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Philippe Mathy

« Les soubresauts du temps »

Philippe Mathy approfondit des thèmes personnels avec ces « soubresauts du temps » qu’a lus et aimés Philippe Leuckx.



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Philippe Mathy

De « Promesse d’île » (1980) à ces « Soubresauts du temps » (2015), Philippe Mathy a nourri un parcours poétique désireux d’approfondir des thèmes personnels : l’importance de l’amour et de la femme sans cesse évoquée, celle de la nature proche tissée d’oiseaux, de terre à protéger, celle aussi de l’exploration du temps qui gagne, qui avance, qui laisse traces et trames. Et je n’oublie pas la présence quasi « obligatoire » d’œuvres accompagnatrices d’artistes fidèles, qui honorent l’écriture du poète, les amis André Ruelle, Yvon Vandycke, Martine Mellinette ou encore Agnès Arnould.

Ici, le livre s’ouvre sur une œuvre de Sabine Lavaux-Michaëlis, un beau portrait comme altéré, érodé, dévoré (grain par grain) par le temps.
Pour qui gagne en âge, le motif du temps devient sans doute une problématique plus prégnante. Et pour le poète sensible à toutes les « traces », un moteur d’écriture, si je puis dire. Du moins, un ferment.

Le livre de poèmes en prose s’articule en trois mouvements : aux appellations proches des traces (cendres, plis, épluchures), de « ce qui reste » d’une vie, d’une perception, de l’ordinaire du regard et des sensations. Avec l’éclairage des dédicataires Thomas ou encore Pavese, on est sans doute assuré de lire là des poèmes de l’essentiel vécu. Une sorte de « journal poétique » (si le mot n’était dévalué), une espèce de « livraison de soi de choix » (c’est moi qui formule comme je peux) sur ce que l’écriture délivre et livre à ses lecteurs.
Mathy a l’art de repérer l’infime en ses coins les plus oubliés : un bout de lumière, « le café d’un matin », les «  gouttes » du silence qui « perle », les reliefs de toutes nos activités.

Nulle emphase ni impérieuse diction là-dedans. Non, le poète préfère questionner, poser des pas fragiles, ne pas édicter de réponses fermes et décisives. Non. Mais, quelque chose se prépare, comme dicté, au-delà des mots, pour avancer, pour sans doute contrecarrer ces « cendres », ces traces dérisoires, cette pourriture. Le monde ne « s’écaille pas ». Ce sont « nos yeux ». Nous « devons  » une vigilance, quasi une sauvegarde au monde qui court, qui parfois semble couler ou s’écrouler.

Bien sûr, les termes s’énoncent et parlent assez souvent d’ « effacement ». Assurément, nous ne comprenons pas du tout, nous sommes redevables de tant de contingences, de choses « au-dessus » de nous. Alors, le bonheur tout de même naît de certains souvenirs, de cette chaleur ancienne qui vous berça de ses « mains noires ». Alors, la tendresse du conjoint est requise comme un baume dans cette déperdition. Et puis, cette « lumière » qui « vient rompre son pain sur la fenêtre » et « parfois l’enfance revient ».

Le poète a l’œil pour dénoncer – l’air de rien – l’individualisme du temps (ces « joggeurs » coupés du monde), pour alerter les consciences sur le peu de poids des biens matériels : « Qu’habitons-nous vraiment, sinon un peu de nuit, un peu de lumière, quelques brindilles dans le bec du temps qui vole, plane, sans souci de bâtir un nid où s’arrêterait le printemps ? »

Et puis, tant de choses nous échappent ! Et heureusement, semble-t-il dire, pour que nous soyons engagés à poursuivre notre route, notre temps, en dépit des manques, des errements, des questionnements troublants.
Dans tous ces beaux poèmes, on sent la place du marcheur, qui a beaucoup voyagé (Joubert ne disait-il pas qu’il y avait moyen de faire de longs voyages seulement en sa chambre ?), qui a beaucoup observé, qui a sans doute lu avec vénération Thoreau ou Whitman, pourvoyeurs de chemins.

En lisant ce beau livre maîtrisé, serein et lucide (« Je marche pourtant vers l’écho d’un amour car je suis sûr de sa voix »), le lecteur accompagne les destins ordinaires entre volonté de vivre au plus juste et celle d’en recueillir – sans leurre – les retombées. Des reliefs pour l’âme.

Philippe Leuckx


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jeudi 9 avril 2015, par Philippe Leuckx

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Philippe Mathy :
« Les soubresauts du temps »


Le Taillis Pré, 2015,
(110p.,12€.)



Philippe Mathy

Né à Manono (Congo) le 17 juillet 1956, Philippe Mathy rejoint dès l’âge de 4 ans la Belgique. Il vit son enfance à Saint-Denis (Mons ), petit village entouré de bois et d’étangs. C’est là qu’il rencontre à l’âge de quinze ans le peintre et poète Yvon Vandycke. Celui-ci, visionnaire et tourmenté, lui ouvre les portes de la création contemporaine.
De 1976 à 1980, son père part travailler, habiter en Algérie. Possibilité de plusieurs voyages, expérience du désert. Le premier recueil, « Promesse d’île » salué par une préface de Norge, fut écrit pour une bonne part à Alger.
Mariage en 1980. Enseigne au Collège Notre-Dame de Tournai jusqu’en 2011. Trois filles : Aline (1981), Mathilde (1983), Charlotte (1985). En 1983, achat d’une maison - grand jardin, verger - à Guignies, petit village de la Picardie belge.
Philippe Mathy poursuit son chemin de poète, semé de quelques voyages, de rencontres amicales, et demeure passionné de peinture sans toutefois la pratiquer. Il a créé, en 1987, « Le front aux vitres », une galerie d’art installée dans sa propre maison. Il y a associe, à la présentation des peintures ou des sculptures, des lectures de poèmes accompagnées de musique.



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