Un ballet, un chorus, trois femmes face au monde

« Mon Chant d’extase »

« Mon Chant d’extase » se joue au Théâtre de la Verrière à Lille et va bientôt partir en tournée, un rendez-vous à ne pas manquer



Un ballet, un chorus, trois femmes sorties de la nuit de leur naissance face au monde : une poète Marina Tsvetaïeva, une anarchiste : Emma Goldman, une aventurière : Alexandra David Néel brassent l’espace scénique de leur danse (sauvage) de leurs luttes pour la vie et la liberté. Ce sont des bras, des poings qui se lèvent, des doigts qui écrivent, touchent, se dressent puis les corps se soulèvent, rampent aussi dans la boue, la terre première, ondulent, crient comme les voix. Une quatrième femme, musicienne, Laure, vient syncoper, scander les trois récits qui s’entremêlent. Elle le fait avec une justesse étonnante. Son accordéon occupe autant la scène que les trois corps, que les voix.

Merci à Christine Gabard, la metteur en scène, d’avoir su avec sa compagnie « les Pâkerettes » défoncer les paroles, faire surgir les textes de la chair même de ses comédiennes : Cindy, Amandine, Marion, de les porter au-delà des cintres du théâtre, bien au-delà. Nous virevoltons, nous sommes pris dans cette ronde de désir, d’angoisse, de révolte. La révolution est en marche par les mots, par les gestes. Nous sommes à Union Square, New York, dowtown avec Emma Goldman : interpellez les riches, demandez leur du travail, s’ils vous le refusent, demandez leur du pain, s’ils vous refusent les deux, voler leur le pain, c’est votre droit le plus sacré ! Nous sommes à Lhassa avec Alexandra, à Saint-Pétersbourg avec Marina, au cœur d’une problématique toujours actuelle. Je me souviens de ma rencontre avec Christine Gabard autour de ma publication : Emma Goldman, non à la soumission (Actes Sudjunior, 2011). Je me souviens de nos propos échangés autour de la condition des femmes d’hier et d’aujourd’hui : un même combat. Je luis disais alors : il te faut lire les élégies de Louis Labé, il faut que tu lises sa lettre en liminaire des poèmes datée de juillet 1555, certaines femmes, de nos jours, n’oseraient pas écrire de telles phrases sur la nécessité des femmes de se solidariser pour avoir le droit d’être au premier plan des recherches scientifiques, de la création sous toutes ses formes… Tout un programme.

Mon Chant d’extase se joue au Théâtre de la Verrière à Lille et va bientôt partir en tournée, un rendez-vous à ne pas manquer si la beauté farouche, l’engagement des citoyennes, des créatrices derrière Louise Michel ou Angela Davis, George Sand et Colette, entre autres, font partie de votre vie. Un vent frais vous enveloppera.

Jeanine Baude



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mercredi 28 octobre 2015, par Jeanine Baude

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Jeanine Baude

Jeanine Baude, écrivain, poète et critique. Née dans les Alpilles et vivant à Paris, Jeanine Baude est écrivain, poète et critique. Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie mêlés, et accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent.
Distinguée par le Prix de poésie Antonin-Artaud en (1993 et le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre en 2008, elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud (1992-97), comme elle l’est aujourd’hui de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle préside le jury du prix du poème en prose, et est responsable de l’association "Les Amis de Louis Guillaume". Elle est enfinSecrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.

Lire la revue Phœnix n°13, dont elle est la poète invitée (voir ici)
L’article de Max Alhau sur Texture à propos d’ « Aveux simples »  : ici

Bibliographie
Emma Goldman : "Non à la soumission" Actes-Sud junior 2011
Le Goût de Buenos Aires Mercure de France 2009
Juste une pierre noire, coédition Éditions Bruno Doucet / Éditions du Noroît, 2010
New York is New York, Tertium Éditions, 2006
Rêver son rêve, gravures de Claire Chauveau, Atelier Tugdual, 2005
Le Chant de Manhattan, Seghers, 2005
Colette à Saint-Tropez, Images en Manœuvre éditions, 2004
L’Adresse à la voix, Rougerie, 2003
Venise, Venezia, Venessia, Éditions du Laquet, 2002
Ile Corps Océan, coédition L’Arbre à Paroles / Écrits des Forges, 2001 ; Île corps océan/Isla cuerpo océano (traduction en espagnol de Porfirio Mamani Macedo, L’Arbre à Paroles (Belgique), 2007 3è édition en 2013.
Le Bol du matin, Éd. Tipaza, 2001
Labiales, avec Jean-Paul Chague et Michel Carlin, A. Benoit, 2000
Un bleu d’équinoxe, avec des encres de Michel Carlin, A. Benoit, 2000
Incarnat désir, Rougerie, 1998
Océan, Rougerie, 1995
Concerto pour une roche, Rougerie, 1995
Correspondance René Char - Jean Ballard 1935-1970, Rougerie, 1993
C’était un paysage, Rougerie, 1992, Prix Artaud 1993
Parabole de l’Éolienne, Rougerie, 1990
Ouessanes, Sud, 1989
Éclats de sel, La Coïncidence / Le Pont de l’Épée, 1980
Les feux de l’été, La Coïncidence / Chambelland, 1977
Sur le chemin du doute, Millas-martin, 1972


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