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Jacques Morin

Les lectures de Jacmo 2018

Jacques Morin est poète et a publié une vingtaine de recueils depuis « Le hibou assiège la nuit » (1974), il est aussi l’auteur de fictions, d’essais et d’anthologie. Mais il est encore cet infatigable militant de la poésie qui signe Jacmo les centaines d’articles de critique qu’il écrit, ce revuiste incontournable, fondateur de plusieurs revues dont « Décharge », une des plus anciennes et des plus vivantes d’aujourd’hui.
Or Jacques a proposé de nous donner régulièrement en primeur des notes de lecture qui sont reprises dans le numéro suivant de « Décharge ».



Evelyne Morin : Anthologie



Evelyne Morin a publié une vingtaine de recueils chez Caractères, La Bartavelle, Jacques Brémond, Gros textes… (Elle est l’auteure également du Polder 119 : « N’arrêtez pas la terre ici » en 2003, repris ultérieurement au Nouvel Athanor). Son premier livre date de 1975, chez PJO. Qu’une anthologie dans la collection « Poètes trop effacés » lui soit consacrée est mérité, d’autant que sa poésie, à la relire rassemblée sur quarante ans conserve une étonnante unité. Il y a peut-être davantage d’affirmation dans le vers avec l’expérience mais la ligne de base n’a pas varié. Elle écrit dès le début en parallèle d’un travail continu sur le théâtre : « Figurant d’un spectacle où il n’y a pas d’acteurs. » Et très vite, elle insiste sur l’aspect contingent de l’existence : « Je m’enfuis sur les canaux gelés / de ce qui n’a jamais été » et un peu plus loin : « Je me défais en éclats de vie / en éclats de mort » On est toujours dans l’illusion, joue-t-on ? À quoi joue-t-on ? Quelle est la part de vérité, de mensonge ? « La vie est là / si fausse / qu’elle fait mal / comme si elle était vraie »
En outre sa poésie demeure très attachée aux sons ou aux images qui déteignent aussitôt sur son être sensible : « Une bétonneuse broie le silence d’un chantier / L’écœurement s’étire au long des rues […] Le linge se salit de sécher aux fenêtres éteintes » Elle l’analyse et le définit elle-même avec netteté, en raccourci : « La vie n’est que ces liens / de bruits d’odeurs d’images / qui tissent un nom / entre naissance et mort » Et elle en revient encore à la métaphore ou la parabole théâtrale : « Dans les coulisses / un acteur a cassé le miroir / où il a perdu son image »
Le désir s’arroge à un moment donné de son écriture une importance centrale que ce distique résume absolument : « Désir de ton désir / Tu éveilles les monstres obscurs de mon ventre » Et je rapproche deux autres extraits qui se répondent symétriquement : « Mes mains dessinent / ton nom sur ta peau » et « Tes mains / écrivent les lettres de ma vie sur ma peau ».
Sa poésie au fur et à mesure va délaisser la panoplie des personnages classiques et des rôles légendaires pour s’attarder sur l’histoire événementielle, les faits de mémoire, et toucher les traces qui témoignent des blessures profondes, n’oublions pas qu’Evelyne Morin est native de Tulle, ville martyre pendant l’occupation. Ainsi son tout dernier recueil « Le Bois des Corbeaux » évoque 14-18. Mais elle écrivait en 78, déjà sensible aux drames actuels : « Où s’en iront ces étranges navigateurs / rejetés sans cesse à la mer / au fond des solitudes sans fond » Et en ce sens, je m’inscrirais plus que sur le mysticisme que met en avant Jean-Luc Maxence dans sa présentation, sur l’engagement dont fait preuve avec obstination et constance Evelyne Morin, poète de la temporalité humaine.

(102 pages,15 €. Le Nouvel Athanor, 70, avenue d’Ivry – Boîte 270 – 75013 Paris.)



Jacques Josse : « Comptoir des ombres »



Le titre recouvre deux univers que Jacques Josse connaît bien dans son écriture. L’univers des bars, des bistrots, où les marins se rencontrent, se réchauffent et reconstruisent le monde, d’un côté et de l’autre celui des ombres, des fantômes, des disparus en mer et des morts qui peuplent ses fictions autant que les vivants ses histoires. À ce carrefour naissent nombre de pages plutôt brèves cette fois où la situation initiale sera détaillée et précise avant de basculer aussitôt dans un fantastique assez envoûtant dont il s’est fait une spécialité lorsque des forces d’épouvante viennent envahir la réalité.
C’est cette alliance contradictoire, cette superposition toxique qui confère la couleur propre aux récits de Jacques Josse. A ce croisement, il faut ajouter un lieu d’origine : le village breton de Liscorno d’où viennent toutes sortes de figures qui vont jalonner ses écrits. Et bien sûr l’atmosphère maritime qui de Lorient à tous les ports du monde rassemble une internationale des marins joviaux ou las entre course et escale. Ses personnages sont là cueillis dans les champs, dans les bars, au bord des quais, fichés dans la mémoire, prêts à être brossés ou drossés. « Des types aux visages creusés, ravagés, par l’âge, le ressac, les tortures du sel et les bévues de la bibine… » écrit-il dans une nouvelle… « Des naufragés, des perdants, des exclus, des cabossés de la vie… » confie-t-il en écho dans l’entretien final.
Les anonymes si près de héros deviennent parfois des héros proches des vivants ou des morts comme des poètes fréquentés, tels Alain Jégou, Yves Martin ou Alain Malherbe. Jacques Josse le dit aussi lui-même : son écriture penche plutôt du côté de la noirceur, de la grisaille. Pour tout cela, on le reconnaît chaque fois et chaque fois on se laisse prendre.

(Jacques Josse : « Comptoir des ombres » 17 €. Les Hauts-Fonds éd, 22, rue Kérivin – 29200 Brest. Superbes photographies de Michel Thamin.)



Didier Malherbe : « Escapade en Facilie »



Didier Malherbe est d’abord un grand saxophoniste (avec Gong et le groupe Hadouk). Il est en plus à ses heures perdues un sonnettiste, pour rester dans le domaine musical, comme Ingres et son violon, artiste complet. Il a écrit « L’anche des métamorphoses », où l’on voit bien le point d’ancrage entre ses deux activités et donne aujourd’hui « Escapade en Facilie », où tout repose sur ce mot décliné dans tous les sens possibles.
A noter d’abord sa maîtrise totale du sonnet qui est devenu sa mesure quel que soit le sujet. Il est expert dans tous les termes techniques de la versification et toutes les figures de style de la poésie. « Le premier des tercets, perron de la façade, / En marches d’escalier commence la cascade... » Il se permet parfois au-delà de la rigueur du sonnettiste quelque licence sur la longueur prolongeant parfois les quatorze vers sacro-saints d’une strophe supplémentaire… Enfin la thématique est auscultée, sondée et investie sous tous les angles…. « Le français médiéval disait facile ou fêle … » « Facile est-il une louange ou une injure ?... » « Difficile sujet que la facilité… »
Didier Malherbe multiple les exercices ludiques entre poèmes miroirs et tautogrammes … Tout est question de jeu. De jeux de mots, de jeux de sons et jeux de sens… Faciles ou virtuoses… « La Facilie a un jumeau : C’est le pays dit ˵de Cocagne˶ »,… » Didier Malherbe rappelle aussi son homonyme François et tous les poètes médiévaux et de la Renaissance. Il montre sa culture mine de rien, remonte à la mythologie, à la naissance de la poésie et exploite aisément les légendes du temps jadis. 120 sonnets qui ont pour points communs outre la facilité, la subtilité. Le sonnet représenté virtuellement par la toupie, comme en couverture, tel est son symbole, à la fois rond, fini, et n’achevant jamais sa révolution permanente sur un équilibre instable.

(Didier Malherbe : Escapade en Facilie Le Castor astral/ La Lucarne des écrivains. 14 €. 27, rue Jules Auffret – 93500 Pantin.)
Jacques Morin



samedi 6 janvier 2018, par Jacques Morin

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Jacques Morin & Jacmo

Auteur d’une vingtaine de recueils de poésie et de chroniques. Jacques Morin avait 18 ans en 1968. Quelques années plus tard. dans l’effervescence revuistique d’une cuisine, ou peut-être d’un bar de Saint-Germain-des-Prés, il rencontrait Jacmo. Ils ne se sont plus quittés.



Entretien avec Jacques Morin

Sur le site La Pierre et le Sel, Pierre Kobel s’entretient avec Jacmo, fondateur et directeur de la revue Décharge. Voir ici.



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