Retour à l’accueil > Auteurs > VERCEY Claude > « Mes escaliers »

Claude Vercey

« Mes escaliers »

Une lecture de Patrice Angibaud

Les éditions Les Carnets du Dessert de Lune publient « Mes escaliers », un livre de poésie de Claude Vercey, Patrice Angibaud l’a lu et en rend compte.

Petite mise en condition dès le début de ce recueil où l’auteur donne sa définition du mot « escalier » et note, en ce qui concerne « le bon usage » : « On se réfèrera à l’escalier, louant ses vertus, jusqu’au troisième… Dans les étages supérieurs, le terme devient obsolète…Il est certes difficile de s’entendre dire qu’on habite un sixième sans ascenseur ; mais un sixième avec escalier, ah ! ça jamais ».
Puis, le pourquoi du thème : Georges Curie, photographe amoureux des escaliers, a sollicité les poètes pour qu’ils accompagnent de leurs mots ses propres clichés (douze sont reproduits dans l’ouvrage). Conséquence : « Certains le prirent de haut // …d’autres // …trouvèrent comme il se doit / prétexte à s’élever ».
Inutile de dire que Claude Vercey s’est jeté enthousiaste dans la célébration de ces « initiatives architecturales ». Avec humour, d’abord, en jouant sur les termes indissociables d’un tel sujet et ceci dans des textes courts : « On le prend / on l’emprunte / voire on l’aura dérobé : // jamais escalier ne fut donné » ; ou encore : « Habile en paroles / inutile de ses doigts // il appréhende de le monter / l’escalier / par crainte d’être au retour / tenu de le démonter ».
Humour, donc, mais également préoccupations sociales. L’auteur n’oublie pas, en effet, que les tenants du haut de l’escalier ne souhaitent pas être rejoints par ceux qui n’ont pu gravir les degrés. Ainsi que le rappelle avec acuité « Épigramme long », « …des uns / vers les autres le transit » n’est pas pour demain.
De même, le domaine conventionnel de l’escalier sera-t-il élargi aux dimensions de la ville par l’« Escalator », poème dont l’accumulation des vers, bousculés et désarticulés, restitue les trépidations d’un univers urbain qui malmène et conditionne les humains appelés ici « les stupéfaits ».
Le livre se conclut de façon inattendue par un récit. Atmosphère à la fois réaliste et onirique dans laquelle le narrateur, amoureux, doit vaincre les obstacles d’un escalier puis d’une étroite passerelle pour rejoindre une certaine Anne. L’ensemble se lit avec intérêt et curiosité mais laisse perplexe quant à sa signification. Peut-être, d’ailleurs, n’y a-t-il pas lieu de chercher ? – Une hypothèse malgré tout : et si cette « Anne », difficile à atteindre, au dernier et plus haut appartement d’un immeuble, avait pour véritable nom « Poésie » ?...

(Claude Vercey, « Mes escaliers » - avec des photographies de Georges Curie. Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 70 pages, 12€.)


Patrice Angibaud



lire aussi :

Claude Vercey : DOSSIER
Claude Vercey : Poète, dramaturge et critique. Portrait. (Michel Baglin) Lire
Claude Vercey : « Mes escaliers » (Patrice Angibaud) Lire



lundi 4 juillet 2011, par Patrice Angibaud

Remonter en haut de la page

__degrade.png__

Claude Vercey

Le « moutard de Dijon » est ne en 1943. Il vit à Chalon-sur-Saône. Il fut enseignant puis administrateur du Théâtre de Saône-et-Loire (il a écrit une dizaine de pièces). Homme de théâtre donc, il est aussi (surtout ?) poète, mais encore critique, souvent aussi incisif que pertinent.
Il a créé et animé l’association et la revue « Impulsions » (devenue « Alimentation Générale ») et a ainsi fait de la poésie son métier depuis belle lurette, assurant ici et là mises en scène, lectures et spectacles.
Fidèle chroniqueur de la revue Décharge (il est au comité de rédaction avec ses amis Jacques Morin et Alain Kewes), il fournit régulièrement au site internet de la revue ses chroniques ou ID (itinéraires de délestage).

BIBLIOGRAPHIE :

Théâtre :
Top fragile, suivi de Le Clou de la vie, P.J Oswald, 1971 ;
Paroles de voyages dans la maison immobile, Théâtre Ouvert, 1980 ;
L’Echange, entrée de comédiens, L’Avant-Scène, 1981.
A la demande du théâtre de l’Index, de Dijon, il écrit les spectacles Songe d’une vie, spectacle Romain Rolland, 1994 ; et Contes du Pays d’à-côté, 1992.

Poésie :
Déplacé en pays d’abondance , Chambelland, 1971 ;
Accident sur planète provisoire, le Dé bleu, 1974 ;
L’Etrangère, Le Pont de l’Epée, 1974 ;
Ralentir passage de troupeaux, Hors collection , le Dé Bleu, 1974 ;
Les 100 Papiers, Du Guichet, 1984 ; repris dans Décharge, coll. Re, - 1996 ;
L’Animal le Géomètre, Bremond, 1985 ;
Episode de feuilles de l’Arbre à Sec, Le Dé Bleu, 1988 ;
Ce qui va, Le Dé Bleu – 1997 ;
Le bonheur m’attend, Climat, 2001 ;
Présence dans diverses anthologies dont La Nouvelle Poésie française, de Bernard Delvaille, Seghers ; L’Histoire de la Poésie française de Robert Sabatier, Albin Michel ; Pleine lucarne, Littérature et football, Cadex ed., 1998 ; 101 poèmes contre le racisme, ed. Le Temps des Cerises.
Chroniques dans diverses publications dont régulièrement Les Ruminations dans Décharge (3 route d’Auxerre - 89560 - Courson les Carrières) et depuis quelques années les I.D. sur le site Internet de Décharge

-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0