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Jean Malrieu

« Libre comme une maison en flammes »

L’œuvre du poète montalbanais Jean Malrieu (1915 - 1976), malgré rééditions (Sud en 2 vol. en 1985) et anthologies ( "Une ferveur brûlée" , par l’Arrière-pays et le Passe-mots en 1995), était devenue introuvable. Les éditions du Cherche-Midi ont comblé cette lacune avec "Libre comme une maison en flammes" , une édition établie et présentée par Pierre Dhainaut reprenant la quasi intégralité de l’œuvre poétique de l’auteur de "Préface à l’amour" , qui a fini sa vie à Penne-de Tarn, cette « gorge de montagne » qu’il a aimée et célébrée.



De Hectares de soleil à Les maisons de feuillages en passant par La Vallée des Rois ou Le Château cathare , à travers vers libres, poèmes en prose et versets, nous retrouvons dans ce fort volume (512 p.) la voix grave et chaleureuse de celui qui, à l’instar des troubadours, choisit la femme aimée pour intercesseur de sa passion du monde.
« Je voudrais tant aider à vivre », confiait Jean Malrieu. Son vœu aura très certainement été exaucé car sa poésie est des plus toniques, lui qui conseillait : « Si ta vie s’endort / risque-la ». Et qui proclamait : « Si le bonheur n’est pas au monde nous partirons à sa rencontre / Nous avons pour l’apprivoiser les merveilleux manteaux de l’incendie ».
Malrieu parlait en ami à son lecteur, en homme pour qui « tout est nouveau sous le soleil » : émerveillé et grave pourtant.
Grave comme l’amour dont il fut le chantre aux accents parfois éluardiens, fervent parce qu’affamé de réalité autant que de merveilleux, marqué cependant par la douleur, une certaine ascèse, le tragique en filigrane.
Malrieu, c’était un verbe, ample, transparent, tirant de lointaines influences surréalistes ses audaces et de fraternités terriennes sa justesse de fond, une sensibilité où nostalgie et optimisme se mêlent : « Nous parlons des beaux jours sans savoir qu’ils sont parmi nous », disait-il, donnant du même coup la tonalité de son œuvre.



« Jean Malrieu, la parole donnée » par Pierre Dhainaut et Yvon Le Men


Jean Malrieu avait créé la revue Sud, qui a publié l’intégralité de sa poésie au début des années 80 sous le titre Dans les terres inconnues et quotidiennes, en deux volumes aujourd’hui épuisés.
Plus récemment, les éditions gersoises de l’Arrière-Pays (1, rue Bennwihr. 32360 Jegun) ont édité ses Lettres à Jean Ballard (1992. 32 pages), puis ses Lettres à Jean-Noël Agostini (en 1999. 104 pages. 13 euros) et le même éditeur, en collaboration avec le CRDP Midi-Pyrénées, une anthologie réalisée sous la direction du Passe-mots, sous le titre de Une ferveur brûlée , toujours disponible. 24 Lettres a Henri Heurtebise ont été publiées par Multiples (n°50, 1995).

L’engagement et l’effacement


Pierre Dhainaut, un des meilleurs spécialistes de Malrieu, et Yvon Le Men qui en fut un fervent admirateur, ont signé, eux, un Malrieu, la parole donnée , aux éditions Parole d’Aube (Le Manoir. 38, rue Jean Sellier. 69520. Grigny).
Yvon Le Men y rend hommage au poète de Préface à l’amour à travers des lettres et des poèmes, tandis que Dhainaut évoque son compagnonnage avec un des poètes les plus originaux de sa génération, qui sut tirer parti du surréalisme sans renier sa sensualité ni se couper du monde réel. Un témoignage d’une grande sensibilité, qui aide à percevoir de l’intérieur ce que fut l’itinéraire de Malrieu, d’abord marqué par son amitié avec Breton, puis de plus en plus attaché et habité par ses terres cathares.
Itinéraire d’un homme qui connut l’engagement aussi bien que l’effacement (Le Plus Pauvre Héritier), d’une écriture qui sut mêler la référence constante à la vie quotidienne, le lyrisme et le fabuleux (Le Château cathare en témoigne, ou encore La Vallées des Rois). D’une poésie pleine d’ombre et cependant solaire.
« Je voudrais tant aider à vivre » disait Malrieu, et c’est tout le tremblement d’un être vivant et écrivant « entre la tendresse et la foudre », « entre le bonheur et la blessure » que nous offre ce livre. Avec en prime un choix de poèmes de Malrieu et quelques photographies.

Michel Baglin



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mardi 15 août 2006, par Michel Baglin

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Jean Malrieu
« Libre comme une maison en flammes »

Le Cherche Midi éd.
512 pages. 25 euros


Jean Malrieu, une vie

Né le 29 août 1915 à Montauban, décédé en 1976 dans cette même ville, Jean Malrieu a fini ses jours à Penne de Tarn après avoir été longtemps instituteur à Marseille.
Après des études au lycée Ingres de Montauban, et grâce à son ami Georges Herment, il découvre le jazz et la poésie contemporaine. En 1936, il prend position pour le Front populaire et les républicains espagnols. Il épouse Lilette deux ans plus tard. Il est mobilisé en 1939, en Alsace. Il connaît ensuite une succession d’emplois précaires puis devient instituteur à Marseille en 1948. Il adhère au Parti communiste (dont il s’éloigne après l’invasion de la Hongrie) et fonde en 1951 Action Poétique avec Gérald Neveu. En 1970, crée la revue Sud. En 1960, il a acheté une maison à Penne-de-Tarn où il passe toute ses vacances et finit par s’installer. En 1975, il devient le guide du château de Bruniquel (tout proche de Penne). Il meurt à l’hôpital le 24 avril 1976, après avoir été piqué par une tique.


Pierre Dhainaut et Yvon Le Men
"Malrieu, la parole donnée"

Parole d’Aube
144 pages

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