Jeanine Baude et David Hébert

« Ouessant »

Retour à Ouessant pour Jeanine Baude, auteure des poèmes de « Ouessanes », mais cette fois pour les proses d’un « carnet nomade ».



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Carnets Nomades – Editions des Vanneaux, 15 €

Jeanine Baude est une voyageuse, elle le rappelle dans ce livre consacré à Ouessant. David Hébert est un dessinateur qui accompagne le texte de l’auteur. Ouessant est plus qu’une île pour celle qui l’habite de temps à autre. De son arrivée à son départ, Jeanine Baude convie le lecteur à la suivre dans ses promenades.
Ce qui domine dans ce texte à l’écriture sensuelle, c’est l’évocation de cette terre dans ce qu’elle offre de plus intime. Quand on aperçoit l’île du bateau, « on parcourt déjà les sentes. On approche les secrets d’Enez Eussa », écrit Jeanne Baude. Dès lors l’île s’offre avec ses traditions, ses mystères, sa végétation à qui l’aborde.
Familière des lieux, Jeanine Baude refait d’abord connaissance de sa maison : « Je découvre à chaque fois un univers différent », avoue-t-.elle. Les sentiments éprouvés, les sensations diverses, Jeanine Baude les exprime avec force et sincérité : elle est « amoureuse d’un lieu, d’une demeure qui vogue comme un navire. » Il est vrai que cet attachement envers Ouessant se manifeste tout au long de ce texte. Le lecteur peut l’accompagner dans ses promenades, dans sa « quête des rites sacrés », parce que l’île en dépit du tourisme a su préserver ses traditions ou bien se souvenir des processions qui avaient lieu en l’honneur du Saint Pol.
Aux évocations géographiques sont jointes les impressions qui ne peuvent laisser indifférente la promeneuse : « Dans le frémissement du point du jour, je presse davantage le pas pour me réchauffer puis je me cale contre un rocher et j’observe. » On comprend qu’au milieu d’un paysage qui sollicite les sens, l’écriture, la lecture soient les auxiliaires auxquels se réfère Jeanine Baude. Ce n’est pas sans nostalgie qu’elle évoque les phares qui faisaient la renommée d’Ouessant : « Nul n’habite plus Kéréon depuis le 29 janvier 1991 […] La Jument fut désarmée le 26 juillet 1991. »
Ce qui s’élève avec ces mots c’est la reconnaissance envers une terre, l’attachement de ses habitants à leur petite patrie. Pour Jeanne Baude, cette île dont elle connaît les moindres sentiers, dont elle met en valeur la beauté sauvage est aussi une invitation à en célébrer les mystères, ainsi quand elle pénètre dans le phare de Kéréon : « un château de ténèbres  » et qu’elle dit avoir peur de la beauté. Il y a dans cette évocation l’aveu d’un attachement réel à ces lieux, à ses habitants, mais elle sait qu’elle devra partir : « Demain j’embarquerai vers d’autres rivages », avec le souvenir d’Ouessant dans la mémoire.
Le texte de Jeanine Baude est orné de magnifiques dessins à la plume de David Hébert. La finesse du trait, l’abondance des croquis sont comme un écho aux mots précédents : ils les complètent avec une justesse parfaite : c’est une façon pour les yeux de parcourir une nouvelle fois l’île, de la découvrir un peu plus.

Max Alhau



Lire aussi :

« Œuvres poétiques » tome 1

« Ouessant »

« Juste une pierre noire »

« Le Chant de Manhattan  » & « New York is New York »



samedi 26 mars 2016, par Max Alhau

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Jeanine Baude


Jeanine Baude est née dans les Alpilles et a eu une enfance provençale. Aujourd’hui, elle vit à Paris et à Après un D.E.A de Lettres Modernes, elle a conduit une vie professionnelle intense. Elle a accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent, son goût du partage en littérature et d’une ouverture au monde de plus en plus exigeante l’a conduite de Buenos Aires à New York, de son ancrage sur l’île d’Ouessant à Venise, de Bratislava jusqu’aux territoires des Indiens Hopis et Navajos.
Plusieurs résidences d’écrivains ont récompensé son travail. Elle aime à dire "J’écris avec mon corps, je marche avec mon esprit."
Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie.
Elle a obtenu le Prix de poésie Antonin-Artaud (1993). Également le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre poétique décerné en 2008.
Elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud de 1992 à 1997 et membre du comité de rédaction de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle est aujourd’hui Présidente du jury du prix du poème en prose, responsable de l’association Les Amis de Louis Guillaume et secrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.
De nombreux extraits de ses œuvres ont été traduits en anglais, espagnol, italien, biélorusse, slovaque, etc.



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