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Marie Rouanet & Éric Teissèdre

« Mon rouge Rougier »

Marie Rouanet nous invite avec « Mon rouge Rougier » à découvrir ses terres d’élection, où l’histoire, les souvenirs et les couleurs flamboyantes se mêlent en ces nouvelles Géorgiques aux photographies d’Éric Teissèdre.



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Marie Rouanet et Yves Rouquette lors d’un récital des poèmes de ce dernier mis en musique et en voix par Jacques Ibanès.

Avec son ciel « clouté d’étoiles » et sa terre « intensément écarlate  », voici le Rougier - terroir où elle demeure depuis plus d’un demi-siècle - que célèbre Marie Rouanet, dans le compagnonnage et la présence d’Yves Rouquette qui l’y emmena autrefois en « voyage de noces ». La découverte se limita d’abord à ce qui était à portée de leurs pas, puis s’étendit peu à peu, lorsque l’acquisition d’une voiture permit des équipées plus lointaines. « Après cinquante-cinq ans de fidélité à ces terres de sang, de désir de les comprendre, je revendique l’appartenance à ce que j’appelle tendrement, en moi mon rouge Rougier ».
Le pays Rougier, qui le connaît ? J’avoue l’avoir traversé à plusieurs reprises sans le regarder comme il le méritait. C’est que personne ne l’avait encore inventé. J’ai des excuses : qui avait vu vraiment la Sainte Victoire, avant Cézanne ? Pas même Victor Hugo (qui avait pourtant l’œil aiguisé), lorsqu’il la longea en 1839. Et la Brière, avant Cadou ?
Le Rougier, se situe dans l’Aveyron, non loin de Millau. Avant de devenir « tel qu’en lui-même » pays du bonheur de vivre d’Yves et Marie, il leur fallut l’apprivoiser. Car adopter un lieu d’élection nécessite lucidité, clairvoyance et réalisme : « Choisir un pays n’est pas le fait d’un coup de foudre mais une lente imprégnation qui connaît le plus trivial et le plus sublime, l’aimable et le moins aimable. Les efforts des bras, des jambes, des reins, les toilettes "au bois", la marche à pied obligatoire, mais aussi les couchants sublimes, les aubes de rosée étincelante, la sieste sous les chênes ». Bref, la « luxueuse austérité ».
Un pays tout en rouge et or, avec ses montagnettes et ses canyons. Au printemps, « à la moindre pluie les chemins deviennent veines de sang clair…Fait-il sec ? Le passage d’un troupeau soulève une poussière rosée ». En été, « les andains de paille luisent et aussi l’éteule doucement dorée ». Les saisons défilent et leur cortège de troupeaux et de sauvagine, de paysans et de chasseurs.
Nous sommes dans des Géorgiques modernes : les moissonneuses-batteuses font crépiter le grain qui a un bruit de ruisseau vif, le quad ronronne comme un gros bourdon et les tracteurs, la nuit, on des airs de coléoptères aux yeux multiples.
Dans ces terres bénies, les hommes ont laissé leurs traces depuis des temps immémoriaux. Témoins, ces statues-menhir sauvées du concassage, qui ont 5000 ans d’âge. Elles veillent en armes, assises ou prêtes à s’envoler pas très loin du château de Montaigut « guetteur des cimes » et de l’abbaye de Sylvanès qui « n’a pas fini de couver le futur, toujours imprévisible ». Le futur qui est le maître inexorable et qui entraîne dans sa ronde l’oubli de toutes choses.
Pour donner à voir le Rougier dans son incroyable palette de couleurs (car outre le rouge et l’or, il déploie toutes les couleurs de l’arc-en-ciel), il fallait le talent d’Éric Teissèdre qui œuvre de concert, à la hauteur du texte inspiré de Marie Rouanet.
Plans cavaliers, plans rapprochés, gros plans, le pays tout entier nous est restitué, somptueux, de jour comme de nuit, dans la brume ou sous la neige. Lune et soleil, nuages et vent, plantes et animaux (splendeurs de la « fleur inverse » et du héron cendré…), troupeaux et jusqu’au tracteur, tout est hommage à la beauté. « Beau est une notion humaine. Le monde n’est pas beau. Personne ne l’a voulu beau. Il est », nous rappelle malicieusement un « doux savant » sur le rabat de la 4ème de couverture. Certes ! Cependant le texte de Marie Rouanet et les photos d’Éric Teissèdre font mouche pour nous rendre sensibles à ce que, faute de mieux, je persisterai encore longtemps à nommer la beauté du monde !

Jacques Ibanès



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dimanche 14 février 2016, par Jacques Ibanès

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Marie Rouanet, (texte)
& Éric Teissèdre (photos)
« Mon rouge Rougier »

Editions Fleurines.
(144 pages. 19 € )



Marie Rouanet

Marie Rouanet (Maria Roanet), est née en 1936, à Béziers d’un père mécanicien. Après l’École normale, elle écrit ses premiers récits en occitan tout en menant parallèlement une carrière de chanteuse et auteur compositeur en langue d’Oc. Elle devient en 1976 déléguée au patrimoine à la mairie de Béziers. C’est en 1990, qu’elle publie son grand succès, « Nous les filles » , où elle raconte son enfance.
Bien des ouvrages ont paru depuis, toujours remarqués. Notamment « La marche lente des glaciers », une réflexion sur le vieillissement, « Les Enfants du bagne » sur l’enfance maltraitée, ou plus récemment « Luxueuse austérité » . Elle a également consacré de succulents livres à la cuisine dont « Mémoires du gout » .
Elle réside aujourd’hui en Aveyron où elle vécut avec son mari, l’écrivain et poète Yves Rouquette, décédé en janvier 2015.



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