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Yves Heurté, portrait

Médecin, marcheur, romancier et poète

Médecin de montagne, humaniste engagé, voyageur et grand marcheur, Yves Heurté , décédé en février 2006, était aussi un écrivain prolifique qui a abordé tous les domaines de l’écriture : poésie, théâtre, romans, nouvelles.
Le personnage, lui aussi, était très attachant, et toujours prêt à aider. Je reprends ici quelques-uns des articles que j’avais publiés le concernant. Portrait, critiques et interview.



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Yves Heurté chez lui, au bord de La Pique, en avril 1989 (Photo Michel Baglin)

Son premier livre fut un traité de self-défense, écrit à 18 ans, alors qu’il était objecteur de conscience (ce qui ne l’empêcha pas d’ailleurs d’obtenir la Croix de guerre après s’être engagé dans les brancardiers...) On l’aura compris, cet auteur-là n’avait rien de l’écrivain enfermé dans sa tour d’ivoire ! Il l’affirmait sans ambages : « Je suis fondamentalement un lyrique. Mais mon lyrisme est tourné vers les gens, non vers moi-même ». Un livre comme Voccero , long poème-cri d’une mère penchée sur la dépouille de son fils, démontre d’ailleurs avec force sa capacité à s’incarner en l’autre.
Mais revenons à Cierp, ce village proche de Saint-Béat et de Luchon, qu’il avait élu avec sa femme Madeleine, il y plus de cinquante ans. « Par souci écologique », disait-il laconiquement. Brièveté d’un pudique, qui dissimulait mal une grande passion pour la montagne et, notamment, les Pyrénées. Pour aller chez lui, on suivait la Pique, le torrent qui dévale de pierre en pierre a travers le village : il passe au fond de sa propriété. Sur le portail d’une belle demeure du XVII’ siècle, une plaque « Yves Heurté, médecine générale ».

Visites à ski


Car cet auteur-là fut aussi médecin de campagne à Cierp et dans la trentaine de communes des environs. Pendant presque quarante ans ! Certaines de ses visites, il les a faites à ski. Avec l’obligation parfois de dormir chez les patients, quand la neige bloquait les routes. On comprend qu’il ait pu affirmer : « Mon métier tire vers le social et mes thèmes, je les ai pris dans le quotidien des gens. C’est une source profonde d’inspiration ». Cette expérience, il l’a relatée à travers les beaux portraits de son livre, Gens de montagne.
La seconde de ses passion fut la marche. Ce Breton de pure souche, né en Champagne, grandi à Nantes, dans les Landes puis à Bordeaux, est allé attraper Dieu sait où le virus des sommets. Et il n’a pas cherché l’antidote. A tel point qu’il a passé son diplôme d’aspirant-guide de montagne - « un métier que j’aurais fait s’il n’y avait pas eu la médecine », avouait-il.
Ce virus, il l’a repassé à ses voisins, ses amis, qu’il a entraînés sur les flancs des Pyrénées et des Alpes. Accompagné de Madeleine, il part au Tibet. Avec sac à dos et porteurs, il s’embarque pour des semaines dans des marches à la Lanzman. Pour le « dépaysement philosophique », mais aussi, disait-il, parce que « marcher c’est aller au devant des gens. Les Tibétains sont encore plus passionnants que le Tibet ».

Chez Gallimard, à l’Odéon


Et la littérature, dans tout ça ? On vient d’en traverser l’essentiel, la source d’inspiration, Le puits « heurtésien ».
Mais pour en percevoir la tonalité et peut-être l’enjeu, revenons à la marche : « La fatigue physique amène ce qui est nécessaire à la poésie. Fourbu, on retourne à l’essentiel, à une certaine innocence... » Voilà l’auteur !

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Image émouvante de deux amis disparus : Jean-Pierre Metge discute avec Yves Heurté. (Photo MB)

S’il a commencé par écrire des pièces après guerre, c est par un roman qu’il a vraiment débuté dans sa troisième passion (troisième, sans compter Madeleine, ses cinq enfants et celles que j’oublie comme la sculpture, la flûte et le jardinage).
« Le jour de mes 30 ans, j’ai réalisé que la médecine me dévorait et j’ai décidé de reprendre la plume ». Et ce sera La Nuque Raide, roman populiste sur les réfugiés espagnols irrédentistes du Val d’Aran, qui ne paraîtra qu’en 1975. Entre-temps, Gallimard aura publié La Ruche en feu , et sa première pièce, La nuit, les clowns aura été montée à l’Odéon.
Ensuite, les livres se sont succédé, romans, récits, livres pour la jeunesse, recueils de poésie, contes et une vingtaine de pièces de théâtre, le rythme s’accélérant avec la retraite ! Mais l’inspiration était restée la même, puisée à deux grandes sources : le réalisme d’un côté, le symbolisme poétique de l’autre. Et en sautant d’un genre à l’autre, comme sur les pierres d’un torrent de l’Himalaya : « Quand j’ai fini une pièce, il faut que je passe au roman puis à la poésie... »
A croire qu’il prenait la plume comme le stéthoscope ou les chaussures de marche !

Michel Baglin




Lire aussi :

Lectures de quelques livres

Entretien avec Yves Heurté

Un hommage de Georges Cathalo

dimanche 14 mars 2010, par Michel Baglin

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Bibliographie

Yves Heurté a une œuvre très abondante, d’une bonne cinquantaine de volumes. Parmi ceux-ci, on retiendra :

En poésie
Voccero , poème dramatique. Rougerie. 1975
Le Carnet tibétain, Rougerie. 1984
Passion, Sud. 1986
Bois de mer, Cheyne. 1986. (poèmes mis en musique et chantés par Martine Caplanne. CD, MSI
La Noce solitaire, Rougerie. 1987
Les Mers intérieures, Rougerie. 1992
Point d’orgue, Rougerie. 1994
Mémoire du Mal , Ed. En Forêt, 1998

Romans
La Ruche en feu , Gallimard, 1970
La Nuque raide, Entente, 1975
Leçon de ténèbres, Arcantère, 1988
Le Passage du Gitan, Gallimard, 1991
Les Chevaux de vent, Milan, 1995
Le Phare de la Vieille, Seuil, 1995
L’Horloger de l’aube , Syros, 1997
L’Atelier de la folie, Seuil, 1998

Récits et livres de souvenirs
Vous, gens de montagne, De Borée, 2004
Le Pas du Loup, L’ecir, 2006
Journal de nuit, journal de guerre d’un adolescent, éditions Alan Sutton, 2003

Yves Heurté a écrit plusieurs romans pour la jeunesse, ainsi que des contes et nouvelles, notamment chez Magnard.
Il a également écrit une dizaine de pièces publiées aux éditions Rougerie, ainsi que des textes pour la radio.



Martine Caplanne
chante Heurté

Martine Caplanne a mis en musique et chanté de de nombreux poètes, de René-Guy Cadou à Supervielle, Guy d’Arcangue, Touzeil, etc. Parmi eux, figure Yves heurté dont elle a enregistré un CD, "Bois de mer" . J’en propose à l’acoute ci-dessous deux morceaux : "La Ronde" et "La Chemise".

MP3 - 2.8 Mo
La Chemise

MP3 - 1.9 Mo
La Ronde



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