Didier Daeninckx

« Novellas 2 »

Le Cherche Midi édite le deuxième volume des Novellas de Didier Daeninckx.



Dix longues nouvelles qui posent le problème de la définition du genre (littéraire), qui a évolué au cours du temps. Si la nouvelle est un court récit, il semble difficile d’être plus précis. Le genre se divise lui-même en plusieurs catégories. C’est ainsi que la novella est presque un roman. Que retenir à propos des Novellas de Didier Daeninckx ? Si ces histoires se rapprochent du roman, la brièveté relative est de règle : Aliona et Back Street font un peu plus de 60 pages, mais on trouve dans ce recueil une majorité de textes de 20 à 40 pages environ… Les spécialistes s’accordent pour caractériser la nouvelle par sa brièveté, son dénouement inattendu (souvent réduit à quelques lignes), son nombre réduit de personnages à la psychologie moins fouillée que dans le roman, à son étude d’un seul évènement…
Didier Daeninckx s’inspire de l’Histoire (le Groupe Manouchian, la guerre d’Algérie, la collaboration…) mais aussi de cette histoire quotidienne faite de tendances et de comportements (le septième continent, la publicité, la cinéphilie…). Les deux se mêlant souvent comme dans Les Figurants ou dans Ceinture rouge… La tonalité est noire ; c’est que le monde n’a rien de réjouissant : le goût de l’argent domine (même chez les petits !), le désintéressement (si l’on en croit les microteux officiels) semble avoir disparu (mais c’est faux puisque les grévistes actuels luttent pour tous !)… Mais on peut s’interroger : le changement, c’est pour quand ? Le vrai, la Révolution… Le mérite de Didier Daeninckx, c’est de ne pas s’en laisser conter : il trace le portrait en gloire des anonymes (que l’Histoire a parfois oubliés), de militants du siècle dernier et ce n’est pas un hasard si la plupart de ses novellas se situe au XXème siècle. Certes il égratigne au passage la ligne officielle du communisme mondial (« Quand le Mal est incarné par l’étranger, on ne s’interroge pas sur ceux avec lesquels on combat. La paix revenue, souvent, on ne se sent pas très fiers de ses alliés de circonstance », p 362.) Mais à lire Aliona, qui est l’histoire du groupe Manouchian vu(e) par le petit bout de la lorgnette, le lecteur se dira que Daeninckx est resté fidèle à ses idéaux de départ : on peut lire Daeninckx et Aragon en dehors du culte statufié rendu aux victimes de la barbarie. Je me souviens de L’Affiche rouge (le titre que Léo Ferré donnera aux Strophes pour se souvenir) et de ces mots « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant » qui font écho à la fraternité qui traverse Aliona, qui font écho à ces mots prononcés par Hélène l’émigrée « Il faut que je devienne la fille de cette France-là… » Et qui se souvient aujourd’hui de l’aspirant Henri Maillot ? Un militant communiste qui déserta en détournant un camion d’armes et de munitions pour le remettre aux maquisards algériens… Il est bon que Didier Daeninckx le mette en valeur, le temps de quelques pages d’une novella…
Que dire des autres nouvelles de ce recueil qui ne font pas référence à l’Histoire ? Daeninckx n’oublie pas de quoi le présent est fait, qu’on retrouve dans ces textes : le tsunami, les aspects sordides de Londres, les magouilles financières, la guerre et la paix… Mais tout est passé au crible du noir car le monde ne tourne pas rond ! Ce qui n’empêche pas l’humour de la même couleur : « La fiche technique précisait que cette lueur nocturne était sortie du crâne d’un ancien professeur de philosophie, Jean Chérasse - ce qui permettait d’envisager en toute confiance l’avenir de Bernard-Henri Lévy » (p 294). Si la littérature n’est pas pour Didier Daeninckx un simple divertissement, c’est qu’il est avant tout un véritable écrivain. Le problème du réalisme qu’il aborde, mine de rien, le prouve. Ainsi le dernier texte de ce recueil, Voiles de mort, le montre à l’évidence et pas seulement parce qu’il fait mourir son personnage. Daeninckx a de la suite dans les idées : si cette novella fait penser au Tableau papou de Port-Vila (publié par le même éditeur en 2014) pour son cadre et ses descriptions, l’intrigue est radicalement différente par ses emprunts à l’actualité…
Sans doute est-il difficile de dévoiler ce qu’écrit Daeninckx. Car il a l’art de la chute qui se réduit parfois à quelques lignes… Mais, justement, il n’en faut rien dire car toute l’habileté de Didier Daeninckx est là : il faut le lire.

Lucien Wasselin



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lundi 1er août 2016, par Lucien Wasselin

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Didier Daeninckx
« Novellas 2 »



Le Cherche Midi éditeur, collection Voix publiques.
(416 pages, 18,50 €.)



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