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Michel Baglin & Jean-Michel Delambre

« Lettres d’un athée à un ami croyant »

Lectures de Jacques Morin et Lucien Wasselin

Les attentats contre Charlie Hebdo m’ont convaincu qu’il était inepte de se taire face aux abrutis qui veulent nous imposer le silence. Ceux qui ont suivi m’ont convaincu qu’il fallait s’armer de mots pour résister au fascisme rampant des intégrismes religieux. Cette fiction épistolaire est née de la révolte et de la colère, mais aussi de la quête d’une fraternité qui voudrait s’en nourrir et les dépasser.

Jean-Michel Delambre la rehausse de son humour décapant, et c’est un honneur pour moi de lui être associé.



A l’heure des attentats, ces lettres d’un athée portent la conviction que le dialogue entre ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas reste ouvert, à la condition de ne pas oublier qu’en démocratie, le respect est dû aux personnes, pas à leur foi, leurs idéologies, leurs représentations du monde, leurs utopies.

Les religions ne sauraient rester, elles seules, hors du champ de la critique, comme la rappelle Boualem Sensal à propos de l’islam. Or la demande des intégristes catholiques de créer un délit de blasphème, comme celle des musulmans qui protestent contre les caricatures, montre à quel point le ver est dans le fruit.

Parce que le sacré des uns n’est pas celui des autres et qu’il n’en est pas d’universel, le sacrilège n’existe que dans la tête des censeurs. Quand les religions entendent imposer leurs injonctions et leurs interdits, on entre dans l’apartheid, elles portent en elles la guerre des communautés.

Ainsi ce plaidoyer pour la laïcité souligne-t-il qu’il n’est pas de frères de race ou de religion, seulement des frères d’humanité. Car la fraternité est universelle, sinon elle ne recouvre qu’une solidarité de clan, de tribu, une solidarité de meute.



Une lecture de Jacques Morin


Michel Baglin quitte romans, livres de poèmes et essais pour tâter d’un nouveau genre littéraire : le genre épistolaire. À sa façon, c’est-à-dire pour traiter philosophie au sens large. (Il avait fait la même chose avec sa récente farce théâtrale : « Dieu se moque des lèche-bottes »). On peut ajouter que l’ami croyant, le destinataire, « Jean », n’apparaît pas ; c’est un partenaire transparent, idéal pour disserter, réfléchir et répondre, punching-ball courtois et civil.

Les données sont affichées dès le titre. Celui qui croyait au ciel vs celui qui n’y croyait pas. Michel Baglin dans l’émotion des attentats parisiens de janvier et du 13 novembre tente de mettre sur papier les idées qui, souvent brouillées et confuses, s’opposent sans qu’on puisse les distinguer clairement. Chaque lettre met en place des concepts qui sont auscultés et définis : totalitarisme et fanatisme religieux, laïcité et tolérance, incrédulité et mécréance, amour et solidarité, soumission et esprit critique, xénophobie et racisme, religiosité, malaise identitaire, amitié et fraternité…

Ses prises de position sont solides et étayées, d’autant qu’il les défend en époussetant tout ce qui pourrait les gâter, et quiconque de bonne foi ne pourra être que d’accord avec l’auteur. C’est un livre à mettre entre toutes les mains, des adolescents aux adultes, afin d’asseoir sereinement réflexions et théories.
Les dessins de Jean-Michel Delambre sont parfaitement au diapason et au niveau.

Cette citation pour témoigner de la hauteur de vue de l’auteur :
« Je préfère un croyant inquiet à un athée impassible. »

Jacques Morin



Une lecture de Lucien Wasselin



Michel Baglin n’est pas de ces athées sectaires, il est tolérant mais ferme sur ses principes dont le principal est sans doute que les textes sacrés autorisent une double lecture : un dieu bienveillant tout d’amour et un dieu de haine. Partant de là, certains hommes veulent imposer à tous leur « sacré ». C’est la notion même de sacrilège qui est ainsi remise en cause car la liberté ne se divise pas.
Faut-il le rappeler, ce sont les opposants à l’avortement qui, au nom de leurs principes religieux, entendent imposer leur point de vue à TOUTES les femmes : on n’a jamais vu les partisans de l’avortement obliger les femmes à se faire avorter !
Autre principe qui revient à plusieurs reprises dans les lettres de Michel Baglin : le droit à la dérision des croyances religieuses. C’est là que Michel Baglin est cohérent avec lui-même, c’est là, me semble-t-il, pour reprendre ses termes, que le délit de blasphème est une des pierres d’achoppement du dialogue de la société avec les religions (p 18). De là à proclamer « Ceux que nous avons à respecter, ce sont les croyants, non leurs convictions », il n’y a qu’un pas. Je sais gré à l’auteur de faire la distinction entre musulmans et Arabes (c’est l’objet de sa sixième lettre, p 21). Comme je lui sais gré de son humour et de son goût de la gaudriole… Finalement, Michel Baglin défend la laïcité, une laïcité qui n’est pas un repoussoir mais un concept traversé par la gaité. Et ce n’est pas la manifestation qui a suivi le massacre de la rédaction de Charlie et le fameux slogan « Je suis Charlie » qui en est le symbole, qui vont me rassurer car cette manifestation est traversée de trop de contradictions alors que la défense de la liberté (sous toutes ses formes) est la seule chose qui vaille.
C’est que Michel Baglin est résolument contre le fanatisme car l’histoire lui a appris que nul ne détient la vérité. N’écrit-il pas : « Qu’on en vienne à abolir le droit à l’irrespect, c’est toute la pensée qu’on mettrait au pas et la liberté sous la férule » (p 27). Et l’auteur tient des propos éclairants dans sa dixième lettre, mais c’est pour ajouter dans sa douzième (p 41) qu’il se « méfie de la foi, comme des religions et des dogmes » bien qu’il se sente « en fraternité avec les croyants non sectaires » : l’opposition est bienvenue. « La spiritualité n’a pas forcément besoin de l’hypothèse du divin pour se développer » ajoute-t-il page 43.
C’est que les humains ne sont pas tous des cochons de consommateurs ou des compétiteurs effrénés : il en est même qui sont des mystiques sans dieu. À vouloir rapprocher les croyants « ouverts » et les athées « non sectaires », Michel Baglin finit par définir les fanatiques comme des imbéciles ou des malades (p 49), ce qui est un peu court. Et les textes sacrés ou dits « révélés » pour des « fables à portée symbolique » (p 50). Mieux, il cite de nombreux écrivains qui dénoncent les dangers que fait courir à la démocratie « une religion institutionnalisée et imposée à toute une société ». Par la bouche d’Adonis, il met en lumière la complicité de l’Occident (capitaliste, faut-il le rappeler ?) avec l’argent de l’Arabie saoudite c’est-à-dire in fine avec le wahhabisme (p 57), incompatible avec la notion même de laïcité.
Il évite l’angélisme qui voudrait ouvrir les frontières à tous (pp 63 et 64), mais signer un engagement à respecter la laïcité est-il suffisant ? À voir les traités que certains ont considéré comme des chiffons de papier, on peut en douter… Dans ses lettres 17 et 18, Michel Baglin s’intéresse aux raisons sociologiques et politiques qui font que certains versent dans la « radicalisation » d’une part et, d’autre part, au discours « bobo » dans lequel il ne voit que « le moyen de s’épargner toute réflexion et de préserver néanmoins sa bonne conscience » : c’est salutaire. Il faudrait tout citer ou tout résumer de ce livre…
Mais Michel Baglin ne cache pas sa perplexité face à certaines assertions tout en restant profondément laïque. Il fut un temps (on était dans les années 70 du XXème siècle) où j’enseignais l’histoire-géographie et je me souviens d’un cours où expliquant que la Terre tournait autour du Soleil, un élève de 5ème m’opposa, citant les trompettes de Jéricho et me menaçant de je ne sais plus quelles représailles musclées, que j’avais tout faux. L’obscurantisme n’est donc pas nouveau mais il a changé d’échelle et c’est là que ça devient inquiétant, car ma vie ne fut jamais mise en danger. Il faut donc prendre au sérieux ces « Lettres d’un athée à un ami croyant », il faut les considérer comme une pièce à verser (une riposte idéologique nécessaire) au dossier sensible de la laïcité qui reste toujours à protéger et à reconstruire, il faut se souvenir du mot attribué à Voltaire affirmant « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », il faut relire Aragon qui, dans « La rose et le Réséda » écrivait ces vers inoubliables « Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas / Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat »… Oui, il faut se souvenir que le même Aragon écrivait en exergue de l’épilogue des « Communistes  » ces mots de Jeanron : « Nous n’avons à nous que la défaite d’hier et la lutte de demain ».

Lucien Wasselin.



Ce qu’ils en disent

Pierre Perrin

Sur Le frais regard. Lire ici



« Lettres d’un athée... » sur Radio Grand Ciel


J’ai été l’invité de Christophe Jubien sur Radio Grand Ciel pour son émission La vie de l’esprit, le 3 juillet 2017. Cette fois, ce n’était pas pour parler de poésie mais de religion et de politique, au sujet de ma fiction épistolaire. On l’écoute ici.

... sur Radio Mon Païs


J’ai été l’invité de Jo Peron sur Radio Mon Païs pour son émission « Là-bas sous les étoiles » le mercredi 26 avril à propos de mon recueil de nouvelles, « Eaux troubles » et de mes « Lettres d’un athée à un ami croyant ».
On l’écoute ici

...sur Radio Occitania

Windows Media Audio - 7.7 Mo

Christian Saint-Paul, poète mais aussi infatigable passeur de poésie, m’a invité à deux reprises dans son émission « Les Poètes », sur Radio Occitanie (voir ici )
Une première fois le jeudi 25 mai 2017 pour discuter de ma « fiction épistolaire », « Lettres d’an athée à un ami croyant » (éditions Henry) Voir l’article.Discussion et lectures d’extraits.

Windows Media Audio - 7.9 Mo

Une seconde fois le 1er juin à l’occasion de la parution de mon recueil de nouvelles « Eaux troubles » (éditions Petra).Voir la présentation. Mais il faut aussi et à nouveau questions des « Lettres d’an athée à un ami croyant »
On peut les écouter en cliquant ci-contre.


dimanche 4 décembre 2016

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Michel Baglin & Jean-Michel Delambre
« Lettres d’un athée à un ami croyant »


(102 page. 10 euros)
Dessins de Jean-Michel Delambre
Editions Henry. (Parc d’activités de Campigneulles – 62180 Montreuil-sur-Mer ou sur le site www.editionshenry.com).


Sur Radio Occitania

J’ai été l’invité de l’émission Les Poètes de Christian Saint-Paul le jeudi 25 mai 2017. J’y évoque surtout ces "Letttres d’un athée..." On peut l’écouter ci-dessous.

Windows Media Audio - 7.7 Mo



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