Poésie, nouvelles, romans, essais...

Mes lectures 2015

J’en demande pardon aux auteurs et éditeurs qui m’adressent leur service de presse, mais je suis incapable de rendre compte de tout ce qu’on m’envoie. J’assume bien sûr la subjectivité de mes choix. Mais Texture bénéficie de la collaboration d’auteurs et critiques qui élargissent le champs des lectures en sympathie, avec Françoise Siri, Jacqueline Saint-Jean, Max Alhau, Patrice Angibaud, Georges Cathalo, Abdelkader Djémaï, Lucien Wasselin, Jean-Luc Wauthier, Philippe Leuckx, Jacques Ibanès, Jacques Morin et d’autres contributeurs plus occasionnels… Rendez-vous sur leurs pages en cliquant sur leur nom dans l’onglet « auteurs ».



« Chants du métissage »

Dirigée par Murielle Szac, la collection Poés’idéal, des éditions Bruno Doucey, est plus particulièrement destinée aux adolescents, mais la qualité des textes en fait une lecture de choix pour tous les âges. Le troisième titre vient de paraître, il s’agit de « Chants du métissage  », une anthologie préparée par Bruno Doucey et Pierre Kobel, de 128 pages (8,50 €) réunissant 39 poètes, de nombreux pays et de divers moments du XXe siècle. Il s’agit bien sûr ici de poèmes célébrant la fraternité et le volume s’ouvre sur des textes dénonçant la souffrance liée aux discriminations raciales, à l’esclavage et au mépris de l’autre (il débute avec la « Prière d’un petit enfant nègre » du poète antillais Guy Tirolien).
Les auteurs se succèdent pour déplorer les exactions contre peuples et les cultures malmenées ou décimées mais aussi louer la révolte qui tient « debout et libre », puis pour rappeler que « chaque visage est un miracle ». Ils ont tous les accents et se répondent à travers les époques, on y côtoie Césaire, Desnos, Maram Al Masri, Dobzynski, Senghor, Claude Roy, Imasango, Métellus, Ben Jelloun, Langston Hughes, Jabès, etc. ainsi que des auteurs moins connus comme Rita Mestokosho (innue), Oodgeroo Noonuccal (aborigène), Déwé Gorodé (kanake), sans oublier des slameurs et des chanteurs (Lavilliers, Perret).
Très souvent des extraits de prose (Hugo, Zola, Depestre, Le Clézio), ou d’articles de loi suivent le poème, « en écho », et l’éclairent dans un souci pédagogique que l’on retrouve en fin de volume avec des textes didactiques.
Dans la même collection, un autre titre vient de paraître, « Quand on n’a que l’amour ».



Mireille Fargier-Caruso : « Un lent dépaysage »

Ces poèmes ne cessent au fond d’interroger « ce que nous laisse le passage du temps ». Ils tentent de « remonter l’horloge », autrement dit, de « relire l’oubli ». Un leitmotiv : une petite fille assise très droite sur une chaise et qui ne bouge pas dans son manteau fermé « attend depuis toujours ». Elle attend qu’on vienne la chercher, et en fin de recueil, elle attend encore. Elle est l’image obsédante de la blessure mal refermée, d’un non-dit qu’il faut pourtant dire dans l’approche du poème pour l’éclairer, en guérir peut-être, s’en consoler. Car « ce qui n’est pas nommé s’entête à apparaître ».
Mais comment mettre « le temps hors-jeu », retrouver la petite fille qui regarde le couple enlacé (les parents ?) danser sur la place le tango des paradis perdus ? Peut-être le poème ne fait-il que cela, prendre en charge les deuils non faits, alors qu’on ne cesse soi-même de se perdre de vue et que « seule l’absence est fidèle ».
Comme ce « claquement régulier de la corde à sauter frappant le sol », il est pourtant des images et des clefs qui ouvrent l’enfance, une vie même peut-être, en leur donnant du mérite et qui aident à se réconcilier avec soi-même. Ce sont elles que Mireille Fargier-Caruso retrouve – « trouver dans le partage ce dont on ignorait avoir besoin », dit-elle – et dont elle s’agrandit. La nostalgie ici n’a rien de négatif. Même le paysage qui s’efface, qui n’apparaît plus qu’entre les blancs de la mémoire, aide à « chercher l’inaltérable  ». Le regarder, c’est le faire revivre, plus sereinement : « le poème parfois met à nu le passé pour qu’il n’encercle plus  ». Dans la mémoire, ce qui infuse, c’est le goût même de la vie, que ces beaux poèmes finalement célèbrent avec un désir éperdu d’être. Ne proclament-ils pas : « on voudrait tant étreindre le monde » ?

(Mireille Fargier-Caruso : « Un lent dépaysage ». Editions Bruno Doucey. 88 pages. 13.50 euros)



Revue Possibles n° 3

Le numéro 3 de la revue en ligne Possibles est paru et met en exergue le poète Jean Pérol, avec notamment trois pages de poèmes remarquables et une étude fouillée de Pierre Perrin, « Des paroles aux ailes arrachées », parue initialement dans Autre Sud en 2005. On y trouvera aussi l’hommage malicieux à Claude-Michel Cluny que prononça Jean Pérol à l’Académie Mallarmé le 29 Avril 2015.
Dans la section « découverte », on lira deux poèmes d’Estelle Fenzy, eux aussi riches d’émotions. Pierre Perrin a le goût sûr et le prouve encore avec le poème de Roland Nadaus, « À ma femme », repris de Possibles n° 17 (1er trimestre 1979).
Pour clore cette livraison, il présente Terre à ciel– Poésie d’aujourd’hui, la revue de poésie & de critiques de Cécile Guivarch.
Sur le site de la revue, on peut également découvrir les livres et les critiques de son animateur et nombre de ses textes. Voir ici.
Mais pour que cette nouvelle série vive, il faut des lecteurs. C’est pourquoi le passant bien inspiré qui arrive sur le site est sollicité pour s’inscrire. Il recevra ainsi un avis de mise en ligne des numéros successifs, le 5 de chaque mois. Cliquer.



Bruno Doucey invité de Phoenix 19

La revue Phoenix consacre le dossier de son numéro 19 à Bruno Doucey, poète et prosateur. Il est coordonné par André Ughetto avec les accompagnements de critiques et d’amis.
Lire ici.



Revue Spered Gouez 21 : La poésie ramène sa science

Éditée par le Centre culturel breton Egin dans le cadre du Festival du livre qu’il organise à Carhaix, la revue annuelle Spered Gouez / l’esprit sauvage, fondée par Marie-Josée Christien en 1991, vient de sortir son n°21 qui a pour titre « La poésie ramène sa science ». Dans sa présentation, Marie-Josée Christien rappelle qu’il ne faut y voir ni boutade ni jeu de mots gratuit, car ce numéro interroge avec pertinence et sérieux les liens entre sciences et poésie. Illustré par le peintre et graveur Francis Rollet, il s’ouvre sur un entretien avec Basarab Nicolescu, physicien quantique et poète, auteur de « Théorèmes poétiques » dont on peut lire des extraits choisis par Eve Lerner. J’avoue avoir été moins convaincu par ce début que par les textes des 29 auteurs qui suivent et constituent l’essentiel de cette livraison de 154 pages.
On y lit entre autres Maurice Couquiaud, Christophe Dauphin, Marie-Josée Christien, Werner Lambersy, Pierre Maubé, Eve Lerner, Brigitte Maillard, Michel Cazenave, etc. L’humour y tient sa place avec Jean-Claude Touzeil ou Guy Chaty. Lydia Padelec fait un moment songer à Guillevic qui écrivit ses « Euclidiennes » (où il métaphorise les figures de la géométrie), Marilyse Leroux interroge l’éveil, Louis Bertholom nous communique le vertige du temps et Jean-Luc Le Cleac’h rappelle que poésie et sciences « braconnent sur les mêmes terres » grâce à l’image réussie qui offre dans les deux cas un éclairage d’un mot, d’une sensation, d’un sentiment. Il est vrai comme l’affirme Jacqueline Saint-Jean que « dans chaque mot vibrent de vieux savoirs », d’où cette « prescience » parfois au cœur du poème. Et d’avancer encore : « La poésie tente de rassembler ce que la science sépare, elle cherche la polyphonie de l’existence ».
On lira aussi dans ce numéro un article de Guy Allix sur René Rougerie et son rapport à la Bretagne, une présentation de la romancière Claire Fourier suivie d’un entretien,
D’abondantes notes de lecture signées Bruno Geneste, Gérard Cléry, Jean Bescond (sur Armand Robin), Patrice Perron, Jacqueline Saint-Jean, etc.
(En vente au prix de 16 € en librairies.)



En quelques mots


A l’instar de beaucoup d’autres, je considère Milan Kundera comme l’un des plus grands écrivains contemporains, aussi ai-je trouvé un peu longs les dix ans qui ont séparé la parution de son roman, « L’Ignorance » , de « La Fête de l’insignifiance » , son tout dernier (2013), le quatrième qu’il a écrit directement en français, mais publié d’abord en traduction italienne et qui vient d’être repris en Folio.
Lire ici.

Jeanine Baude a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie. Grande lectrice, elle est aussi critique, juré de divers prix et de comité de rédaction de revues. C’est également une grande voyageuse et ses livres en portent témoignage. Les éditions de La Rumeur libre font paraître le premier tome de ses œuvres poétiques. Lire ici.

C’est pour saluer Giono, avec des poèmes et sous le titre « Sous l’étoile de Giono » (aux Editions Alain Gorius / Al Manar), que Jacques Viallebesset évoque l’œuvre du grand romancier de Manosque. Au fil des vers, on retrouve les personnages, les arguments et la ferveur de « Colline », « Regain », de « solitude de la pitié » ou du « Grand troupeau ». Le vieil atelier du père cordonnier de Jean-Le-Bleu est revisité comme le radeau suivant la pente de l’amour du « Chant du monde » ou « l’iris de Suse  » idéal. Quatorze œuvres sont ainsi convoquées en quatorze poèmes auxquels se mêlent d’autres poèmes liés cette fois à la vie de l’auteur mais faisant échos - « dans la marge » - aux romans évoqués et à leurs thématiques. Un bel ensemble qui chante, lui aussi les « seules vraies richesses » de l’homme.


Cette « Année blanche » qui donne son titre à ce livre de Marie Rouanet (voir le dossier) paru chez Albin Michel en 2003 (mais que Marie vient de m’offrir) est celle où la mort frôla le couple qu’elle formait avec Yves Rouquette, celui-ci ayant eu soudain le cœur vacillant. Il ne s’agit pourtant pas d’une chronique de la maladie ni de la convalescence, mais des jours rendus par le fait à la conscience du miracle d’être vivant, même si c’est provisoirement. Le style de Marie Rouanet excelle à rendre, d’une écriture bien pleine, toute la saveur, et parfois la rugosité, d’être au monde. Et toutes les anecdotes qui s’y rapportent. Cette année fut aussi celle des remémorations, non pas tant dans la nostalgie que dans le vertige. Elle eut en effet dans cette période à visualiser des films portant témoignage de la vie des villages du Languedoc dans la première moitié du XXe siècle et ces visages disparus la font méditer sur le temps, l’identité, comme elle le fait aussi en évoquant la physique et la place de l’homme dans l’univers, et sa prédilection sans ambiguïté pour la poésie du réel. Un régal !

L’indalo est une figure préhistorique de la grotte de los Letreros, dans la province d’Almería, en Espagne, dont elle est aussi le symbole. Ville dont la « mémoire ivre / depuis des millénaires / raconte les rivages de la mer antique ». Christian Saint-Paul, poète amoureux de l’Espagne, reprend "L’indalo" comme titre de sa dernière publication à Encres Vives (n°441. 6.10 euros). Un voyage, la traversée d’un province, qui sont aussi l’occasion d’évocation, aux côtés des paysages, des hommes, de leurs souffrances et de leurs combats, tels Lorca, ou les fusillés de la guerre civile. Ce recueil vient d’obtenir le prix Gourmets de Lettres poésie 2015.

« Georges Cathalo aime la poésie, il en est un grand lecteur. C’est pourquoi il en dénonce les falsifications, les dérives, les dogmatismes sectaires », prévient Louis Dubost, qui préface en connaisseur ces « Bestioleries poétiques » dont l’ami Georges Cathalo vient de se rendre coupable aux éditions Les Carnets du dessert de Lune (76 pages. 12 euros. Illustrations de Claudine Goux). Et il n’épargne en effet personne, le diable de critique devant qui les poètes sont tous « ego » ! Des poètes lapidaires qui « cachent mal leur angoisse de n’avoir rien à dire » aux « éthérés de la transparence », en passant par « toutes sortes d’olibrius », « geignards chroniques », « écorchés silencieux », etc. Bref, les poses et la "poétique attitude" en prennent pour leur grade, c’est parfois un peu facile, mais balancé avec humour. Car l’auteur, poète lui-même, sait toutes les duplicités de ce petit monde des poètes – « fourre-tout à la merci des opportunistes » - et reste lucide. Il sait, par exemple, le ridicule d’une journée de la poésie car « la poésie c’est tous les jours ou c’est jamais » et continue, semble-t-il, de croire à une « poésie buissonnière » qui serait l’ultime rempart contre la barbarie. Et puis il formule cette belle évidence en forme de consolation : « Ce sont les mauvais poèmes qui permettent d’aimer les beaux » !

Avec « A l’éveil du jour » (Monde en poésie éditions. 130 pages. 12 €), Brigitte Maillard, comédienne, chanteuse et poète, propose un récit où elle raconte son combat contre un cancer du sein à 39 ans, puis une leucémie. Mais la singularité de ce livre est que la narration est émaillée de poèmes et s’achève d’ailleurs par un recueil, « le Temps dans le vent ». C’est que l’auteur, qui rappelle le mot de Guillevic – « le poème nous met au monde » - estime devoir sa survie et sa renaissance à cette « poésie qui joue le rôle d’un phare dans le lointain ». Et c’est avec une belle ferveur qu’elle célèbre cette poésie qui nourrit, aide à résister au désarroi quand elle s’écrie « Je ne sais comment parler de la vie / Elle vient de me rester dans les mains », et finalement contribue à la résilience jusqu’à lui faire écrire : « et le vivant pousse en moi. ». Une poésie qui accompagne vers une spiritualité sans dieux et qui, comme le disait Charles Minetti, « donne du mérite à la vie ».

Werner Lambersy vient de publier chez Dumerchez « La dent tombée de Montaigne ». Chaque chose vient, ou tombe à son heure, dit Montaigne, placé en exergue de ce recueil, au sujet d’une dent qui lui « vient de choir sans douleur, sans effort ». Et de conclure : « c’était le terme naturel de sa durée ». Telle est la sorte de « sagesse », qui constitue la toile de fond de ces poèmes. Ils me semblent compter parmi ceux de Werner qui sonnent les plus justes. Lire ici



Boualem Sansal : « 2084. La fin du monde »


Boualem Sansal est cet écrivain algérien courageux qui dénonce depuis 1999 et « Le serment des barbares » l’intolérance religieuse malgré les menaces de mort qu’il reçoit de la nébuleuse islamo fasciste et les avanies subies dans son pays. Son combat est celui des hommes libres et pacifiques et j’ai aimé ses propos dans ses dernières interviewes. Aussi me réjouissais-je à l’avance de lire son dernier roman, « 2084-La fin du monde », mais j’avoue en sortir déçu.
Le titre est bien sûr une référence au chef d’œuvre de George Orwell, « 1984 ». Comme lui, il propose une contre-utopie, une société imaginaire certes, mais dérivée des tendances les plus détestables de notre monde. Une extrapolation.
L’Abistan qu’il invente est cet immense empire dont nul ne sait les limites (mais il n’est pas de frontières pour qui se veut universel et unique) et qui doit son nom au prophète Abi, l’immortel délégué du dieu Yölah (« Il n’y a de dieu que Yölah et Abi est son Délégué »).
Comme chez Orwell, on y impose une pensée unique grâce à une langue pauvre et codifiée, une surveillance constante, un bourrage de crâne de grande envergure. A quoi s’ajoute la soumission au dieu unique, l’abrutissement par les rituels, les pèlerinages, les catéchismes, la quincaillerie habituelle des religions. Ce qui amène évidemment à penser au monde rêvé par Daech et constitue une charge contre les délices promis de la charia. Mais au-delà du fondamentalisme religieux, c’est le totalitarisme à quoi conduit la foi sans questions et le renoncement à la liberté de pensée que dénonce ce conte dystopique.
Comme chez Orwell, un individu, ici Ati, va progressivement mettre en doute les certitudes imposées et conquérir par une sorte d’enquête un regard critique sur ce monde qu’on voudrait lui faire croire idyllique. Orwell visait le communisme, plus précisément le stalinisme (qu’il avait vu à l’œuvre en Espagne contre les militants du Poum), Boualem Sansal vise l’islam qui n’est pas capable de se remettre en question (et avec lui, les autres intégrismes plus ou moins latents). Comment ne pas adhérer quand il dit : « La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L’islam est devenu une loi terrifiante, qui n’édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu’il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l’islam »  ?
Pour autant, et si j’applaudis au propos général du livre, je suis déçu par son style. J’attendais des personnages bien campés, des rebondissements, des situations symboliques, des dialogues, bref, tout ce qui constitue un univers romanesque. À la manière d’Aldous Huxley ( « Le Meilleur des mondes » ) ou de Ray Bradbury ( « Fahrenheit 451 » ), par exemple, pour s’en tenir aux contre-utopies. Or Ati et les autres personnages restent hélas désincarnés, l’essentiel de la narration est une description de la société imaginée par l’auteur, mais il ne parvient pas à la faire vivre vraiment et l’action elle-même s’enlise dans les longueurs et parfois des passages bien obscurs. Reste la dénonciation, ce que Sansal réussit très bien dans ses essais et écritures didactiques. Mais le roman, cette fois, ne la porte pas vraiment, et c’est bien dommage…

(Gallimard. 288 pages. 19.50 €)



« Lignes de vie »  : dix-huit écrivains disent leur rapport à la poésie

Avec « Lignes de vie » , l’Atelier imaginaire et son créateur et animateur Guy Rouquet, prolongent la série de livres réunissant membres des jurys des ex prix Max-Pol Fouchet et Prométhée (lire ) – ainsi que d’autres « compagnons de songes » de cette belle aventure – pour évoquer leurs passions littéraires. Il y eut d’abord « Le Livre d’où je viens », puis « Mon royaume pour un livre », l’année suivante et « Livres secrets » l’an dernier.
Cette fois, les « lignes » vitales dont il est question sont des poèmes en vers ou en prose, puisque c’est la poésie qui est à l’honneur. Dix-huit écrivains, qui ne sont pas tous poètes mais tous lecteurs de poésie, s’interrogent sur la place qu’occupe dans leur vie et leur activité littéraire la poésie, également sur ses enjeux dans notre société, qui semble si peu lui devoir... Alain Absire, Michel Baglin, Marie-Claire Bancquart, Claude Beausoleil, Ariane Bois, Jean-Claude Bologne, Georges-Olivier Châteaureynaud, Sylvestre Clancier, Hubert Haddad, Werner Lambersy, Jean-Pierre Lemaire, Jean Métellus, Jean-Luc Moreau, Jean Orizet, Jean Portante, Amina Saïd, Joël Schmidt et Frédérick Tristan – sans oublier Guy Rouquet dans sa préface – détaillent chacun leur « adhésion à la face lumineuse du monde » que constitue selon Amina Saïd la démarche poétique (sans pour autant nous faire oublier sa face sombre). Ils proposent aussi la liste de leurs dix poèmes préférés, élaborant ainsi une belle anthologie pour aujourd’hui et pour demain, rappelant avec Ariane Bois que « la poésie c’est l’insurrection des consciences contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite ou décourage ».

(« Lignes de vie ». Le castor Astral. 285 pages. 15 euros)

/Lire aussi l[’article de Jacques Ibanès/]



« Ce qui est écrit change à chaque instant » : l’anthologie du Castor Astral

Quarante ans d’édition, mille titres au catalogue : le Castor Astral ne pouvait que marquer d’une pierre blanche cette année 2015. Il le fait en publiant « Ce qui est écrit change à chaque instant » une anthologie au format de poche réunissant 101 poètes, parmi les auteurs publiés par cette dynamique maison d’édition particulièrement attentive à la poésie, à la musique, mais qui ne dédaigne ni la nouvelle, ni le roman, ni les essais.
C’est en effet en 1975 que deux étudiants en « carrière du livre », Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba, de retour du Québec, se lançaient dans l’édition de poésie en créant une maison au nom improbable, que tout le monde connait aujourd’hui dans le monde littéraire.
Et cette anthologie de 320 pages, qu’on peut (s’)offrir pour le prix modique de 12 euros, reflète bien l’esprit du Castor. Parce qu’elle accueille les auteurs de la maison, certes, mais surtout parce qu’elle offre un panorama très large de la création poétique francophone, sans sectarisme ni exclusive. Avec notamment une belle représentation de poètes étrangers dont Tomas Tranströmer, poète suédois prix Nobel de littérature en 2011, que le Castor fut le premier à publier en France et auquel ce livre est dédié. La Beat Generation y a sa place avec Brautigan, comme la contre-culture québécoise (Beausoleil, Francoeur, Vanier, Josée Yvon), les anciens (Godeau, Yves Martin, Pirotte, Bérimont, Juliet, Miron, Pasolini…), comme les plus jeunes (Montoya, Ego, Hanotte), les « performeurs » (Julien Blaine) comme les « quotidiens » (François de Cornière). On y croise ceux qui ont fait vivre des revues, Chorus (Venaille, Biga, Tilman), Exit (Delbourg, Marc Villard, Jean-Yves Reuzeau) et d’autres. Autant de femmes et d’hommes qui abordent tous les thèmes et les sujets parfois brûlants de l’actualité, qui font bouger et miroiter les mille facettes du dire poétique et savent nous convaincre de sa nécessité.
Ici, pas de « bricolage expérimental forcené » donc, mais des écritures du partage, une poésie qui se veut au monde, toujours en devenir comme le titre l’indique assez, et fraternelle, j’ai envie d’ajouter : par nature…



Le Journal des poètes spécial J-L. Wauthier

Jean-Luc Wauthier, poète, nouvelliste, romancier et critique (il collaborait régulièrement à Texture) était le rédacteur en chef depuis 1991 du Journal des poètes, publication belge qui est entrée dans sa 84e année. Il nous a hélas quittés subitement le 15 mars 2015, et la revue à laquelle il a tant donné lui rend un bel hommage avec un numéro spécial (n°3 – 2015) sous la houlette de Philippe Mathy, qui en est le nouveau rédacteur en chef (Lire ici).



Les Editions de L’Art d’en Face sont nées

Beaucoup disparaissent, comme les revues. Alors, quand une nouvelle maison d’édition voit le jour, on ne peut que se réjouir et la saluer. Saluons donc « L’art d’en face », une maison associative (7, rue de Varsovie. 11100 Narbonne) qui vient de naître.
Dans le berceau, trois titres, dont « Des femmes » signé Marie Rouanet qui est d’ailleurs la marraine de la maison d’édition et a porté l’aventure sur les fonts baptismaux ce dimanche 27 septembre au Château de Rieux-Minervois. Son livret réunit deux évocations de la vie paysanne, l’aparté des femmes après le repas du dépiquage et une fermière dépeçant un renard en se remémorant ses amours. L’écriture superbe de Marie Rouanet met les sens en éveil et rend avec malice toute la duplicité et la vitalité sensuelle des êtres dont elle raconte les riches heures. De vrais tableaux, un vrai régal. A ne pas rater ! (38 pages. 8 euros).

Autre titre, « Un été à l’Iris de Suse » d’Alexandra Ibanès. Il s’agit cette fois d’un journal où l’auteure dit son amour pour son homme, pour son fils, pour leur maison (l’Iris de Suse, ainsi baptisée car il s’agit de passionnés de Giono), pour ce village de la Montagne Noire, Castans, où cet été-là on tourne un film. Pour tous les amis de passage aussi, les randonnées dans les montagnes alentour, dont le Quiersboutou qui ferme l’horizon, les recettes d’une cuisine qui se mitonne face au jardin, l’apéritif maison, le kina-karo, sans oublier la musique (Alexandra est la compagne du poète et chanteur Jacques Ibanès) ni surtout les livres qui occupent toutes les pièces de la vaste demeure ! De quoi rédiger au jour le jour les chroniques du bonheur. (122 pages. 12 euros).
Troisième titre, « Reine rouge » de Marie-Pierre Molinier. Un roman que je n’ai pas encore lu.



André Laude : « La Légende du demi-siècle »

André Laude, journaliste et poète, est mort le 24 juin 1995, à 59 ans, dans la misère. Pour le vingtième anniversaire du décès de cet insoumis, la revue A L’INDEX avec les Éditions Levée d’Encre ont l’heureuse idée de rééditer l’intégrale du « La Légende du demi-siècle » , une rétrospective de la vie intellectuelle française publiée en 1975 et devenue introuvable. Ils le font en deux tomes d’une centaine de pages chacun : le premier couvrant la période des années folles aux années noires, le second les « années floues » (1940-1975). Ils sont accompagnés d’une préface de François Vignes et d’un portrait signé de Jacques Basse (les 2 volumes, 22 euros, port compris).
En 1975, les Nouvelles Littéraires entrant dans leur cinquante-troisième année décident de faire paraître un numéro spécial qui traitera de l’art et de la littérature, une espèce d’anthologie succincte couvrant les 50 dernière années. Encore faut-il trouver quelqu’un qui soit capable, pour trois sous, de la mener à bien dans des délais très brefs... Ce sera André Laude, ce « soleil noir de la poésie » qui était aussi critique littéraire au Monde, au Point, au Nouvel Observateur, etc.
« Ils m’ont mis en perfusion avec une caisse de bière et quelques sandwichs, et vogue la galère », explique t-il. Un vieux fauteuil déglingué a fait office de lit. « J’ai travaillé sans discontinuer pendant trois jours. Les feuillets partaient à l’imprimerie sans que j’aie le temps de les relire. La commande portait sur un numéro, j’en ai livré deux. »
Ainsi serait née, dans l’urgence, cette rétrospective. Il ne faut pas y chercher des développements de spécialiste sur tel ou tel moment ou courant de pensée, ou tel ou tel auteur. Laude pratique ici le survol et la synthèse. Mais c’est avec une vaste connaissance de son sujet et une belle justesse qu’il jalonne ce parcours de bornes explicites.
On devine où vont ses sympathies et ses admirations et c’est bien ainsi (son anthologie a un ton personnel) ; néanmoins il n’oublie pas grand monde (si, quand même : Henri Calet, Hardellet et quelques autres !). Son tour d’horizon n’exclut pas l’humour ou l’ironie (avec Montherlant, par ex.), ce qui ne gâte rien. Idéal pour revisiter un demi-siècle d’œuvres et de débats nés des tourments de l’histoire. Vous n’y apprendrez peut-être pas énormément de choses, mais vous y prendrez plaisir, comme on se régale à une relecture…



Martine-Gabrielle Konorski : « Je te vois pâle… au loin »

Les chassés-croisés de l’amour, les approches, les éloignements, les vacillements, tout comme le deuil qui faufile certains poèmes, les silences de l’enfance peut-être, et les allusions rapides au « dévissement du monde », sont à l’œuvre dans ce recueil de Martine-Gabrielle Konorski, dont le titre, même s’il n’est pas sans rapport avec les thèmes principaux, me paraît un peu…. pâlichon.
Jean-Luc Maxence qui préface le livre parle avec raison de « pudeur » dans l’expression des sentiments. C’est vrai, mais c’est aussi question de style. L’écriture ne s’attarde pas en effet : l’auteure pose ses notations brèves, comme autant d’instantanés, et poursuit sa route. Cependant, la justesse a fait mouche le plus souvent, ainsi des muettes silhouettes des passants qui passent avec « sous les bras tant de quêtes illusoires ». Oui, j’aime ces images qui n’insistent pas, effleurent à peine, comme « la ville s’est endormie dans les rideaux » ou « l’ombre éteint les réverbères ». Ces poèmes où l’hirondelle ne trace « qu’un rai d’écume » tandis que « reste indemne l’éternité ». Ils sont lumineux quand un « sourire de printemps recrée l’eau des fontaines ». Moins sereins quand ils baignent dans la lumière de l’automne qu’on reconnaît à ce que « les bogues sont ouvertes / écrasées  ». Mais certains sont aussi hantés par l’absence : « est là ce qui n’existe plus », y lit-on.
« Au loin », dit le titre. On a beau aimé, on ne coïncide jamais tout-à-fait à soi-même. Ni à l’autre, ni au monde. On doute « au bord de soi ». L’éloignement est comme une fatalité, ici. C’est la note bleue d’un beau recueil où il y a toujours comme une distance résiduelle avec tout, où la question demeure : « que faire pour se rejoindre ? »
Ce livre a obtenu le prix "Poésie-Cap 2020" de l’émission webtélé du même nom.

(Le Nouvel Athanor éd. 100 pages. 15 euros)



Philippe Leuckx : « Effeuillement des choses vers les confins »


Douze poèmes (dédiés à douze amis) pour approcher la montée de la nuit, entre lumière et ombre. Ce passage presque intangible est saisi dans sa fragilité, quand le vent s’allège et que les souvenirs flottent dans l’air qui tremble. Philippe Leuckx l’esquisse d’une écriture délicate et nous joue par petites touches cette « intime partition du jour qui fuit ». Il se fait pointilliste pour capter, avec ce « linge qui balance son ombre et sa solitude », des moments de pureté où la petite musique du temps se laisse entendre, au loin, derrière cet « effeuillement des choses vers les confins ».
Encore un joli petit livret publié par Yves Perrine et ses éditions de La Porte. (3.8 euros le livret ou 21 euros pour 6 livrets. Yves Perrine. 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 Laon)


Anthologie en langue des signes : « Les mains fertiles »

Cette publication est un événement : le livre-DVD « Les Mains fertiles » édité par Bruno Doucey est en effet la première anthologie en langue des signes qui paraît en France et peut-être même la première anthologie de poésie en langue signée tous pays confondus. Établie et présentée par Brigitte Baumié, musicienne et poète en perte d’audition, préfacée par Michel Thion, elle réunit 50 poètes, compte 216 pages et est en vente au prix de 19,50 €.
Elle a été réalisée en collaboration avec l’association Arts Résonances, créée en 1993 dans l’Hérault, qui travaille depuis 2008 à l’ouverture de la poésie contemporaine aux personnes sourdes et qui a mis en place un travail de traduction des œuvres en langue des signes française et de reconnaissance et de diffusion de la poésie créée en LSF par les poètes sourds.
Les poèmes édités sont donc accompagnés de vidéos (un DVD de 3 heures) réalisées par Pierre Garbolino, vidéaste et réalisateur, en studio ou lors de grands festivals de poésie, comme le festival Voix vives de Sète ou le festival de poésie de Saint-Martin d’Hères. Et, ce qui est loin d’être négligeable, les textes sont accompagnés d’une brève histoire de la LSF par Michel Lamothe et Marie-Thérèse L’Huillier.
Bruno Doucey affirme : « Ceux qui l’ont vécu vous le diront : voir un de ses propres poèmes traduit en langue des signes procure une émotion incomparable. » J’en ai moi-même fait l’expérience et je dois dire que j’en ai été troublé. Ce langage au-delà des mots s’apparente souvent, plus qu’à un mime, à une chorégraphie, l’interprétation gestuelle devient un acte poétique en soi et inscrit la poésie dans le mouvement et dans l’espace. Si beaucoup d’auteurs, entendants, ont été traduits, d’autres, sourds ont traduits eux-mêmes leurs propres textes, voire les ont composés directement en LSF. Cet ensemble constitue une mosaïque où un langage, qui pourrait être universel, se profile, un peu comme un espéranto.



Dialogues de la poésie et de la peinture

Peintre et poète, Germain Roesz a lancé à l’enseigne de « les Lieux Dits éditions » (Zone d’art. 2, rue du Rhin Napoléon. 67000 Strasbourg), avec Claudine Bohi, une magnifique collection intitulée « 2Rives » qui fait dialoguer un plasticien et un poète de belle manière : la première moitié de l’ouvrage superpose textes et peintures, chaque poème étant imprimé sur une feuille de papier calque qui laisse apparaitre en transparence motifs et couleurs de l’œuvre picturale. Il ne s’agit donc pas d’ « illustration », mais bien d’une complémentarité qui ouvre un espace d’interférences subtiles. « L’écriture prend appui sur l’espace suggéré des peintures et devient elle-même encre », lit-on sur la quatrième de couverture d’un des ouvrages, « Accueil de l’exil », signé Jean-Louis Bernard pour la poésie et Anne Moser pour la peinture.
La deuxième moitié des ouvrages est consacrée aux poèmes mais se clôt sur une peinture épanouie sur deux pages en regard. Le chromatisme vif et chaleureux d’Anne Moser fait merveille tandis que le poème de son complice tend « à vouloir nous tenir / insatiables / dans la main du lieu / pour y carder / les invisibles filaments / du vide. »

Ce dispositif remarquable me semble fonctionner mieux encore avec les poèmes de Chantal Dupuy-Dunier et les encres de Michèle Dadolle dans l’ouvrage intitulé « Pluie et neige sur Cronce Miracle » (Cronce est un village de la Haute-Loire que la poétesse réinvestit avec ses livres à l’image du Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart). L’écriture y joue avec les évocations tantôt végétales, tantôt minérales, des œuvres picturales et de leurs lignes de force. La poésie de Chantal Dupuy-Dunier a quelque chose de tellurique pour dire l’attachement viscéral des êtres à un lieu, une terre, une vie, voire un imaginaire. Ses poèmes pleins d’arbres, de roches, d’eau, de neige et des métamorphoses des saisons sont une lecture sensuelle des paysages, intérieur et extérieur, à laquelle Michèle Dadolle fait écho. (18 euros chaque ouvrage).



Retour du Marché

Le Marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris, est ce lieu improbable où la poésie tient le haut du pavé ! Ils ne sont pas si nombreux et c’est probablement pourquoi tout le monde s’y retrouve ! J’en étais et c’est avec grand plaisir que j’y ai retrouvé une foule d’amis, même si j’en ai raté quelques autres. Il en va ainsi chaque année : il y a tant de monde que l’on connait et l’on est tellement sollicité qu’il est impossible de se rendre d’un point à un autre sans être arrêté, détourné, ni d’avoir une discussion tant soit peu suivie… Au demeurant, c’est aussi un des charmes de ce rendez-vous des poètes et des lecteurs, qui est hélas menacé par la coupe des subventions !

J’ai donc eu le plaisir de parler un moment avec Philippe Mathy, dont je venais de découvrir le beau recueil, « Les Soubresauts du temps » (au Taillis Pré) et qui succède au regretté Jean-Luc Wauthier à la rédaction en chef du Journal des Poètes. Philippe Leuckx dit tout le bien qu’il pense de son dernier livre (ici ) et je ne peux qu’abonder ! La mémoire nourrit sa riche écriture : « Je vieillis. Est-ce de marcher plus lentement que les souvenirs me rattrapent ? » se demande-t-il. Une forme de célébration du monde s’inscrit en filigrane. De la nature et de l’arbre, par exemple. En voici un qu’on abat et qui écrase les clôtures : « L’arbre est couché, immobile. Qui peut mourir ainsi, agrandissant l’espace autour de lui ? ». Il y a là les « épluchures du soleil » et une belle attention au « remuement de l’immobile ». (110 pages. 12 euros)

Signant la réédition de mon récit, « Entre les lignes » au stand du Bruit des Autres, aux côtés de Jean-Louis Escarfail, j’ai fait la connaissance d’auteurs que je n’avais pas encore rencontrés. Ainsi de Natacha de Brauwer qui publie avec « Elle » son troisième titre chez cet éditeur. De longs poèmes de ton allègre, presque enjoué, proches des comptines, qui peu à peu s’imprègnent de gravité, quand la douleur de grandir se dévoile. Il y a ici, discrète, sur la joue, cette « coulée silencieuse et perfide » qui révèle les blessures sous les sourires, et c’est parfois terrible, comme avec « Je cours », où les affres du viol et de l’inceste imposent sourdement leurs images. Une belle écriture de l’intime, et des « elles du sensible ». (70 pages. 8 euros).

Alain Perol, qui écrit depuis plus de 30 ans, présentait lui son premier livre, « Il suffit de passer le pont » . Sous ce titre rappelant Brassens, l’auteur mêle courtes proses et poèmes, les uns et les autres se répondant pour évoquer, de façon modeste et pudique, ses émois d’enfant et d’adolescent, puis ses amours d’adulte ; tout un parcours sentimental, sur le mode ému et souvent amusé. (110 pages. 10 euros).

J’ai également signé à côté de Béatrice Libert, dont je venais de lire « Demeures de l’éveillé » (préface de Michel Lagrange), prix d’édition poétique de la ville de Dijon 2015 organisé par l’association Les Poètes de l’Amitié (qui publie également la revue Florilège). Le Bruit des Autres qui avait déjà publié « Musique de chambre » , édite ses « Lettres à l’intemporel » . Choisissant la narration épistolaire, Béatrice Libert (qui écrit des essais, des récits, des poèmes et des textes pour le théâtre), nous livre ici des messages aux styles alertes et aussi variés que leurs destinataires : Icare, Dieu, Dame Araignée, poisson rouge, maison natale, printemps qui n’est jamais à l’heure, etc. L’épistolier prétendu est aussi important que le destinataire, on le conçoit quand il s’agit du Moulin s’adressant à Alphonse Daudet, d’Adam à Ève, de Dame Meuse à la Province de Liège (Béatrice Libert est belge), d’une goutte d’eau à la mer, de lundi à Dimanche ou encore du point au i. Légers, pleins d’esprit et d’humour, ces petits textes sont un régal dont je me suis délecté dans le train me ramenant à Toulouse. (136 pages. 13 euros)

L’ami Max Alhau a également fait une apparition sur le marché pour signer son dernier ouvrage au stand de Tipaza. Ces éditions soignées, créées et animées à Cannes (82 Av. Du Petit Juas. 06400 Cannes. 04 93 68 32 79) par deux passionnés, Yvy Brémond et Gilbert Casula, proposent notamment la collection Métive, qui se distingue par un concept original de pliures et découpes, sur un beau papier de 200 grammes. C’est elle qui accueille « La Lampe qui tremble » de Max Alhau, une suite de quinze poèmes d’une belle gravité, qui tiennent tête à la nuit, comme toute poésie (« une étincelle suffit pour incendier la nuit ») et que rehaussent cinq reproductions de peintures de Hamid Tibouchi. La marche, le vent, le passage près d’un royaume peut-être manqué sont toujours façon d’évoquer un infini à la fois proche et fuyant. L’interrogation métaphysique d’un « veilleur des derniers sarments », qui se déclare « libre de contempler le monde ou de le déserter sans peur ni rancœur » travaille tous les poèmes. Elle est la lampe qui fait bouger les ombres autour du « voyageur oublieux, / à l’écoute des arbres, des eaux / mais déjà en retrait ».

Bernard Ascal, l’homme orchestre, m’a également offert son livre, « Sorties de piste » , paru aux éditions du Petit Véhicule et dont Lucien Wasselin rend compte ici .. Bernard Ascal y raconte (avec l’aide de critiques qui connaissent bien son œuvre protéiforme) un « itinéraire en zigzag », celui d’un passionné de peinture, de musique et de poésie, qui a su mêler les encres, les couleurs et les notes. Un parcours éclairé par divers points de vue mais aussi par les reproductions soignées des peintures de l’auteur, par un choix de ses poèmes, des photos, des témoignages, des éléments de discographie et de bibliographie. Un livre chaleureux, comme le bonhomme, et parfaitement réalisé.

L’équipe de la revue Décharge, bien sûr, y était et, bien que brièvement, j’ai au hasard des croisements dans les allées retrouvé Jacmo, Claude Vercey et Alain Kewes (qui y présentait bien sûr aussi les dernières publications de ses éditions Rhubarbe). Le marché coïncidait avec la sortie du numéro 166 de la revue, qui s’ouvre avec Daniel Biga. L’auteur emblématique de la beat generation française y donnant une suite d’une vingtaine de pages, « Valve mitrale ». Suit un dossier sur Georges Bonnet par Vercey, Jean-Claude Martin, Louis Dubost. Jean-François Mathé propose lui ses « chansons sans en avoir l’air » au rythme allègre et au propos plus grave. J’ai beaucoup aimé également les poèmes de Marie Desmarets, qui sont des lettres adressées à ses amis d’hier et d’aujourd’hui pour évoquer, avec force, la solitude. Bien sûr, il y a aussi les notes et aphorismes de Jean-Pierre Georges, égal à lui-même dans la déréliction, le désespoir et les bonheurs d’écriture ! Delphine Guy, Gisela Hemau, Bruno Keits Öijer. Et beaucoup de bons poèmes dans « le choix de Décharge ». Et les nombreuses notes de lectures des animateurs et chroniqueurs. Pour ma part, j’ai grand plaisir à être également de ce numéro avec « Charlie’s blues », une suite de vingt poèmes écrits dans le chagrin et la révolte après le massacre de Charlie Hebdo. (156 pages. 8 euros. Abon : 28 euros)

Après ses « Poèmes pour Robinson » dont je parle plus bas, Guy Allix m’a offert sur le marché « Le sang le soir » , recueil grave d’un homme blessé, lucide, tendu, remué par l’amour et le chagrin, bien vivant car passionné. (Lire ici )

Autres retrouvailles sur le Marché avec François de Cornières, qui signait au Castor Astral son très beau « Nageur du petit matin » , une de mes lectures les plus fortes depuis longtemps. (C’est ici )



Jean Chatard : « Sous le couvercle de la nuit »

Chez Jean Chatard, la mer reste la pourvoyeuses d’un lexique riche d’iode et de grand large. Il se souvient – « J’avais vingt ans sous l’équateur » - du monde qu’il a couru comme marin (« l’itinéraire fut la mer ») et qui a chargé son embarcation de milliers de souvenirs et de métaphores. Dans ce recueil, « Sous le couvercle de la nuit » , comme dans les précédents, le vent souffle dans ses pages, le sable y crisse, la vague y déferle volontiers et les odeurs de varech évoquent l’estran des rives océanes.
Mais on ne peut jamais oublier en le lisant que le poète et revuiste, animateur et rédacteur en chef des revues Le Puits de l’ermite et Soleil des loups, critique impénitent (qui a généreusement donné des milliers de notes de lecture à de multiples revues) fut profondément marqué par le surréalisme et ses images, toujours inattendues, loin de toute convention, le prouvent abondamment.
Sans doute bien des illusions se sont-elles dissoutes avec le temps, car « on n’en finit jamais de tronçonner le mât » et l’on devine qu’en maintes circonstances ont été « jetés par-dessus bord les lendemains promis », mais Jean Chatard demeure attaché à la poésie et aux poètes (il évoque notamment sont ami Robert Momeux, compagnon de mer) qui, dit-il, « conjuguent toujours le verbe aimer au temps présent ». (Sac à mots édition. 52 pages. 12 euros).



Lucien Wasselin : « Le temps, la lumière éternelle » & Pierre Garnier : « Le sable doux »

Pierre Garnier a disparu le 1er février 2014. Lucien Wasselin, qui avait beaucoup écrit sur son œuvre et le « spatialisme », a entrepris une compilation de ses études. Elle paraît, sous le titre « Le temps, la lumière éternelle » aux éditions L’herbe qui tremble (120 pages. 14 euros). Elle est suivie de « Saisseval les hortillonnages », suite de 100 nanopoèmes écrits par Lucien Wasselin en hommage à son ami Pierre Garnier, autour de la figure du cercle. (Voir le dossier sur Pierre Garnier, ici)

Rappelons que jusqu’en 1963, Pierre Garnier écrit dans l’influence de l’École de Rochefort, ensuite, sa poésie ne célèbre plus mais doute et interroge. Il invente avec sa femme, Ilse, le spatialisme où une figure (géométrique ou symbolique) suscite diverses légendes. Leur juxtaposition crée les résonances et la vibration du poème. Il définit ainsi son travail : « Les poèmes spatiaux sont des rencontres, non fortuites, mais voulues par le moi lyrique, entre une figure simpliste et un mot de façon à provoquer un éclair, chez le lecteur - parfois une lueur, parfois une lumière durable ».
Lucien Wasselin dans ses articles évoque les différentes périodes d’une œuvre marquée par la dualité, l’engagement communiste du poète de Saisseval, son attachement d’homme du Nord au picard, ses relations avec Aragon, son rapport au matérialisme, à la spiritualité, à l’écologie, et son travail en collaboration avec son épouse.

Dernier recueil
Dans le même temps, les éditions L’herbe qui tremble, qui s’attachent à faire lire et entendre l’œuvre de Pierre Garnier, publient son dernier recueil, dont le poète a lui-même dirigé l’édition avant sa mort, sous le titre « Le sable doux » et sous–titré « (Cahier d’écolier) poèmes visuels aux longs prolongements ». Cette belle édition (348 pages. 28 euros) mêle les poèmes spatiaux et les poèmes linéaires et se clôt sur les « Poèmes de Saisseval » publiés dans les années 1990, où l’enfance est très prégnante à travers la grand-mère, les bêtes, la campagne, les objets rustiques, la mer, etc.
Les poèmes spatiaux y tiennent une grande part autour de diverses figures, très simples. Comme toujours, la rencontre mêlant à la fois l’objectif et le subjectif, tantôt opère et tantôt n’opère pas. Mais quand les correspondances s’éveillent, que les analogies se révèlent, la polysémie se resserre, le sens se cristallise dans l’étonnement et la poésie, en effet, s’épanouit dans les « longs prolongements ».
Je ne veux pas non plus passer sous silence l’humour, qui y est comme une forme de lumière baignant les évocations : « le jardin du presbytère n’a pas changé / il a toujours son mur au toit d’ardoise / derrière lequel Dieu passe chaque matin / pour aller au travail ».



En quelques mots


Ces « Poèmes pour Robinson » signés Guy Allix constituent un très émouvant recueil, celui d’un homme – en l’occurrence, d’un « papy » – blessé. Publié par les belles éditions Soc et Foc et illustré par Alberto Cuadros, il réunit des poèmes tous adressés à ce petit-fils prénommé Robinson, âgé de quatre ans, qu’il n’a jamais rencontré. « J’ai un petit-fils / Quelque part dans le monde / Je ne sais où / Il vit bien loin de moi / Il ne sait rien de moi ». Il l’imagine donc, évalue ses progrès (« tu marches maintenant »), rêve sa vie, son apprentissage du vélo, son Noël au pied d’un sapin, et surtout lui lance ces adresses jetées sur la page comme bouteilles à la mer. « Comme un fou que je suis / je rêve de voir un jour / mes pauvres mots s’échouer / sur la plage de ton sourire. » Mais il est terrifié à l’idée qu’il ne le serrera peut-être jamais dans ses bras, qu’il ne sera pas là à l’ « accompagner pour prendre (son) dernier train. » Un beau livre empli de ce « bruissement d’un monde ignoré », celui d’un petit enfant dont le grand-père se sent « orphelin ». (Soc et Foc ed. 56 pages. 12 euros. ISBN : 9782912360953)

Max Alhau a choisi la brièveté pour s’exprimer ces derniers mois et c’est « En bref et au jour le jour » qu’il a inscrit quotidiennement sur ses tablettes un aphorisme, une note, une pensée, voire une interrogation comme celle-ci : « Une fois à terre, le fruit se souvient-il de l’arbre ? ». Ce recueil d’observations et de questionnements est publié en un petit livret par « La Porte » (Yves Perrine. 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 Laon) au prix de 3.8 euros de livret (abonnement à 6 numéros, 21 euros). Les paysages, le silence, un certain vertige face au monde et au temps - « N’oublie pas que ta durée s’inscrit déjà dans ton absence » - y sont très présents. La tonalité y est souvent mélancolique : « L’oiseau habite son vol mais sont chant est sa demeure. Nous autre résidons dans notre silence, en contrebas de rêves inachevés. » Pourtant, il y a toujours un appétit, ou une soif que le désir aiguise : « Ce n’est pas au désert que s’accroit la soif mais aux abords des rivages, auprès des sources qui déversent leur trop-plein d’eau sous le regard halluciné du voyageur ».



Jean Orizet : « La sagesse du monde en 100 poèmes »

Passeur de poésie, et bien sûr poète lui-même, Jean Orizet est l’auteur de nombreuses anthologies où il revisite les poèmes des autres non sans gourmandise. Cette fois, c’est rien moins que la sagesse qui est au menu, en cent textes poétiques du monde entier – Inde, Chine, Vietnam, Russie, Cameroun, Palestine, Tibet, Etats-unis, Allemagne, Italie, France… – et de toutes les époques, avec il me semble un petit avantage à l’Antiquité. De l’incontournable « Carpe diem » d’Horace au « pense à autrui », de Mahmoud Darwich, on traverse les grands textes, Bhagavad-Gita, Livre des morts tibétain, chants sacrés des Indiens Puéblos, etc. en côtoyant les grands auteurs, Omar Khayyam, Confucius, Lao-Tseu, Lucrèce, mais encore Ronsard, William Blake, Pouchkine, Hugo, Whitman, Khalil Gibran, Borges, Pessoa… Chacun apporte sa pierre à l’édifice et chaque lecteur y trouvera de quoi confectionner des citations à son goût ! On flirte ici souvent avec la métaphysique, bien sûr (« Seul le renoncement affranchit de la peur »), mais la tendance générale de tous ces auteurs est bien d’associer la sagesse, comme le faisait le grand Diderot, à une « science du bonheur ». (First éditions. 160 pages. 12.95 euros)



L’insurrection poétique, un "manifeste pour vivre ici"


Pour saluer la 17e édition du Printemps des poètes, les éditions Bruno Doucey publient une anthologie sur le thème de cette année, « L’insurrection poétique », dont le sous-titre, « manifeste pour vivre ici », dit assez l’ancrage dans le monde d’aujourd’hui. Si besoin était, l’actualité devait hélas tragiquement confirmer que la poésie, et plus généralement l’art, ne sont pas fuite, mais engagement : le massacre de Charlie Hebdo est en effet intervenu au moment où l’éditeur envoyait le livre à l’impression. Il a alors ajouté un hommage aux victimes et leur a dédié cet ouvrage de résistance.
Cent dix poètes, contemporains (à quelques exceptions près), y sont réunis en vingt-deux sections dont l’une, « contre les fous de Dieu », résonne sinistrement après les assassinats des 7, 8 et 9 janvier, et rappelle à ceux qui pourraient encore l’imaginer, que la poésie n’a rien de décoratif, mais a au contraire partie liée avec le « vivre ici », ses bonheurs, ses souffrances, le désespoirs et l’espérance qui s’y conjuguent au quotidien.
Établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey, cette anthologie se veut donc celle de poètes citoyens du monde et l’on ne s’étonnera pas d’y retrouver les signatures de Sapho, Ritsos, Maram Al-Masri, Ben Jelloun, Breytenbach, Tahar Djaout, Guillevic, Nâzim Hikmet, Victor Jara, Maïakovski, Taslima Nasreen, et beaucoup d’autres. Passeurs et porteurs de feu, ces auteurs écrivent « au cœur d’une réalité humaine pleinement assumée » et nourrissent l’ambition rimbaldienne de changer la vie, ou pour le moins d’améliorer celle des hommes. Une force vitale est à l’œuvre dans ces poèmes regroupés sous des têtes de chapitres évocatrices, « refus d’un monde étriqué », « Apartheid », « Combattre l’ignorance », « mal à la terre », etc. Tous à leur manière répètent ce que proclamaient les vers de Jean Malrieu : « Si ta vie s’endort, / risque-la ».
Le lancement du livre se déroulera le mercredi 18 mars, à la Mairie du 2e arrondissement de Paris, à 19h30.

(256 pages. 19 euros)



Anthologie : « Charlibre : le poème du jour d’après »

Quand je rencontre des jeunes dans les collèges ou lycées, j’utilise souvent la comparaison entre deux écritures que j’ai pratiquées, celle du journaliste (qui apporte des informations), et celle du poète (qui « réveille » celles que nous portons déjà en nous, dans notre mémoire sensible). En ce qu’elle pêche dans le vivier intime, la poésie échappe en partie à l’actualité, ce qui ne veut pas dire qu’elle s’en désintéresse (le poète est un être au monde, « en prise » avec le réel), mais qu’elle à une manière particulière de l’aborder, en la connectant à la fois à ce qu’il y a de plus universel et à l’histoire personnelle de chacun.
C’est bien sûr ce que font les 70 poètes qui ont réagi à chaud (en 12 jours) au massacre de Charlie-hebdo, et à la demande de Jean Foucault et des éditions Corps Puce. Cette anthologie poétique intitulée « Charlibre : le poème du jour d’après » proclame avec force : « Ne nous laissons pas abattre ». Il y a là essentiellement des poèmes, mais aussi quelques fragments de proses, articles, billets d’humeur, etc. qui entendent résister à la volonté de bâillonner l’expression et la pensée « au nom d’odieux » (Denis-Martin Chabot).
Du haïku au pantoum, la facture est diverse et sans doute la qualité inégale (tel est le risque de la poésie engagée), mais l’important est la réactivité : dire simplement que les poètes ne sont pas dans les nuées, ni disposés à se laisser intimider ! (éditions Corps Puce. 200 pages 12 euros)

Cette anthologie paraît en même temps que celle consacrée à l’engagement en poésie : L’insurrection poétique , réalisée en lien avec le thème du Printemps des Poètes 2015. Cette autre anthologie des chasseurs-cueilleurs de poèmes est le fruit d’un appel à écriture lancé par le « Ministère universel des poésiens » (MUP), qui se situe dans une démarche de « po-éthique » et lance chaque année au moins un appel à écriture sur des thématiques engagées. (éditions Corps Puce. 200 pages 12 euros)



Kamel Daoud : « Meursault, contre-enquête »


Le beau roman de Kamel Daoud, journaliste et écrivain algérien d’expression française, est un contrepoint au roman le plus lu de la littérature française du XXe siècle, « L’étranger » de Camus. On se souvient que Meursault, le héros absurde du roman, assassine sans raison un « Arabe » sur une plage, sans se retourner sur une victime qui restera sans nom. Le personnage principal de Kamel Daoud, lui, est Haroun, le frère de l’homme assassiné par Meursault qui, dans un long monologue au fond d’un bar (rappelant celui d’un autre roman de Camus, « La Chute » ), raconte son frère Moussa, l’injustice qui lui a été faite comme à tous les colonisés à l’identité confisquée, et surtout, sa propre histoire d’Algérien athée (« la religion est un transport collectif que je ne prends pas »), iconoclaste, ayant vieilli près de sa mère recluse sur son rêve de vengeance et du fantôme d’un frère à jamais impénétrable. Un narrateur confessant être devenu lui-même sans raison le meurtrier d’un colon au premier jour de l’Indépendance.
La philosophie de Daoud n’est pas très éloignée de celle de Camus et son roman fait constamment écho à l’auteur du « Mythe de Sisyphe » (par exemple lorsqu’Haroun évoque « l’absurdité de (s)a condition qui consistait à pousser un cadavre vers le sommet du mont avant qu’il ne dégringole à nouveau, et cela sans fin »). La mise en abîme que pratique Daoud – Camus n’est jamais cité et Meursault est considéré comme l’auteur du récit de « L’Étranger » – est faite de subtiles jeux de miroir : Haroun a lui aussi un rapport difficile avec sa mère, tue gratuitement un homme qu’il ne connaît pas, ne parvient pas à trouver de sens à sa vie, ne croit pas à une transcendance providentielle, ni à cette mosquée « si imposante que j’ai l’impression qu’elle empêche de voir Dieu ». Une sourde révolte contre l’ordre établi, la mise sous tutelle des femmes et de l’amour et l’hypocrisie sociale y trouve des accents métaphysiques (avec des « gens qui répondent à la peur de l’absurde par le zèle ») , mais surtout un écho social : l’évolution de l’Algérie contemporaine de plus en plus soumise aux dictats de la religion amène le narrateur, à la fin de son soliloque, à pousser un véritable cri de colère et de révolte (« J’ai en horreur les religions. Toutes ! Car elles faussent le poids du monde »).
On y retrouve l’approche et la force des analyses du journaliste engagé. Mais ce roman écrit dans un style superbe, beaucoup plus lyrique que celui de « L’étranger » (dont l’écriture diffère bien sûr des autres livres de Camus), lumineux et chargé de colère, est aussi une méditation sur le poids de l’histoire, l’ambiguïté de l’héritage du passé et de la lutte d’indépendance, l’humiliation du colonisé et sur la langue (« jusqu’à en faire un cosmos »).
Un roman qui a raté de très peu le Goncourt, où la « langue se boit et se parle, et (où) un jour elle vous possède ». Éminemment littéraire, audacieux et réussi.



Charles-Louis Philippe : « Bubu de Montparnasse »

J’ai souvenir d’une émission télé où Brassens et Fallet évoquaient les auteurs qu’ils aimaient. Parmi ceux-là, Charles-Louis Philippe, bien oublié aujourd’hui. Jean-Pierre Chabrol m’en avait parlé en bien lui aussi. Il était temps que je m’y plonge. Je viens de le faire avec « Bubu de Montparnasse » , un de ses livres les plus connus. Il met en scène Berthe, jeune fleuriste qui s’éprend de Maurice Belu, dit Bubu de Montparnasse. Apprenti maquereaux, il met bientôt celle-ci sur le trottoir, sans qu’elle rechigne trop. Elle attrape la syphilis, contamine Bubu, et bientôt un jeune provincial idéaliste, Pierre Hardy, épris de la fille publique qu’il veut sauver. Il y parviendra presque durant le séjour de Bubu à la Santé. Mais sorti de prison, celui-ci s’emploie aussitôt à retrouver son gagne-pain. Et Pierre n’a ni le courage ni la force de s’y opposer.
L’histoire en elle-même (inspirée d’une liaison qu’il eut avec une jeune prostituée) n’est pas vraiment originale, mais la peinture du Paris de la fin du XIXe siècle (le livre date de 1901) est captivante, le style de Philippe est imagé, poétique, même si passablement daté. On pense au roman naturaliste, à Carco, à Mac Orlan… Pas de manichéisme trop simpliste non plus, la peinture plutôt légère de la prostitution cède progressivement la place à la tragédie des coups, de la lassitude, de la peur et de la vérole. Les personnages ont de l’épaisseur, de la gouaille, du pittoresque, et même Bubu, qui sort de prison plus mauvais qu’il n’y est entré, n’est pas caricaturé.
« Bubu de Montparnasse » est un vrai roman populaire, car son auteur est un authentique homme du peuple, fils d’un sabotier, qui parle de la condition des pauvres en connaissance de cause. Né à Cérilly (Allier) en 1874 et mort à Paris en en 1909, il n’aura jamais connu l’aisance dans sa courte vie, mais une existence d’un modeste employé de l’administration, épris de littérature, empreint d’un esprit libertaire qui ne juge pas mais porte un regard très critique sur la société de son temps. Ce qui ne l’empêcha pas d’être reconnu par de grands écrivains, tels Claudel et Fargue, de fonder avec Gide la NRF en 1908 et de rater de peu le Goncourt…

Michel Baglin



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vendredi 25 septembre 2015, par Michel Baglin

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En quelques mots

Sous titré « enquête sur la poésie francophone du XXIe siècle », Françoise Siri publie « Le Panorama des poètes » , livre qui réunit trente-trois poètes contemporains d’expression française dont l’auteure assume le choix, bien sûr subjectif. Pour chacun d’eux, trois « entrées » : un portrait, un entretien, deux pages de poèmes. Au final : une réussite. (Lire )



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« Renée, en elle », Editions Henry , 64 p, 10 €

Avec une quinzaine de recueils publiés, Cécile Guivarch, née en 1976, a trouvé sa voix, singulière, grâce à ce don d’empathie qui permet de se couler dans la peau des autres et dans leurs histoires de vie pour leur rendre la parole. Tel est le cas avec « Renée, en elle » . Lire



Michel Passelergue clôt son « cycle des ombres » dédié aux êtres chers disparus : après « Le temps étroit », « Ombres portées, ombres errantes » et « Lontana in sonno » (lire ici), il publie « Miroir sans issue » aux éditions du Petit Pavé (68 pages. 10 euros), préfacé par Jean-Louis Bernard. « Les années se font de plus en plus sèches. Dans une insomnie à couper au couteau, les miroirs s’émiettent », écrit l’auteur en préambule, comme pour donner le ton d’une écriture sévère, qui ne fait guère de concession aux faux espoirs. Lire



« L’ivre de livres », voilà qui va comme un gant à l’ami Georges Cathalo auquel la revue Chiendents de Luc Vidal consacre sous ce titre son numéro 64 ! Poète et fou de poésie, l’auteur de « Près des yeux près du cœur » et d’une trentaine d’autres recueils ou plaquettes l’est assurément, et depuis lurette, comme aurait dit Autin-Grenier. Je renvoie à son dossier sur Texture, ici. Mais on pourra bien sûr le vérifier aussi dans ce numéro avec nombre de poèmes inédits. Voir.



Avec « Solitude de la pitié » , recueil de 20 textes publié en 1932 Jean Giono réunit 5 nouvelles et une quinzaine de courts récits, esquisses de portraits ou d’essais. Tous, à une exception près, se déroulent en Haute-Provence et ont un narrateur, qui est Giono lui-même le plus souvent. Rédigés entre 1925 et 1932, ces textes appartiennent à la période où Giono écrivait sa trilogie de Pan : on y retrouve sa manière, un style qui regorge d’images – métaphores, comparaisons – et de sensualité, son réalisme merveilleux, une thématique où la nature est elle-même un personnage envoûtant, à la fois proche et hostile, en tout cas violent et puissant. Lire ici.



La revue Phoenix consacre son numéro 18 à Georges Drano. Le dossier préparé par André Ughetto, le rédacteur en chef de la revue, s’ouvre sur deux suites de poèmes inédits « Fragments laissés dans l’écriture » et « Le chemin qui tourne ». Ensuite, l’épouse de Geoges, Nicole Drano Stamberg, ouvre une « lettre décachetée ». Suit un entretien avec Daniel Leuwers. Quatre études apportent leurs éclairages sur son œuvre, elles sont signées Jean-François Mathé, Paul Badin, Lucien Wasselin et André Doms. Lire ici l’entretien avec MB.



Luc Bérimont aurait cent ans cette année si le cancer ne l’avait emporté en 1983. Ce centenaire est marqué par la publication, aux éditions Bruno Doucey, de « Le sang des hommes », recueil d’un choix de poèmes écrits entre 1940 et 1983. Marie-Hélène Fraïssé, son épouse, a établi cette anthologie. Autre publication, le très beau numéro (le n°9) que consacrent les Cahiers des Poètes de l’École de Rochefort édités par Luc Vidal et le Petit véhicule, à l’auteur de « la Huche à pain » . Lire ici



Avec sa « Génération deux mille quoi » , Matthias Vincenot donne des poèmes plutôt désabusés (revenus des « utopies des parents », mais pas de la vie), qui se moquent volontiers des « révoltés de salon », des « bidons » et autres dandys « rasés de loin ». Bref, ils cherchent un peu d’air en marge de l’air du temps et en se méfiant de celui qui sait « enfumer son prochain », y compris dans « le camp du bien / qui saura toujours mieux que toi / le bon côté du chemin ». Salutaire démarche de poète qui sait que « la vie est sans raison » mais qu’elle a du prix et qui invite à « se laisser être » pour être vraiment là, au monde. (Fortuna éditions. 65 pages. 9.90 euros)



L’écrivain et chanteur Jacques Ibanès vient de faire éditer le manuscrit que Victor Lebrun lui avait remis en 1978, celui des mémoires d’un homme qui fut le secrétaire et l’ami du grand écrivain russe Léon Tolstoï pendant une décennie. Ses Mémoires ont la valeur incomparable d’un témoignage direct sur l’auteur d’ « Anna Karénine » . Lire



Même si elle vit aujourd’hui dans les Pyrénées, la bretonne Jacqueline Saint-Jean n’a jamais oublié le chemin des douaniers qui conduit « sur le rivage entre sable et songe », là où l’océan, la terre, le vent, le sel et la lumière s’affrontent et se combinent et orchestrent « le vertige de l’immensité ». Elle le retrouve avec « Dans le souffle du rivage… » Lire



Avec « Les Russkoffs » paru en 1979 (Prix Interallié) François Cavanna donne une suite au premier volume de son autobiographie, « Les Ritals ». Il y raconte son expérience de la Seconde Guerre mondiale, dès le moment où il fut réquisitionné pour le STO, envoyé en usine à Berlin, puis affecté à la fouille des immeubles bombardés, avant d’être transféré à Stettin. Il y évoque aussi son grand amour de l’époque, Maria, une jeune Ukrainienne qui va le conduire à apprendre le russe, puis leur fuite lors de la retraite allemande et la manière dont il la perd dans la confusion générale. Comme dans son précédent roman, il multiplie les morceaux d’anthologie, dans des évocations au style souvent célinien. Les horreurs et l’imbécilité de la guerre constituent le sujet principal du livre, mais toujours du point de vue de la victime, de celui qui reçoit les bombes, est enrôlé de force, et demeure l’iconoclaste qui dénonce la bêtise dans tous les camps, et les atrocités d’où qu’elles viennent. Pour le fonds, c’est un peu Brassens, pour le style, Rabelais. Bref, du tout bon !



Comme toujours avec Yves Charnet, auteur d’autofictions depuis ses débuts, quelque soit le thème ou le sujet du livre qu’il entreprend, sa propre vie s’invite dans ses pages, se fond, se confond avec le propos, le relance, le porte, le dévie et le relie à ces « larmes de l’âme. L’origine du désir d’écrire. » Et c’est plus que jamais le cas avec « Quatre boules de jazz » qu’il consacre à son ami Nougaro, 10 ans après sa mort. Lire ici.



Le poème souvent mélancolique d’Éliane Biedermann dans son dernier recueil, « Le bleu des jours anciens » (éditions Caractères), est néanmoins « peuplé de visages aimés » et dit son amour de la vie, de la lenteur des jours, l’attention portée aux êtres et aux paysages, au jardin, aux plantes, aux bêtes. L’émotion y affleure partout car le poème a atteint son but quand il « accorde / les ombres de la nostalgie / avec le bleu des jours anciens ». Lire les articles de L. Wasselin (ici ) et G. Cathalo (là).



Je ne connais pas Ranggen, cette petite localité du Tyrol, mais avec ses mots (et même quelques photos) Philippe Leuckx nous y transporte, à la tombée du soir le plus souvent, « quand le temps semble s’accorder une pause ». Ses « Carnets de Ranggen » , dans lesquels passe et repasse le vent, ce « voyou vagabond », font « un bruit de sentier », où se mêlent les murmures d’ « herbes inexplorées », des cris d’oiseaux, « la pétarade d’une mobylette », toute « une rumeur d’aout » et même ce silence où respire la beauté d’« un village au loin si paisible ». Bref, c’est là « le chœur du jour » et de la présence au monde. Lire ici



Dans le silence de la nuit sans doute « sommeillent des questions d’enfants », mais aussi le questionnement adulte (si tant est qu’on puisse les distinguer) sous les étoiles et face à cette alternance jour/nuit qui ne cesse de nous subjuguer. Marie-Josée Christien nous dit ce vertige avec « Quand la nuit voit le jour » , recueil accompagné de photographies de Yann Champeau et publié par les belles éditions Tertium (88 pages. 12.5 euros). Lire ici



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Si le pessimisme est réactionnaire, alors pas de doute, Michel Houellebecq n’a rien d’un progressiste ! Mais ce n’est pas vraiment un scoop et la tonalité de son dernier roman, « Soumission » confirme s’il en était besoin, qu’il ne voue pas aux humains une folle admiration … Lire



Les éditions du Littéraire proposent un livre d’artiste signé de deux amis : douze poèmes de Lucien Wasselin et en regard douze peintures de Ladislas Kijno composent « Balises » . C’est lors de leur dernière rencontre en octobre 2012, peu avant son décès, que Ladislas Kijno a offert au poète les douze peintures originales réalisées pour accompagner chacun des poèmes. Lire ici



« Je ne suis pas celui que je suis »  : la quête d’identité - notamment à travers l’enfance qui s’éloigne, et la mémoire qui voile et dévoile ses fantômes et ses « monstres intimes » - est au cœur de la quête poétique, nous rappelle Jean-Luc Wauthier (voir ici) avec son recueil « Sur les aiguilles du temps » (Le Taillis Pré. 120 pages. 10 euros). Ce temps « fait un bruit terrible », confesse l’auteur qui ajoute : « je me vieillarde ». Dans cette poésie d’intranquillité entre beaucoup de nostalgie, et cet « entre-deux » de l’âge et de la vie fait une musique très prégnante, mélancolique et cruelle. Lire l’article de Ph. Leuckx



« La tâche bleue » est le premier recueil de nouvelles de Juliette Marne. Dix histoires où le fantastique parfois s’invite discrètement, comme dans Le Passage où une apparition réveille le souvenir d’un deuil mal fait. La tonalité d’ensemble est cependant réaliste, presque « noire » avec le règlement de compte d’une employée abusée (La Droguerie), sociale quand les origines des élèves ou les différences entraînent des suspicions diverses, parfois cruelles. Le style est sans fioritures, la narration nerveuse, les paysages intérieurs intelligemment suggérés. Avec des réussites parfaites comme Le Bouc mettant en scène une sorte d’ermite à la conquête de son territoire métaphysique. Le recueil se clôt sur une note bleue comme il avait commencé. Très convaincant. (Editions Auzas. 90 pages. 8 euros)



Sous titré « Un jour comme les autres » , le numéro 62 de la revue Chiendents est consacré à Josyane de Jesus-Bergey et y esquisse son portrait, notamment à travers la présentation chaleureuse de Jacques Lovichi, deux entretiens avec Daniel Leuwers et moi-même, un texte de Paul-Henri Jutant sur l’amour qu’inspire l’Algérie à cette poétesse d’origine portugaise, qui vit à La Rochelle et a été marquée par les poètes de l’École de Rochefort. On y découvre également de nombreux poèmes inédits, extraits de recueils en chantier, « Rien d’autre » et « Rien à dire de ce silence ». Pour ma part, j’aime la simplicité de cette écriture, mais aussi cet humour discret, de second degré, entre les lignes et dans la voix et, bien sûr, cet « aller vers l’autre » qui justifie le poème aux yeux de Josyane. Rappelons enfin qu’elle fait partie de l’équipe du festival des « Voix vives » de Sète. (Chiendents. Le numéro, 4 euros et 2 euros de port. Editions du petit Véhicule. 20 rue du Coudray. 44000 Nantes).



Outre le choix dans le numéro 20, sous le titre « Effacement », de publier des poètes anonymement, cette livraison de Spered Gouez me séduit par l’introduction de Marie-Josée Christien qui parle justement des enjeux d’un tel « humble retour au texte » dans une société de mise en concurrence des égos – nombreux sont ceux qui ont accepté « d’océaniser sa goûte d’eau » (Armand Robin) ici. Et aussi par la chronique de Guy Allix, sur « le temps des marchands » qui voit le poète se faire le « commercial » de ses bouquins (voir aussi ici). Ce n’est pas là, certes, la seule richesse de ce numéro, mais je laisse G. Cathalo et L. Wasselin les évoquer dans leurs chroniques respectives.



« A l’instant / elle était là, / et puis rien »  : la neige dans l’encrier de Michel Thion est comme ses vers, « elle est le texte / et ce qu’il ne dit pas ». Fondant, elle s’efface aussitôt posée et devient « présence de l’absence ». Elle relativise le temps : « Elle tombe, / aussi vite / que la pierre devient sable ». Ce beau recueil, « L’enneigement » , que publient les éditions La Rumeur libre, fait échos à celui de Brigitte Baumié, « États de la neige » (Color gang), nous confie l’auteur, et s’inspire de ses traces. On y trouve, au fil de tercets aux effets de haïkus, des images impérieuses, - « la neige / une pluie / en robe de mariée » - mais je suis surtout sensible, pour ma part, à cette écriture aussi délicate et pudique que son sujet. On y sent frémir un chagrin à peine dévoilé, on y entend sous le « froissement d’une écharpe de soie » une dévastation intérieure qui constelle les pages de ses « flocons de mélancolie ». (62 pages. 14 euros).



Rares sont les poètes contemporains qui se livrent à la poésie épique. Poète et journaliste tunisienne d’expression française, Amina Saïd, qui pratique aussi le conte, s’y risque avec « Le corps noir du soleil » (éditions Rhubarbe), troisième volet d’un ensemble de récits poétiques inauguré avec « Tombeau pour sept frères » et poursuivi avec « les Saisons d’Aden » (les deux chez Al Manar). Alexandre-le-Grand revient sur sa vie, ses voyages, ses conquêtes et raconte aussi bien la prise de Tyr que l’affrontement des monstres, le siège de Gaza, les périls de la guerre, les blessures reçues, les peuples combattus, les poèmes mêlant histoire, légendes et paraboles, sans dédaigner le merveilleux.



« Navaja, Dauphine & accessoires » , le dernier livre de Jean-Claude Tardif (chez Rhubarbe), c’est dix chapitres (ou dix nouvelles, car ils ont une certaine autonomie) qui nous racontent un bistrot, le Kebab de Yachar, où se retrouvent quelques personnages au passé lourd et aux vies qui tanguent. Lire ici



L’association « les Poètes de l’amitié » présidée par Stephen Blanchard édite la revue Florilège qui vient de publier son 158e numéro, avec de nombreux poèmes, des chroniques, des notes de lecture sur une cinquantaine de pages format A4. S’y ajoute cette fois une série de textes en réaction au carnage de Charlie Hebdo et pour défendre la liberté de conscience. Mais l’association organise également depuis quarante années des échanges, rencontres, expositions et lectures ainsi que deux prix de poésie : le prix de la ville de Dijon (dont la lauréate pour 2015 est Béatrice Libert avec « Demeures de l’éveillé ») et le prix de l’édition poétique Yolaine et Stéphen Blanchard (revenu en 2014 à jacqueline Hotier pour « des mots pour le dire… »). Abonnement à 2 numéros : 18 euros, à 4 numéros : 30 euros. (Florilège. Les poètes de l’amitié. Maison des associations. 2, rue des Corroyeurs 21000 Dijon).



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