Jean-Luc Aribaud

« Némésis »



Seul face à la stupéfaction de vivre « sous la glose infinie du ciel et des forêts », voilà que s’éveille en l’homme la réminiscence du temps des bêtes : « Je prends gueule du fauve / non pas masque ou figurine d’os / mais réel des canines claires / aux fruits de vos lambeaux de chair. » Devenu loup, débute son aventure jusqu’à remonter strate après strate le chemin de la conscience de l’être, du faire et du penser.

Il faudra tout d’abord se laisser entraîner par l’impalpable que gouvernent les sens : « Que tes narines s’égarent… Que tes oreilles interpellent… Que ta main émue saigne… Que tes pieds obéissants acceptent… » Puis, apprivoiser le rythme, articuler des sons pour nommer en premier les choses palpables et ensuite celle qui sont du domaine de l’indicible. Le voyage est long, zébré de régressions multiples et d’avancées prodigieuses dans les abysses de l’effroi pour appareiller jusqu’à la cognition. Alors, « un hymne de pétales et de ronces / célèbre ton triomphe ».

Jean-Luc Aribaud énonce son chant d’un monde barbare et désespéré dans la liesse des mots. Il embrasse dans une véritable symphonie la saga de l’humain, en jouant de tous les registres de la poétique. Il dit le « ravissement de l’inaccompli / au bord du jour », la solitude, les noces du sang, la surprise du sexe, l’interrogation face au mystère de la vie, cette étincelle entre l’absence d’où l’on émerge et l’oubli qui nous attend.

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Jean-Luc Aribaud par Guy Bernot

« Il en faudrait des pleines vallées
des lacs enchanteurs débordants
de ce temps planté poussé
entre les battements de neige :
écarlate du ciel d’été
brusquement revenu
dans le creux de la main
tandis que sur le foyer
les quatre pattes de la bête cuite
désignent une constellation nouvelle
un exact carré d’étincelles
qui nous protègera de la mort
et du plaisir trop de fois noué
aux becs de nos lances faillibles.
Il en faudrait de ce temps.
Et nous tout à coup de le recevoir
dans la compagnie de la femme ronde
dans la fragilité de nos pas haussés
à la crête de vie et de lumière.
Dans l’oubli majestueux des combats
de la poussière du sang
et des fauves foudroyés. »


Dans une langue somptueuse, « vaste au-dessus du désir », « Némésis », avec l’explosion des aurores et des nuits parmi la glaise et les schistes fixe quelques vertiges. C’est depuis Rimbaud l’ambition suprême du poète.

Jacques Ibanès



mardi 14 juin 2016, par Jacques Ibanès

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Jean-Luc Aribaud :
« Némésis »

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Jean-Luc Aribaud : « Némésis ». Editions Zorba/ Pleine page 62 p. 10€



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