y ouvre un nouvel horizon, éveille le désir, me demande de poursuivre. Et je perçois la même tentation – ou le même entêtement – chez les autres randonneurs : le marcheur nourrit son effort de l’illusion qu’il existe partout un « bout du bout » qu’il faudrait atteindre pour atteindre un peu de la vérité du paysage. Il n’y a pourtant rien à conquérir, rien à fuir non plus probablement, et si marcher pouvait suffire, on tournerait en rond. Mais il nous faut aller.
Aller à.
Quitte à s’inventer un but, une cause, un refuge ou toute autre chimère capable de nous persuader que nous ne sommes pas tout à fait restés dans l’errance. Ou dans l’attente."




"Je fus donc cet adolescent chimérique. Je lui dis « tu » aujourd’hui, comme à ceux que je rencontre et qui croient qu’on ne les connaît pas. Je lui dis « tu » bien que j’aie depuis longtemps perdu le fil de notre conversation. C’est un artifice, sans doute. Mais un « je » serait aussi faux que ridicule, et je ne peux quand même pas le vouvoyer..."



à Jean Dieuzaide


Images sans ailleurs :
du plus loin qu’elles nous viennent,
c’est le trop-plein du jour
qu’elles encrent sous nos yeux.
Du réel forçant le silence.

Avec de l’épaisseur dans les ombres.
Du vertige dans les évidences.
Du respect pour les clartés
que les êtres et les objets cisèlent.

Instants d’amitié, de compassion,
d’intelligence avec le monde comme il s’offre,
elles cadrent l’émotion juste,
celle qui réveille
les métaphores sommeillant sous la peau.

Lumière sensible : gorgée de mots.


"Pourquoi faut-il toujours que les trains me renvoient à l’écriture, que l’écriture, si souvent, me lance sur ces rails me ramenant à des gares, des dépôts, des mondes perdus ?
M’y revoilà.
J’ai franchi la frontière ce matin, je suis à Canfranc, Espagne.
Le carnet de notes que j’ai enfoui dans ma poche n’est pourtant pas celui de l’écrivain, mais du journaliste. Plus fait pour les chiffres que les lettres. Gribouillé à la va-vite tandis qu’un interlocuteur parle, que des informations tombent ou qu’une idée affleure avant d’être submergée par l’incessant bavardage du terrain. Il regorge de mots jetés à la hâte et sans ordre, repères, lambeaux de phrases. Pour ouvrir plus tard un chemin sur le papier. Des béquilles mnémotechniques pour soutenir la marche. Un ramassis de pattes de mouche, de surcharges et de blancs, parfois de flèches indiquant une relation, souvent de points de suspension qui ne disent rien d’autre que l’incapacité à suivre l’avalanche de faits et gestes et de paroles que suscite la moindre question... Mon carnet de notes est illisible pour quiconque. Une jonchée de mourants. Même pour moi, il sera muet d’ici quelques jours...
J’ai rôdé depuis mon arrivée au milieu de rails, de wagons et de quais à l’abandon. J’aurais dû ne penser qu’à mon reportage. Aux informations à collecter. En fait, la chance m’a servi et ma besace s’est garnie presque toute seule. Car, en vérité, j’ai moins cherché que vagabondé, le nez au vent. En rêvant, si l’on veut.
Mais ce n’est pas le mot. Rêver est s’échapper. Toute la journée, j’ai pris pied au contraire. L’univers ferroviaire, fût-il à l’état de vestiges comme ici, me donne presque toujours cette impression d’être, de façon plus intense qu’à l’ordinaire, présent au monde.
Comme écrire, justement.
Et puis j’avais en tête cette lettre d’une lectrice que je ne connais pas, reçue deux jours plus tôt. Sa question ne m’a pas quitté tandis que je parcourais la gare de Canfranc. J’ai donc pris mon stylo. Non pas pour rédiger mon « papier », mais pour accuser réception.
Tenter de me répondre aussi, peut-être."

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