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Guy de Maupassant

Nouvelles et contes

Guy de Maupassant, né le 5 août 1850 à Tourville-sur-Arques et mort le 6 juillet 1893 à Paris, est l’auteur de six romans mais surtout de nouvelles et de contes dont il est un des maîtres du XIXe siècle. Proche de Zola et du naturalisme, marqué sur le plan stylistique par son ami Flaubert, il fait preuve d’un grand réalisme dans sa peinture du monde paysan (les Normands, entre autres), mais aussi de celui des employés qu’il observe d’un œil amusé, et désabusé le plus souvent. Le fantastique y trouve néanmoins aussi sa place, notamment avec des nouvelles comme « Le Horla ». Les thèmes du libertinage, de la cupidité, de la guerre, de l’amitié et du courage des femmes y sont récurrents. Il meurt à quarante-trois ans après avoir sombré dans la folie, au terme d’une carrière littéraire qui n’aura pas duré plus de dix années.



Mademoiselle Fifi


Les contes et nouvelles de Maupassant restent une de mes lectures favorites. J’y reviens de temps à autre, comme cette fois, avec le recueil « Mademoiselle Fifi ».

Je n’avais pas gardé le souvenir de la nouvelle qui donne son titre au recueil, je ne l’avais donc probablement pas encore lu. Elle met en scène cinq officiers prussiens désœuvrés qui font venir des filles de joie pour se désennuyer un peu. Parmi eux, un blondin surnommé Mademoiselle Fifi par ses compatriotes, particulièrement moqueur et agressif. Comme dans « Boule de suif », c’est une prostituée, Rachel, qui va se montrer la plus valeureuse patriote en égorgeant cet officier qui insulte la France. Le patriotisme n’est pas traité ici à la Déroulède ; Maupassant met surtout en exergue le courage d’une femme (notamment par rapport aux hommes, plutôt veules), l’aspect psychologique l’emportant sur le politique.
Le recueil (publié en 1882-1883), compte dix-huit nouvelles : Mademoiselle Fifi (1882) ; Madame Baptiste (1882) ; La Rouille (1882) ; Marroca (1882) ; La Bûche (1882) ; La Relique (1882) ; Le Lit (1882) ; Fou ? (1882) ; Réveil (1883) ; Une ruse (1882) ; À cheval (1882) ; Un réveillon (1882) ; Mots d’amour (1882) ; Une aventure parisienne (1881) ; Deux amis (1883) ; Le Voleur (1882) ; Nuit de Noël (1882) ; Le Remplaçant (1883)
Certaines sont drôles, comme la Rouille (un chasseur qui au moment d’épouser se rend à Paris auprès de prostituées pour vérifier qu’il sait encore faire l’amour et se croit impuissant) ou Une ruse (la femme dont l’amant est mort dans sa chambre demande le secours d’un médecin pour dissimuler la chose à son mari). D’autres tragiques comme Madame Baptiste (une jeune femme violée qui parvient à refaire sa vie et finit par se tuer). D’autres encore annoncent le fantastique comme Fou (« Suis-je fou ? ou seulement jaloux ? ... »). D’autres sont des tableaux des mœurs paysannes comme Un réveillon (des paysans ont mis leur mort dans le coffre qui leur sert de table à manger, faute de lit). Beaucoup sont libertines comme Une aventure parisienne (sous un aspect irréprochable, une femme rangée veut tout savoir de la vie parisienne, mais en revient déçue). Ou Le Remplaçant (Mme Bonderoi, la veuve du notaire, aime les hommes jeunes et beaux. Elle a « engagé » un Dragon pour venir chaque mardi passer chez elle un moment agréable contre deux pièces de cent sous. Un jour se sentant indisposé, le titulaire demande au Dragon Paumelle de le remplacer. La veuve n’est pas regardante, et maintenant, chacun a son jour dans la semaine).
Une des plus réussies est Deux amis. Elle se déroule pendant le siège de Paris, lors de la Guerre de 1870. Deux amis, Morissot et Sauvage, ne peuvent résister à l’envie d’aller pêcher dans une l’île qu’ils connaissent bien, malgré l’interdiction des occupants. Eux aussi, obscurs citoyens, vont faire preuve de courage, sans que cela puisse se savoir. Car arrêtés, ils refusent de « donner le mot d’ordre » à l’officier prussien, et sont fusillés. Le contraste entre la peinture agreste, la sérénité qui entoure la pêche à la ligne et soudain la terrible réalité de la guerre et de la mort est saisissant et témoigne du grand talent de Maupassant.

Contes de la bécasse


Ce recueil publié en 1883 est composé des dix-sept nouvelles. La Bécasse (1882) ; Ce cochon de Morin (1882) ; La Folle (1882) ; Pierrot (1882), Menuet (1882) ; La Peur (1882) ; Farce normande (1882) ; Les Sabots (1883) ; La Rempailleuse (1882) ; En mer (1883) ; Un Normand (1882) ; Le Testament (1882) ; Aux champs (1882) ; Un coq chanta (1882) ; Un fils (1882) ; Saint-Antoine (1883) ; L’Aventure de Walter Schnaffs (1883).
La première est le récit-cadre qui enchâsse les autres : lors d’un banquet de chasseurs le « conte de la bécasse » désigne celui qui pourra manger toutes les têtes de bécasse avant de conter une histoire savoureuse.
Une des plus remarquables me semble être « Aux champs ». Deux familles pauvres vivent dans deux chaumières voisines. Un couple riche et stérile propose un beau jour à l’une des familles d’adopter contre argent son fils. La mère se récrie, scandalisée. Mais l’autre famille accepte d’abandonner son fils. Vingt ans plus tard, le fils adopté revient saluer ses parents. Il est riche et heureux. Dans l’autre chaumière, le fils est resté misérable et reproche à ses parents de ne pas l’avoir vendu.
Autre nouvelle marquante, « Un fils ». Une histoire d’enfant illégitime. De passage à Pont-Labbé, un homme s’arrête dans une auberge où il était descendu trente ans plus tôt et où il avait abusé de la jeune servante. Il apprend alors qu’elle est morte en couches peu après et que le simple d’esprit qui travaille dans la cour et qu’on a gardé par pitié est son fils.
La cupidité est illustrée par la nouvelle « En mer » relatant un accident sur un chalutier. En chancelant, le frère du patron pêcheur, Javel, se coince le bras dans le filin qui retient le chalut. Il suffirait de couper le filin pour libérer le malheureux, mais se serait perdre le chalut et Javel préfère sacrifier le bras de son frère.
Dans « La Rempailleuse », c’est un vieux médecin qui raconte une histoire d’amour platonique et sans réciprocité aucune dont il a été témoin : celle d’une pauvre rempailleuse pour le pharmacien de son village, qui la méprise.
Autant de chefs d’œuvres stylistiques, souvent cruels parce que désabusés, mais d’une formidable humanité !

Miss Harriet


« Miss Harriet » est un recueil publié en1884 et composé des douze nouvelles : Miss Harriet (1883), L’Héritage (1884), Denis (1883), L’Âne (1883), Idylle (1884), La Ficelle (1883), Garçon, un bock !... (1884), Le Baptême (1884), Regret (1883), Mon oncle Jules (1883), En voyage (1883), La Mère Sauvage (1884).
La nouvelle, « Miss Harriet » est une des plus émouvantes du recueil. Le narrateur, Léon Chenal, parle du « plus lamentable amour » de sa vie ». Elle remonte à l’époque où il était jeune peintre et se trouvait dans une auberge du village de Bénouville pour y étudier la nature. Il y côtoie une Anglaise un peu fantasque venue y passer l’hiver dans des paysages qui l’exaltent. Cette vieille fille, Miss Harriet, est prude et très croyante (elle distribue des livres de propagande protestante aux villageois, qui s’en méfient). Enfermée dans son monde, elle qui ne parle jamais à table finit pourtant par ce lier d’amitié avec le peintre dont elle admire les représentations de la nature. Elle en vient à en tomber amoureuse et lui avouer son penchant. Mais son amour n’est pas réciproque et bouscule ses convictions, elle disparait un jour. On la retrouve au fond du puits où elle s’est jetée. Maigre et sèche « comme une carne », le personnage est a priori bien éloigné de l’idéal féminin de l’auteur ! Maupassant fait pourtant preuve à son égard d’une belle empathie, qui nous la rend touchante, ridicule et tragique à la fois.
Une autre nouvelle, une des plus longues de l’auteur, est « L’héritage ». Elle met en scène César Cachelin, employé au Ministère de la Marine, un père qui entend faire épouser à sa fille Coralie un de ses collègues, Léopold Lesable. Il y parvient et la famille vit dans l’attente de l’héritage de la riche tante Charlotte. Mais au décès de celle-ci, le testament révèle que la fortune doit revenir à l’enfant du couple. Or Léopold est probablement stérile et l’héritage va échapper, rendant les uns et les autres aigris et furieux. On va trouver la solution en incitant Coralie à se faire faire un enfant par un autre des collègues du mari, qui ferme les yeux. Tout rentre dans l’ordre à la naissance du bébé. La nouvelle a été beaucoup reprise et corrigée par l’auteur, elle est parfois un peu laborieuse. Malgré tout elle reste d’une ironie mordante à l’égard des êtres cupides et méprisants qu’elle met en scène et de l’hypocrisie bourgeoise.
« L’âne » est la plus cruelles, qui montre comment deux braconniers s’amusent à torturer un vieil âne pour le plaisir avant de vendre son cadavre pour du chevreuil à un aubergiste.
Avec « Idylle », Maupassant s’amuse avec ses deux personnages réunis dans un train. Lui, miséreux, va chercher du travail en France, elle, nourrice plantureuse, souffre de ne pouvoir donner le sein. L’homme finit par la soulager en la tétant, car cela faisait deux jours qu’il n’avait pas mangé…
« La Mère Sauvage » nous renvoie à nouveau à la guerre de 1870 et à ses atrocités. Après la défaite, des soldats allemands sont logés chez cette vielle femme, veuve d’un braconnier tué par les gendarmes. Elle les supporte, mais quand elle apprend que son propre fils est mort au champ de bataille, elle décide de se venger. Sobre, rapide, efficace, une narration qui illustre parfaitement le talent de Maupassant.

Michel Baglin



samedi 15 décembre 2018, par Michel Baglin

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Guy de Maupassant



Guy de Maupassant est né le 5 aout 1850, à Tourville-sur-Arques, selon son acte de naissance à la mairie et son acte de baptême à l’église. Néanmoins, il existe une controverse sur le lieu, certains prétendant qu’il aurait vu le jour à Fécamp où demeurait sa grand-mère (on l’aurait transporté dans les jours suivants au Château de Miromesnil sur la commune de Tourville-sur-Arques, sa mère tenant à ce que son fils soit né dans un château). Il est décédé à Paris le 6 juillet 1893, peu avant ses 43 ans.
Il passe son enfance à Etretat, à l’âge de 12 ans, il est envoyé en pension au collège religieux d’Yvetot (il ne portera jamais la religion dans son cœur !), puis il intègre en 1868 le lycée de Rouen.
Ayant à peine 20 ans, Guy de Maupassant s’enrôle comme volontaire pour la guerre franco-prussienne et est affecté d’abord dans les services d’intendance puis dans l’artillerie. Après la guerre et la débâcle de 1874, il entre comme fonctionnaire au Ministère de la Marine à Paris pour près de 10 ans, puis au Ministère de l’Instruction publique. Ces emplois administratifs vont lui inspirer des pages bien documentées et ironiques (voir les descriptions des employés de « L’Héritage », par exemple).
Pendant huit ans (de 1872 à 1880) il pratique avec ses amis et souvent en galante compagnie le canotage sur la Seine (il passe ses dimanches et ses vacances à Bezons, Argenteuil, Sartrouville, Chatou, Bougival. Une yole est achetée en commun. Autre activité, la chasse dont manque rarement l’ouverture.
Il se consacrer pleinement à l’écriture à partir de 1880, appuyé notamment par Flaubert, ami de sa mère (certains ont prétendu qu’il pourrait en être le fils), dont il se considère le fils spirituel et qui l’introduit dans le milieu littéraire naturaliste et réaliste. La publication de « Boule de Suif » ( « un chef d’œuvre qui restera », dixit son mentor) lance sa carrière après une suite d’échecs.
Il participe dès lors aux fameuses Soirées de Médan, où il côtoie Zola, les Goncourt, Tourgueniev, etc. et collabore à de nombreux journaux (Le Figaro, Gil Blas, Le Gaulois et l’Écho de Paris), publie de nombreuses nouvelles qu’il réunit en recueils et des romans (« Une vie », « Bel-Ami » etc.).
Son aisance financière lui permet alors de voyager en Afrique du nord, en Italie, en Angleterre, en Bretagne, dans le sud de la France, en Sicile, en Corse, en Auvergne. Et de fréquenter les soirées parisiennes où il ne se départit pas de son œil acéré pour débusquer la comédie sociale et la bêtise humaine.
La syphilis contractée des années plus tôt lui vaut des troubles nerveux dans les dernières années de sa vie et bientôt de sombrer dans la folie, après avoir vécu un temps en reclus. Il meurt le 6 juillet 1893 à l’âge de 43 ans.



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