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Michel Baglin

Mes lectures de 2017

Je reçois en moyenne deux livres par jour. On me pardonnera sans doute de ne pouvoir parler de tous : mes journées et mes nuits n’y suffiraient pas ! J’en suis désolé car beaucoup de ces ouvrages méritent article et soutien. Comment faire ? Je n’ai pas la réponse. Mais je rappelle que Texture bénéficie de la collaboration de critiques qui élargissent le champ des lectures en sympathie, avec Françoise Siri, Jacqueline Saint-Jean, Marilyse Leroux, Max Alhau, Patrice Angibaud, Georges Cathalo, Jacques Morin, Abdelkader Djémaï, Lucien Wasselin, Philippe Leuckx, Jacques Ibanès et d’autres contributeurs plus occasionnels… Rendez-vous sur leurs pages en cliquant sur leur nom dans l’onglet « auteurs ».



Yves Namur : « Les lèvres et la soif »



Aimer est un « verbe à conjuguer sans ménagement » dit l’auteur, Yves Namur, éditeur et poète belge qui a déjà signé une quarantaine de recueils. Celui-ci se compose de deux parties : l’une intitulée « un oiseau s’est posé sur tes lèvres », l’autre, « un oiseau s’est posé sur tes lèvres » - chacune de ces phrases servant de leitmotiv à la suite de poèmes qui les composent. Un effet de miroir qui évoque le dialogue amoureux et le baiser.
Poète de l’intériorité, admirateur de Rilke et de Jaccottet, Yves Namur a notamment retenu de l’auteur des « Élégies de Duino » la tonalité élégiaque (sans oublier les anges) et du second, l’infime tremblement d’images transparentes.
Pour célébrer la femme aimée, ce chant d’amour (sous-titré « élégies ») prend une tonalité quasi religieuse. C’est qu’on est porté ici par l’ineffable, « quelque chose qui bat des ailes », oiseau ici - « l’oiseau du feu, l’oiseau du haut, l’oiseau du peu » - lumière ensuite. Une « fine étincelle qui déchire l’air ou le poème ».
Avec la soif, nous sommes dans le désir qui se pose sur le bord des fenêtres ou des fontaines (parfois « sans eau et sans reflets »), mais l’oiseau ou la lumière qui accompagnent la « belle espérée de la maison » nous amènent toujours dans l’ouvert, celui d’une vie reconquise :
« te voici ma désirée, / ouvrant tes ailes et les pétales du cœur / ouvert ».
Il y a un avant et un après : « Tu es venue dans le cœur fatigué / qui était alors le mien » avoue l’auteur. L’oiseau de l’amour s’est posé sur une vie, « sur ses doutes / et ses troubles qui se traînaient de nuits trop longues / en poèmes défaits ». La soif alors – qui « ajoutait encore du désert / au désert » - se métamorphose en désir d’être. « Je chante aussi la soif / parce qu’elle n’est plus la soif / mais parce qu’elle est devenue cette fontaine / abondante / et odorante dans le pré ».
L’amour est éveil, ou plutôt réveil : de l’espoir et de cette « lumière insoupçonnée », déjà là, mais « ensevelie dans le cœur foudroyé des hommes ».
Aimer est ainsi le verbe même de la renaissance : « ô oiseau de lumière / par qui je deviens enfin / moi / ou presque moi », peut s’émerveiller l’amoureux qui veut apprendre « à parler, à chanter / le cœur ouvert et les mains battantes » et à dire « combien est douce cette infime brûlure / d’aimer encore / et encore ». En vérité, la leçon est sue, ce recueil en est la preuve !

(96 pages. 18 euros. Editions Lettres Vives.)


Lire aussi l’article de L. Wasselin



Magda Igyarto : « Clichés en noir et blanc »



Née à Cuesmes (en Belgique), agrégées de philosophie et de lettres et vivant aujourd’hui dans le Var, Magda Igyarto est peintre et sculptrice. Elle est également poète mais ne publie que depuis 2010. Et dès son premier recueil, « Métamophose. L’eau, l’alpha et l’oméga », l’un de ses thèmes favoris, surtout dans sa peinture, est à l’honneur : l’eau. On le retrouvera dans les proses de « Eau mère », célébrant l’Odyssée de l’élément liquide.
Un autre thème récurrent est celui de la condition féminine et des souffrances infligées aux femmes de par le monde, qui lui inspire « Cris de femmes » (Ed. Laumiel, 2014) et certains poèmes de « Sens à vif » (La Bartavelle), ceux d’une auteure sensible à la détresse d’autrui. Autre thème enfin : celui de la mort ou, plus exactement, de ce qu’elle nomme le « passage » et qui hante nombre de ses tableaux.
Tous ces thèmes s’entrecroisent et se tissent dans un de ses derniers ouvrages, « Clichés en noir et blanc » publié par les éditions du Petit Véhicule (coll L’Or du temps n°20), et qui me semble d’une facture nettement plus élaborée. Ses poèmes sont ici inspirés par des photographies (la collection L’Or du temps associe pour chaque livre poésie et peinture ou photo) de huit photographes de divers pays. Magda Igyarto a écrit en regard de chacune un texte ou une suite qui explore le vertige qu’elle suscite en nous. Car chacune nous trouble, qui nous parle de solitude, évoque une souffrance diffuse, qu’on ne peut toujours identifier.
Les poèmes se présentent sous forme de carrés : les vers y sont tous justifiés (à gauche et à droite) quelque soit leur longueur. Ainsi se créé des espaces variables entre les mots, des blancs qui imposent une respiration particulière à la lecture, même intérieure. L’auteure sait tirer partie de ce procédé pour créer des rythmes heurtés, mettre en exergue les métaphores ou les mots auxquels elle veut faire porter le sens et l’émotion.
Qu’elle évoque « une indicible nasse de chagrin » perçue dans un visage ou « des oiseaux de passage dansant leur message dans la tourmente d’un ciel », les thèmes précédemment cités se retrouvent en ces pages, dialoguant avec les images pour dire et le mal de vivre et, malgré tout, l’éternelle attente d’un retour à la vie.

(Magda Igyarto : « Clichés en noir et blanc ».110 pages. 20 euros)

Le site de Magda : http://magda-igyarto.com/



Revue Possibles n° 14, 15, 16, 17, 18, 19 et 20



Si j’ai déjà signalé ici la reprise de la revue de Pierre Perrin, Possibles, je n’ai pas trouvé le temps à la fin de l’an passé – quelle navrance ! – de signaler le numéro 14 consacré (pour partie) à Jacques Réda. Avec des poèmes et des études fouillées, ainsi qu’un entretien. Courrez-y ! c’est ici :
Jean-Yves Masson est l’invité, avec présentations, interview et poèmes, du numéro 15. Voir ici. On y retrouve aussi Jean-Claude Tardif.
Le numéro 16 est consacré à Yves Martin, le marcheur-voyeur des rues de Paris et merveilleux poète auquel Pierre Perrin a consacré de nombreuses pages, articles et entretiens. Voir ici. (on y trouve aussi des poèmes du regretté Paul Vincensini, des évocations et proses charnues de Françoise Lefèvre).
Au sommaire du numéro 17, le contemporain Lionel Ray, qui, par défiance envers les facilités du « poétisme », connut jadis « les charmes de l’hermétisme », mais en est fort heureusement revenu pour bâtir une œuvre au lyrisme maîtrisé. De belles études (Paul Farellier, Jean-Paul Giraux, Gérard Cartier, Pierre Perrin), retracent ce parcours très significatif des aventures de la poésie au XXe siècle. Voir
Richard Rognet est l’invité du numéro 18 Ici
Le numéro 19 s’ouvre avec Nimrod, le poète Tchadien dont Gallimard vient de publier dans sa collection poésie « J’aurais un royaume en bois flottés », une anthologie personnelle, ici saluée avec enthousiasme.Lire
Enfin la dernière livraison (numéro 20) présente Jean Orizet, l’explorateur de « l’entretemps » qui « parcourt la planète en usant (s)es chimères ». Pierre Perrin en propose une lecture fouillée et avertie.Ici

On le voit, l’animateur de cette nouvelle série de Possibles a le choix très sûr : ses invités sont des poètes qui comptent dans le paysage d’aujourd’hui. Mais je dois dire encore qu’aux côtés de ces « alliés substantiels », il sait faire découvrir de nouvelles voix (Alain Nouvel, Cécile A. Holdban, Élisabeth Gaumet, Francesco Pittau, Roland Bullman) et résonner celles qu’on connait et qu’on est heureux de réentendre (Thérèse Plantier Anne Fontaine , Françoise Lefèvre, Jacqueline Saint-Jean, Marie-Josée Christien, etc.) C’est pourquoi je tiens cette revue en ligne pour l’une des plus importantes d’aujourd’hui. Incontournable pour tous ceux que la poésie concerne au plus intime et au plus juste.

Cliquer ici pour le sommaire général.


Herman Melville : « Moby Dick »


J’avais conservé de ce chef d’œuvre de la littérature américaine lu à l’adolescence le souvenir d’une aventure de marins, celle d’un équipage de baleiniers lancés à la poursuite d’un cachalot fabuleux, Moby Dick, sur tous les océans du globe, durant plusieurs années, au milieu du XIXème siècle. Elle est racontée par un narrateur, Ismaël, engagé sur le navire en compagnie d’un ami, Quequeb (originaire des mers du Sud) et qui sera le seul survivant du naufrage final. Je me rappelais aussi que cette chasse prenait des allures de quête, avec des accents bibliques (le Léviathan), et l’ampleur d’un mythe. Et avec un personnage central, Achab, le capitaine du Péquod, obsédé par le monstre qui lui avait jadis arraché une jambe et qu’il ne rêvait plus que de tuer de ses propres mains.
Cette Odyssée, je m’en souvenais aussi, était pleine de digressions, notamment sur les techniques, les outils, l’histoire de la pêche à la baleine, et de réflexions sur la vie, les sociétés humaines, les types humains – et même l’écologie avec une interrogation sur la possible disparition de l’espèce baleinière ! – prenant souvent une dimension métaphysique. Mais j’avais complètement oublié l’humour qui égaye la phrase, la malice que Melville met dans les discours et les manies de ses personnages. J’avais également négligé son style, prodigieusement riche, poétique, lyrique, puissamment imprégné d’embruns, de lames et de vent dans les voiles des pages. Je ne sais plus dans quelle traduction je l’avais lu, sans doute celle de Giono (voir ici), cette fois, j’ai redécouvert le livre dans celle d’Armel Guerne, somptueuse, qui était introuvable depuis 1954 et que Phebus a reprise.)
En vérité, en entamant cette relecture, je pensais me contenter de redécouvrir quelques chapitres. Je me suis laissé emporter par Melville jusqu’au bout de cette volumineuse épopée (900 pages quand même dans la belle édition du Club Français du Livre) tant il a le don de vous tenir soit par ce suspens très progressif qui mène à la confrontation finale des marins du Péquod et de Moby Dick, soit par le "charme" - à prendre quasiment ici au sens étymologique - et à l’intelligence de sa manière de nous embarquer sur l’océan tumultueux de sa narration.

(Phebus. 815 pages.)



Revue Chiendents n° 116 : Yves Artufel



La revue Chiendents des éditions du Petit Véhicule n’a que quelques années mais en est déjà à près de 120 numéros. Le 116 est consacré à Yves Artufel et mêle poèmes, témoignages, critiques, le tout orchestré par Georges Cathalo.
Yves Artufel est ce « poètéditeurami » que salue Roland Nadeau. Ou encore cet « homme à tout faire de la poésie » auquel rend hommage Jean-Pierre Lesieur, en connaisseur. Oui, voilà un numéro mérité, où l’on retrouve bien des auteurs publiés par ce « libre factotum » (J-C Touzeil). Car l’Artufel est bien sûr le créateur et l’animateur des éditions Gros Textes dont il fait ici le portrait « en forme de baraque à frites ». En vérité, son antre est une épicerie de village, une vraie, où il confectionne les livres qu’il publie, vend du miel et des produits locaux et… écrit.
Car il ne faudrait pas l’oublier, cet artisan, ce bouquiniste et comédien, ce militant poétique et politique, est aussi l’auteur de recueils de poèmes et d’aphorismes dont cette livraison nous offre un florilège. Et ils sont forts, ses poèmes, qui conjuguent surréalisme, clins d’œil avec des titres à rallonge, humour, désenchantement, résistance à l’air du temps… Tous les intervenants ici soulignent la modestie du bonhomme, et sa voix est de la même étoffe : simple, pudique, mais assurée par des révoltes qui ne doivent rien à la mode. « Yves, dans ce qu’il est comme dans ce qu’il fait témoigne, face à une époque qui ne croit qu’à la quantité et prend la sophistication pour du raffinement, que la création la plus authentique consiste à voguer, modestement mais sans concession, à la découverte de l’essentiel tel qu’il peut s’incarner à travers chacun de nous ». Ainsi son ami Alain Sagault définit-il l’homme libertaire et le poète « sauvagement libre » (Christian Bulting) que ce numéro réussi offre l’occasion de (re)découvrir. A ne pas rater !

(40 pages. 6 euros. Editions du Petit Véhicule. 20 rue du Coudray. 44000 Nantes.)



Françoise Lefèvre : « Consigne des minutes heureuses »



Françoise Lefèvre, dans « Les Larmes d’André Hardellet  », (éditions du Rocher) nous offrait l’émouvant récit de sa rencontre avec le poète la veille de sa mort. Ces « Consigne des minutes heureuses », parues en 1998 (mais dont je ne renonce pas à parler : au diable l’actualité en littérature !) lui doivent encore beaucoup puisque le livre s’ouvre par une superbe évocation de celui qui fut son ami, l’auteur de « La Cité Montgol » (voir ici ). Le livre lui doit aussi son titre. Françoise Lefèvre se souvient en effet du mot reçu la veille de sa mort où il lui écrivait : « Au bois de Vincennes, je vous expliquerai Françoise, pourquoi vous êtes la marchande de la boutique des minutes heureuses ».
La romancière lancée par J-J. Pauvert et qui inaugura son œuvre avec « La Première Habitude » en 1974, livre cette fois quatorze récits aux titres évocateurs de ces petits bonheurs volés à la grisaille des jours : « Les tresses d’Hermine », « L’eau du matin », « La tartine de saindoux », « Une jacinthe bleue l’hiver », « Suspendre le linge dehors », « Volupté de se rendormir après une nuit d’insomnie », « Garder au chaud un enfant très peu malade »....
Comme Hardellet, Françoise Lefèvre sait retenir dans ses filets ces riens qui font le quotidien plus supportable, voire parfois presque miraculeux. « Je me promenais au côté d’un amour invisible. Difficile de dire ce qu’est un amour invisible. Le vent brusquement changé en caresse sur son front. Une pluie fine et soudaine sur un trottoir brûlant. Un éblouissement qui dure quelques secondes. Impossible d’expliquer ce quelque chose en soi qui s’est installé plus fort, plus haut que le chagrin. » La « conscience de se sentir au monde  » y est constamment aiguisée.
Ces joies minuscules, consignées et sauvées avant que le temps ne les efface de la mémoire, se découpent sur la noirceur du monde avec des notations lumineuses, parfois souriantes et parfois graves, mais toujours justes et subtiles. Cette évocation de la douche en témoigne : « Sous l’eau qu’on reçoit comme une cascade, on ferme les yeux. Fermer les yeux c’est rendre grâce. On sourit à l’idée de l’amour qu’il faudra ranimer tout au long de la journée comme un feu toujours prêt à s’éteindre. Et puisqu’on est seule et qu’on ne peut pas vous entendre, on soupire. Parfois viennent les larmes. On se le permet, car on sait que l’eau en effacera les traces. »
Qu’elle évoque la bohème de ses vingt ans, « les trains (qui) n’ont plus la même odeur », la fillette qu’elle fut (« Enfant, tu te souviens que tu n’aimais marcher qu’à bonne distance des autres ») ou la grand-mère qu’elle est devenue, elle demeure une styliste comme celui auquel elle doit sa vocation d’écrivain. Puisant dans les greniers de la mémoire ou dans le présent, elle n’oublie jamais de nous rappeler comment « …on a appris à sourire. C’est-à-dire à s’abstraire. »

(Françoise Lefèvre - Consigne des minutes heureuses - Editions du Rocher, réédition J’ai Lu)



Max Alhau & Michel Lamart : « La porte condamnée »



Max Alhau précise dans son avant-propos le modus operandi qui a présidé à l’élaboration de ce recueil de onze nouvelles. « C’est Michel Lamart qui est à l’origine de ce projet. Il voulait rendre hommage à mon épouse, Annie, décédée au mois de septembre 2015, et il m’a proposé que nous écrivions ensemble une suite de nouvelles. L’un commencerait le texte, l’autre continuerait ou conclurait, tandis que le premier prendrait le dernier relais et terminerait.  » L’un comme l’autre est poète, l’un comme l’autre nouvelliste. On comprendra qu’ils se sont amusés ici à se renvoyer la balle, même si leur prose est parfois sombre….
Les thèmes s’enchevêtrent. Avec « Le cimetière des locomotives », l’actualité, celle des migrants, et le passé, celui des locomotives à vapeur, se mêlent dans un drôle de voyage. « Anonyme » dresse le portrait d’un enfant sans nom condamné au secret et à l’inexistence. Ici un écrivain au bord du « gouffre narratif » trouve des occupants chez lui, des personnages venus régler leurs comptes (« Il y avait une fois » ). Ailleurs, deux amis d’enfance décident d’échanger leurs existences et leurs compagnes. Mais l’une d’elles ne va pas apprécier (« Échanges standards »)… Dans « Ce vice impuni », celui-ci renvoie bien sûr à la lecture. Mais dans le cercle des lecteurs, tous ne sont pas prêts à tout entendre… Recevoir au courrier des cibles de tir n’est pas très rassurant (« La cible »), mais certains patibulaires récurrents qui suivent vos déménagements de locataires floués non plus (« L’Appartement ») ! Parfois, le surnaturel joue des tours à qui croyait mystifier ses amis et c’est comme ça qu’on se retrouve à la porte de sa chambre (« La porte condamnée » ). D’autres fois, dans une soirée, tout le monde attend quelqu’un, qui finit par arriver, mais ce n’est pas celui que l’on croyait. (« Un invité »). Les amours mortes peuvent ressusciter un instant (« Un peu d’ombre dans la mémoire »), et on ne parvient pas toujours à savoir qui a laissé un message téléphonique, d’un ami mort, ou d’un plaisantin (« D’où vient cet appel ? »)
Ainsi brièvement résumés, les arguments de ces nouvelles, laissent deviner que l’insolite est au rendez-vous. Le clin d’œil à Julio Cortázar du titre n’est pas fortuit : on retrouve ici le réalisme-fantastique cher à l’écrivain argentin. Et dans ce recueil-ci, il y a deux imaginations à l’œuvre au lieu d’une, c’est dire si les bifurcations et les rebondissements mènent la danse !

(178 pages. 12 euros. Tensing éd.)



Catherine Jarrett : « La mémoire nue »



« Je suis venue / L’ai appelée / Elle a marché / Dans son sourire / Elle est tombée / Torsion à l’ouest / Comme un arbre ». Ainsi commence ce recueil que la comédienne, romancière et poète Catherine Jarrett consacre et dédie à sa mère. Cette chute inaugurale va en fait se vivre au ralenti car c’est un lent naufrage qu’évoque ce recueil poignant. Celui de la mémoire. De la vie qui part en morceaux, de l’identité qui se dilue avec les souvenirs. « Quel émoi te rassemble / Et te ressemble aussi / Et te fait une encore ? » demande l’auteure, devant cet être de qui les émotions et le trouble font encore une personne unique.
On voudrait, comme la mère et la fille, « retrouver le sens du tout » quand tout se morcèle, que la langue elle-même se perd dans les « mots babioles » pour devenir ce « babil de mère » mêlant les âges de la vie. Reste ce constat qui est comme un silence : « Mère sombre dans son lit très blanc ». Le poème alors se fait chant du vide, même si l’espoir renait parfois, avec des souvenirs tâtonnants. Le père croit un moment que sa femme « lui est revenue  » et que « son chant / Leur chant / Lui est rendu ». Mais il lui faut déchanter devant la « mémoire mangée  » même si elle « regimbe parfois ». Et la question lancinante devient celle de l’identité, qui ne tient qu’au fil du passé ressuscité. Pour les proches comme pour la mère. « Qui suis-je ? » demande l’auteure tandis que son enfance ressurgit comme l’enfant remonte dont on ne sait quel pays chez la mère qui s’absente.
Ces poèmes aux vers brefs mais aux résonances durables s’interrogent ainsi, sans pathos mais avec tact, sur ce qui nous constitue profondément, alors qu’on ne sait « où vont les douleurs sans mémoire » ni qui est une personne qui l’a perdue.

(136 pages. 15 euros. Préface de Guy Allix. Editions Unicité. 3 sente des Vignes. 91530 Saint-Chéron.)



Christophe Jubien : « La tristesse du monde »



C’est toujours pareil avec Christophe Jubien : on prend un de ces recueils pour le feuilleter et on ne le lâche plus ! Il y a là des clodos qui picolent benoîtement, un qui mendie, un autre qui meurt dans son ancien costume de marié, des bêtes dans la beauté de leur innocence, un « petit vieux », une gifle donnée aussitôt regrettée, des jardiniers fatigués, une mère qui s’éloigne, de menus drames et de plus graves, qui se faufilent dans la trame des jours…
De fausses naïvetés en allusions à peine esquissées (aux attentats, à la mort, comme à toute la tristesse du monde), on nous insuffle l’air de rien de la compassion, avec humour et simplicité. Les courses au supermarché, les caresses furtives de l’amour conjugal, un caillou dans la chaussure et même les bestioles genre doryphores ou fourmis qu’on écrase non sans une sibylline cruauté… tout fait miracle ! Il n’y a pas toujours des prairies cachées derrière les murs, mais – osons le mot – assez de bonté dans cette écriture pour nous réinventer le printemps par petites touches de soleil presque à chaque page. Sans doute ce qui fait dire au poète « à cinquante ans, toutes illusions perdues / je refais ma communion / dans les ruines du monde ».

(68 pages. 8 euros. Éditions Henry)



Jacqueline Saint-Jean : « Solstice du silence »



La lumière baigne ce recueil de Jacqueline Saint-Jean. Douce le plus souvent, mélancolique même. C’est que la nuit est là, aussi, qui la révèle menacée. Le silence en est bien sûr le thème majeur, le maitre mot, qui revient dans presque tous ces poèmes à l’expression ramassée.
Il est protéiforme, mais reste ce « ce corps d’énigme », cette « signature du mystère » que l’auteure n’a de cesse d’interroger « à travers le tain des surfaces ». C’est un silence « d’après désastre », ou encore l’évasion de la « cage des cacophonies » tandis que le monde roule son bruit d’avalanche. Il est sans doute réparateur parfois, faisant vibrer « la note juste de l’instant », mais aussi « dévorateur ». Il renvoie à la sidération de la beauté (qui nous « méduse ») comme aux « frelons de l’effroi ». On s’y enfonce et il « nous sonde ». Il a à voir avec la nudité, il y a en lui du « chant perdu ».
Car il est un autre thème central de ce recueil, celui du temps, un maître mot pourtant rarement livré. La fuite du temps, la succession des pertes et des deuils hante ces pages : « De jour en jour on s’avance / dans la forêt blanche / des disparitions ». Ce n’est pas pour rien que la seconde partie du recueil s’intitule « Sourdine du soir ». Jacqueline Saint-Jean s’y interroge sur ce qui reste au soir des existences. Sur ce qui a fait silence et sur ce qui ne veut pas se taire. Le silence est alors ce cœur au ralenti, qui se rétracte : « un mot en apnée ». Mais il demeure source de vertige, car ce qui s’avive au soir est encore « l’étonnement d’être / et la voix insoumise ».
Jacqueline Saint-Jean cite un vers de Malcolm de Chazal - «  Les grands silences demandent un regard vaste  » - et ici, en effet, il s’élargit, évoquant « ce qui reste d’horizon / dans l’île du regard / pour que le jour revienne ».

(62 pages. 16 euros. Editions Alcyone, Collection Surya. B.P. 70041. 17102 Saintes cedex.)



Marilyse Leroux : « Ancrés »


S’il est une notion récurrente ici, dans ces vers denses et cette poésie presque métaphysique, c’est je crois celle d’un équilibre – « la balance des contraires ». Une recherche perpétuelle, une quête. Comme celle d’une « respiration capable / de défier l’absence, / le grand silence tout autour ». Normal : nous sommes ancrés dans un sol qui se dérobe, livrés aux « équilibres instables du mouvant ». Si « Nous nous donnons / au va-et-vient de la mer », grande métaphore des jours qui vont et viennent, nous cherchons pourtant un appui, à nous arrimer à quelques « zones de contact », à « nos enclaves à secrets ». A « interférer » aussi, sans perdre pour autant « l’harmonie du fond ». Mais « l’ancrage reste provisoire » et nous voilà toujours écartelés entre « ce qui tire et pèse ». Tant il est vrai que nous n’avons que le mouvement pour repère et permanence et que « le mouvement seul / est le don ».

(84 pages. 10 €. Rhubarbe éd. 10, rue des Cassoirs – 89000 Auxerre. Gravures de Danielle Péan le Roux.)


Jim Harrison : « L’éclipse de lune de Davenport »



L’auteur de « Légendes d’automne  », de « La route du retour » ou de« Nageur de rivière » est un grand romancier américain mais aussi un poète. Son neuvième recueil, « L’éclipse de lune de Davenport », avait paru en français en 1998. La Table Ronde le réédite aujourd’hui en version bilingue, dans une traduction de Jean-Luc Piningre.
Les poèmes y sont de facture très diverses, parfois très ramassés et faits de quelques notations, à la manière du haïku, et livrant une sorte de contemplation zen, avec la lune en soutien. D’autres fois, ils sont amples et multiplient les images méditatives ou cruelles comme dans le long et beau Radio Sonora. Mais on y est quasi toujours dans la nature, au bord des torrents, parmi les bêtes sauvages et dans les grands espaces. Ce sont eux qui fouettent le sang de celui qui se dit poète parce qu’il tend « à divaguer du côté où la vie est plus qu’elle ne paraît ». De fait, même triviale, sa poésie est célébration du monde et des « saveurs de la terre  ». Et confrontation à la mort (des bêtes, des gamins, des vieux), à la violence des prédateurs qui sont aussi des proies, et aux mensonges et illusions des humains. Sans compter « la brutalité des horloges » !
Qu’il évoque une belle fille, un loup, une taverne, son âge, ses huit divorces ou une partie de pêche, rien n’est jamais simple et c’est aussi les blessures des hommes comme les balafres sur le visage de la terre qu’il peint par petites touches retenues. Pour parvenir à cette économie dans la sensualité et le lyrisme, il faut avoir pas mal vécu et beaucoup travaillé son expression. Jim Harrison, qui s’est éteint le 26 mars 2016, à l’âge de 78 ans, dans sa maison de Patagonia, en Arizona, le précise d’ailleurs : « Pour écrire un poème, vous devez d’abord fabriquer un crayon qui écrira ce que vous voulez dire. Pour le meilleur ou pour le pire, ceci est l’œuvre d’une vie. »

(Jim Harrison, « L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes », La Table Ronde, Paris, 2017 — 7,10 €)



Jean Giono : « Pour saluer Melville »



Curieux livre que celui-ci, qui tient à la fois de la biographie et du roman. Paru en 1941 chez Gallimard, il fait suite à la publication de sa traduction (avec Lucien Jacques) de « Moby Dick » de Herman Melville. L’auteur américain, aujourd’hui considéré comme une des grandes figures littéraires de son pays, était presque oublié à sa mort en 1891. Giono, qui se plongeait avec délice dans « Moby Dick » depuis longtemps, se lance dans sa traduction dès 1936. Il explique en ouverture de ce qui devait être une préface : « Bien avant d’entreprendre ce travail, pendant cinq ou six ans au moins, ce livre a été mon compagnon étranger. Je l’emportais régulièrement avec moi dans mes courses à travers les collines. Ainsi, au moment même où souvent j’abordais ces grandes solitudes ondulées comme la mer mais immobiles, il me suffisait de m’asseoir, le dos contre le tronc d’un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. »
Très vite, enflammée par une sorte de parenté spirituelle avec Melville, l’imagination de Giono prend le dessus et sa préface l’embarque dans une narration romanesque, son personnage devenant le prétexte et l’axe d’une nouvelle fiction. Il le met en scène lors d’un voyage effectué à Londres et dans la campagne anglaise, peu avant que Melville se décide à s’immerger dans l’écriture de son chef-d’œuvre aux dimensions métaphysiques. On le voit discuter avec son ange gardien de la solitude fondamentale de l’individu, de «  l’impénétrable mystère du mélange des dieux et des hommes  » et de la création littéraire (qui consiste à « donner le contraire de ce qu’on attend » car « l’œuvre n’a d’intérêt que si elle est un perpétuel combat avec le large inconnu »). Puis il rencontre une jeune femme envoutante, Adelina, dans une malle poste et noue avec elle un dialogue à la fois intellectuel et amoureux où il est question de la puissance créatrice du poète. Pourquoi ces épisodes inventés ? Parce qu’ils racontent à leur manière ce qui fait le fonds de « Moby Dick » et de la lutte à mort du capitaine Achab et de la baleine qui lui a arraché sa jambe : l’impuissance et la grandeur de l’homme et sa quête d’un Graal. Il y a une dimension prométhéenne chez Melville, et c’est elle que souligne Giono sous les traits de « quelqu’un qui verrait Dieu aussi clairement (…) que la baleine blanche au-dessus des eaux et qui, justement, le voyant en toute sa gloire, le connaissant en tous ses mystères, sachant jusqu’où peuvent aller les délires de sa force, mais n’oubliant pas – jamais – les blessures dont ce dieu le déchire, se précipiterait quand même sur lui et lancerait le harpon  ».
Préface devenant biographie et tournant à la fiction pour mieux être fidèle a la quête de l’auteur de « Moby Dick », ce « Pour saluer Melville » est une des réalisations littéraires les plus surprenantes qui soient, et témoigne du même coup de l’ambition de l’écrivain Giono, qui transcende les genres et toutes les conventions.



Jacmo et Décharge



Le titre de cet opuscule - « Quelques éléments à connaître sur les débuts de la revue Décharge à l’usage des lecteurs et des abonnés en particulier  » - dit tout ou presque de son objet et de sa raison d’être. Jacques Morin, alias Jacmo, le fondateur et directeur de la revue (une des meilleures consacrées à la poésie) donne les clefs de Décharge qu’il créa en 1981, après Le Crayon noir et Le Désespoir précisément. Il explicite le titre, un brin provocateur, la fameuse couverture kraft (qui dura 16 ans jusqu’au numéro 90) l’attelage revue/recueil (avec la collection Polder). La révolution se fit avec le numéro 100 : imprimerie et dos carré, couverture pelliculée, couleurs… et le parrainage des éditions du Dé Bleu. La pagination aussi a évolué : de 28 pages au tout début, à 160 aujourd’hui (n°173) ! Bon, je ne vous en dis pas plus, sinon c’est pas la peine qu’il se décarcasse, Jacmo ! Lisez plutôt ce petit ouvrage publié par Gros texte et Décharge ! (60 pages. 6 euros. Gros texte : Fonfourane. 05380 Chateauroux-les-Alpes).

Lire aussi



Anne Lorho : « Histoires de corps »



Ce recueil (le premier de l’auteure) est de 2015, mais il a obtenu le prix Vénus Khoury-Ghata en 2016 (après avoir été sélectionné pour le prix Louise Labbé et été finaliste du prix Roger Kowalski), il n’est donc pas trop tard pour en parler !
Il y a bien les corps, ici, mais façon puzzle : fragmentés, éparpillés, en quête de leurs morceaux et plus encore de leur impossible unité. Avec ces « pieds poussés au milieu de la poitrine », ces mutilations ici et ces appendices inutiles là, ces « formes effondrées » et d’improbables « exigences posturales », on se croit d’emblée dans une écriture surréaliste. On y est bien sûr. Un peu chez Dali, pas mal chez Michaux. Elle jubile dans l’invention et les métamorphoses où l’humour s’invite aussi sans que la gravité en prenne ombrage. Autrement dit : la langue dans ces poèmes en vers libres ou en prose a ses raisons que le corps subit. « On m’assassine mais je ne meurs pas » répète le poème A perpétuité.
Bien des choses se défont dans ces pages, mais d’autres résistent, se cherchent peut-être. Ainsi ce pauvre qu’on veut dépouiller finit-il par dessiner de « magnifiques simulacres » et comprend qu’il est plus riche qu’il ne le croyait : « On peut donner des mots, c’est facile et ça fait plaisir. Finalement, je n’avais pas rien, j’avais en moi tous les mots du monde ». Oui, le « corps est envahi par des mots ». Ils ne trouvent pas toujours leur chemin, forment ce « noyau dur au creux de la poitrine, une chose qui pousse, qui tire, qui prend, qui hurle vengeance, qui demande à bouger, à sortir, à exulter (…) qui peut-être voyagera vers la bouche pour s’effondrer dans un cri de blancheur lugubre. » Mais ils sont là, ils agissent, ils témoignent.
Savoir que l’auteure est spécialisée auprès d’enfants ou d’adolescents déficients visuels avec troubles associés n’est pas inutile sans doute à la compréhension de ses poèmes, ou du moins à la mesure de leur véritable charge émotionnelle : les jeunes autistes notamment ont souvent cette représentation du corps, cette identité incertaine (que souligne le dernier texte) et connaissent cette angoisse que seule peut-être la poésie est capable de suggérer.

(Le Taillis Pré. 138 pages. 12 euros)



Yasmina Reza : « Babylone »



Ayant jadis beaucoup aimé sa pièce, « Art », et la subtilité de ses dialogues, j’avais envie de découvrir son écriture romanesque. Je me suis donc plongé dans « Babylone », paru chez Flammarion l’été dernier et lauréat du prix Renaudot.
La narratrice, Elizabeth, la soixantaine, biologiste mariée à Pierre, revient sur la soirée entre amis qu’ils ont organisée quelques temps plus tôt et dont on devine assez vite qu’elle est à l’origine d’un drame. Dans une sorte de monologue intérieur assez décousu distribué en chapitres compacts, avec des ruptures de tons et des bifurcations soudaines reflétant le fil de la pensée, elle revient sur sa rencontre avec Jean-Lino Manoscrivi, son voisin du dessus, un homme discret qui semble la gentillesse même. Elle l’a invité, avec sa femme Lydie, un peu voyante, un peu chanteuse de jazz, à leur soirée bobo. Tout se déroule plutôt bien si ce n’est que Jean-Lino, passablement éméché, au cours d’une discussion se moque de sa femme qui ne jure que par les poulets élevés en plein air. Il le fait sans méchanceté, mais son mime passe mal chez Lydie. Quelques heures plus tard, alors que la fête est terminée, le voisin sonne à la porte d’Elizabeth et Pierre et les réveille pour leur annoncer, dans un état second, qu’il vient d’étrangler sa femme… On était dans un vaudeville, ou presque, en tout cas dans une évocation satirique d’un milieu bourgeois, on se retrouve dans une sorte de polar dont l’intérêt tient aux mobiles progressivement dévoilés du geste fou de l’assassin.
Son affection pour Jean-Lino, complètement désemparé, pousse alors Elizabeth à vouloir l’aider. Ils finissent par mettre le cadavre dans une valise avec la vague intention de l’emporter ailleurs, puis se retrouvent à errer dans les escaliers et le hall de leur immeuble. Ils en viennent à y croiser une voisine et, comprenant qu’il n’est pas d’issue à cette sorte d’errance, se résolvent à appeler la police.
L’absurdité de la situation, la dérision des enchainements d’événements quasi burlesques, comme la futilité des mobiles (reflétant néanmoins nombre de malentendus), finissent par communiquer un profond sentiment de solitude de chacun des personnages. Pas de méchants, ici, mais une forme discrète de désespoir qui nous parle de notre condition humaine d’exilés (d’où le titre, inspiré d’un verset du Psaume 137 de « L’Exil » : « Aux rives des fleuves de Babylone nous nous sommes assis et nous avons pleuré, nous souvenant de Sion. » Aucun des personnages de semble être vraiment dans sa vie. Je retrouve là l’impression que m’avait laissée « Art » où le désenchantement est suggéré avec une grande finesse.



Revue Le coin de table N° 67/68



Le numéro double (67/68) de décembre 2016 de la revue Le coin de table est un hommage à Jacques Charpentreau qui met ainsi un point final à la série qu’il a animée. La revue est l’émanation de la Maison de la Poésie – Fondation Émile Blémont dont il fut le président. C’est aujourd’hui Sylvestre Clancier qui lui succède à la Présidence et qui introduit ce numéro.
Né aux Sables-d’Olonne le 25 décembre 1928, mort à Paris le 8 mars 2016, Jacques Charpentreau fut instituteur, puis professeur. Il est l’auteur d’une trentaine de recueils de poésie, mais aussi de contes, de nouvelles, d’essais et de dictionnaires. Il fut surtout un passeur et un ardent défenseur de poésie pour laquelle il milita notamment en défendant la Maison de la Poésie – Fondation Émile Blémont, mais aussi en dirigeant des collections chez divers éditeurs.
Jean-Luc Moreau pose les jalons de ce parcours en en repérant les grandes étapes, des éditions ouvrières auxquelles il fut lié à la Fondation Émile Blémont (un moment chassée de ses locaux que la justice vient de lui permettre de réintégrer) qu’il défendit ardemment. Son décès à provoqué de nombreuses réactions des revues et c’est un choix d’articles que propose ensuite Robert Vigneau. Suivent des témoignages, notamment sur l’amitié qui le lia à Maurice Carême, ou sur le poète en directeur de revue. Un important florilège d’une centaine de pages de poèmes permet enfin de mieux connaître un poète engagé dont la facture fut de plus en plus classique et que nombre de manuels scolaires ont salué.

(170 pages. 26 euros. Pour joindre la Maison de la Poésie : au bons soins de la Société des Poètes Français, 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Ou par courriel : lamaisondepoesie@gmail.com )



Le Journal des poètes 3 & 4 (2016)



Le numéro 3 du Journal des poètes 2016 s’ouvre sur un dossier « Voix de la poésie polonaise contemporaine » réalisé par Isabelle Marcor. J’y relève les poèmes de Halina Poświatowska, d’Urszula Kozioł, de Julia Hatwig, d’Anna Świrszczyńska, etc. Dans la rubrique Paroles en archipel, les voix de Violaine Boneu, Franco Marcoaldi, Marc Menu, Jean-Marc Sourdillon et quelques autres, dont votre serviteur. Il est rare qu’aucun des poèmes d’une revue ne vous tombe des mains (question de goût et de subjectivité), je dois dire que tel est mon cas ici : tout me touche. D’abondantes notes de lecture, fouillées, enrichissent cette livraison.
La quatrième livraison de l’année, après un coup de cœur à Véronique Daine, rend hommage par la plume d’Yves Namur, à Philippe Jones qui vient de disparaître et faisait partie de l’équipe du Journal des poètes depuis une cinquantaine d’années. Il était poète, nouvelliste, historien d’art ; un de ses derniers recueils, « D’espace en domaine », a paru au Taillis Près en 2013.
Pour l’essentiel, ce numéro est consacré aux « Voix féminines dans la poésie des Rroms », un dossier réalisé et présenté par Marcel Courthiade. On y entend la souffrance de la condition féminine (Nina Dudarova, Iga Pankova), mais aussi le chant primordial et très beau de Papùśa, et bien d’autres voix, le plus souvent douloureuses, parfois étouffées, proches de la nature, mais évoquant la difficile condition des Rroms, le génocide nazi (Sati Ćiriklo, Jeanne Gamonet) et bien sûr le rejet dont ils sont victimes.

(Abonnement à 4 numéros : 35 euros/an. Éditeur : Maison internationale de la poésie Arthur Haulot, Bruxelles. Le Taillis Pré. Rue de la Plaine, 23. B-6200 Châtelineau. Belgique)


Michel Baglin



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vendredi 1er juillet 2016, par Michel Baglin

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Actualités de Michel Baglin

Jacques Ibanès & Michel Baglin : Salut à Rochefort


Ce poème, "Salut à Rochefort", hommage aux poètes de "l’Ecole" de Rochefort, est extrait de mon recueil L’Obscur Vertige des vivants paru au dé bleu en 1994.
Jacques Ibanès, poète, chanteur et ami le récite sur une musique de Christiane Barthès interprétée à l’accordéon. J’ai réalisé la vidéo à partir d’un enregistrement de le lecture et des photos prises à Rochefort où j’étais invité pour des lectures. Voir Ici



En vidéo : « Les entretiens d’Orphée »


Luc Vidal et ses éditions du Petit Véhicule, outre les livres qu’ils publient, ont lancé une collection d’entretiens avec des poètes sous forme de vidéos accessibles sur youtube, « Les entretiens d’Orphée ».
L’une m’est consacrée.
L’enregistrement a été réalisé en juillet dernier à Sète, lors du Festival des Voix Vives, par Thibault Grasset. D’autres sont en préparation.
Rappelons que le Petit Véhicule édite les Cahiers Léo Ferré et les Cahiers des poètes de l’École de Rochefort. Luc Vidal a par ailleurs réalisé un film sur René-Cadou et plusieurs expositions. Il est lui-même poète.

L’entretien avec Michel Baglin.


Michel Baglin : « Entre les lignes »


Les éditions Le Bruit des autres ont décidé de rééditer ce récit, publié initialement à La Table Ronde (2002), qui avait valu de nombreuses critiques favorables à son auteur et qui était depuis longtemps épuisé. La nouvelle édition bénéficie d’une préface de Didier Pobel.
Jacques Ibanès l’a (re)lu, il en parle ici.



En quelques mots


Philippe Fumery : « Lune douleur Carlux » . Des poèmes tout simples inspirés des observations quotidiennes des bêtes et des gens. Cathalo en parle ici

Avec « Leurs paroles encore accrochées aux objets », (La Porte), Jeanine Salesse (lire ici ) évoque ses parents et quelques moments de son enfance, avec force et émotion, d’une voix très juste et proche.

C’est la fille d’immigré portugais, Josyane de Jesus-Bergey (voir d’autres critiques via l’index ) , qui, avec son recueil « Alipio » , portant pour titre le prénom de son père, évoque ses racines perdues et ses fidélités : « tu parles une langue qui est mienne et que je ne comprends pas ». (Vagamundo. édition bilingue. 13 euros)

Avec « Mélancolie des embruns » (Al manar), Lydia Padellec livre de brefs poèmes en prose où se cherche l’accord au monde, au paysage, avec des « mots-valises » pour parler des voyages immobiles de la contemplation. Jacmo en parle.

La nuit, le vent, l’archipel et « toutes ces choses dont on ne se lasse pas », Jean-Luc Le Cleac’h les creuse dans son « Lexique élémentaire » (interventions à haute voix ») dont nous parle Lucien Wasselin ici



Jean Giono : « Noé »


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Folio (n° 365), Gallimard 384 pages.

« Noé » est une arche où Giono fait entrer les personnages qui lui tiennent à cœur et des fragments d’autobiographie. Un roman qui joue constamment des surimpressions entre le réel et l’imaginaire, d’une formidable inventivité.

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Philippe Leuckx : « D’obscures rumeurs »

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(70 pages. 12 euros. Ed. Petra)

Il y a dans les poèmes de Philippe Leuckx d’obscures rumeurs de mélancolie portées par l’imparfait. Des pluies, des talus, des chemins de fer et bien des trains qui vous ramènent des territoires de l’enfance et vous emportent vers d’autres solitudes...
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Philippe Mathy : « Veilleur d’instants »



C’est en veilleur que le poète belge Philippe Mathy, rédacteur en chef du Journal des poètes, contemple la Loire du côté de Pouilly. Dans son regard et une lumière parfois « désemparée », un chant s’élève.

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Jean Giono : « Un roi sans divertissement »



Étrange roman à la narration complexe, plurivoque, « Un roi sans divertissement » commence comme un polar pour prendre très vite des dimensions métaphysiques. La mort, la cruauté de la condition de vivant, les puissances de la nature à l’œuvre en nous fascinent Langlois, qui tente d’échapper par le « divertissement » pascalien…

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Arthur Koestler : « Le zéro et l’infini »



Dans le système totalitaire qu’il dénonce, le « zéro », c’est l’individu, qui ne vaut rien face à « l’infini » que représente la Révolution et le sens de l’histoire. Mais face aux raisons objectives et froides, le « zéro », à sa manière, est aussi un infini… Un roman qui n’a rien perdu de sa force.

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Yves Charnet : « Dans son regard aux lèvres rouges »



« Je suis un littéraire. Un type à chimères », confie Yves Charnet dans cette nouvelle autofiction. Et d’ajouter : « Je voudrais qu’on les lise comme des poèmes. Mes proses au cœur gros. » C’est bien ainsi qu’on les lit, Yves, et c’est ce qui en fait le prix !

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Georges Simenon : Des romans-portraits



Simenon excelle dans la restitution des ambiances, mais également dans la peinture des personnages auxquels il s’attache et qui sont bien souvent la raison d’être même d’un roman, les véritables supports, bien plus que les intrigues, de sa vision du monde. Les romans-portraits sont nombreux dans son œuvre. J’en ai retenu quelques-uns : « Le Président », « L’enterrement de M. Bouvet » , « Betty », « Au bout du rouleau », « Le petit homme d’Arkhangelsk », « Le cercle des Mahé », « La boule noire », « Le bilan Malétras », « En cas de malheur »...

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George Orwell : « La ferme des animaux »



Avec « 1984 », son chef-d’œuvre, et « Hommage à la Catalogne », son récit politique sur la Guerre d’Espagne et la lutte entre les staliniens et les anarchistes et trotskistes du POUM, « La Ferme des animaux » est le troisième titre le plus connu de George Orwell. Écrit sur un mode plus souriant que les deux autres, il n’en porte pas moins un message aussi critique et sombre.



Serge Pey : « Venger les mots »



Fidèle à sa conception d’une poésie d’action et de protestation, Serge Pey publie « Venger les mots  » chez Bruno Doucey. Il y rend hommage aux héros de l’antifranquisme, à la résistance des indiens d’Amérique, aux Pussy Riot et à tous ceux qui font face à l’oppression.

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