Retour à l’accueil > Auteurs > TEYSSEYRE Michèle > « Loin de Venise. Vivaldi, Rosalba, Casanova »

Michèle Teysseyre

« Loin de Venise. Vivaldi, Rosalba, Casanova »

Une lecture de michel Baglin

L’auteure amoureuse de la Sérénissime nous dépeint trois de ses fervents admirateurs qui y ont connu la gloire, alors qu’ils en sont exilés, au crépuscule de leur existence : Vivaldi, Rosalba Carriera et Casanova.



JPEG - 176.1 ko
Michèle Teysseyre au salon de Montgiscard, janvier 2017 (Photo Guy Bernot)

Michèle Teysseyre est une amoureuse de Venise dont elle a fait le cadre, sinon le personnage central, de plusieurs de ses livres. Nous y revoici. Bien que pour l’essentiel, deux de ces trois récits se déroulent « loin de Venise ». Mais la cité des Doges y brille quand même… par son absence : le regret qu’en éprouvent ceux qui l’évoquent ici, à leur déclin. Et cette terrible nostalgie d’une époque révolue : « C’est le temps qui nous exile, non le lieu »

Trois récits

Ce roman est en fait constitué de trois récits, ou trois nouvelles, que seul le thème unit, et l’élégance du style de l’auteure. Et bien sûr Venise. Trois personnages qui y ont tenu une place considérable, Antonio Vivaldi, Rosalba Carriera et Giacomo Casanova, en sont les protagonistes. À l’automne de leur vie, ils se souviennent avec nostalgie de la gloire qu’ils y ont connue et de l’amour qu’ils lui ont porté.

Vivaldi est à Vienne où il a fui et s’efforce de composer un dernier opéra pour Anna Girò, son interprète favorite. Mais sa santé vacille et il sent sa fin proche.
Casanova qui échappa jadis aux Plombs de la Sérénissime, lui, finit ses vieux jours, en Bohême, à Dux, dans le château des Waldstein où il est engagé comme bibliothécaire et enrage, persécuté par l’ennui et les domestiques. Heureusement, il écrit ses Mémoires, son chef-d’œuvre… Et il y a la jeune Dorothée pour lui rappeler qu’il fut un incomparable séducteur… diminué néanmoins (« Depuis quelque temps, mon coq ne dresse plus sa crête pour annoncer le matin »).
Quant à Rosalba Carriera, pastelliste admirée et jalousée, elle réside bien encore à Venise – où elle achève sa vie - lorsque Michèle Teysseyre nous la peint, aigrie, dans son quotidien douloureux ; mais elle est en passe de devenir aveugle et l’on ne sait ce qui la fait le plus souffrir, de ne plus pouvoir exercer son art ou de ne plus être capable d’admirer encore la Sérénissime.

Fins de vie

L’auteure, qui entre dans la peau de ses personnage en écrivant à la première personne, exprime avec minutie, empathie, tendresse même – mais aussi avec ironie – le désarroi de ses personnages saisis dans les gestes anodins et néanmoins significatifs de leur fin de vie, alors que la mort les attend et qu’ils mettent toute leur énergie et leur esprit à lui résister. Ou à pester contre une médecine insuffisante…

Surtout, Michèle Teysseyre les fait s’exprimer et nous livre le regard passablement désabusé qu’ils portent sur leur époque, ce XVIIIe siècle brillant et libertin, mais qui touche à sa fin. Il y faut certes un style vivant, riche, léger et juste, et un peu distancé, mais l’auteure en est amplement pourvue. Elle nous fait oublier la documentation, l’érudition sur quoi s’appuie la narration, pour ne conserver que le charme exercé par Venise, qui est bien plus qu’une ville : « Une espèce de songe posé sur l’eau. Un songe fait de pieux, de pierres, de briques (qui) aura résisté à tout : la guerre, l’incendie, la peste, les Ottomans.  » Un charme auquel le lecteur, lui, s’abandonne volontiers.

Michel Baglin



LIRE AUSSI :

Michèle Teysseyre : DOSSIER
Michèle Teysseyre : « Moi, Jean Pigasse, ouvrier du Canal » (Michel Baglin) Lire
Michèle Teysseyre : « Loin de Venise. Vivaldi, Rosalba, Casanova » (Michel Baglin) Lire
Michèle Teysseyre : « La saveur de Rome » (Michel Baglin) Lire
Michèle Teysseyre : « Moi, Veronica Franco, courtisane à Venise » Michel Baglin Lire
Michèle Teysseyre : « Marco récit d’un autre voyage » » Michel Baglin Lire



vendredi 1er juillet 2016, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page



Michèle Teysseyre :
« Loin de Venise. Vivaldi, Rosalba, Casanova »



éd Serge Safran.
(208 pages. 16, 90 €)



Michèle Teysseyre

Michèle Teysseyre est née en 1949 à Toulouse où elle vit et travaille, partageant ses activités entre l’écriture (particulièrement autour de Venise et du patrimoine latin), la pein-ture et le cinéma.
Après des études littéraires puis un bref passage dans l’enseignement, elle se con-sacre à la création artistique.
De son intérêt pour l’Antiquité naissent « Saveurs et senteurs de la Rome Antique », consacré à l’art culinaire d’Apicius, suivi de « Fêtes romaines antiques » avec Danielle Porte puis « La saveur de Rome (vagabondage gourmand en terres latines) ».
Sa rencontre avec Venise est déterminante et lui inspire peintures, livres et films. Elle séjourne fréquemment dans la ville, notamment pour ses travaux de recherche.
Son roman « Moi, Veronica Franco, courtisane à Venise » (Grand Prix littéraire de la Ville de Toulouse 2007) a inspiré la création musicale « Musiques pour une courtisane vénitienne » par l’ensemble Ritratto dell’Amore (Cartoucherie de Vincennes, 2011, Festival de Musique baroque de Pontoise, 2013). Son deuxième roman « La Tintoretta » (soit Mariet-ta Robusti) a fait l’objet d’une lecture musicale par le comédien Didier Sandre et l’ensemble baroque Les Passions (Journées Olympe de Gouges, Montauban, 2012).
Elle publie ensuite « Monsieur Riquet », roman historique inspiré de la vie de Pierre Paul Riquet, créateur du Canal du Midi.
Elle est également co-auteur du film documentaire de Jean Périssé, « La Fabuleuse His-toire de monsieur Riquet » (2014).

(D’après Wikipedia)



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0