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Jean Giono

« Naissance de l’Odyssée »

...et naissance d’une oeuvre

Premier roman achevé par Giono, « Naissance de l’Odyssée » célèbre le vieux monde méditerranéen et la littérature. Il met en scène le retour d’un Ulysse vieilli et couard mais dont les talents de conteur vont lui permettre de regagner et Pénélope et son domaine.



Ce n’est pas le premier roman publié par Giono, mais c’est le premier qu’il ait écrit, dans les années 1925-1926. Grasset l’avait refusé, estimant qu’il relevait trop du « jeu littéraire ». Le succès de « Colline » (1928) fera revenir l’éditeur sur sa décision et « Naissance de l’Odyssée » paraitra en 1930.

Cette œuvre fait donc partie de ses romans « paniques », où la nature (Pan) et ses forces obscures sont omniprésentes et où le lyrisme est débordant. Tous les thèmes chers à Giono y sont déjà et l’écriture est souvent proche du poème en prose.
« J’ai commencé par écrire Naissance de l’Odyssée dans une cave, parce que j’avais besoin de soleil », a expliqué Giono dans un entretien. Il travaillait alors à la Conservation des Titres de l’Agence du Comptoir d’Escompte à Marseille, sous la place Saint-Ferréol. Et son roman, en effet, est solaire, qui célèbre le monde méditerranéen et la gloire d’Homère. Il brode sur la légende d’Ulysse et quelques grands épisodes de « l’Odyssée », mais pour en prendre le contre-pied, faisant du héros grec un personnage faible et lâche (« Par dessus la besace à mensonges il avait de tout temps porté la peur »). Et un menteur, mais attention, pas n’importe quel menteur : un adepte avant l’heure du « mentir-vrai », un conteur, dont la parole accomplit des prodiges !

On découvre Ulysse au moment où il vient de faire naufrage. Il y a vingt ans qu’il est parti de chez lui et est porté disparu sur son île d’Ithaque. En fait, il a beaucoup traîné dans les estaminets et auprès des femmes, dont Circée. Il pense parfois à Pénélope, mais c’est une conversation surprise dans le « caboulot du port » et où il est question de Pénélope et de la joyeuse vie qu’elle mène avec ses jeunes amants, dont Antinoüs, qui réveille sa jalousie et le pousse à se mettre en route vers Ithaque.

Ulysse, vieilli, se perd dans une terre hostile et chemine avec au ventre la peur des dieux et des forces obscures qui l’entoure. Mais, arrivé dans une auberge et entendant à nouveau médire de Pénélope et vanté Antinoüs, il prend la parole et prétend avoir rencontré Ulysse, vivant et aux prises avec les dieux. Un aède est là, qui écoute et qui, séduit, va colporter ce récit. Telle est donc la « naissance de l’Odyssée », Ulysse finissant par croire à ses propres paroles tandis que le récit de ses exploits se répand.
Il arrive à Ithaque déguisé en mendiant et Pénélope le devine, sans rien dire. Mais Ulysse a peur de se dévoiler car il craint la force d’Antinoüs. Il faut, là encore, un récit de ses exploits (c’est un vendeur de porcs qui le commence) pour qu’il se sente un autre. Et son « mensonge » va le transformer. Poussé par le vendeur, il tombe sur son rival qui, lui aussi influencé par les récits, se sauve. S’engage une course poursuite au terme de laquelle Antinoüs s’effondre avec un bout de la falaise et périt de ses multiples blessures : la légende d’Ulysse est établie et des lors tous ses faits et gestes seront magnifiés, réinterprétés, supposés inspirés par les dieux.

Pour Ulysse, ce qui lui a rendu le monde supportable, ou habitable, c’est la parole, le mensonge, l’imaginaire humain. Bref, la littérature, et l’on conçoit dès lors que Giono ait voulu commencer son œuvre en exposant d’emblée son fabuleux pouvoir tout en inventant son style et sa manière.

Michel Baglin



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jeudi 3 septembre 2015, par Michel Baglin

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Jean Giono

Né à Manosque le 30 mars 1895, Jean Giono est mort le 9 octobre 1970 dans la même ville.
Il est le fils unique de Jean-Antoine Giono (1845-1920), un cordonnier anarchiste d’origine piémontaise et de Pauline Pourcin (1857-1946), d’ascendance picarde par sa mère et provençale par son père.
La famille a de maigres revenus et en 1911, Giono doit interrompre ses études pour travailler dans une banque.
En 1915, il est embarqué dans la grande boucherie du premier conflit mondial. Il voit ses amis tomber à ses côtés et lui est gazé. De cette expérience terrible, il tirera plus tard un roman, « Le Grand Troupeau » et surtout un engagement en tant que pacifiste convaincu.
Il lit beaucoup, s’imprègne des mythologies grecques et romaines qui marqueront son œuvre, à commencer par le premier roman qu’il écrit, « Naissance de l’Odyssée » (qui ne sera publié qu’ultérieurement). « Colline est son premier livre publié, qui ouvre la Trilogie de Pan, et reçoit un bon accueil.
En 1929, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture. « Que ma joie demeure » en 1935 lui vaut un grand succès.
A la suite d’une randonnée avec des amis sur la montagne de Lure, il crée les Rencontres du Contadour, qui se poursuivront jusqu’en 1939. Son engagement pacifiste s’y confirme, il écrit « Les Vraies Richesses » .
Face aux menaces d’une nouvelle guerre, il écrit « Refus d’obéissance », « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix », « Recherche de la pureté » , etc.
L’utilisation de sa pensée par Vichy, notamment le retour à la terre ou à l’artisanat, lui vaut après guerre, d’être accusé d’avoir collaboré (alors qu’il a caché des réfractaires, des juifs, des communistes) et il est emprisonné en septembre 1944. Il est libéré en janvier 1945, sans avoir été inculpé.
Dans les années qui suivent, Giono publie les œuvres de sa "seconde manière", notamment « Le Hussard sur le toit » (1951), il est bientôt considéré comme un des grands écrivains français du XXe siècle. En 1954, il entre à l’Académie Goncourt.
Pour autant, il reste engagé contre les guerres et soutient le comité créé par Louis Lecoin pour un statut des objecteurs de conscience, aux côtés de Camus, Breton, l’abbé Pierre.
Il est emporté par une crise cardiaque le 9 octobre 1970 dans sa maison.



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