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Jean-Claude Tardif

« Navaja, Dauphine & accessoires »

« Navaja, Dauphine & accessoires », c’est dix chapitres (ou dix nouvelles, car ils ont une certaine autonomie) qui nous racontent un bistrot, le Kebab de Yachar, où se retrouvent quelques personnages au passé lourd et aux vies qui tanguent.



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(120 pages. 11 euros. Editions Rhubarbe)

« L’alcool est un facteur de langage », disait Bachelard. Le morgon, le saint-amour ou le raki, dans ce livre de Jean-Claude Tardif, coulent généreusement pour en effet soutenir la conversation. Celle de Gaston, surtout, ivrogne truculent et inventif, que le vin aide à prendre le large à la manière d’un haut-buveur de Blondin. On prétend même qu’on a attendu qu’il ait levé le coude pour changer le comptoir en bois contre un comptoir en zinc… S’il n’en finit pas de voyager dans ses souvenirs (inventés ?), c’est surtout dans les mots qu’il a hissé les voiles…
Il n’est certes pas le seul à avoir la langue bien pendue. Mais certains sont plus taiseux, comme Inigo, le vieil émigré républicain (on reconnait là une figure chère à l’auteur de « la Nada » ) qui prétend vouloir retourner mourir au pays, mais rate chaque jour son train. On croise aussi Jeff, l’abstinent – il en fallait un pour assurer le retour sur le plancher des vaches – Pierre, Simon, un Américain de passage (mais qui semble y avoir trouvé un port d’attache) et même… un poisson rouge ! Tous avec leurs arrière-pays et leurs blessures plutôt mal refermées.
Et puis Yachar, bien sûr, dont le prénom semble être un clin d’œil à Yachar Kemal. Yachar qui a repris un ancien PMU qu’il a transformé en kebab, en récupérant les habitués du lieu, ses « pilliers ».
Mais ce n’est pas tout. Dans cette chronique des compères, il y a aussi des objets – le fil d’Ariane d’une navaja qui apparaît et disparaît au gré des allées et venues et trouve parfois un corps où s’enfoncer, une Dauphine jaune de collection – des mystères (tout n’est pas explicité ici, mais peu importe, on est aussi dans une forme d’onirisme poétique) qui vont de meurtres plus ou moins gratuits à l’énigme du locuteur, ce « je » qui semble ne pas être toujours le même. Sans oublier les fantômes, cette Leïla, jeune fille récurrente qui hante la nostalgie de chacun, ou se jeune couple, sorte d’apparition anachronique, qui dit avoir connu Nazim Hikmet avec Aragon et Elsa…
Car si le merveilleux est à deux ballons de rouge ou deux verres de raki des amis de ce havre, s’il les préserve du monde qui part à vau-l’eau et des meurtres en série qui ensanglantent ce coin perdu, il s’est adjoint la poésie, cette poésie chère à un auteur qui est aussi poète, pour nous rappeler que l’amitié et le partage sont nos vraies – nos seules ? - richesses.

Michel Baglin



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« La douceur du sang »

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« Bestiaire minuscule »

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« La Nada », six nouvelles pour l’Espagnol

« Les jours père »

« Les Tanka noirs » précédés de « Ecpyrosis »



lundi 6 avril 2015, par Michel Baglin

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Jean-Claude Tardif


Né en 1963 à Rennes dans une famille ouvrière, Jean-Claude Tardif est aujourd’hui installé en Normandie.
Il a publié des livres de poèmes, des récits et des nouvelles. Il est aussi le créateur et l’animateur de la belle revue "A l’index"



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