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Vénus Khoury-Ghata

« Où vont les arbres ? »

Dans son dernier recueil, « Où vont les arbres ? », Vénus Khoury-Ghata - qui a reçu le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre - revient sur son Liban meurtri par la guerre et son enfance sombre. Le tout dans cette langue superbe qui mêle le fabuleux et le réel.



Dans son dernier recueil paru fin 2011 au Mercure de France, « Où vont les arbres ? » , Vénus Khoury-Ghata - qui a reçu le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre - revient sur son Liban meurtri par la guerre, son enfance sombre, sa mère écrasée, son frère maltraité, son village et ses superstitions, sans oublier les arbres qui s’efforcent de survivre même sans oiseaux. Le tout dans cette langue superbe qui mêle le fabuleux et le réel.
La poésie de Vénus est d’une formidable liberté, qui parle d’« enfants inflammables », de diable dans les miroirs et se permet d’enterrer les océans, qui laisse tomber la neige du front de cette mère qu’elle fait revivre et reconstruit en mille images tantôt quotidiennes et tantôt fabuleuses. Poésie sensuelle, quasi incantatoire souvent, pleine d’odeurs de terre ou de cuisine -au milieu desquelles la mère apparait écrasée par les taches ménagères -, et pleine de merveilleux quand les arbres dévastés par la guerre et dépeuplés d’oiseaux figurent aussi bien les êtres disparus qu’une nature survivant tant bien que mal à la furie des hommes.
C’est dire si les thèmes de Vénus se retrouvent ici, de la colère du père au frère poète drogué, maudit et interné, de la mort violente et des interdits qui plombent cette enfance sombre racontée ailleurs - dans son roman « Une maison au bord des larmes » (lire ici) - aux quinze années de guerre ayant meurtri son pays.
Mais la figure récurrente est bien celle de la mère, notamment dans la deuxième partie, « Orties » long poème évoquant cette femme douloureuse, revenue d’entre les morts pour venir à bout de ces orties qu’elle n’a jamais trouvé le temps d’arracher de son vivant, tant elle était accablée d’enfants et de malheurs. Arrachage allégorique : « débarrasser le terrain vague de ses mauvaises herbes », c’est « déterrer du même geste les poèmes du fils », mais c’est aussi pour l’auteure arrachant « l’ortie sur la page » façon de rappeler la fonction d’exorcisme du poème.
La catharsis passe en tout cas ici dans une poésie goûteuse, où l’orient charrie son imaginaire et sa fantaisie, où l’image est volontiers surréaliste, où la langue se veut enchantée.

Michel Baglin



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samedi 7 juillet 2012, par Michel Baglin

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Vénus Khoury-Ghata

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Photo Michel Baglin

Vénus Khoury-Ghata, née à Pshery, village du Nord du Liban, vit à Paris depuis les années 1970 et son mariage avec le médecin et chercheur français Jean Ghata (décédé en 1981).
Son enfance libanaise a été marquée par la langue française (son père était interprète auprès du Haut Commissariat français du temps du Mandat), et par le destin de son frère (ils étaient quatre enfants), poète atteint de maladie mentale, livré à la drogue, et que le père a fait interner.
Elle est poète, nouvelliste, romancière, et a signé une quarantaine d’ouvrages, qui lui ont valu de multiples distinctions, prix Apollinaire, prix Mallarmé, prix de l’Académie française, etc. Elle vient de recevoir le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre.



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