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Valérie Rouzeau

« Pas revoir » suivi de « Neige rien »

Une lecture de Lucien Wasselin

Valérie Rouzeau, toutes proportions gardées et au-delà des différences d’approche du réel, appartient à ce petit cercle de poètes qui ont brisé la confidentialité. Son livre « Pas revoir » paru en 1999 au Dé Bleu, fut vite épuisé ... Et pourtant, la poésie, c’est bien connu, ne donne jamais lieu à un succès de librairie. Il faut sans doute remonter à Jacques Prévert pour trouver des livres de poésie qui ont si rapidement trouvé le public le plus large, leur public ... « Pas revoir » est aujourd’hui réédité (suivi de « Neige rien ») dans la collection La petite vermillon, à La Table ronde : belle occasion de découvrir ce livre pour ceux qui l’auraient raté depuis dix ans ...

Il est une expression détestable : « faire son deuil ». Fait-on jamais son deuil de la perte d’un proche ? On vit sans doute avec cette mort (« On couche toujours avec des morts », chantait Léo Ferré) qui laisse dans le corps comme un creux que rien ne comblera ... ou des cailloux dans le cœur. Valérie Rouzeau a vécu la mort de son père et avec « Pas revoir » (l’exact contraire d’Au revoir) entreprend de dire cette mort pour continuer à vivre. Et ses poèmes sont alors comme des cailloux dans le cœur qui continueront longtemps à faire un bruit de grelot ou de grêlons.
Rien de convenu dans cette parole mais ce que j’appelais à l’époque « une écriture très élaborée qui se donne des allures régressives » pour exprimer un chagrin d’adulte. Il y a dans cette langue volontairement gauche une beauté maladroite ou une maladresse de toute beauté qui veut renouer avec l’enfance ou ce paradis perdu avec la disparition du père. Et c’est là que Valérie Rouzeau nous touche, là où ça fait mal parce que nous avons tous perdu un père ou une mère. Parce que aussi cette langue n’est pas celle des nantis ou des forts en thème, c’est celle qui nous constitue avec ses approximations qui s’étalent dès le premier poème : « Toi mourant man au téléphone pernoctera pas voir papa / Le train foncé sous la pluie dure pas mourir mon père oh steu plaît tends-moi me dépêche d’arriver ». Les mots se bousculent à cause de l’émotion, de la douleur car l’inéluctable est là...

« Neige rien » parut l’année suivante. On y retrouve la même langue, une langue faite de vieilles expressions populaires héritées d’un parler ancien (« Recueille-m’en »), de calembours inavoués (« d’amuse hic », « Des récites à sillons » ou « Quatre à strophe ») ou d’une écriture à peu près phonétique qui veut être en règle avec l’orthographe (« Pour toujours qu’en même »). C’est sans doute une écriture approximative mais savante tant elle adhère à son objet, qui exprime alors le rapport à l’écrit et au monde mêlés. « Faut faire sans faute ou s’en faire / Comment bien mettre le saint axe »...
Et la désinvolture en prime : « Chemin de fer qu’on ira pas au bois / Ce ne se peut / (Ce ne se feu) »...

Lucien Wasselin



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mardi 21 décembre 2010, par Lucien Wasselin

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Valérie Rouzeau
« Pas revoir » suivi de « Neige rien »

La Table ronde (collection La Petite vermillon)
144 p, 7 €.
ISBN : 9782710331650




« Dans le déferlement des messages factices, des bruits de glotte, des rengaines rhétoriques, une voix nouvelle ce n’est pas rien. Une voix vraiment nouvelle qui ne ressemble à aucune autre. Une voix qui se reconnaît d’un signe, d’un souffle, et que l’on capte à jamais, à toujours. Un tel prodige a pris depuis quelque temps le nom de Valérie Rouzeau, et c’est un prodige qui dure. »

André Velter


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