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Jeanine Baude

« Œuvres poétiques » tome 1

Les éditions de La Rumeur libre publient l’intégrale des œuvres poétiques d’auteurs importants. AprèsAnnie Salager, Patrick Laupin et François Montmaneix, elles font paraître le premier tome des œuvres poétiques de Jeanine Baude.



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Jeanine Baude par Philippe Barnoud

Née dans les Alpilles, Jeanine Baude a cependant consacré son premier recueil, publié par Sud Poésie en 1989, à l’île d’Ouessant dont elle est tombée amoureuse et où elle vit en partie aujourd’hui, quand elle n’est pas à Paris. On retrouve cet opus inaugural, « Ouessanes » , dans le premier tome de ses « Œuvres poétiques » que viennent de faire paraitre les éditions de La Rumeur libre, associé à deux autres recueils, « C’était un paysage » (Rougerie, 1992) et « Incarnat désir » (Rougerie, 1998). Autant de suites de poèmes très courts, qui installent une voix de belle densité et une poétique de la concision.

Pas d’effusion en effet dans ces « Ouessanes » – néologisme posant d’emblée la dimension insulaire comme primordiale et la rumeur océane comme toile de fond – mais des sens en éveil et une sorte de lyrisme contenu, bien que tellurique, de la perception. Des « mots fuyant la démesure », et la révélant pourtant, dans une approche parfois presque cosmique. On pense à Char pour la fulgurance et la forme souvent aphoristique. « Seul le vent peut dire le chemin ».

« L’île silencieuse / marche / vers le destin / que j’ai choisi », annonce Jeanine Baude en ouverture, signifiant qu’elle parle d’un lieu élu par elle, d’un « lieu acquis », qui d’ailleurs se livre aussi, s’offre à sa quête, permet de « savoir l’exil / au bout de soi ».

Cette « terre fertile en pleine mer », elle lui accorde « un regard d’aigle », mais c’est aussi avec tout son corps qu’elle l’aborde. L’éprouve, tout contre elle : « resserré / l’espace / autour de moi », écrit-elle. On pense à la marche, « mitoyenne de la parole ». La « hanche du rocher » et ce monde très minéral lui inspirent des encres lapidaires (et l’on songe cette fois à Guillevic). Ce qui n’interdit pas de « prendre les chairs / à bras le corps » et n’occulte pas l’intime, « l’espace de la chambre », ainsi qu’on peut l’aborder dans les deux autres recueils, où l’océan cerne toujours, mais où le quotidien semble mieux s’insinuer à travers un objet domestique – « un bouquet d’œillets rouges / dans une cafetière oubliée là » - et où « l’écume / et la musique / croissent / en parallèle ».

Le « panthéisme amoureux » de Jeanine Baude, comme le nomme son préfacier, José Manuel de Vasconcelos, mêle les registres de l’amour et de la mer, dit son désir avec le lexique du végétal et du minéral et se saisit du monde avec les mots de la sensualité. Après la « genèse du vertige », c’est là comme une forme d’« alliance ». Et c’est aussi une poétique. Le paysage s’érotise en ce « pays mouillé ». On y note que « l’homme couché / dans la dérive / des mâts / ouvre la chambre / à la mer ». Un soleil s’impose « entre l’immensité / liquide / et le ciel serein » avec le recueil « Incarnat désir » , et avec lui éros, mais encore « l’insécurité de l’être ». Incarnat est la couleur du désir, de la vie fiévreuse et tout autant de la blessure. Voire même de la mort qui se profile.

Les derniers poèmes évoquent en effet les disparus dans une sorte d’apaisement qui amène à mesurer ses arpents de vie : « mesurer ma limite d’être », écrit l’auteure que la solitude a accompagnée très discrètement jusque-là. Car ce qui porte cette parole est aussi une vision sans illusions de l’existence. Carnation, incarnation, de l’inquiétude notamment. Il n’est pas d’échappatoire : « je n’ai jamais pris de routes / qui mènent ailleurs » écrit Jeanine Baude. Elle ne renonce cependant jamais à l’échange et affirme la nécessité de la poésie : « Il faut dire / autrement / ce qui ne peut se dire / dans l’entrave / noire et blanche / des mots ». Cet autrement fait toute la passion du poète.

Michel Baglin



Lire aussi :

« Œuvres poétiques » tome 1

« Ouessant »

« Juste une pierre noire »

« Le Chant de Manhattan  » & « New York is New York »



dimanche 6 décembre 2015, par Michel Baglin

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Jeanine Baude
Œuvres poétiques T1



La Rumeur libre
(336 pages 21 euros)



Jeanine Baude

Jeanine Baude est née dans les Alpilles et a eu une enfance provençale. Aujourd’hui, elle vit à Paris et à Après un D.E.A de Lettres Modernes, elle a conduit une vie professionnelle intense. Elle a accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent, son goût du partage en littérature et d’une ouverture au monde de plus en plus exigeante l’a conduite de Buenos Aires à New York, de son ancrage sur l’île d’Ouessant à Venise, de Bratislava jusqu’aux territoires des Indiens Hopis et Navajos.
Plusieurs résidences d’écrivains ont récompensé son travail. Elle aime à dire "J’écris avec mon corps, je marche avec mon esprit."
Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie.
Elle a obtenu le Prix de poésie Antonin-Artaud (1993). Également le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre poétique décerné en 2008.
Elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud de 1992 à 1997 et membre du comité de rédaction de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle est aujourd’hui Présidente du jury du prix du poème en prose, responsable de l’association Les Amis de Louis Guillaume et secrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.
De nombreux extraits de ses œuvres ont été traduits en anglais, espagnol, italien, biélorusse, slovaque, etc.



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