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Jean Poncet

« Lumière du silence »

Lectures de max Alhau et michel Baglin

Jean Poncet est méditerranéen : il célèbre hautement la lumière, la mer, mais ses poèmes se chargent de réflexions sur l’homme et les mystères qui l’entourent. Il vient de publier « Lumière du silence » chez Jacques André éditeur. Michel Baglin et Max Alhau l’ont lu.



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Jean Poncet par Said Delhavi

S’ouvrant sur la section « Des lieux et des hommes », ce recueil du Marseillais Jean Poncet nous emmène en effet de l’anse de Maldormé à la calanque de Sormiou, mais aussi bien à Conques, dans le Lubéron, où sur la draille d’un plateau de l’Aveyron. Dans la lumière toujours, celle de la Méditerranée qui lui est chère et inonde ses poèmes. Et la lumière de l’amitié qui se décline à travers les noms des poètes dédicataires, Leuwers, Digot, Lovichi, J-M. Tixier, Blua, Temple, Orizet, Mazo, etc. dont beaucoup sont des familiers des revues Sud, Autre Sud ou Phoenix auxquelles Jean Poncet a longtemps collaboré : une famille de cœur et des proximités poétiques. Sans parler de Lucian Blaga, le poète roumain qu’il a traduit et dont il a réalisé la plus importante anthologie parue en France à ce jour.
Mais la lumière qui baigne cette poésie au lyrisme très maitrisé a aussi des vibrations spirituelles. Elle parle d’un monde « où chaque pas se nourrit / d’espérance / et de courage », où l’on semble pouvoir croire « au refuge / de simples sagesses », où la lumière est aussi en soi.
Mystère de la mort quand « tout court au néant », énigme du monde qu’il faut tenter d’appréhender dans sa totalité (« Qui voit le tout / seul / pénètre la beauté du vrai ») nourrissent un chant et une marche « dans la paix de l’âme » qui sont il me semble « paroles du consentement ». « Ce que tu cherches est dans la vague », nous dit Jean Poncet, tenté par l’effacement : « plus / rien ne vaut d’être écrit : que / le silence. »

Michel Baglin



Jean Poncet est méditerranéen : il célèbre hautement la lumière, la mer, mais ses poèmes se chargent de réflexions sur l’homme et les mystères qui l’entourent. Dans ces tableaux marins à l’écriture sèche mais que renforcent les couleurs, les formes s’imposent la lumière et ses vertus : car la Méditerranée est bien le lieu où « converge la lumière / des mondes » et nombreux sont les occasions pour le poète de la célébrer. Car la mer, la lumière, les paysages méditerranéens concourent à cerner de toutes parts la vie, reflet de cet univers minéral et lumineux : « ardente blancheur de la draille / où chaque pas se nourrit / d’espérance / et de courage ». Mais cette présence n’est pas seulement sensuelle, visuelle, elle se charge d’une force qui s’impose à l’homme alors capable d’affronter l’éternité ; aussi Jean Poncet peut-il écrire : « seule l’illumination / fait naître / une flamme / éternelle ». Cette quête de lumière, c’est aussi celle qui façonne l’intériorité, la spiritualité et que peut entrer alors « l’ermite / corps de cendres / et regard de flammes / ceux avec lui / assoiffés / de silence et de lumière ».
Le cheminement de Jean Poncet le conduit jusqu’à explorer les grands mystères humains dont celui de la mort : « je te dis le plus obscur mystère / la mort engloutit même les amoureux », cette mort dont nul ne sait où elle nous entraîne et qui suscite les interrogations : « mais quel mystère / attend / à l’autre extrémité ? », de même que l’éternité est parfois remise en cause : « défie-toi de l’éternité / elle est mesure de mort ». Alors, s’il importe de se livrer à la lumière, à la mer, à ces paysages où domine la pierre, il n’en est pas moins nécessaire, nous rappelle Jean Poncet, de se livrer à une ascèse de l’esprit, au dépouillement du corps afin d’accéder à ce qu’on pourrait appeler la vraie vie. Cela, le poète le formule avec une nécessaire économie de moyens : « tu t’es mis en chemin / seul un bol fêlé / pour boire au ventre des vallées / et ton cœur sans désir / pour toucher / l’infini ». Surviendra alors cette métamorphose au cours du voyage : « et lorsque tu reviendras / – si tu reviens - / tu ne te retrouveras pas / car tu seras / toi ».
Avec « Lumière du silence » , Jean Poncet se fait le chantre d’une Méditerranée solaire et spirituelle. Par une écriture sobre mais non dépourvue de lyrisme, de sensualité, il aborde au plus intime de l’humain sans que jamais son regard ne se détourne d’une certaine lumière intérieure.

Max Alhau


A propos de « Rythme shetlandais »

Dans la collection « Lieu », d’Encres Vives, la 276e livraison est signée Jean Poncet. L’homme du Sud, le poète marseillais, a ramené de l’archipel des Shetlands et des mers du Nord ce carnet de voyage en forme de poèmes au « Rythme shetlandais » . Des prairies, des falaises, du bleu cristallin et du vert, « une vaste moquette velouteuse agrémentée d’éparses taches blanches qui sont des maisons disséminées des paysans, et de points blancs plus serrés, qui sont les moutons en pâture », voilà pour la couleur locale. Ajoutons le passage de nuages bas et quelques grains : le décor est planté. Reste à le peupler des cris rauques d’oiseaux marins et des vies lentes d’habitants pétris d’humanité et de candeur. Jean Poncet en quelques phrases simples trouve la musique juste pour y parvenir. Seul regret, la brièveté de cette évocation : on aurait volontiers poursuivi le voyage en ces limpides régions...

MB



mercredi 31 juillet 2013, par Michel Baglin

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Jean Poncet
« Lumière du silence »


Jacques André éditeur
, 82 pages. 12 €)



Jean Poncet

Jean Poncet est né à Marseille en 1949. Méditerranéen tout autant qu’Européen, il partage son temps entre sa ville natale et des terres plus lointaines, en Europe, Asie, Océanie, où il a passé, comme diplomate, plus d’un quart de siècle.
Poète et linguiste, il a publié des recueils dont certains ont été traduits en anglais, chinois, croate, roumain ou italien – et il a traduit nombre de poètes roumains et anglophones. Son anthologie consacrée à Lucian Blaga, la plus importante à ce jour en langue française, lui a valu plusieurs prix littéraires en Roumanie. En 1997, il a obtenu le Prix Lucian Blaga pour l’ensemble de son travail sur la poésie roumaine. Il est membre honoris causa de l’Union des écrivains de Roumanie
Il a collaboré à la revue SUD de 1988 à 1997, puis été membre, jusqu’en 2011, du Conseil de rédaction des revues Autre SUD et PHŒNIX, qu’il a contribué à fonder.

Bibliographie

Poésie
Katiouchka, Éditions du Marais, 1974
Il faut lutter, Maison rhodanienne de poésie, 1991
Chemin de lune, Encres Vives, 1997
Champs d’amour brûlés / Lanuri de dragoste arse, Helicon, 1997
Des lieux et des hommes, Éditions des Moires, 1998
Rythme shetlandais, Encres Vives, 2013
Lumière du silence, Jacques André éditeur, 2013

Collaboration avec des artistes
Chemin de lune, toiles de Michèle Durand, 2005
Lumière du silence, livres-objets de Michèle Durand, 2009
Saint-Symphorien en Luberon, livre pauvre coréalisé avec Marc Rambeau, 2012
En ces lieux d’éternité, livre pauvre coréalisé avec Michèle Durand, 2012
Poèmes gyrovagues, avec des peintures de Daniel Mohen, Éditions Tipaza, 2013
Mer, livre pauvre coréalisé avec Enan Burgos, 2013

Traduction
Lucian Blaga ou Le Chant de la terre et des étoiles, SUD, Grand prix du Salon du livre d’Oradea 1996
Lucian Blaga : Poezii / Poésies, Libra, Grand prix de la Ville de Cluj 1997, Prix spécial de la traduction du Festival Lucian Blaga de Cluj 1998
Voix de Roumanie, SUD, 1997
Desmond Egan : Holocauste de l’Automne, Alidades, 1998
Ioan Țepelea (1949-2012), Encres Vives, 2012
Anjum Hasan : Carnets de Bangalore, Encres Vives, 2012
Mihaela Albu et Dan Anghelescu : Les Revues littéraires de l’exil roumain – Luceafărul (1948- 1949), Institut Culturel Roumain, 2013
Billy Childish : C’est ça qui me plaît et tant pis pour les emmerdeurs, Gros textes (à paraître en 2013)

Monographie
Marc Rambeau : Chine, Tahiti, Australie, Nouvelle-Zélande, L’Après-Midi, 2008



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