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Sylvestre Clancier

« Par ces voix de fougères qui te sont familières »

Sylvestre Clancier arrête le temps dans des évocations de son enfance, des êtres aimés, des instants d’éternité qui « attisent la lumière ».



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Sylvestre Clancier en lecture (Photo Guy Bernot)

Sylvestre Clancier ouvre volontiers « les portes de la mémoire » et parfois celles de l’histoire. On entend ici et là l’écho des guerres, des résistances à l’oppression, des fusillés du Mont Valérien… - car le poète est de son temps et de ce monde en constante ébullition. Mais on ne peut douter que sa prédilection s’attache à des ancrages plus quotidiens et personnels. Ici ce sont les attaches familiales, les grands-parents aimés, la lumière familière des histoires de campagne et les paysages de son Limousin natal. Là, les sauts par-dessus les feux de la Saint-Jean, Louison Bobet qui passe, des fanfares de village, le bruit des troupeaux composent « cette charge de soleil pour la vie ». Des riens qui sont tout. Lionel Ray préfaçant le recueil parle justement de « paradoxale pérennité de l’éphémère ».

« Un grand souci de vivre ».


Le poète fait matière verbale de tout ce qui l’a un jour touché, interpellé, ému. Il évoque des figures de la mythologie comme il le fait de peintres, Buffet, Vasarely ou l’outrenoir (qui renvoie évidemment à Soulages). Il peuple ses poèmes d’animaux et d’objets l’aidant sans doute à combattre ces « pensées sombres » dont il convient qu’on ne les soupçonne pas chez quelqu’un qui « aime bien vivre ».
Car rien n’est blanc ou noir, bien sûr, et Sylvestre Clancier n’est pas un de ces "binaires" qui semblent vouloir aujourd’hui peupler notre triste monde ! Bien que lyrique, il sait conserver une certaine distance, lui qui utilise rarement la première personne du singulier et préfère tutoyer son ombre portée, les « autres toi-même », les « doubles ». Distance de la réflexion, du doute, de l’esprit critique, de la perplexité aussi devant le spectacle de nos sociétés. D’une adhésion jamais complète à ce qui est, quand bien même il affirme « un grand souci de vivre ».

L’enfance, la merveille



Il est pourtant une distance qu’il abolirait volontiers, celle du temps et de ses massacres. Il ne cesse de s’étonner et de s’émerveiller des souvenirs d’enfance que l’on garde enfuis au plus profond de soi. Ce sont eux qui fondent « la merveille », mot récurrent dans ses poèmes où il tente « d’unir le passé au futur ». Nostalgie ? Bien sûr ! Et pourquoi devrait-il s’en défendre ? Mais il y puise beaucoup d’énergie et nous en communique à travers ses évocations. Sa poésie n’a de cesse de vouloir « détourner le mal de vivre / Attiser la lumière ».
Et elle y parvient. Le recueil se clôt sur une suite – qui lui donne son titre – de poèmes plus aériens ou plus fluide nous invitant dans l’île de Ré et dans une sérénité conquise par la lumière, en effet, celle de la vie « habitable ».

« Si tu vies parce que la vie existe
N’est pas simple chimère,
Que ce soit dans les feuilles palpitantes des trembles
Dans le cri du hibou qui t’appelle la nuit
Et te tire du côté où l’ombre est apaisante. »


(Sylvestre Clancier : « Par ces voix de fougères qui te sont familières ». 126 pages. 16 euros. La Rumeur libre)
Michel Baglin



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samedi 16 septembre 2017, par Michel Baglin

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Sylvestre Clancier

Sylvestre Clancier est né à Limoges le 19 juin 1946. Il est poète, essayiste et critique littéraire, mais aussi éditeur. Il est le fils de l’écrivain Georges-Emmanuel Clancier (voir ici) et de la psychanalyste Anne Clancier.
Il a publié son premier recueil, « Saisons et rivages » à la Tour de Feu en 1967.
Ses poèmes ont été traduits en plusieurs langues : anglais, arabes, croate, espagnol, grec, hébreu, italien, macédonien, néerlandais, portugais, roumain, slovaque, slovène.
Sa formation philosophique l’a amené à entreprendre des recherches sur l’allégorie et le symbolisme, ainsi que sur la patascience et l’imaginaire. Conquis par le surréalisme et le Grand Jeu, il a participé aux « avant-gardes » ( TXT, Génération, Textruction ) à la fin des années soixante et jusqu’en 76.
Il a vécu au Québec en 71 et 72. Et est devient éditeur en 79 (Robert Laffont, casterman, Clancier Guénaud / Erés, etc.), avant de revenir à l’écriture en 1990.

Sylvestre Clancier a été attaché culturel à l’Office de la Langue Française au Québec (Canada) où il a également enseigné la philosophie. Il a ensuite enseigné la littérature et la civilisation françaises dans les universités de Paris 13 et de Paris 1.
Il est délégué général aux affaires internationales du P.E.N. Club Français après en avoir été le secrétaire général pendant six ans, puis le président également pendant six ans et avoir exercé un premier mandat d’administrateur du PEN International.
Administrateur pendant seize ans de la SGDL, il y a notamment présidé les Commissions de la poésie, des affaires européennes et de la francophonie.
Il est membre élu de l’Académie Mallarmé depuis 2002, il en assuré pendant plus de dix ans le secrétariat général, il est actuellement vice-président.
Il est co-président et fondateur de La Nouvelle Pléiade qui décerne le Grand Prix de Poésie de langue française Léopold Sédar-Senghor.
Il est également membre de plusieurs autres jurys, notamment ceux du Grand Prix de la Critique littéraire et du Prix Louis Guillaume du poème en prose et celui des Prix Roger Caillois.



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