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Blaise Cendrars

Patrice Delbourg raconte « L’Odyssée Cendrars »

Avec sa trogne de bourlingueur qui relève de la légende, Blaise Cendrars est cet aventurier lettré, ce « poète allumé » qui a fait entrer, avec Apollinaire, la modernité dans la poésie et inversement. En train, en bateau, en voiture, il a parcouru l’Europe, la Russie, les Amériques... et, de ses pérégrinations, a tiré une œuvre foisonnante.
Patrice Delbourg nous invite à traverser les océans mouvementés et les grands espaces lyriques de l’auteur de « La Prose du transsibérien », « l’Or » « La Main coupée » ou de « L’Homme foudroyé »

Patrice Delbourg, grand amateur de calembour, contrepet et autres jeux de mots, nous offre cette fois un « one manchot » en nous embraquant sur les traces de Blaise Cendrars, « l’aventurier le plus lettré de son temps ». Une traversée en 26 étapes, car « L’Odyssée Cendrars » est un peu comme un dictionnaire : on y entre guidé par l’ordre alphabétique. D’Apha Roméo (Cendrars était fou de vitesse et de voitures) à Zone (sa proximité/rivalité avec Apollinaire), c’est donc à travers des thématiques liées à des mots-clefs que l’on se balade dans l’univers de l’écrivain suisse (né à La Chaux-de-Fonds le 1er septembre 1887), de son vrai nom Frédéric-Louis Sauser, qui courut le monde, fut naturalisé français, mourut à Paris le 21 janvier 1961. Entre ces deux extrêmes, il avait eu le temps de s’engager dans la légion, de perdre sa main droite à la guerre, de devenir le poète de la main gauche, le romancier bourlingueur et le reporter lyrique, à l’œuvre aussi marquante que considérable.

Aventurier lettré

Patrice Delbourg dit tout au long de ces 220 pages, avec le panache habituel de son style, son admiration pour un écrivain qui n’eut jamais le goût des salons littéraires ni d’une poésie qui n’était en ce temps-là qu’un « beau cénacle de culs-de-plomb ». Cendrars, lui, s’inventait des semelles de vent et des ailes pour se lancer dans l’aventure terrestre. Mais, prévient Delbourg, « ne voir en Cendrars qu’un bourlingueur affabulateur, c’est manquer d’emblée cette conscience souvent inquiète que le poète eut de naître à tout instant. »
Aventurier lettré : ce double visage de l’auteur de « La Prose du transsibérien » est toujours présent dans cette biographie enthousiaste. « Dans le coffre de son bolide (…), le poète allumé trimballe dix caisses de livres immensément lourdes, avec notamment Nerval, Huysmans, Villon et Rémy de Gourmont. Quand il se trouve en transit maritime, ces livres chéris lui coûtent une fortune de transport », rappelle Delbourg. Qui relève aussi le contraste entre « l’apparence physique de l’auteur, sa mine vaguement patibulaire de maraudeur rastaquouère à l’expression gouailleuse, brute de fonderie, et son écriture, si pure, si limpide, si tendue et si intense d’émotion charmeuse. »

Vivre d’abord

Cendrars exalta le monde moderne, à l’instar de nombre de ses amis, comme le peintre Léger par exemple, tous deux épousant la cause de la modernité urbaine : ils « partagent le même goût pour les couleurs franches et vibrantes, les lumières éclatantes des enseignes, la distorsion des formes ». Mais c’est plus globalement la vie, la Terre, que loue et chante celui qui martelait : « L’encre d’imprimerie n’étanchera jamais cette soif, il faut vivre d’abord ». Et son biographe de noter :
« Dans la cage des méridiens, dans le bureau des longitudes, il allège ici, il souligne là. Quand il n’en mène pas large, ce mystique sans Dieu fanfaronne au bord du vide. Les couleurs hurlent. Les contrastes tambourinent. Le peintre en mots annexe l’univers à la courbe intime de son cerveau. Il maugrée contre ses semblables, mais il ne maudit personne. Cendrars est un écrivain pour qui la terre existe, la terre avec ses océans et ses forêts et la grande énigme des bêtes qui s’y réfugient ; la terre avec ses montagnes et ses déserts et le grand mystère des trésors et de la puissance des minéraux qui s’y cachent ; la terre avec ses hommes et leur folie idéologique ou industrielle, et les femmes et la vie du sexe et tout le vieux film de la vie, l’amour, la mort. »

Question de style

Patrice Delbourg, en poète lui-même, sait apprécier le style du bonhomme. Et sa patte, quand il joue et se joue, amusé, du style homérique, n’est pas banale non plus :
« Que d’adjectifs à la césure ! Les puristes vous le diront : Cendrars est un mauvais exemple pour le style sur l’os, la manière sans gras. Il y a toujours de l’excédent dans le bagage et de l’abus dans son sillage. Il ne consigne pas, il fulmine, il éructe, il transpire, il nomme, il énumère. Il rafle toutes les richesses du thesaurus et transforme la page d’écriture en tapis d’Orient. Souvent erratique dans diverses intentions, tout chiffonné de songes, de sueur et de salive, merveilleux griot et narrateur contradictoire. »
Ce n’est pas le moindre mérite de cette biographie, on l’aura compris, que d’être le fruit d’une plume d’écrivain !

Michel Baglin



Le portrait de Patrice Delbourg



mardi 17 août 2010, par Michel Baglin

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Patrice Delbourg
« L’Odyssée Cendrars »

Ecriture éd.
224 pages. 17.95 euros



Blaise Cendrars,

Frédéric-Louis Sauser, alias Blaise Cendrars, est né le 1er septembre 1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse. Naturalisé français après la Grande Guerre où il perdit son bras droit, et mort le 21 janvier 1961 à Paris.

Bibliographie

La Légende de Novgorode (1907)
Les Pâques (1912)
Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913)
La Guerre au Luxembourg (1916)
Profond Aujourd’hui (1917)
Le Panama ou les aventures de mes sept oncles (1918)
Dix-neuf poèmes élastiques (1919)
La Fin du monde filmée par l’Ange Notre-Dame (1919)
Anthologie nègre (1921)
Kodak/Documentaires (1924)
L’Or / la merveilleuse histoire du général Johann August Suter (1925)
Moravagine (1926)
L’Eubage, aux antipodes de l’Unité (1926)
Éloge de la vie dangereuse (1926)
Petits contes nègres pour les enfants des blancs (1928)
Le Plan de l’Aiguille (1929)
Les Confessions de Dan Yack (1929)
Une Nuit dans la forêt (1929)
Comment les Blancs sont d’anciens noirs (1930)
Rhum/L’Aventure de Jean Galmot (1930)
Aujourd’hui (1931)
Vol à voiles, prochronie (1932)
Panorama de la pègre (1935)
Hollywood / La Mecque du cinéma (1936)
Histoires vraies (1937)
La Vie dangereuse (1938)
D’Oultremer à Indigo (1940)
Poésie complètes, Denoël. Du monde entier (anthologie poétique de 1912-1924),
Au cœur du monde (anthologie poétique 1924-1929) (1944)
L’Homme foudroyé (1945)
La Main coupée (1946)
Bourlinguer (1948)
Le Lotissement du ciel (1949)
Blaise Cendrars vous parle... (1952)
Emmène-moi au bout du monde !... (1956)
Trop c’est trop (1957)
A bord du Normandie, Journal transatlantique (2003), collectif avec Colette, Farrère et Wolff

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