Retour à l’accueil > Auteurs > BAGLIN, Michel > Les romans de Michel Baglin

Quêtes et enquêtes

Les romans de Michel Baglin

"Lignes de fuite", "Un sang d’encre", "La Balade de l’Escargot"

"Lignes de fuite", mon premier roman, un "noir", a été publié en 1989 et est depuis longtemps épuisé. En revanche, le second, "Un sang d’encre", publié en 2001, est toujours disponible. Le troisième, un polar encore, est intitulé "La Balade de l’Escargot" et a paru chez Pascal Galodé éd.



« La Balade de l’Escargot » : ce n’est pas une promenade de santé !


Mon troisième polar, publié par Pascal Galodé éditeur, « La Balade de l’Escargot » , se déroule en grande partie dans la rue et les squats, sur un rythme plus trépidant que le titre pourrait le laisser penser : non, l’Escargot n’est pas en vacances…

Comme mes deux précédents romans noirs, ( « Lignes de fuite » et « Un sang d’encre » ) cette « Balade de l’Escargot » est un polar qui mêle la traque et la quête, l’action et la peinture de personnages en rupture de famille, d’amour, de société… Il se déroule en partie dans une sorte de cour des miracles constituée de paumés, de dealers, de squatters, de skins et de prostituées.
Le personnage central est un architecte rangé, Clément, qui en vient lui aussi à se « déconnecter » et à se marginaliser à la suite de déboires conjugaux et surtout du viol de sa fille, recluse depuis dans son mutisme. Sans compter qu’une vieille affaire de corruption passive le poursuit sans qu’il en ait vraiment conscience.
Livré à une sorte d’errance au volant de son camping-car qui lui sert de coquille d’« escargot », il s’enfonce de déambulations mélancoliques en balades punitives dans les quartiers interlopes de la ville. A la rencontre de la violence, mais aussi de personnages comme Floréal, Mamadou, Rachid, Sandrine, qui lui révèlent le peu de sens de sa propre histoire et la fragilité de ses défenses…
Remonte alors à la surface le scandale étouffé dans lequel sont impliqués des notables véreux, bien moins fréquentables que la pègre des quartiers. Renouant un à un les fils de l’écheveau, l’Escargot devra aussi descendre dans cet égout pour connaître la vérité, dans ces zones d’ombre où se cache la sourde misère du désespoir, mais aussi la tendresse et l’amour de ceux qui ont un jour perdu leur carapace et s’en bricolent comme ils peuvent de très précaires…

Lire ici


Un sang d’encre

Dans le milieu du journalisme, puis sur les routes d’Irlande et d’Écosse, une histoire de père et d’enfant perdus...

Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu le tuer ? Cette question qui taraude Romain va l’obliger à remettre en cause l’amitié qui le lie depuis plus de vingt ans à ce journaliste sombre et peut-être cynique, secret et assurément blessé.
Ce n’est qu’au terme d’une longue enquête le conduisant sur les routes d’Irlande, puis d’Écosse, et sur les bords de la Garonne, qu’il trouvera la réponse à ses interrogations, réorganisant peu à peu les pièces d’un puzzle où le sang le dispute à l’encre, l’amour paternel à la mort, la révolte et l’écriture à la solitude des êtres qui ont perdu pied.
Comme le précédent roman de l’auteur, Lignes de fuite, dont il reprend et prolonge les thèmes essentiels, Un sang d’encre mêle la traque et la quête, l’action et la peinture de personnages en proie au vertige, résolus à ne pas céder à ce qui les écrase et explorant jusqu’à la folie meurtrière leur part de ténèbres.



Ce qu’ils en ont dit

Alain Kewes Deuxième volet (...)

Alain Kewes
Deuxième volet d’une trilogie dont les histoires et les personnages diffé­rent mais dont les thèmes s’entrecroisent. Dès le début du roman, l’ambiance s’annonce noire : un homme en poursuit un autre à travers les paysages de l’Irlande et tente de le tuer en le précipitant du haut du falaise. La suite, c’est la presque victime qui l’agence en tentant de comprendre les motivations de celui qu’il pense mort, suicidé, après l’échec de la tentative. Comme une pelote se déroule à mesure qu’on en tire le fil emmêlé, non sans peine, par à-coups et surprises, l’histoire prend place à rebours : celle d’une quête d’identité doublée d’une quête d’écriture, une histoire d’amours dévorantes et exclusives qui obscurcis­sent la raison, de sentiments assez forts pour expliquer le geste extrême. La tension narrative est garantie et soutient avec bonheur la réflexion que Michel Baglin poursuit à travers chacun de ses livres, essais ou fictions, poésie, nouvelles ou romans, sur l’écriture, la poésie, le réel et sa relation, sa transmission par les mots, et plus généralement sur la difficulté singulière qu’il y a à communiquer avec le monde.

Alain Kewes

Christian BonrepauxSous (...)

Christian Bonrepaux
Sous de faux airs de polar, cette polyphonie à cinq personnages parle de la littérature vécue comme une nécessité, de ses limites - « une médecine de cheval pour soigner des bobos de caniche » - pour atténuer les bleus à l’âme et les difficultés à trouver une place dans le monde. C’est surtout une histoire de personnages de chair et de sang aux prises avec une énigme induite par un personnage principal, Matthias, dont la rare présence obsède les quatre autres. Un seul mort, une tentative de meurtre et beaucoup de talent d’écriture.

Christian Bonrepaux


Jean-Jacques RouchMichel (...)

Jean-Jacques Rouch
Michel Baglin poursuit ses li­gnes de fuite. Le poète ciseleur de mots reste fidèle à sa recherche et demeure comme fasciné par ce vertige qui sai­sit et étreint les êtres face à la fixité du temps, des espaces et des situations. L’histoire est ici un prétexte littéraire qui, sous la forme d’un ro­man policier, illustre la quête de l’hypothétique solution, la traque de l’illusoire terre fer­me, solide, cohérente et sta­ble qui se promet tel un mi­rage lorsque tout chavire. Avec Un sang d’encre, le journaliste Michel Baglin inscrit son récit dans un territoire qu’il connaît bien. Celui de la presse. Autre monde de l’éphémère et du fugitif, où des embruns d’Irlande aux brumes d’Écosse qui servent de décor à l’intrigue, les véri­tés ne sont que des points de vue. Ceux qui tentent de cer­ner l’expression d’un insai­sissable quotidien. Comme dans le précédent roman, l’auteur reprend et développe les thè­mes essentiels qui l’obsèdent. Ceux de la lutte et de l’action face à l’inextricable réseau de fils tissés et tressés par « la fuite du temps ». Ceux de la résistance à la tempête qui, tout au bout du chemin de soi, menace de tout em­porter.

Jean-Jacques Rouch

Laurent Bayart.Un sang (...)

Laurent Bayart.
Un sang d’encre nous emmène au coeur d’une action finement ciselée avec des personnages solidement campés comme Barthé, Romain et surtout le jeune Matthias qui promène son mal de vivre et son allure bien rimbaldienne. Belle intrigue aussi qui nous fait voyager dans la verte Irlande, mais aussi dans les Highlands du nord de l’Ecosse pour finir sur les bords romantiques de la Garonne. Michel Baglin nous raconte la cavale de cette espèce d’Arlésienne : ce personnage dont on parle toujours mais qu’on ne voit jamais ! Matthias, poète, écrivain raté, cherche sa vie à travers les racines entortillées d’une généalogie en forme de liseron. Histoire d’une fuite sur fond de drame et d’écriture. On retrouve le milieu journalistique avec Barthé et Romain. (...) On appréciera les dialogues toujours rondement menés et une action qui s’enchaîne, ne faisant pas l’économie de flashs-back, tout cela avec beaucoup d’intelligence et une manière de brosser les portraits de ses personnages que l’on retrouve aiguisés par les couleurs truculentes de leurs caractères. La question liminaire sera-t-elle élucidée : Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu tuer Romain ? C’est en faisant le voyage au bord des falaises d’Irlande, dans la beauté vaporeuse du Loch Ness ou sur les rives consolidées de la Garonne que vous trouverez la réponse à cette interrogation, qui ne manquera pas de vous surprendre jusqu’à l’arrivée d’un petit rond noir de point final.

Laurent Bayart.




Lignes de fuite

Lignes de fuite Sur fond de tragédie quotidienne, celle de la violence routière, deux histoires parallèles finiront pourtant par se rejoindre : comme ces dessins en perspective ou ces rails dont un des personnages voudrait qu’ils crèvent l’horizon pour tenir enfin « sa part d’infini ».

Qui ne rêve d’échapper aux limites contre lesquelles, obscurément, il vient buter ? Tel est surtout le cas de Careyon. Un accident lui a ravi celles qu’il aimait. Depuis, il court les routes, ivre d’horreur : il cherche en une folle fuite en avant à donner un sens à la mort absurde de Barbara et de Céline.
Il y a aussi Derenne, le journaliste que ses mots n’enivrent plus : il mène l’enquête sur la série noire qui frappe les camionneurs ; il y a ce grand-père qui gratte les murs de sa solitude ; ou Mangin croyant construire dans sa gare désaffectée un réel à sa mesure...
Comme Socrate, vieux marginal réfugié dans sa fascination du vide et des questions sans réponses, chacun s’enferme dans un vertige intime que les autres vont croiser... parfois sur des routes meurtrières.


Ce qu’ils en ont dit

Aliette Armel. La Quinzaine

Aliette Armel. La Quinzaine littéraire.
Michel Baglin est journaliste - dans le Sud-Ouest. Michel Baglin est poète, auteur de plusieurs recueils dont le dernier, Les Mains nues, a été salué par le Prix Max-Pol Fouchet 1988. Son premier roman nourrit son originalité de cette double appartenance : écrit dans un style que l’abondance des dialogues rend très proche de la langue parlée et de lecture très facile, la richesse de son vocabulaire et la variété de ses expressions le préserve néanmoins de toute platitude.
Son histoire relève du fait divers et de l’enquête semi-policière à laquelle se livrent deux journalistes intrigués par la fréquence des exactions commises contre les poids-lourds aux environs de leur petite ville. Le lecteur croit tenir depuis le début la solution de l’énigme avec la description du malheur de Careyon, qui ne se résigne pas à la mort de sa femme et de sa fille dans un accident de la route. Mais la vérité se révèle plus complexe et la psychologie des personnages n’a rien de simpliste.
L’attention du poète aux frémissements de la vie se révèle au détour des situations et des phrases auxquelles elle confère toute leur épaisseur. On a pour seul regret la brièveté de ce récit, vraie réussite d’un jeune auteur soutenu par un éditeur encore peu connu : c’est le cinquième livre de la collection « romans » d’Arcantère.

Aliette Armel. La Quinzaine littéraire. Janvier 1990

Valérie Appert "Asphalt (...)

Valérie Appert "Asphalt Jungle".
La quête et l’enquête, le polar et la métaphysique ? C’est possible, affirme Michel Baglin, journahste et romancier qui a posé sur des rails l’histoire à grande vitesse d’une tragédie quotidienne.
De l’écriture blanche et normalisée du journaliste au travail stylistique de l’écrivain, Michel Baglin s’est fait les griffes sur toutes les approches littéraires du langage. Or, l’éventail est large : gestion du temps romancé, émergence de l’image poétique, sobriété de la prose informative, référence au réel ou travail du fantastique. Poète, Michel Baglin a reçu l’année dernière le prix Max-Pol Fouchet et publie depuis dix ans la revue Texture qui s’est engagée dans une poésie contemporaine « lisible », pour débouter le snobisme propre à cette frange de la littérature. Nouvelliste, il se passionne pour l’écriture ramassée de la short story qui effleure les failles du quotidien, ses félures et ses pièges.
Avec Lignes de fuite , son premier roman, il met sur rail deux histoires parallèles, lancées à toute vitesse vers le point abstrait de leur jonction. D’une part le récit de Jacques Careyon, vengeur solitaire qui écume les réseaux routiers à la recherche de la clef d’un drame, d’autre part une série de carambolages criminels qui donne au livre sa tonalité de roman noir. Si Michel Baglin met sur le tapis la violence routière comme matériau de base, cette omniprésence de la route n’en prend pas moins la dimension d’une métaphore où la vie se perdrait elle aussi entre vitesse et vertige. Entre la solitude qui tue et la tête contre les murs.
Cette fuite en avant soulève bien plus qu’une enquête policière, elle mettra l’accent avant tout sur ces interrogations qui taraudent les personnages jusqu’au plus petit : comment se glisser dans le réel, comment croire à l’ivresse de sa propre écriture, comment échapper au vertlige de questions sans réponse... Et il y a comme une veine américaine dans ce psycho-polar où les angoisses humaines se jouent désormais sur l’asphalte.

Valérie Appert. Le journal de Toulouse. 29 novembre 1989

Christian Bonrepaux.L’histoire

Christian Bonrepaux.
L’histoire est simple, ancrée dans la réalité : aux alentours d’un petit village, les camions sont victimes d’une série d’attentats commis, sans doute, par un homme, Careyon, dont la douleur et le drame apparaissent au fil des pages.
L’enquête de la gendarmerie patine. Celle de Derenne, le journaliste, est plus efficace. Les histoires des uns et des autres s’entrecroisent au fil des chapitres. Peu à peu et en parallèle, leurs univers se mettent en place avant de converger et se retrouver à la fin.
Si l’écriture est celle d’un romancier, non d’un poète, le roman reste marqué par l’oeuvre d’un écrivain attaché à une poésie « qui reste lisible, qui échappe à l’hermétisme », ce qui lui valut d’être étiqueté poète du quotidien.
Ce quotidien des hommes et des choses, Michel Baglin le campe avec vérité : ambiance moite d’un restaurant-routier, douleur et solitude d’un homme brisé, qui donnent au roman ses meilleures pages, personnages construits avec soin. Sur cette réalité se brisent les lignes de fuite : celles des routes parcourues par les camions, celles des rails rouillés d’une gare désaffectée où Mangin, le photographe, est encalminé comme un bateau par calme plat, celles, spirituelles, de Socrate, le menuisier philosophe dont les questions sur le monde ne trompent personne.
Si, à notre siècle machiniste, les masses mystérieuses et vaguement menaçantes des camions font office d’instruments de vengeance divine, on n’échappe pas plus à son destin qu’à l’époque des Atrides. Dieu est mort. Reste pour l’homme à se dépatouiller du déterminisme social. Pas facile d’être optimiste. Ces lignes de la fuite impossible sont écrites d’une encre très noire.

Christian Bonrepaux. Flash n°585. Décembre 1989

Henri Rozés Découpé comme (...)

Henri Rozés
Découpé comme un scénario de film, voici un roman noir, très noir, dans lequel l’auteur nous incite à plonger brutalement, alors que nous pouvions raisonnablement attendre, au pire, une oeuvre élégiaque. On supporte le choc, reste l’onde. Et c’est vrai que par le jeu de la progression dramatique menée par Michel Baglin, avec un réalisme pointilleux, il est difficile d’abandonner en cours de route cette histoire de folie et de mort dont il serait faux de croire qu’elle ne peut arriver qu’aux autres.
« C’est un moment de la vie, une faille du quotidien qui révèle dans les détails les pièges dans lesquels nous pouvons tomber », explique sobrement Baglin qui ajoute avoir choisi le thème de la violence routière comme intrigue policière de ce prenant adieu aux larmes. (...)
« En dessin, les lignes de fuite convergent en un point, dit Socrate, un vieux philosophe, dont l’auteur a calqué la silhouette sur celle d’un ami anar qui comptait les spaghettis pour, trop pauvre, se nourrir. Si tu veux comprendre ton bonhomme, tu dois probablement chercher le point de fuite ». Si toutes se rejoignent dans le roman, pour nous donner en 150 pages une oeuvre très accomplie, à la lecture prenante, ajoutons que Michel Baglin, lui, a su fuir tous les clichés habituels dans lesquels notre très paresseuse négligence aurait tendance à l’enfermer.
Là où nous attendions des paysages léchés, des personnages denses, charnus, nous n’avons que des lavis pas très « réveillés », des silhouettes transparentes, des êtres qui ont, comme le dit joliment leur créateur, « perdu la sève des mots ». Mais qui, joints, créent une très envoûtante atmosphère

Henri Rozés La Dépêche du Midi


François de Cornière« Lignes de

François de Cornière
« Lignes de fuite » de Miichel Baglin est, lui, un vrai roman. Une sorte d’enquête policière et journalistique, avec de vrais personnages, un vrai décor, menée à partir d’un terrible « fait-divers » (comme on dit), qui pourrait être vrai. Et Michel Baglin se tire bien de l’affaire, avec notamment un sens des « seconds rôles » (Mangin, Socrate... ) et des « climats » (le Café des Routiers... ) qui, aussi, font l’histoire. On ne peut éviter de penser, naturellement, au film « Que la bête meure », et à d’autres images cinématographiques. Mais c’est aussi le roman d’un poète qui - journaliste également - sait rendre compte, derrière le récit proprement-dit, de son rapport aux êtres, aux choses et à la vie quand la mort la convoque, au bout de la route.

François de Cornière

Jean-Max TixierMichel Baglin

Jean-Max Tixier
Michel Baglin sait communiquer les échos de cette tragédie quotidienne, lui conférer la dimension d’un polar en tissant deux histoires parallèles qui se rejoignent quelque part, là où le destin le décide. Il le fait avec une écriture sobre, efficace, riche de suggestions. Il campe des personnages de tous les jours, révélant à d’infimes détails qu’ils peuvent aussi, sans en avoir l’air, être des marginaux. Comme ce Mangin qui habite une gare désaffectée et reconstruit un univers disparu qui s’impose à lui comme la seule réalité à laquelle il puisse tenir. C’est que l’auteur sait user des mots et des images en poète qu’il est. De là sa réussite.

Jean-Max Tixier




Lire aussi :

Michel Baglin : Les recueils poétiques

Michel Baglin : Les récits et les nouvelles

Michel Baglin : Les romans

Michel Baglin, portrait & bibliographie



vendredi 3 décembre 2010, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page

Autres critiques

Jacqueline Saint-Jean a lu « La balade de l’Escargot »
Jacqueline Saint-Jean consacre un article au roman. Lire ici.

Lecture de Gilles Sicard
Poète et critique, Gilles Sicard a aimé mon roman. Il dit ici pourquoi.

Une critique de Paul Maugendre
Lire l’article de Paul Maugendre ici sur son blog

L’avis des libraires
Les libraires ont aussi aimé. clic

Une critique sur "La poésie des mots"
Lire ici

Et encore

Portrait chinois
Claude Le Nocher a mis en ligne sur son site mon "portrait chinois" à l’occasion de la parution de mon roman. Lire ici.

A la TV
J’ai présenté « La balade de l’Escargot » sur TLT au "Comptoir de l’info". Pour regarder l’émission, cliquer ici.

A la radio
Christian Saint-Paul m’a invité au micro de son émission « Les poètes », qu’il anime sur Radio Occitanie. J’y lis des extraits de mon roman noir, « La Balade de l’Escargot » . Pour l’écouter, cliquer ici.
Claire Ambill m’interviewe dans son émission "Page à page Toulouse" C’était le 27 mai 2010. Cliquer ici pour l’écouter.

Les premières lignes

Je réalise que je suis parvenu sur le parking de l’hôpital. Je n’ai pas eu conscience de parcourir un dédale de couloirs depuis que je suis sorti de la chambre. Submergé par des pensées confuses et contradictoires. Aveugle au monde et capable pourtant d’enregistrer des bribes du spectacle, un geste là, des larmes ici.

Je cherche des yeux la voiture. Ne la vois pas. Un homme près de moi tue l’attente en faisant les cents pas, tiré par un caniche en laisse. Je me souviens enfin qu’Élisabeth, ma femme, a pris la twingo et que je suis venu avec le camping-car. J’aperçois son imposante silhouette au bout d’une allée.

Quand je suis entré dans la chambre, c’est à peine si Anna a levé son regard sur moi. Je l’ai embrassée sur le front. Tout le temps de ma visite, elle est restée à moitié prostrée près de la fenêtre, fixant je ne sais trop quoi au-delà des arbres du parc, un horizon connu d’elle seule. Comme deux ans plus tôt. Les plâtres en moins, mais enfermée dans le même mutisme.

Quand on l’ouvre, la portière côté conducteur sort parfois de ses gonds, je dois la soulever pour la manœuvrer. Je m’y emploie machinalement avant de m’asseoir sur le siège et de fermer les yeux.

Les toubibs restent prudents. Il lui faudra du temps, ont-ils dit, et ils le répètent encore. Deux ans, ça ne pèse pas lourd pour un psy. Deux ans dans un labyrinthe. Vingt-quatre mois à ressasser un même cauchemar, dont j’ignore l’essentiel. J’ai croisé les deux bras sur le volant et contemple à travers le pare-brise les quelques personnes qui vont et viennent sur le parking. Une femme passe devant moi en s’essuyant les yeux, un mouchoir roulé en boule dans son poing. Je pense furtivement que ce serait bon de pleurer, pleurer un bon coup, mais je n’ai jamais pu trouver le chemin des larmes. Tous ces sanglots ravalés chez toutes ces femmes et tous ces hommes ! Même pour Anna, c’est d’abord la colère – presque avant la peur, presque avant la peine – qui m’a submergé. Quelques images suffisent encore à réveiller dans ma poitrine cette bête furieuse qui pourrait me jeter contre n’importe qui, n’importe quoi, seulement pour frapper, frapper encore. Cogner, désespérément.

J’ai tourné la clef de contact. La vieille carcasse du camping-car tremble de toutes ses tôles et se met en mouvement. Je sors du parking, hésite sur la direction à prendre : je ne sais où aller, on ne m’attend nulle part. En désespoir de cause, je prends vers la ville et me fourvoie dans les embouteillages. Autour de moi, dans les voitures, des gens qui se débrouillent comme ils peuvent avec leurs mauvais rêves. Pianotent du bout des doigts sur leur volant. Allument l’autoradio. Tentent de ne penser qu’à ce qui les tient, les pousse à marcher. Et ils sont là, empêtrés dans l’attente, l’absurdité d’un flot immobile.

Je me sens désenchanté. Le mot n’est peut-être pas le bon pour ce sentiment qui taraude. Je me le répète pourtant, appuie là où ça fait mal. Désenchanté. On le serait à moins, sans doute. Mais ce n’est pas seulement à cause d’Anna ou d’Élisabeth... C’est une innocence perdue. Les formules de ce genre m’ont toujours agacé, mais j’en viens peu à peu à leur accorder du crédit. A retrouver leur sens. Au bout du compte.
C’est toujours la même histoire avec les mots, il faut les remplir de sang et d’angoisse pour qu’ils prennent du poids. Je vais devoir m’y faire : j’ai atteint ce moment de la vie où l’on commence à sérieusement les lester.
Et Anna, quel poids leur donne-t-elle, avec seulement ses vingt ans pour les nourrir ? Je le sais : ils restent bloqués au fond d’elle. Comme des pierres.

Je sors ma pipe de ma sacoche, mais je renonce presque aussitôt à la bourrer. Je suis trop noué. Fouillant le vide-poches, je découvre une boîte de cigarillos. J’en allume un tandis que la file redémarre. Je suis arrêté deux cents mètres plus loin, sur un pont au-dessus du fleuve, et je regarde passer troncs d’arbres et détritus charriés par les eaux boueuses de la crue. Je ne serai jamais grand-père. Familière pourtant, cette phrase-là s’impose toujours à mon esprit à l’improviste. Je la chasse comme je peux, en essayant de songer à autre chose. Dans ma situation, c’est généralement tomber de Charybde en Scylla.

Mon métier probablement m’a tenu. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Notre cabinet d’architectes connaît à nouveau une passe difficile, d’importants marchés viennent de nous échapper, l’avenir est plutôt sombre. Je ne m’en soucie plus vraiment. Surtout, penser à mon boulot, c’est penser à Diego, mon associé. Et celui-là me ramène fatalement à Élisabeth. Il vaut mieux pas...


Un sang d’encre


N & B éd. - 2001 - Buzet (31)
(12,5X20,5) - 192 pages

- 18 euros

Lignes de fuite


Arcantère éd. - 1989 - Paris (75)
(13X21) - 160 pages


-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0