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Marie-Josée Christien

« Les extraits du temps »

Avec « Les extraits du temps » , Marie-Josée Christien réunit sous une même couverture, à l’enseigne des Editions Sauvages, deux recueils éponymes publiés par Interventions à Haute Voix en 1988 et 1991, et dont l’un au moins était épuisé. Une poésie toute d’interrogation.

Bretonne née en 1957 à Guiscriff (dans la Cornouaille morbihannaise), elle vit à Quimper, dans le Finistère, où elle est institutrice en école maternelle. Auteur d’une douzaine de recueils, critique et collagiste, elle a fondé la revue annuelle Spered Gouez (L’esprit sauvage), éditée par le Centre Culturel Breton Egin de Carhaix : on le voit, son enracinement en terre bretonne est avéré !
Pourtant, en dépit de l’évocation d’un cairn, de la prééminence de la pierre dans son lexique, ou d’un certain tellurisme qui n’est pas sans rappeler Guillevic, il serait vain je crois de chercher ici de la couleur locale. Le propos de celle qui affirme « le temps est ma patrie », est bien plus métaphysique.

La nuit prégnante

Ses poèmes brefs sont « extraits » (comme une substance extraite d’un corps) de ce grand mystère du temps qu’interroge l’auteur depuis « ce présent / auquel il nous faut tenir tête ». Ce thème ne cesse de se tramer avec ceux de la lumière et de la nuit, dont Marie-Josée Christien joue souvent paradoxalement : est-ce parce que « les disciples de la lumière / n’ont jamais inventé que des ténèbres opaques » qu’elle prétend a contrario : « Tout ce froid / qui hurle noir / est une source » ? Quoi qu’il en soit , la nuit - « Toute nuit / n’est que l’ombre / d’un dieu perdu » - est comme une donnée première, la toile de fond du monde. « J’aime ce qui m’éblouit / puis accentue l’obscur en moi », écrit l’auteur, qui se propose aussi de « connaître le noir comme lumière ». Source en tout cas, comme un certain désespoir sous-jacent - « le désespoir est une retraite salutaire » - qui nous tient en éveil.

Questionner

Même sédentaires, nous sommes des nomades qui portent en eux le squelette du premier homme avec les gênes de l’espèce, « apparus sans y avoir été préparés », passablement égarés (« nous ignorons tout »), mais toujours à interroger le ciel. Ainsi que le souligne Guy Allix dans sa préface, ce questionnement est comme le centre du recueil. « Questionner reste l’essence de notre espèce », rappelle encore celle qui écrit étrangement que « tout est posthume depuis toujours ». Oui, même quand tout semble dit, « nous n’avons rien à découvrir, / pourtant nos yeux cherchent éperdument ». Et nos mots de poètes aussi…

Michel Baglin

Marie-Josée Christien et Guy Allix : « Correspondances »

Ce dialogue de deux poètes, Marie-Josée Christien et Guy Allix, par poèmes interposés, emprunte au mot « correspondances » plusieurs de ses acceptions, de l’échange épistolaire aux analogies baudelairiennes. Un recueil à deux voix, donc, celle de Guy Allix, poète reconnu (voir son site) et critique, qui s’écrit « dans l’attente du dernier mot » et celle de Marie-Josée Christien, poète elle aussi, et animatrice de la revue Spered Gouez, qui affirme, « ce que j’écris / est ce que je suis / de mieux ».
Elle reconnaît dans les poèmes de son « correspondant » une matière poétique « déployée dans le désespoir » et n’a pas tort sans doute. Sa tonalité est en effet beaucoup plus sombre, tournant autour de « ce néant qui nous dévore chaque jour un peu plus », et « toujours au bord de ne plus dire ». Elle répond : « l’obscur nous mine et nous anime ». Et l’exhorte : « reprends ta source ». L’échange est enrichissement mutuel, tant il est vrai que «  le poème engendre le poème », ainsi peut-elle affirmer : « Tu m’éclaires : d’un poème / où s’écrit le mien ».
C’est au fond la dialectique même de la lecture/écriture qui se dévoile ici : « Dans tes mots / je trouve la trace / qui fouille en moi » écrit-elle. Et lui malgré tout dit aussi sa confiance en la poésie en déclarant : « Je n’ai que des mots (…) mais qui manifestent / comme une présence / au-dedans de l’absence ».

(134 pages. 13 euros. Editions Sauvages. ISBN : 978-2-917228-13-5)




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samedi 1er mai 2010, par Michel Baglin

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Marie-Josée Christien
« Les extraits du temps »


Préface de Guy Allix
Editions Sauvages
122 pages. 13 euros



Marie-Josée Christien

Marie-Josée Christien est née en 1957 à Guiscriff dans le Morbihan. Elle vit à Quimper dans le Finistère où elle enseigne dans une école maternelle. Elle a publié pour la première fois, en 1979, dans la revue « Interventions à Haute Voix ». Depuis, ses textes poétiques, ses collages, ses chroniques et articles paraissent régulièrement dans une quinzaine de revues.
En 1991, elle a co-fondé la revue annuelle Spered Gouez éditée par le Centre Culturel Breton Egin de Carhaix : elle en est la conceptrice et la responsable de rédaction. Son œuvre est parue dans de nombreuses anthologies et l’un de ses ouvrages, « Un monde de pierres » , a reçu le Prix de Poésie de l’Association des Ecrivains Bretons. Marie-Josée Christien expose également, depuis 1984, en Bretagne : expositions collectives ou personnelles.
Membre du Jury du Prix du Roman de la Ville de Carhaix, elle appartient aussi au Comité de lecture de la revue Interventions à Haute Voix. Elle est également membre du CA du Centre Culturel Breton Egin de Carhaix.
En 2009, le prix Xavier Grall lui a été décerné pour l’ensemble de son œuvre.



Bibliographie sélective

« Un monde de pierres », photographie de Pascal Bodin, Éditions Blanc Silex, 2001, Prix 2002 de l’Association des Ecrivains Bretons
« Sentinelle », Citadel Road Éditions, 2002
« L’archipel intérieur », illustrations de Marc Bernol,Éditions Encres Vives, 2006
« Nul ne sait quel est ce monde », Éditions Mona Kerloff, 2006
« Lascaux et autres sanctuaires », frontispice de Marc Bernol, Jacques André éditeur, 2007
« Le Carnet des Métamorphoses » préface et illustrations de Jacky Essirard, Les Éditions Sauvages , 2007
« Conversation de l’arbre et du vent », photographies de Jean-Yves Gloaguen, Tertium éditions, 2008
« Pierre après pierre / Maen goude maen », encres de Didier Collobert, collection bilingue Galet bleu, Les Chemins Bleus/ Hentoù Glas, 2008
« Les extraits du temps », préface de Guy Allix, réédition, Les Éditions Sauvages, 2009, Prix des Bretons de Paris 2009

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